FIBRES OPAQUES
Dans l'oeil humain normal, les fibres du nerf optique, au moment où elles traversent la lame criblée, perdent leur gaîne de myéline et deviennent complètement transparentes. Gbez quelques animaux tels que le lapin, un certain nombre dentre elles restent opaques ; on les voit à l'ophthalmoscope sous forme de bandes horizontales finement striées d'un blanc éclatantqui s'épanouissent en éventail. Miiller (1) signala le premier l'existence tout à fait accidentelle de la môme disposition chez l'homme, plus tard Virchovv (2) etRecklinghausen eurent l'occasion d'observer au microscope des yeux atteints de cette anomalieet décrivirent la structure de ces fibres opaques.
Pendant la vie elles apparaissent àl'ophlhalmoscope sous forme de plaques, d'un blanc éclatant, situées sur le pourtour de la papille, avec laquelle elles sont en contact ; ces faisceaux blancs s'épanouissent en rayonnant vers la périphérie, affectant la forme de flammèches plus ou moins larges. Tantôt il n'exisfe qu'une seule de ces plaques formant une tache blanche brillante dans le voisinage de la papille, tantôt il y en a plusieurs, parfois même elles constituent par leur réunion un anneau presque complet autour de la papille. Ces plaques, étant en rapport avec la distribution des faisceaux nerveux, s'étendent habituellement comme ceuxci le long des gros vaisseaux, qu'elles suivent plus ou moins loin; elles manquent presque toujours au contraire vers la macula, région dépourvue, comme on sait, des fibres nerveuses. Il est
(1) Untersuch. ûber die Retina. Leipzig, 1856.
(2) Arckiv fùrpalh. Anat.,i. X, p. 190.
"6 MALADIES II U NKKF DPTIQD&.
extrêmement rare de voir les fibres opaques recouvrer en un point leur transparence pour reprendra un peu plus loin leur gaine de myéline et former une seconde tache à une certaine distance de la première.
Les rapports des vaisseaux de la papille avec ces parties blanches de la rétine sont tout à fait caractéristiques : une partie plus ou moins grande de leur trajet est masquée par les fibres opaques au milieu desquelles ils sont plongés.
Sauf un agrandissement du punctum cœcttm en rapport avec la quantité des éléments sensoriels, cônes et bâtonnets, recouverts par les portions opaques de la rétine, les troubles fonctionnels sont tout à fait nuls. Quelquefois cette anomalie est associée à d'autres malformations congénitales de l'organe de la vision : hypermétropie excessive, astigmatisme irrégulier, etc., qui peuvent entraîner une diminution considérable de l'acuité visuelle. Mais l'absence de troubles fonctionnels, l'aspect particulier de ces taches, la façon caractéristique dont les vaisseaux se comportent avec elles, empêcheront toujours de les confondre avec les plaques graisseuses pathologiques de la rétine et avec les atrophies partielles circonscrites (staphylomes) de la choroïde.
Jaîger a signalé une anomalie plus rare encore que la précédente : c'est la transparence anormale des fibres du nerf optique en arrière de la lame criblée. La gaîne de myéline disparaît avant que les fibres nerveuses atteignent les mailles de ce disque celluleux, et le regard peut pénétrer plus profondément que d'habitude dans l'extrémité intra-oculaire du nerf. On entrevoit alors les vaisseaux de la papille avant leur division et il semble qu'on ait sous les yeux une excavation profonde; mais l'absence d'un bord nettement accusé empêchera toujours de confondre cette image ophthalmoscopique avec celle d'une excavation glaucomaleuse.
FIBRES HOUGEATIlES.
Quelquefois les fibres nerveuses de la rétine se présentent au moment de leur épanouissement sous forme de stries rougeâtres plus accusées dans la direction des principaux faisceaux, de sorte qu'aux deux extrémités du diamètre vertical, en haut et en bas. les bords de la papille paraissent diffus. Cette anomalie pourrait Cire confondue avec l'astigmatisme, vice de réfraction qui altère l'image ophthalmoscopique et fait perdre à la papille, dans certaines direc-