Pupille artificielle, ses méthodes et ses indications
ARTICLE PREMIER
de l'iritis en général.
L'inflammation de l'iris peut affecter des formes très-variées; elle peut être aiguë ou chronique et se compliquer de diverses altérations oculaires. Quant aux symptômes, il existe des caractères propres à tontes les iritis, caractères que nous allons exposer.
Sfymptomatoiogie. — Signes anatomiques. — 1. Injection périkératique. — Tout autour de la cornée on aperçoit une vascularisation très-fine, constituée par les vaisseaux capillaires sous-conjonctivaux, placés le plus souvent dans le tissu péi iscléral. Ces vaisseaux sont perpendiculaires au bord de la cornée, et parallèles les mis aux autres; ils forment une zone rouge autour de cette membrane. Celte zone est rarement interrompue, elle entoure au contraire la cornée dans tous les sens et d'une manière très-régulière.
L'injection est quelquefois peu marquée, surtout lorsque l'iritis a une marche lente et chronique; mais, dans les formes aiguës, elle peut devenir tellement prononcée, que toute la sclérotique devient d'un rouge violet. Souvent, dans ces cas.,
GALEZOWSKI. 22
^0 M ALADIKS I.'lRIS.
la conjonctive s'injecte aussi et un épancuement séreux roufrconjouciival, ou le di&
inosis séreux, peut acquérir Ull développement considérable, 1. 'année dernière! j'ai soigné un malade âgé île trente-cinq ans, qui a été pris dès le début d'une cou-j jonctivile en apparence catarrhale avec cliéniosis séreux sans injection périkéral tique, et qui montra ensuite tous les caractères de 1 niti*. Trois semaines plus tard, l'autre œil était atteint de la même maladie et sous la même forme. Les, docteurs Paul et Daguenet ont été témoins du lait. Quelquefois l'inflammation^ de l'iris est accompagnée de l'œdème des paupières, surtout de la paupière supérieure.
2. Chanyement de la coloration de l'iris. — L'iris est ordinairement plu» foncé dans l'œil malade que dans l'œil sain; de bleu pale, il devient bleu foncé ou brunâtre; l'iris brun prend une teinte sale verdàtre. En même temps, la surface de cette membraue est plus trouble, ses libres sont inoius accusées, et l'on remarque vers le bord pupillaire une zone foncée, brunâtre.
Dans quelques cas rares, on distingue par places une coloration et des stries rougeâtres qui sont dues à l'engorgement des vaisseaux. Quant aux vaisseaux qui deviennent, selon quelques auteurs, apparents sur l'iris,' je ne les ai vus que dans des cas d'irido-cboroîdite.
3. Rétrécissement et irrégularités de la pupille. — Sous l'influence de l'inflammation, les fibres circulaires de l'iris sont excitées, et la pupille se contracte d'une manière très-sensible; ses mouvements sont lents et irréguliers.
h. Synéchies postérieures. — La pupille perd aussi sa forme régulière ; elle devient angulaire, frangée, et des brides exsudalives, prenant naissance dans un ou plusieurs points du bord pupillaire, s'avancent vers le centre de la pupille. Ce sont des exsudations fibrineuses au moyen desquelles les adbérences s'établissent entre l'iris et la capsule antérieure du cristallin, et que l'on appelle ordinairement synéchies postérieures.
Les synéchies postérieures peuvent se présenter sous des formes très-variées ; le plus souvent l'inflammation intéresse plus particulièrement les fibres radiées, qui pèsent fortement sur le cristallin et y laissent des dépôts exsudatifs avec du pigment détaché de la surface postérieure. Aussitôt que la pupille est dilatée par des mydriatiques, les adhérences se rompent, et l'on aperçoit alors sur la capsule des taches qui affectent des formes très- variées. Quelquefois ces exsudations coustituent un anneau composé de petits points ou lignes toutes de couleur brunâtre comme le représentent les figures 152, 153 et 153 bis, visibles surtout au moyen de l'éclairage oblique.
Fig. 152.
Fig. 153.
Fig. 153 bis.
Dans un cas que j'ai observé, la pupille avait la forme d'un trèfle, et le malade rcevait constamment cette figure devant ses yeux. Mackenzie a constaté une
DE L'IIUTIS ES ©ÉNfiWàL. -™y
fois cinq brides qui donnaient à la pupille la forme d'une feuille de chêne ; quelquefois elle a la figure d'un losange (Denomilliers et Gosselin).
Plusieurs ailleurs ont attaché une importance toute spéciale à la forme que prend la pupille dans les irilis, prétendant trouver dans ce signe une explication des causes rhumatismale, syphilitique ou autre de l'inflammation. Ainsi Middlemore pensait que l'iritis était due à une diathèse rhumatismale, quand la pupille était allongée en dedans et en haut. Beer considère le déplacement de la pupille en haut et en dedans comme un caractère de l'iritis syphilitique, de sorte qu'au lieu d'être située au centre, celte ouverture se trouverait placée beaucoup plus près du bord supérieur et interne de cette membrane. On comprend facilement combien était erronée une pareille opinion; quelles que soient, en effet, les adhérences de l'iris, la nature de l'inflammation ne pourra être reconnue que par les signes rationnels de la maladie.
5. Lymphe plastique, hy pop y on et hyphéma. — Lorsque l'iritis acquiert une certaine intensité et que l'inflammation gagne par voisinage le procès ciliaire, la sécrétion morbide s'épanche dans l'humeur aqueuse. Alors la pupille se trouble, devient louche et se remplit d'une sorte de fumée ou voile blanchâtre; bientôt, bette exsudation se répand dans toute l'humeur aqueuse et lui imprime une coloration terne et nuageuse.
Dans certaines formes d'iritis plastiques, la lymphe forme des flocons blanchâtres suspendus dans l'humeur aqueuse, et quelquefois la quantité de celle exsudalion augmente à tel point que la chambre antérieure en est complètement remplie et que l'iris échappe au regard.
L'iritis est quelquefois accompagnée d'une accumulation de pas dans la partie déclive de la chambre antérieure, et il se produit un véritable liypopyon.
Une certaine quantité de sang se mêle par exception à l'humeur aqueuse, ce qui est désigné sous le nom $ hyphéma. Ce sang occupe la partie inférieure de la chambre antérieure; mais, à chaque mouvement de la tête, il se déplace, et lorsqu'il remonte jusqu'au bord de la pupille, il se répand à la surface du cristallin et fait voir les objets colorés en rouge. J'ai eu occasion d'observer un cas analogue chez un haut fonctionnaire de l'Université de Paris, que le docteur N. Gueneau de Mussy m'avait obligeamment adressé. Ce malade était atteint d'une irilis avec hyphéma, et, chaque fois qu'il baissait la tête, les objets lui paraissaient pendant quelques instants colorés en rouge.
6. Kératite ponctuée ou disséminée. — Dans certaines variétés d'iritis, la cornée prend part à l'inflammation; tantôt il se forme des dépôts brunâtres, pointillés, près de la membrane de Descemet ; ils ont reçu la dénomination de kératite ponctuée; tantôt, c'est une véritable kératite disséminée qui se développe par exemple dans le courant d'une iritis syphilitique. J'ai trouvé quelquefois dans la cornée, à la suite d'une irilis, des dépôls noirs comme des taches d'encre. Pourtant la cornée conserve dans la grande majorité des cas sa transparence complète.
7. La sclérotique est habituellement injectée au pourtour de la cornée, ce qui est dû à l'engorgement des vaisseaux qui communiquent avec l'iris. Mais la maladie débute quelquefois par une périsclérite ou par une sclérile, qui s'amendent et disparaissent même complètement aussitôt que l'iritis a pris toute son évolution. C'est ainsi que les choses se sont passées chez un malade goutteux que j'ai traité
340 MALADIES DE I.'IKIS.
en 1869 pour une iritis el auquel G. Sec donnait des soins pour ses attaques gout- j leuses.
