QUATRIÈME PARTIE
CORN i !•:
Anatomie. — La cornée est une membrane transparente, qui complète en avant la coque oculaire. Selon Helmholtz et Chossat, elle a la forme d'un segment ellipsoïde, dont la courbure est plus forte que celle de la sclérotique.
Pendant la période du développement de l'œil dans la vie intra-utérine, la cornée est, d'après Sappey, plus épaisse au centre qu'à la périphérie; plus tard, ces conditions changent: dans la partie périphérique, la cornée des adultes mesure 0"' 10, tandis qu'elle n'est au centre que de 0m,8.
Structure. — La cornée est une membrane très-ferme, sa surface antérieure est d'une plus petite étendue que la surface postérieure, en sorte que le bord cornéen est taillé en biseau.
On distingue dans la cornée, non des lamelles, comme on l'a avancé il y a quel que temps, mais des couches superposées dans l'ordre suivant : 1° la couche épithéliale ; 2° la lame élastique antérieure ou membrane de Bowman ; 3° la substance propre de la cornée ; 4° la lame élastique postérieure de Descemet ou de Demours et o° la couche épithéliale postérieure.
1. Couche épithéliale antérieure (fig. 104, a). — Les cellules épithéliales de cette couche sont les mêmes que celles qui recouvrent la conjonctive; c'est l'épithélinm
Fig. 104. — Couches de la cornée d'après Polaillon (*).
pavinienteux, dont les cellules les plus externes sont fortement aplaties. On y remarque plusieurs rangées superposées. En se rapprochant de la sclérotique , l'épithélium antérieur augmente d'épaisseur et se confond avec celui de la conjonctive.
2. Lame élastique antérieure ou membrane de Bowman (fig. 104, b). — C'est une
(*) a, COnche épithéliale antérieure ; h, lame élastique antérieure nu membrane de Bnwmnn ; e, < , r, substance propre de In cornée: d, lame élastique postérieure on membrane île Descemet ; couche épithéliale postérieure
(Polaillon, Ijes milinix réfringent» de Viril. Paris, 1806).
«:oitNtf.
avec la caf„e a. Te„„„ don, db es, pŒfS, m £ÏE " C°"l0"Ja"' 3. Substance propre du (a cornée ((],. <0l « ,. „ ïiu «
et le résultat
cssenlie
îles recherches faites ù ce sujet diffère selon n»A IW *•« L0,in,1(;' de tel ou te! agent. Dans JiJS^ t*S+2Z2 ff soS ESSE résultais b.en plus positif, en employant des solutionne nitra d'a^tt no a ^ céraUon et la préparation de la cornée. Ils ont ainsi pu reconnaîlre P
«. La substarce Wnllaire, formée par la réunion des faisceaux de fibrilles lami-
Sf( o°vn &nT,quand î? les lraile ^ ''acide -£« ou lo"X
les dilacerc (\oy. lig 4 Oo, C). Entre ces faisceaux existent des lames nui ont été crises par Bownaan pour des tubes ou des canaux (comeal taies L Z
de la cornée se continuent sans interruption avec ceux de la sclérotique comme on
le d seîtXhï P ^ ,a1séPai'ation •« «eux membranes ^st 'omm le disent ties-bien Beaunis et Bouchard, tout à fait artificielle
Fie. 105. — Section à travers la cornée faite sur la membrane sèche, puis ramollie de nouveau dans l'eau, après une traction dans le sens de l'épaisseur (*).
6. Les cellules ou corpuscules ctoilèes de la cornée sont des cellules ù noyau, pourvues de nombreux prolongements, au moyen desquels elles s'anastomosent les unes avec les autres (lig. 106). Ce sont les corpuscules du tissu conjonclif de Virchow ou les corps fibroplasliques de Robin, que l'on retrouve aussi dans la sclérotique.
(1) Robin, Programme du cours d'histologie, 2e édit. Paris, 1870, p. 254.
(2) Bowman, Leçons faites en 1847 à l'hôpital ophthalmologique de Moorfields (Atm. d'oculist., 1855).
fi A, épJtKélinm ooroéen externe; B, couche amorphe externe; C, cornée proprement dite; D, couche amorphe interne ; E, épithélium cornée interne on postérieur. (Crnveilliier, Analmnie descriptive, Paris. 1868.. I. t>-"- 1 (•*) Corpuscules étoiles, aplatis avec leurs prolongements anastouiotiuues. (Virehow.)
Fin. 10G. — Coupe de la cornée parallèle à la surface (**).
Ces cellules se présentent sous un aspect tout ù fait différent, suivant que la coupe est faite parallèlement au centre ou parallèlement à la surface. Dans le premier cas, les cellules apparaissent comme dans la figure 106; dans le second, au contr aire, elles ressemblent beaucoup à la coupe longitudinale des tendons et laissent voir des éléments fusiformes.
4. Lame élastique postérieure ou membrane de Bescemet ou de Demours (fig. 1 04, d, et fig. -105, D). — C'est une membrane uniforme, bomogène et amorpbe, comme la lame élastique antérieure, mais plus mince que cette dernière. Elle résiste trèsfacilement à la pression, ce qui fait qne, dans les ulcères qui ont détruit toute la couche propre de la cornée, la lame élastique, pressée par l'humeur aqueuse, s'encra^e dans l'ulcère et forme pendant quelque temps une vésicule transparente. Cette famé s'épaissit à la périphérie de la cornée, se réfléchit vers l'iris pour constituer le ligament pectine.