S. Gonflement, condijlumes et abcès dans l'iris. — Par suite de l'inflammation j parenchymateuse de l'iris, la surface de celle-ci devient tomenteuse; ses fibres sont moins distinctes, tout son parenchyme se gonfle. Par places on y remarque quel-ij quefois des élevures plus ou moins marquées, et qui ne sont autres que desM condylômes dans la syphilis ou des abcès dans les irilis suppuralive, slrumeuse|l ou scrofuleuse. Velpeau a vu jusqu'à cinq abcès chez un homme d'environ cin-fl quanle ans. Pour ma part, j'ai vu chez un enfant scrofuleux trois abcès volunii-^ neux dans l'iris, lesquels donnèrent lieu à un hypopyon.
Signes physiologiques. — 1. Névralgies eiliaires. — Au début de la maladie el quelquefois pendant toute la durée de l'iritis, les malades n'éprouvent aucune douleur vive; tout au plus s'ils ressentent une sensation de plénitude et de chaleur dans l'œil; en même temps, l'œil semble plus gros et comme chassé de l 'orbite.
Habituellement cette forme bénigne ne dure pas longtemps, des douleurs plus I vives apparaissent sous forme d'élancements dans l'œil et de douleurs pulsatives au fond de l'orbite. Les mêmes douleurs lancinantes se manifestent sur le front, le long de la branche du nerf sus-orbitaire, et s'irradient à toutes ses ramifications frontales et temporales. Tantôt toute la moitié de la tête, ainsi que le sommet, est endolorie; dans d'autres cas, les branches sous-orbitaires et dentaires sont aussi irritées.
Mais ces douleurs ne sont pas continuelles; elles viennent par crises, et s'exaspèrent régulièrement tous les soirs et pendant la nuit pour se calmer dans le jour.
Les névralgies eiliaires occupent quelquefois toutes les branches de la cinquième ^ paire; mais on rencontre d'autres formes d'iritis qui ne sont suivies que de l'irritation d'une seule branche. Ainsi, j'ai soigné un homme âgé de quarante ans, porteur à la halle, et qui, pris en premier lieu de douleurs dentaires violentes, s'était laissé arracher inutilement deux dénis. Ces douleurs étaient consécutives à une irilis. Un traitement convenable en eut facilement raison.
2. Photophobie. — L'exagération de la sensibilité des nerfs eiliaires rend l'œil plus impressionnable pour la lumière; cette sensibilité exagérée ou photophobie est presque toujours en raison directe de l'intensité de l'inflammation. Quelques auteurs ont, à loi t^ attribué ce phénomène à une congestion simultanée de la ' rétine. L'expérience m'a prouvé que la rétine n'est point malade, et que celte} irritation est due à la surexcitation des nerfs eiliaires.
3. Il en est de même de Vépiphora ou du larmoiement, qui devient quelquefois excessif, et qui ne diminue qu'à mesure que l'iritis perd de sa gravité.
k. Trouble de la vue. — Les inflammations de l'iris n'amènent pas. en général, de trouble notable de la vue ; mais plus l'exsudation est considérable dans la pupille, plus la vue devient voilée et masquée. Quelquefois les malades éprouvent des sensations lumineuses dans les yeux; mais ce phénomène est rare.
Pour Chavernac (l), une iritis est toujours accompagnée « d'un certain degré
(i) Chavernac, Diagnostic différentiel des inflammations' du Insu irido-choroidien . Moutpell.er, 1866, p. 29.
DV. L'iRfTÏS EN GÉNÉRAI,. ^1
de rétinîte, de conjonclivito, et d'une légère inflammation de l'hémisphère antérieur de la capsule, s'étendant parfois à la choroïde. »
Sans admettre l'inflammation concomitante de toutes ces membranes, nous avons pu y constater un degré plus ou moins grand d'injection, et la papille du nerf optique, comparée à celle du côté sain, était d'ordinaire plus rouge, congestionnée. Souvent nous avons trouvé le corps vitré rempli de flocons, et la capsule antérieure trouhle et parsemée de nombreux points opaques, blanchâtres, qui paraissaient être dans l'épaisseur de la membrane, et n'avaient rien de commun avec les dépôts pigmentaires. J'ai pu les voir surtout en examinant le fond de l'œil avec un miroir, derrière lequel je plaçais une lentille convexe de 2 pouces 1/2.
Ces différents symptômes d'iritis peuvent varier selon que la maladie a envahi toute la substance de l'iris ou qu'elle occupe sa surface antérieure ou postérieure.
Prenant pour caractères des maladies la structure anatomique et les différentes formes d'inflammation, on devra distinguer, avec Ammon, Desmarres et S. Wells, les formes suivantes d'iritis.
A. ÏBITIS séreuse ou AQUO-CAPSULITIS des auteurs. — Elle est caractérisée surtout par une augmentation de la sécrétion de l'humeur aqueuse, ce qui peut s'expliquer par une sorte de transsudation séreuse à travers les parois vasculaires malades. Ammon (1) pensait que l'iritis séreuse était une inflammation de la séreuse antérieure de l'iritis. Nous avons démontré plus haut que cette séreuse n'existe pas; d'autre part, Denonvilliers et Gosselin (2) ont remarqué très-justement qu'on ne pourrait pas comprendre l'inflammation d'un seul feuillet mince de l'iris sans que la substance propre de cette membrane y prenne part.
Consécutivement à cette hypersécrétion, la chambre antérieure augmente de volume, la cornée devient plus bombée, et sa surface postérieure se couvre, près de la membrane de Descemet, de pointillés brunâtres qui constituent le phénomène principal de l'affection qu'on a appelée kératite ponctuée. La tension de l'œil est sensiblement augmentée, mais l'iris change très-peu de couleur. La forme de la pupille est modifiée, et les synéchies postérieures se produisent; mais elles sont moins épaisses et moins nombreuses, comme S. Wells l'a fait observer.
L'injection périkératique et le trouble de la vue ne sont pas habituellement très-marqués; mais les névralgies ciliaires sont excessivement fortes; elles s'aggravent périodiquement le soir. Quelquefois elles sont tellement rebelles au traitement que les paracentèses oculaires peuvent seules les calmer (Sperino).
B. Iritis parencrymateuse ou plastique. — C'est une inflammation du parenchyme de l'iris tout entier, accompagnée de la formation d'exsudations plastiques très-épaisses et souvent en grande quantité. Ces exsudations sont constituées par la lymphe coagulable, qui s'organise facilement pour constituer des adhérences solides et étendues entre l'iris et la capsule; quelquefois le pus s'accumule dans la chambre postérieure, et remplit même les parties déclives de la chambre antérieure.
L'inflammation plastique est la forme la plus fréquente d'iritis.
C. Iritis gommeuse. — Cette dénomination a été donnée par les auteurs alle-
(1) Ammon, De iritide. Lipsiœ, 1838.
(2) Denonvilliers et Gosselin, Ttaité des maladies </''■>• yeux. Paris, 1855^ p. 497.
8Û2 MALADIFS DF. I.'lKIS.
mnnds à une variété d'iriiis syphilitique dans laquelle se produisent des exsudations, des cblldj lomes et des épanchemi'iits plastiques fibrineux.
Toutes ces trois formes d'iritis peuvent occuper soit un seul œil, soit les deux yeux i\ la fois.
Lorsqu'un seul œil est malade, l'affection reste ordinairement, dès le début, limitée à cet œil. Mais souvent il arrive que le premier, à peine guéri, l'autre est atteint de la même inflammation ; la maladie suit alors les mômes phases et la même évolution.
Les rechutes des iritis surviennent irrégulièrement, tantôt dans un œil, tantôt dans l'autre.
Anatomie pathologique. — L'inflammation de l'iris peut se déclarer lorsque l'innervation dans les nerfs sensitifs sera abolie ou que l'engorgement dans les vaisseaux amènera des stases et des transsudations.
Les expériences de Claude Bernard ont démontré que, lorsqu'on coupe le grand sympathique, il se produit une stase du sang artériel par suite de la paralysie des vaisseaux et contraction de la pupille. Une stase prolongée amène la transsudation séreuse, surtout s'il y a, dans la composition du sang, une cause prédisposante.
C'est surtout à la surface antérieure de l'iris et sur le bord pupillaire qu'apparaissent les exsudations au début de la maladie; en même temps, le parenchyme lui-même ne tarde pas à s'infiltrer de cette exsudation, ce qui rend celte membrane épaisse et peu contractile.
La stase sanguine, jointe à l'exsudation parenchymateuse, influe d'une manière visible sur la coloration de cette membrane.
Stellwag von Carion a vu se former de véritables membranes exsudatives à la surface antérieure de l'iris. De mon côté, j'ai vu ces exsudations s'épancher en masse dans la chambre antérieure sous forme de flocons, et nager dans l'humeur aqueuse. Dans un cas d'iritis syphilitique, toute la chambre antérieure était remplie d'une masse blanche, qui s'était épanchée dans l'espace de quinze jours ; l'iris et la pupille ne pouvaient être aperçus. Le traitement antisyphilitique mixte a fait disparaître cette exsudation dans l'espace d'un mois, et le malade recouvra la vue.
Les exsudations pupillaires sont ordinairement brunâtres à cause du pigment qui se détache de la surface postérieure de l'iris et les recouvre en partie. Mais, dans certaines formes d'iritis, je leur ai vu prendre une coloration sale, jauDàtre, et cela immédiatement après l'iridectomie, ou après l'iritis traumatique. Quelquesunes de ces exsudations s'organisent et se couvrent de vaisseaux, comme j'ai pu le constater sur une petite fille qui s'était blessé la cornée et l'iris avec des ciseaux.
L'inflammation de l'iris donne quelquefois lieu à des pustules syphilitiques qui s'ouvrent dans la chambre antérieure, et qui occasionnent un hypopyon. Ricord, à l'obligeance duquel je dois les détails relatifs à plusieurs cas de ce genre, l'a plus d'une fois constaté chez ses malades.
Dans d'autres cas, des abcès se forment dans le parenchyme de l'iris ; ces abcès s'ouvrent dans la chambre antérieure, et laissent à leur place, pendant longtemps, une large ulcération. Beer (1) signale des faits de ce genre.
(i) lîeer, Lehre WndSf Augsnkretnkheiten. Bd. ï, p. A36.
DK L'IRITIS EN GÉNÉRAL.
Il arrive aussi que le pus s'infiltre dans toate l'épaisseur de l'iris sans donner l.eu à un abcès' mais, à la suite de l'infiltration, le parenchyme de cette membrane s'altère progressivement et se détruit, comme Wcller (1) et Giliberl (2) l'ont
observé. . ,
I es irilis gommeuses sont ainsi appelées parce qu'on trouve dans le parenchyme de l'iris des tumeurs syphilitiques qui ne diffèrent pas de celles que l'on rencontre dans d'autres parties du corps. Nous possédons actuellement l'étude anatomique détaillée de deux cas, dont voici le résumé :
1 Chez un homme de vingt-quatre ans, A. Graefe fut obligé d'extirper une tumeur gommeuse syphilitique de l'iris, qui avait pris un tel développement, que, malgré le traitement anlisyphilitique , cette tumeur menaçait d'amener la fonte purulente de l'œil. Examinée au microscope par Colberg, elle présentait tous les caractères des tumeurs gommeuses jeunes.
2. Chez un homme de quarante-cinq ans, atteint d'une production gommeuse dans l'iris, production qui s'étendait à la région ciliaire, avec le décollement de la rétine, Jacobson (de Kœnigsberg) extirpa l'œil, et la dissection, faite par Hippel (3) et Neumann, a donné les résultats suivants : iris hypérémié; une tumeur volumineuse occupe sa partie interne el se prolonge du côté du cercle ciliaire (fig. 154, a). Cette tumeur était blanchâtre mais très-vasculaire ; elle se composait des cellules rondes, lymphatiques, à noyau, rond. Plusieurs de ces cellules présentaient une dégénérescence graisseuse. Les cel-
Iules pigmentaires étaient altérées et en partie détruites. Outre 1 altération de 1 iris il existait une choroïdite, une rélinite et une sclérite de même nature, avec décollement de la rétine.
Étloio-le. - La question d'étiologie de l'iritis présentant le plus d importance, tant au point de vue de la symptomatologie que du pronostic et du traitement luimême, nous nous en occuperons d'une façon toute spéciale.
1. Age. — L'iritis s'observe le plus souvent entre quinze et trente-cinq ans; pourtant les enfants très-jeunes et même les nouveau-nés n'en sont pas exempts, comme l'ont démontré les auteurs anglais. Dans ces derniers cas, suivant ces praticiens, la cause est syphilitique héréditaire. C'est à partir de quinze ans que la maladie devient plus fréquente.
2. Sexe. — Le sexe n'a aucune influence sur la fréquence de l'iritis, et maigre l'assertion contraire d'Ammon et de Ruete, elle se manifeste aussi souvent chez les femmes que chez les hommes.
Fig. 154. — Tumeur gommeuse de l'iris (*).
(1) Weller, Krankheitcn der memchlich. Auges, 1826, p. Û89.
(2) GiliberL, m Schon, Pathol. Anal, des Auges. Hamburg, 1828, p. 193.
(3) Hippel, Archiv f. Ophth. v. (ivorfn. Bd. VIII, Abth. I, p. 288.
(*) a, tumeur çonimcuse de l'iris; f), sclérotique 6pa>M'ia et infiltrée
la rétine ; <% taches sanguines et «ongulum.
choroïde infiltrée ; décollement de
•um MALADIES DE l.'lftis.
3. Traumatisme. - Les blessures et surtout les contusions do la cornée cl oei I ins, les corps étrangers implantés dans Tune on dans l'autre de ces membranes, occasionnent très -fréquemment des iritis. C'est ainsi qu'on la voit survenir d,m, les opérations de la cataracte, après la contusion que subit la surface pos!érie.irede l'iris au moment du passage du cristallin. L'iritis liaumatique peut même êti3 considérée comme une des formes graves de la pblogose de cette membrane. ^ «. Causes accidentelles. — Des causes accidentelles, telles que la petite vérolei l'érysipèle, la scarlatine et diverses autres affections générales aiguës, pcuveiifl donner lieu a une iritis d'un ou des deux yeux. J'ai remarqué que celte phleg-f masie se déclare habituellement dans la période de convalescence. Ainsi, en 1809,' j'ai donné des soins à un malade que le docteur Remond, de Paris, m'avait adressé, j Ce malade fut atteint d'une iritis double très-violente au moment où il se relevait de la petite vérole, dont il avait souffert pendant quatre semaines; il n'avait jamais] eu la syphilis. Le traitement antiphlogistique amena la guérison. Une femme cou-! valescenle de la petite vérole, que j'ai eu l'occasion d'observer avec le docteur; Korabiewicz à Batignolles, a offert un cas tout à fait analogue.