5. Couche èpithéliale postérieure ou épithélium de l'humeur aqueuse de Bowman (fig. 104, e, et fig. 106, E). Cette couche est composée d'une simple série de cellules polygonales placées côte à côte et unies à leurs bords.
Vaisseaux sanguins. — On sait aujourd'hui que la cornée dans l'état sain ne contient point de vaisseaux. Mais il n'en n'est pas de même pendant la vie intra-utérine. Selon Robin, jusqu'au sixième ou au septième mois de la vie intra-utérine, la lame élastique antérieure est parcourue par un réseau capillaire en continuité avec ceux de la conjonctive ; ce réseau s'atrophie ensuite, et l'on ne voit plus que des anses capillaires de la conjonctive , qui empiètent sur la cornée de 1 /2 à \ millimètre. Dans un grand nombre d;affeclions cornéennes superficielles, les vaisseaux se régénèrent dans cette couche avec la plus grande facilité; ils proviennent alors de la capsule de Tenon et de la conjonctive.
Vaisseaux lymphatiques. — Les vaisseaux lymphatiques, quoique contestés par plusieurs anatomistes, ont été découverts dans ces derniers temps par Recklinghausen à l'aide de l'imprégnation d'argent. D'après cet observateur, le réseau des canalicules communique avec les espaces lymphatiques de la conjonctive, et serait même le véritable point de départ des lymphatiques du globe de l'œil. Les recherches plus récentes de Th. Leber ( I) faites au moyen d'injections d'essence de térébenthine colorée de sang-dragon, ont abouti aux mêmes résultats, et il a démontré que la cornée contient un réseau canaliculaire qui communique avec le réseau analogue conjonclival. Selon toute probabilité, c'est le réseau lymphatique.
Tferfs. — Les nerfs de la cornée ont été découverts par Schlemm. Ils sont constitués par des tubes complets; mais, à partir de 2 millimètres du pourtour de celle membrane, ils perdent leurs gaîues et ne se prolongent, en se ramifiant, que sous forme de cylindres-axes. Au niveau de chaque ramification, il y a un renflement triangulaire, représenté par la figure ciaprès, et qui est constitué par une cellule ganglionnaire (fig. 4 07).
Les nerfs de la cornée proviennent soit de la conjonctive, soit des nerfs ciliaires. De nombreux filets nerveux s'anastomosent et forment un réseau superficiel très-fin, dont les terminaisons ultimes pénètrent, selon Hoyer, dans l'épaisseur de l'épithélium cornéen. Pour nous, ce réseau existe dans
toute l'épaisseur de la cornée, ce qui du reste s'ac- rI(;. 107. — Nerfs de la cornée corde avec les recherches de Kiihne et Kolhker. (d'après His).
(1) Leber, Ueher dk Lymphr. der Bomfiaut (K/inùehe Monatsh!., janv. et févr. 1866).
utre ne
2°° MODE D'EXI'LUKATION DE LA CORNÉE.
r-S'l'?10*1"" ~La n'll, itio»dulacorn«;esefail aux dépens .les cellules cornéenn* et c est l humeur aqueuse qui paraît fournir les éléments nécessaires à celte nutritio Les expériences établies par Gosselin ont démontré, en effet, que la cornée a s le vivant une perméabilité et une propriété endosmotique des plus prononcées. U'aul part, les anses vascula.res, très-nombreuses, qui existent au bord de celte membre apportent a leur tour des matériaux qui peuvent se transporler par endosmose da les cellules et y entretenir la vie.
Mais ces conditions étant insufflantes pour la régénération des parties altérées de la cornée des vaisseaux de nouvelle formation y apparaissent et pourvoient à la nutrition pendant toute la durée de la maladie.
Le rôle optique de la cornée est très grand : c'est le premier milieu réfiiotrenl dans lequel se rétractent les rayons lumineux qui se rendent à la réline. Selon Krause et Cnossat, la valeur de l'indice de réfraction esl de 1 .330 à 1 . 3525; par conséquent c esl dans celte membrane que les rayons lumineux qui se rendent à la rétine subissent la plus grande réfraction ; et l'on comprend dès lors pourquoi, comme Dond.-rs et Knapp 1 oui établi, les moindres irrégularités dans la conformation de celte membrane amènent l'astigmatisme.
Gomme nous l'avons vu, la cornée reçoit son innervation des branches de la cinquième paire. Magendie a démontré qu'en la détruisant dans le crâne on rend l'œil plus saillant, la cornée plus terne, et, au bout de quelques jours, son opacité se prononce de plus en plus, l'engorgement des vaisseaux conjonctivaux augmente, la tache se transforme bientôt en ulcère qui se perfore et entraîne la perle de l'œil. Mais ce n'est pas une règle absolue; Claude Bernard (1) et Schiff ont indiqué plusieurs circonstances dans lesquelles la section du nerf occasionnait une altération plus tardive, qui même, dans quelques cas, ne se produit point. L'éminent physiologiste français explique cette circonstance par le siège de la blessure. Plus on s'éloigne du ganglion de Gasser en arrière, pour se rapprocher de l'origine cérébrale, moins on a de lésions de nutrition dans l'œil.