Ë. Vidal (1) a rapporté le fait très-intéressant d'un érysipèle de la face développé chez une femme de trente ans, et qui s'était compliqué dans la période de couva-' lescence d'une iritis double avec déformation notable des deux pupilles
En 1869, nous avons vu dans le service de notre excellent maître le prol fesseur Lasègue, un malade atteint de rétrécissement des bronches, qui pendant la convalescence d'une pneumonie fut pris d'un herpès de la face et de phlvctènes cornéennes avec une iritis double excessivement violente, laquelle ne céda qu'à un traitement antiphlogistique énergique. Stellwag von Carion (2) parle d'iritis dans la pyobémie.
5. L'iritis apparaît souvent comme une complication dans les maladies d'autres membranes de l'œil. C'est une iritis secondaire, moins grave que les autres, et qui est souvent accompagnée de kératites primitives ou suppuratives, dechoroïdites et de décollements de la rétine.
6. Les causes spécifiques provenant des différentes crases du sang ont été considérées depuis longtemps comme les causes les plus fréquentes de l'iritis. Il faut avouer que, malgré les différences peu sensibles et en général mal connues, qui distinguent les diverses variétés d'iritis, leur existence ne peut cependant être mise en doute.
Au point de vue des causes spécifiques, nous devons étudier les variétés suivantes d'iritis, qui nous semblent présenter quelques particularités dignes d'attention toute particulière.
I. Iritis syphylitique. — Parmi les inflammations de l'iris, l'iritis syphilitique est l'une des plus fréquentes; et d'après la statistique que j'ai pu établir, elle se rencontre soixante-deux fois sur cent.
Symptômes particuliers. — Parmi les signes qui sont particulièrement propres à l'iritis syphilitique, nous signalerons le cercle cuivré, ou jaune brunâtre, occupant tout le bord pupillaire, qui reste boursouflé et infiltré outre mesure. Des
(1) E. Vidal, Mi- moires de In Société de biologie. Paris, 1803. p. 49.
(2) Stollwag v. Carion, Die Ophtlifilmologie, Bd. Il, Abth. I, 1856, S. 2C2.
de l'iritis, en général. ^ lilaraents brunâtres se portent dans toutes les directions sur la surface de l'iris, et souvent même toute cette membrane prend une teinte jaune brunâtre et se
11 Un second signe de la dialhèse syphilitique plus important que tous les autres, L s;ins contredit la présence des condylomès de Vins; ce symptôme peut être considéré comme palhognomonique. On voit à la surface de cette membrane, et non loin du bord pupillaire, une petite élevure ou tumeur arrondie, d'une couleur bnm rougeâtre, et quelquefois blanc grisâtre, recouverte à la surface d'une sorte de voile grisâtre ainsi que de nombreuses stries rouges qu'on prend habituellement pour des vaisseaux. Le plus souvent on ne rencontre à la surface de l'iris qu'une seule de ces tumeurs; quelquefois pourtant elles sont multiples. Elles peuvent exister en l'absence de toutes douleurs et de tous les autres signes d'intis. Cette circonstance s'est présentée chez une jeune malade du service du professeur Richet, à la Pitié, atteinte d'une iritis gommeuse, qui guérit facilement après un traitement mercuriel. La tumeur se dissipa, bien que la malade eût nié la cause svphilitique.
Ces petites tumeurs ne diffèrent en rien des-tumeurs gommeuses syphilitiques, nue l'on retrouve dans d'autres organes, et l'examen microscopique fait par Colberg sur une de ces tumeurs enlevées, a constaté la présence des cellules fusiformes, des'cellules de nouvelle formation et des noyaux libres. Pour Ricord ces taches ou tumeurs de l'iris ne sont souvent autre chose que des pustules ou des abcès.
Des élevures analogues aux condylomès syphilitiques peuvent dépendre, il est vrai, des abcès de l'iris; mais ces cas sont rares. Velpeau et Mackenzie en ont rapporté des exemples ; j'en ai rencontré aussi chez les enfants scrofuleux.
L'existence simultanée de l'inflammation dans plusieurs membranes de l'œil de structure différente, constitue le troisième signe de l'affection syphilitique. Ainsi une iritis qui se complique de kératite interstitielle, de sclérite, de choroïdite et surtout d'une rétinile ou d'une névrite optique, est pour moi une iritis syphilitique non douteuse.
C'est ainsi que j'ai soigné, en 1868, un homme âgé desoixante ans, atteintd'une iritis grave. Le malade nia la cause syphilitique ; mais, en présence des signes de choroïdite, de rétinite apoplectique, d'une névrite qui existaient simultanément, je n'ai pas hésité à diagnostiquer une affection syphilitique, ce que confirmèrent du reste plus tard les docteurs Ricord et Clerc.
Pour Rollct(l), les douleurs nocturnes intenses constituent un des symptômes propres à l'iritis syphilitique. Ces douleurs apparaissent quelquefois avant les autres signes d'iritis, puis elles augmentent avec les progrès de la maladie et deviennent quelquefois intolérables. Il faut pourtant avouer que les névralgies Ciliaires sont généralement moins fréquentes dans l'iritis syphilitique que dans les autres, et il arrive bien souvent (pie les malades sont atteints d'une inflammation très-violente sans éprouver de souffrances.
Quant au signe dont parle Reer : que dans une iritis syphilitique la pupille est entraînée par les synéchies en haut et en dedans, il n'a aucune valeur ; on le rencontre indistinctement dans toutes les inflammations de celte membrane.
[\) Rollet, Traité des maladies vénériennes. Paris, 1867, p. 873.
MALADIKS DE l.'llUS.
Les autres signes d iritis syphilitiquo ne diffèrent on rien de l'iritis sinip'o J pour faire un diagnostic exact, il est nécessaire de prendre en considération les antécédents du malade, l'existence du chancre, des syphilides, des plaques muqueuses, des angines chroniques, etc.
Selon Rollet, celte affection constitue le plus souvent un symptôme franchement secondaire, et quelquefois le symptôme de transition. Le docteur Clerc pense que l'irilis peut, dès le début, accuser une forme grave et ressembler à une affection tardive et tertiaire; dans d'autres cas, elle appartient a la forme secondaire.
Ricord admet trois formes d'irilis : érythématcuse, caractérisée par une exsudation séreuse; forme papuleuse avec exsudation plastique analogue aux syphilides populeuses et qui ressemble à un condylome, et l'irilis pustuleuse, lorsqu'on voit à la surface de l'iris des tumeurs semblables aux condylomes, mais qui ne sont en réalité que des pustules, se transformant quelquefois en abcès et pouvant, donner lieu à un hypopyon et à un travail ulcératif dans l'iris, comme Ricord l'a observé plusieurs fois.
L'irilis se montre habituellement dans la période des syphilides secondaires, c'est-à-dire six semaines après l'apparition du chancre, et quelquefois quatre, six, huit et dix mois après. Je l'ai même vue se manifester quatre à six ans après l'accident primitif. Il arrive aussi, d'après Ricord, que l'irilis n'est que le seul et le premier symptôme de l'affection secondaire de la syphilis.
Chez les enfants, l'irilis est le plus souvent consécutive à la syphilis héréditaire et congénitale. La maladie est ordinairement indolente et quelquefois accompagnée de dépôts centraux blanchâtres sur la capsule. J'ai observé une iritis très-grave avec un condylome chez un enfant atteint d'une kératite, interstitielle; l'affection disparut sous l'influence d'un traitement antiphlogistique et de l'iodure de potassium administré à l'intérieur. Dixon (1) et Hutchinson ont rencontré des cas d'irilis syphilitique chez les enfants dès l'âge de quatre mois.
L'iritis syphilitique peut se présenter sous une des trois formes que nous avons décrites précédemment. Lorsqu'elle est de nature séreuse, l'augmentation de l'humeur aqueuse devient considérable, la cornée se trouble; il y a une kératite ponctuée, et l'œil semble même jusqu'à un certain point atteint de choroïdite séreuse, ce que nous avons pu constater cette année avec le professeur Richet sur une jeune malade de sa clinique.
L'iritis syphilitique-plastique est la plus fréquente ; il se forme quelquefois des exsudations plastiques fibrineuses blanchâtres, tellement nombreuses dans la chambre antérieure qu'elles simulent même la présence du pus. J'ai vu une fois la chambre antérieure tout entière remplie par cette exsudation, ce qui n'empêcha pas le malade de guérir complètement au moyen du traitement mixte le plus énergique.
IL Iritis blennorrhagique. — L'inflammation des articulations et de l'iris pendant le cours d'une blennorrhagie a été observée depuis longtemps; mais on hésitait à attribuer ces altérations à la cause blennorrhagique. Pourtant les faits recueillis par tous les syphilographes ne permettaient pas de nier son existence.
Mais quant à l'irilis blennorrhagique, elle n'a été réellement démontrée que par
(1) Dixon, Guide àfthe fratâcàl Study ofpisèam oftke Bye, London, 1855. p. 1A5.
de l'ïritîèI es général. 3Z|7 Mackenzie (1), Velche (2), RtCOrd (3), Rollet (U), Alfred Fournier (5) et Gale-
*7l%nes particuliers. - Dès le début, l'inflammation de l'œil est très-vive ; la conjonctive et la sclérotique sont très-fortement injectées, sans qu il y ait la moindre trace de suppuration.
Bientôt la face postérieure de la cornée se .trouble; des dépôts blanchâtres ou Blgmentaires se forment par places, l'humeur aqueuse perd sa limpidité; la pupille se déforme, et les synéchies postérieures de peu de consistance envahissent la pupille. Pendant ce temps, la surface de l'iris ne change pas beaucoup d aspect; sa couleur est un peu plus foncée, mais on ne voit pas la teinte cuivrée de 1 int.s syphilitique ou des condylomes. C'est, en un mot, une jmtis séreuse.
La photophobie, le larmoiement et les douleurs périorbitaires sont excessivement violentes; mais, au lieu de s'aggraver la nuit, elles prennent plus d intensité le matin et après les repas. ,„•••,.•
Il existe une autre forme d'iritis ble.morrhagique; c est lintis plastique ou fibrineuse, que j'ai observée surtout à la seconde ou à la troisième rechute de la
maladie. „.,,'.. r . i„
Dans le champ pupillaire apparaît une exsudation blanchâtre, formée par la lymphe coagulable, et qui se précipite quelquefois dans la chambre antérieure sous forme de nombreux flocons blanchâtres. Ces exsudations sont quelquefois très-abondantes et pourraient remplir toute la chambre antérieure s. la maladie n'est pas soignée énergiquement dès le début.
Cette affection a une marche rapide; elle produit des adhérences tres-nombreuses adhérences qui cèdent pourtant facilement à l'action de l'atropine. J'ai même vu des dépôts de la capsule disparaître complètement sous l'influence du
traitement. 0.
Mais de même que les arthrites blennorrhagiques, la maladie laisse une prédisposition aux récidives; et, chaque fois que le malade contracte une nouvelle blennorragie, il est pris d'arthrite et d'iritis. Il arrive aussi que les attaques d iritiS reviennent pendant les saisons froides et humides, sans qu'il y ait eu de nouvelles inoculations de blennorrhagie. Ricord dit même avoir observé des ir.tis blennorrhagiques chez des malades qui n'avaient point d'arthrite.
HI. Iritis goutteuse ou abtiiritique. — La dialhèse goutteuse est trèsvariée dans son évolution, et, selon qu'elle se traduit par une inflammation des articulations, ou qu'elle frappe soit les viscères, soit tout autre organe interne, elle est désignée par Trousseau par les noms de goutte régulière ou goutte irrégulière. ..
La goutte régulière offre des symptômes prémonitoires du côté de 1 appareil digestif, de l'appareil urinaire et de l'appareil nerveux; quelquefois il y a delà
(1) Mackenzie, Traité, etc., t. II, p. 35.
(2) Vetche, Prnctkal Trentise on the Dheascs of the Eyc. London, 1820, p. 19î>.
(3) Ricord, Lettres sur In syphilis. 3U édition. Paris, 1863, p. 30. (Il) Rollet, Traité des malad. vénériennes. Paris, 1866, p. 351.
5 A. Fournier, Union médicale, 1867. - Voy. A. Fournier, Nouveau Dtcttùnnawe de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1866, t. V, p. 239, article Blewkorrhagie. (6) Galezowski, Gazette des hôpitaux, 1867.
2tiS MALADIES DE L'ilUS.
Wenno^gie et une prédisposition ca.arrhalo du côté d* veux Srudamo.e
de£/iZeS r* vf dfl !'oplnba,mie'
C " VI g°T^ DaD8 qUClqi,CS cas' comm(i l'a fait «^aer le
o s no 7°' î P,'6SentC U,1C ^ ^érable, et die cons.iiu,
aïois une intis ou indo-sclérite goultcuse.
Mais c'est surtout dans "la goutte larvée ou irrégulière que les symptômes inflammatoires peuvent se déclarer du côté des yeux. Les malades sujets aux migrâmes goutteuses, à l'angine goutteuse, aux coliques néphrétiques, aux aiïeclions cutanées, etc., sont pris tout d'un coup de troubles visuels dus à une bouIU- «régulière ou larvée nommée par les anciens métastase goutteuse. Trousseau M \ disait avec ra.son que les goutteux se plaignent souvent d'accidents du côté de la vue; les yeux leur semblent couverts de flocons; mais ces sympiômes disparaissent aussitôt que la goutte gagne le pied.
Dans d'autres cas, cette sorte de métastase se traduit d'abord par une sclérile puis par l'iritis. L'inflammation de l'iris se manifeste aussi quelquefois d'emblée.'
L'iritis goutteuse ne présente pas de symptômes particuliers qui permettent do la distinguer des autres formes. Voici pourtant quelques particularités qu'il es' utile de signaler.
L'iritis arthritique commence souvent par une sorte de rougeur scléroticale, localisée le plus souvent dans le segment externe du globe et loin de la cornée! Cette rougeur est accompagnée d'une boursouflure, et simule une phlyclène: mais, dès le début, des douleurs périorbilaires très-violentes se manifestent, douleurs qui ne cèdent à aucun moyen et persistent pendant huit ou dix jours. Petit à petit, elles s'apaisent et le malade se croit guéri; mais une imprudence, un exn's de table ou toute autre cause occasionne une rechute des plus violentes.
Quant à l'iris lui-même, sa couleur reste la même; la pupille est en apparence peu modifiée, et les instillations d'atropine font seules découvrir des synéchios postérieures.
Mais cet état de l'iris peut s'aggraver d'une manière sensible si l'on n'intervient pas à temps par le traitement convenable. La pupille prend alors des adhérences très-solides avec la capsule; quelquefois même elle est oblitérée parles exsuda tions i i! y a une atrésie complète.
Le larmoiement est excessif chez ces malades et reparaît à chaque crise. La photophobie est aussi intense; quant aux autres symptômes, ils sont les mêmes que dans les autres formes d'irilis.
IV. Iritis rhumatismale. — On observe une forme particulière d'inflammation de l'iris pour laquelle aucune cause ne peut être invoquée, et on la rapporte habituellement à une cause rhumatismale, surtout si l'individu est sujet aux douleurs articulaires ou musculaires plus ou moins prononcées.
Malheureusement aucun signe caractéristique de l'iritis rhumatismale ne peut être retrouvé, et l'embarras augmente encore lorsque celle iritis idiopalhique apparaît chez une personne qui n'est jamais sujette aux douleurs rhumatismales. D'autre part, on sait, d'une manière positive, que le rhumatisme articulaire aigu
(I) Trousseau, Clinique médicale de riMlel-Dim. Paris. 18G8. t. III. 3« edit., p. 339.
de l'iritis en général: ^''9
ne donne jamais lieu à des symptÔmen d'iritis. Pour moi l'cxislence d'une iritis rhumalismale simple ii'esl pas encore démontrée.
Il existe encore des iritis sympathiques, consécutives à une altération iraumatique de l'autre œil. Nous nous en occuperons en parlant des ophthalmies sympathiques en général.
Marche de l'iritis en général. — La marche d'une iritis est excessivement variée; elle dépend de la cause d'inflammation et des prédispositions individuelles.
L'iritis traumatique a une marche plus aiguë et parcourt ses différentes phases plus rapidement que les autres.
L'iritis syphilitique diffère beaucoup déforme et de durée; sa marche est ordinairement lente; rarement elle guérit avant trois semaines; le plus souvent, elle ne cède qu'après six semaines à deux mois.
Les formes aiguës d'iritis syphilitique présentent souvent des exacerbalions, et les changements en mieux ou en pire sont d'autant plus fréquents que des altéra lions se manifestent du côté de la cornée ou de la choroïde.
V iritis bknnorrhagique a une marche régulière, n'offre pas de complications, et guérit facilement. Quant à Y iritis goutteuse, sa marche est lente, avec des rémittences marquées; sa durée est d'autant plus longue qu'elle atteint le malade pour la deuxième ou la troisième fois.
Toutes les iritis, à part l'iritis traumatique, laissent une prédisposition à des récidives. J'ai vu ces rechutes se produire à chaque saison froide et humide, et après que les yeux avaient été pendant longtemps fatigués par un travail assidu et par des veilles de nuit.
La marche ultérieure de l'iritis dépendra en grande partie des altérations qui se seront déclarées dans la pupille et la chambre postérieure. C'est ainsi que la formation de nombreuses synéchies postérieures gênera beaucoup les mouvements de cette membrane et contribuera aux stases sanguines. D'autre part, si les synéchies postérieures occupent une grande partie de la pupille, l'humeur aqueuse sécrétée par le cercle ciliaire ne pourra que difficilement passer dans la chambre antérieure; elle s'accumulera derrière l'iris et le repoussera en avant. Consécutivement à la pression continuelle exercée sur cette membrane, de nouvelles attaques inflammatoires seront imminentes.
Diagnostic différentiel de l'iritis en général. — Il est facile d'établir le
diagnostic entre une iritis et les autres maladies de l'œil.
On ne pourra confondre cette affection avec celles de la conjonctive, même si la conjonctivite phlycténulaire occupe le bord de la cornée. Le soulèvement du limbe conjonclival et la présence des phlyclènes périkératiques rendront le doute impossible, surtout si l'on ne trouve ni la décoloration de l'iris, ni de synéchies postérieures, ni de trouble dans l'humeur aqueuse, et lorsque la pupille conserve son volume et sa contraction normale.
Une iritis peut être associée à une kératite, et d'après le degré d'inflammation de l'une ou de l'autre de ces membranes, on saura laquelle des deux a été primitivement affectée.
En parlant des maladies de la choroïde, nous donnerons des indications pour distinguer l'iritis des affections de cette membrane.
350 MALADIES L'illlS.
Mais il n'est pus toujours facile de reconnaître la nature de la maladie inllani- ( niaioire de l'iris; au point de vue pratique, il importe su rlool de diagaortiqueB la cause syphilitique. Les signes suivanls pourront aider efficacement à porter coj diagnostic : lu L'irilis syphilitique est la plus fréquente de toutes les i ri lis* 2° plus souvent que les autres elle est exemple de douleurs, même lorsque il rougeur est très-prononcée ; 3" le cercle cuivré au bord de la pupille, les condy-5 lomes, et les douleurs nocturnes se montrent de préférence dans l'irilis syphilitique ; U° les complications du côté du corps vitré, de la rétine et de la choroïde et même dans la cornée doivent faire pencher le diagnostic vers la syphilis; ' 5° l'iritis syphilitique coexiste le plus souvent avec l'éruption cutanée caractéristique, le mal de gorge chronique, etc.
Pronostic de l'iritis en général. — Il n'est pas toujours facile de prévoir I au début quelles seront les conséquences d'une iritis. Pourtant, en se rappor- j tant aux symptômes de la maladie, et aux complications qui existent du côté des I autres membranes de l'œil, on peut jusqu'à un certain point préjuger de son issue \ prochaine.
Lorsqu'une iritis n'est point accompagnée d'inflammation d'autres merabra- I nés, et que le corps vitré, la choroïde et la réline conservent leur intégrité par- ] faite, le pronostic de l'iritis ne présente aucune gravité, et la guérison aura lieu au bout d'un temps qui varie entre quatre semaines et quatre mois.
Il n'en est pas de même quand nous avons affaire à une iritis compliquée de : ces diverses altérations; là, le danger est sérieux, et la maladie peut entraîner : au bout d'un temps plus ou moins long une iridochoroïdile grave et une perle de la vue.
C'est pourquoi il importe beaucoup d'examiner soigneusement à l'opththalmoscope les yeux atteints d'iritis, pour constater dès le début l'état des membranes internes de l'œil.
Les affections de la cornée qui accompagnent l'iritis n'offrent pas le même danger que les complications dont nous venons de parler.
La kératite interstitielle rend la marche de la maladie plus lente, les douleurs plus vives, et prolonge quelquefois sa durée d'une manière excessive. En 1869, j'ai été à même de constater un fait de ce genre, avec le docteur Magne, chez un de ses malades que nous avons vu en consultation.
Par elles-mêmes les kératites ponctuées ne modifient pas beaucoup le pronostic ; mais il est indispensable d'examiner le fond de l'œil, afin de reconnaître l'état des procès ciliaires.
Les iritis secondaires, accompagnant les kératites, ne présentent pas ordinairement de gravité, et les exsudations pupillaires atteignent rarement de grandes proportions.
L'irilis syphilitique doit toujours être considérée comme une affection trèssérieuse, à cause des complications qu'elle peut entraîner du côté de la choroïde et de la rétine, soit à la première crise, soit dans des atteintes ultérieures.
Mais la gravité augmente lorsque les gommes syphilitiques se développent dans l'épaisseur de l'iris, et surtout près du grand cercle. Certaines variétés des condvlomes diffus se résorbent sans laisser de traces ; d'autres, au contraire, prennent uiie extension considérable et ne cèdent à aucun traitement; c'est pourquoi
DE L'ihlTJS EN GÉNÉRAL. 351
le docteur Clerc classe cette variété d'irilis parmi les sypliilides graves. Elles peuvent, en ell'et, occasionner la perte de l'œil, par suite du développement ultérieur soit de l'irido-choroïdile, soit de la rétino-choroïdite on de décollement de la rétine.
Traitement de l'ïritis en général. — Il est nécessaire de rechercher, avant tout, avec la plus scrupuleuse attention, la cause de l'irilis, alin de diriger le traitement contre la constitution morbide de l'individu.
Mais il existe des indications communes à toutes les formes de cette affection, et ces indications doivent être remplies dès le début. La congestion inllammatoire est, en effet, combattue par les mydriatiques et les moyens antiphlogisliques.
t. L'usage de l'atropine joue un rôle important dans le traitement d'une iritis, à quelque variété qu'elle appartienne et quelle que soit sa nature. On le prescrit et on l'emploie de la manière suivante :
Of Eau distillée 10 grammes, j % Eau distillée . . 10 grammes.
Sulfate neutre d'atropine 5 centigr. Sulfate neutre d'atropine. 2 centigr.
Instiller dans l'œil une goutte de ce collyre toutes les deux ou trois heures, et, dans les cas rebelles, toutes les 10 ou 15 minutes.
L'usage de ce collyre devra être continué en plus ou moins grande quantité pendant tout le temps que durera la maladie, et même on ne le suspendra complètement que plusieurs semaines après la guérison complète. Autrement, on court le risque de voir survenir des récidives.
L'action de l'atropine est très-complexe : par la dilatation de la pupille, on éloigne le bord pupillaire du contact de la capsule antérieure et on prévient la formation des adhérences. Lorsque les synéchies sont déjà constituées et qu'elles ne sont pas très-anciennes, on arrive à les rompre, en partie ou en totalité. L'atropine possède aussi une inlluence antiphlogislique, en ce sens que l'iris une fois dilaté, le volume des vaisseaux est diminué ainsi que la quantité de sang qu'ils peuvent contenir. D'autre part, en paralysant l'action du muscle accommodateur, ce médicament entrave la tension inlra-oculaire et contribue d'une manière puissante à dissiper l'hypérémie. Nous ne partageons pas l'opinion de ceux qui conseillent l'atropine à fortes doses, telles que 10 à 25 centigr. pour 10 grammes d'eau distillée, pour en instiller une goutte touLes les cinq minutes. J'ai vu ce procédé amener clic/, certains malades une véritable intoxication, sans pour cela enrayer la marche de l'iritis.
On rencontre des idiosyncrasies contre l'atropine, et le docteur Seeley, de Cincinnati, propose de combiner alors le sulfate de zinc avec l'atropine. Pour ma part, je préfère l'usage alternatif d'atropine et d'ésérine. En faisant instiller une goutte du collyre d'ésérine le matin et trois ou quatre gouttes d'atropine dans l'après-midi, j'ai pu obtenir les résultats les plus satisfaisants. Un de mes élèves, le docteur Theveny, de Plancy (Aube), a employé ce même moyen avec beaucoup de succès.
2. L'application des sangsues, au nombre de 8 à 10 à la région temporale, mais tout près de l'oreille pour un adulte, et de h à 6 pour les sujets jeunes, sera -indiquée toutes les fois que la maladie fera du progrès, que les douleurs ne seront
362 MALADIES DE l.'lKJS.
pas calmées par l'atropine, et que l'action de ce médicament restera sans efficacité.
Cette déplétion sanguine locale pourra être renouvelée au bout «le sept à huit jours, si l'état du malade l'exige.
Quand ces moyens sont insuffisants, on pratiquera la saignée générale du bras (de 300 à ZiOO grammes). Velpeau en a montré l'elïicacilé. J'ai vu le professeur Richet employer la saignée générale avec grand succès contre les iritis simples ou syphilitiques.
3. La paracentèse a été recommandée par Sperino pour les iritis graves, aiguës ou chroniques. On y aura recours lorsque les moyens indiqués ci-dessus resteront sans résultat. On la fera au bord de la cornée elle-même avec une aiguille à paracentèse très-fine, ou bien avec le couteau de Crilchett. Mais nous ne sommes pas de l'avis de ceux qui veulent faire la paracentèse pour vider l'hyphéma accompagnant quelquefois les iritis. Ce sang se résorbe tout seul sous l'influence d'un traitement convenable.
k. La photophobie et la sensibilité de l'œil doivent être combattues par les fomentations tièdes avec la solution suivante :
Ifi Extrait de jusquiame . . 10 grammes. I "if Eau distillée 150 grammes.
Eau distillée 100 — Laudanum de Rousseau . 10 —
5. Pour combattre les douleurs circumorbitaires, on emploiera avec succès les frictions sur les paupières avec la pommade suivante, dont j'ai pu expérimenter l'efficacité :
2£ Axonge fraîche 10 grammes.
Hydrochlorate de morphine 25 à 50 centigr.
6. Si cette pommade ne soulageait pas les douleurs, on ferait, avec la solution suiv ante, une injection hypodermique de morphine dans la région temporale :
¥ Eau distillée 10 grammes. | Hydrochlorate de morphine... 50 centigr.
Injecter de 8 à 10 gouttes.
7. Les frictions avec la pommade mercurielle belladonée dans la proportion d'un tiers ou d'un quart d'extrait de belladone, réussissent souvent à calmer les douleurs. On fera des onctions tous les soirs et tous les malins, sur le front et derrière l'oreille, avec la pommade mercurielle double ou l'onguent gris.
8. Dans ces derniers temps, j'ai réussi à appliquer avec succès lelhérisalion localisée pour calmer les douleurs périorbitaires les plus rebelles, au moyen d'un appareil de Ricbardson, modifié par Robert et Collin d'après mes indications, et qui a pour but de localiser un jet d'éther sur un point douloureux. La figure 155 représente cet appareil.
9. Le traitement intente doit être dirigé contre la cause probable constitutionnelle de la maladie, et, aussitôt que cette cause, syphilitique, rhumatismale ou arthritique, sera reconnue, on agira contre ces différentes diathèses.
DE f.'lRLTJS EN (1ÉNERAL.
L. Dans une iritis syphilitique, qui se rapporte le plus souvent à la période fecondaire, on aura recours à l'usage des pilules de proto-iodure de mercure ou de sublimé dans les proportions et sous les formes suivantes :
àâ 3 gr.
if Protoiodure de mercure. . . I
Thridace (
Extrait thébaïque 1 gr.
Conserves de roses 6 —
F. s. a. 60 pilules là 'i par jour
(Ricord.)
if Sublimé 40 centigr.
Extrait gommeux d'opium. . 50 —
Extrait de gaïac 6 grammes.
F. s. a. liQ pilules là 4 par jour.
(Dupuytren.)
% Richlorurc d hvdrargvre. . . > .
nui i a i j. • J aa 1 gramm.
Chlorhydrate d ammoniaque \
Eau distillée, q. s. pour dissoudre.
F. s. a. 100 pilules. ... 1 à II par jour.
(Clerc.)
Bichlorure de mercure. ... 1 partie.
Eau pure 900 —
Alcool rectifié 100 —
Prendre de 2 cuillerées à café à 2 cuillerées à bouche par jour dans du lait.
(Liqueur Van Swieten.)
L'usage prolongé du mercure amène la salivation, que l'on combattra par des frictions des gencives avec la poudre suivante :
'if Craie préparée 6 grammes.
Chlorate de potasse 10 —
Poudre de quinquina.
Essence de menthe . .
h grammes, quelques gouttes.
Les préparations mercurielles doivent ê si l'on veut prévenir les récidives. Voici à ce sujet l'opinion de Ricord (1) : « Six mois de traitement mercuriel, et puis trois mois de traitement ioduré destiné à prévenir les accidents éloignés de la diathèse, telle est la médication qui donne les cures les plus soutenues. »
Si les malades ne peuvent pas supporter les préparations mercurielles, et s'ils sont atteints de gastralgie, on doit faire administrer ces préparations pendant les repas et les associer aux préparations toniques.
2. Dans certaines formes d'iritis plastique, les préparations mercurielles, administrées seules, sont insuffisantes pour combattre la maladie ; on doit, dans ces cas, avoir recours au traitement mixte, soit sous forme de sirop ou de pilules contenant ces deux préparations combiné' dicamenls dans des préparations séparées.
employées pendant plusieurs mois,
FiG. 155. — Appareil à anesthésie de Richardson, modifié sur les indications de Galezowski.
, soit en faisant prendre les deux méoici quelques formules :
(1) Ricord, Leçons sur le chancre, etc., p. 221.
GALEZOWSKI. .
'îf Kiiodurc île mercure. .
lodure de potassium. .
Amidon
Gomme arabique
Eau
F. s. a. 50 pilules, de 2
MALADIES DE L'iRIS.
âà 50 centigr.
G grammes.
à 5 par jour.
(Puolie.)
if Biiodure de mercure. . . 20 centigr. Iodurc de potassium ... 10 grammes.
Eau 10 —
Sirop 500 —
De I à 2 cuillerées.
(Sirop de Gibertou de Boutigny.)
3. L'absorption du mercure peut être obtenue aussi par les frictions avec l'onguent rriéreurie] double ou l'onguent napolitain. Les frictions à l'onguent mercuriel double sont faites avec h grammes de pommade par jour sur les jambes et continuées pendant trente jours. Celle méthode est remise actuellement en pratique par Panas, à Paris, et en Angleterre par Pridgin Teale (1).
h. L'injection de mercure sous la peau donne aussi des résultats favorables, ainsi que l'ont montré les expériences de Liégeois. Ed. Cruveilhier a appliqué celte thérapeutique dans un cas d'iritis grave avec condylome, et il a obtenu un succès rapide. Le malade était atteint d'abord d'une méningite spinale, puis d'iritis gommeuse. La solution de sublimé a été combinée avec une petite dose de morphine, comme le conseillent Lenoir et Liégeois; dans l'espace de trois semaines l'iritis a été complètement guérie.
If Eau distillée 90 gramm.
Sublimé corrosif. 20 centigr.
Hydrochlorate de morphine 10 — ■
(Liégeois.)
"if Chlorydrate de morphine.. 1/2 centigr. Biiodure de mercure et de
polasse 2 —
(Lewin, Liguori et Martin.)
Par l'emploi de ce procédé Martin est parvenu à guérir les syphilides secondaires datant de trois à six mois en injectant, à six fois différentes, 2 centigr. de biiodure de mercure et de potassium combinés (2). Liégeois fait deux injections par jour h la dose de 6 à 10 gouttes de sa solution.
5. Dans les cas d'iritis, dont il est difficile de préciser la nature et dans lesquels la cause syphilitique est probable, on doit prescrire les préparations mercurielles, soit sous les formes indiquées plus haut, soit sous la forme de calomel :
If Calomel 25 centigr.
Opium 12 —
Extrait de réglisse.. , 4 gramin.
F. s. a. 60 pilules. . . de 2 à 8 par jour.
(Vidal.)
1£ Calomel 50 centigr.
Extrait de belladone 10 —
Extrait de gaïac 2 gramm.
F. s. a. 50 pilules. . . de 2 à 5 par jour.
(Galezowski.)
Le même traitement pourra être employé avec efficacité dans les autres formes d'iritis, surtout si cette affection se complique des altérations de la cornée.
6. Dans des irilis blennorrhagique, ou rhumatismale, le traitement interne se composera des dérivatifs sur les intestins au moyen des purgatifs salins renouvelés tous les deux ou trois jours et de l'emploi de sulfate de quinine à la dose de 30 50 centigr. deux fois par jour. Par ces moyens, je suis parvenu très-souvent à amener rapidement la guérison.
(1) Tcalc, On the relative Value of Atropine and of Mercury m the trmtmcnl of acutc irilis (Ophth. Hospit. Reports, t. V, p. 150).
(2) Brochin, Gazette des hôpitaux, 1S69, 25 sept.
DE L'ilUTIS EN GÉNÉRAL
7. La térébenthine employée intérieurement agit très-efficacement dans certaines formes d'Jritis, notamment dans les formes rhumatismale et blennorrhagique. Carmichael l'a expérimentée le premier; le docteur Soelberg Wells se loue beaucoup de son emploi, et, pour ma part, j'ai eu plus d'une fois l'occasion de me convaincre de son ellicacité. Je l'administre habituellement sous forme de capsules, contenant chacune 2 grammes, et que je porte de une à cinq par jour.
8. Dans une iritis goutteuse, le traitement local sera le même que dans les autres variétés. Quant au traitement interne, il doit se composer en grande partie de moyens dérivatifs sur les intestins et de colchique.
Le malade devra être purgé tous les deux ou trois jours au moyen de l'eau de Birmendorf ou de Pullna. Il usera en outre des préparations de colchique.
Régime. — Une des conditions indispensables pour le rétablissement complet de l'œil malade est de le soustraire totalement à l'action de la lumière; à cet effet, le malade devra porter constamment des conserves, teinte fumée, lorsqu'il sort au dehors.
Tout travail exigeant une application des yeux devra être interdit comme pouvant exagérer leur irritabilité. Celte précaution sera d'autant plus nécessaire que l'œil malade étant très-sensible à la lumière, et la pupille étant dilatée par l'atropine, aucun travail ne serait possible.
Le régime alimentaire doux et même débilitant devra être suivi au commencement de la maladie ; à une période plus avancée, on aura recours à un régime tonique ; mais on évitera pendant longtemps l'usage des liqueurs fortes, des vins capiteux, du café, etc.
Bibliographie. — Carmichael, Observ. on the Effic. of Turpentine in tke Venereal a. other infiamm. of the Eye. Dublin, 1829. — Lawrence, Venereal Diseuses of the Eye. London, 1830. — Velpeau, Dictionnaire en 30 vol., article Iritis, 1838, t. XVII, p. 131. — Sichel, De Viritis syphilitique {Journ. des conn. méd. prat., t. VIII, p. 65, et Iconographie, texte p. 119). — Ammon, Iritis séreuse, iritis parenchymateuse et ses diverses espèces {Annales de là chirurgie française et étrangère, 1844, t. X.) — Deval, Des affections vénériennes de l'œil {Gazette médic, 1848). — Ricord, Clinique iconographique de l'Hôpital des vénériens. Paris, 1851; et De l'iritis syphilitique {Annales d'oculistique, t. XXXVI). — Quadri, De l'iritis séreuse {Annales d'oculist., t. XXXYI) ; et Consid. anat. sur l'iritis séreuse {Ann. d'oculist., 1857, t. XXXVII, p. 31). — Hutchinson, Iritis syphilitique héréditaire {Annales d'oculit., t. LXI). — Melchior Robert, Mém. sur l'iritis syphil. {Ann. d'oculist., 1851, t. XXVI, p. 16, et Traité des maladies vénériennes. Paris, 1861). — Pilz, Die Entzûnd. der Regenbogenhaut {Prager Vierteljhar., 1856 , vol. XII, p. 4). — Graefe, Uebcr Coremorphosis gegen chronische Iritis û Iridochoroïdites {Archiv f. Ophthalmologie, 1856, Bd. II, Abth. II, p. 202). — Tavignot, Du traitement de l'iritis aiguë ou chronique par la méthode des ponctions kérato-iridiennes {Union méd., 1859, p. 152). — Duncalfe, Du rhumat. et de l'iritis gonorrhéique {British med. Jour., June 1860). — Wollowicz, Beitraga zur Uhrcvon der Iritis, Inaug. Dissert. Miinchen, 1862. — Sperino, Iritis, in Etudes sur l'évacuation répétée dè l'humeur aqueuse dans /es maladies de /'</•//. Turin, 1862, p. 221.— Rollet, Traité des maladies vénériennes. Paris, 1866, p. 350 et 872. — Lancereaux, Traité histor. et pratique de ta syphilis. Paris, 1806, p. 190. — Galezowski, Sur l'iritis blennorrhagique {Gazette des hôpit., 1867). — Schirmer, Praktische Bemcrk. zur Diagnose u. Thérapie der Iritis {Klin. Monastbl. 1867, p. 188 ; et Ann. d'ocul., 1869, mai et juin, « p. 278). — Becker, Iritis chronica in individuo syphilitico, Zerrcissung der hinteren Synechien durch das Extract, der Calabarbone {Augenldinik der Wiener fJniversitut, Aà.l, Teteer, Rydel, und Becker. Wien, 1867, p. 78).
MALADIES DE I.'IKIS.
AUTICLE III.