‹ Traité des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 20 sur 167 · PHLEGMON ET ABCES DES PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

PHLEGMON ET ABCES DES PAUPIÈRES

La marche de cette affection est très-rapide ; la tuméfaction gagne la face et le cou, et quelquefois la mort survient au bout de trois ou quatre jours. Dans d'autres cas, la paupière se détruit, et l'œil se trouve, suivant Lisfranc (1), complètement perdu. L'indication principale, pour le traitement de cette affection, est, ou le conçoit, de s'opposer avec la plus grande rapidité possible à l'absorption du pus vénéneux. Lisfranc cautérisait avec le fer rouge toute la partie gonflée, ainsi que la pustule. Bourgeois (d'Etampes) préfère employer la potasse caustique. Le traitement tonique, le vin et le rhum devront être prescrits à l'intérieur. Affection FARCiNEUSE. — On a confondu l'ulcération farcineuse des paupières avec la pustule maligne. Mackenzie dit avec raison que le diagnostic devient facile lorsqu'on se rappelle que, dans la morve, une affection constitutionnelle ayant quelque analogie avec le rhumatisme précède, les symptômes locaux. Dans la pustule maligne, au contraire, l'affection débute par le mal local.

Rayer et A. Tardieu ont rapporté des faits très-intéressants de l'affection farcineuse des paupières, et dernièrement mon excellent confrère et ami, le docteur Tarnawski, a cité un cas d'affection morveuse des paupières et de l'œil, que j'ai pu observer moi-même sur un malade de l'Hôtel -Dieu.

En jugeant d'après ces quelques faits, on peut conclure que l'affection farcineuse des paupières atteint de préférence les angles, qu'elle apparaît sous forme du pustules ou d'abcès, se transformant très-rapidement en croûtes desséchées. La gangrène n'est pas ici fréquente; mais la suppuration se transmet à la conjonctive et à la cornée, comme cela est arrivé chez le malade de Tarnawski. L'affection générale est très-grave et presque constamment mortelle. Il arrive quelquefois que la morve et le farcin sont accompagnés de tuméfaction excessive des paupières, avec exophthalmie phlegmoneuse. De Graefe (2) en a rapporté un cas analogue, et l'examen ultérieur fait par Virchow a fait découvrir des nodosités morveuses dans la choroïde.

Pour traitement locti, je conseille le chlorure de zinc en une faible solution pour la conjonctive, et comme agent caustique pour la paupière.

Bibliographie. — Elliotson, Medico-Cliiruryical Transuct., vol. XVI, 1830 et 1833 — Rayer De la morue et du farcin chez l'homme (Mém. de l'Acad. de méd., 1837, t. VI

fh/j il 7, J'S 183l- ~ A- Tardieu' De la morve et du f«™ chronique, thèse de Pans 1843. - Bourgeois d'Étampes, Arch. génér. de méd., 1843, et Traité de

%a7m^ZnV\ 1 /61;7 Rfimbert* TmM dGS *«**"■ émeutes, 1859, TnoÎ KSSnt In 2, C7e7c/tr"7- *»*•> Paris' 1867, t. VII, p. 143, art. Charbon. thèse 2 P';r£ [ "Z famn Chr0mqWC Ckez rh°mme> ct de lmrf< implication

ARTICLE IV

phlegmon et abcès des paupières.

PhfegmoneuseUVent *'** '* ***** <l™ est le siège de l'inflammation

mZ7rdlTmu7t' ~La '!laladie débule par ««e rougeur et un gonflement marqué de la paup.ère qU1 rend tous ses mouvements difficiles et douloureux. Au

Sa! f^n\Cli^ue chirurgicale, t. I, p. 172.

(2) Graefe, Arc/uv f. Ophtkalrn., 1857, l. III, Abth. 2, p. 418.

bout de deux ou trois jours, ces signes s'accentuent davantage ; en outre, il se manifeste de la chaleur, et la douleur devient poignante et lancinante. La couleur de la paupière passe au rouge livide ; les plis transversaux disparaissent ; ses tissus se distendent à tel point qu'elle descend très-loin en bas et au-dessus de la paupière inférieure de façon a la cacher entièrement.

| La tension devient excessive, et bientôt, dans un des angles apparaît un point jaunâtre, qui s'ouvre et donne issue au pus. L'abcès formé ainsi dans le grand angle est appelé par les auteurs ancldlops, et celui qui a pour siège le petit angle,

œgilops.

D'ordinaire l'inflammation phiegmoneuse est limitée au pourtour de l'orbite et au sourcil. Il est rare que la paupière inférieure y prenne part ; cette participation n'a lieu (pie s'il y a eu traumatisme ou injection d'eau faite dans le lissu cellulaire par les voies lacrymales, comme cela est arrivé une fois à Graefe (1) et Wecker (2).

D'ordinaire aussi la conjonctive demeure intacte ; tout au plus si quelques mucosités s'accumulent dans le cul-de-sac conjonctival. Mais il y a des cas dans lesquels le phlegmon est consécutif à une opération pratiquée sur le globe de l'œil, ou à une ophthalmie purulente. Les altérations conjonctivales sont alors propres à chacune de ces maladies.

En même temps que les symptômes locaux se manifestent, le malade est en proie à une forte lièvre, souvent même il éprouve des frissons, de l'insomnie, de l'inappétence , etc.

Lorsque, le phlegmon persiste pendant un certain temps, et que le pus reste accumulé en dedans de l'aponévrose oculo-palpébrale, celui-ci peut fuser dans les parties profondes, détacher le périoste, et, en séjournant longtemps, amener une carie osseuse. Mais le plus souvent, par suite de l'altération de l'os, soit par fracture, soit par une cause constitutionnelle, scrofuleuse ou autre, le pus, avant de se faire jour au dehors s'infiltre dans le lissu cellulaire des paupières et donne lieu à un phlegmon spontané. Alors, dès le second jour, une fluctuation se laisse percevoir dans la partie œdématiée de la paupière, et bientôt l'abcès devient évident.

Éiiologie.— Parmi les causes des phlegmons et des abcès des paupières, on doit signaler en premier lieu le traumatisme, tel que contusion, fracture des os de 1 orbite etcoi#s étrangers. Dans ces cas, il y a non-seulement phlegmon des paupières, mais en même temps du tissu cellulo-adipeux de l'orbite; l'œil est alors dévié et immobile et fortement projeté en avant.

Les phlegmons et les abcès des paupières peuvent encore apparaître à la suite d'un érysipèle de la face, de la variole, de la fièvre scarlatine ou de la fièvre typhoïde. Dans ce dernier cas, la terminaison peut devenir funeste et la gangrène détruire toute la paupière.

l»ia«noSiic différentiel. — On peut confondre le phlegmon palpébral avec la même affection du tissu celiulo-graisseux de l'orbite; mais dans ce dernier cas l'œil est dévié, immobile et très -fortement projeté en avant.

(1) Graefe, Klinische Monatsbl., 1862, Bd. I, p. Û95. 12) Wecker, Annales tfvûtiltst.i 1863, l. XLIX, p. 2û7.

ÉllYSIPELE DES PAUPIÈRES.

1,'ophthalmie purulente est accompagnée d'une suppuration abondante et d'un bémosis phlegmoneux, ce qui ne se produit jamais dans le phlegmon des paupières.

Traitement. — Au début, on tentera de faire avorter le phlegmon palpébral. Desmarres père propose, pour arriver à ce résultat, de promener sur toute l'étendue de la paupière le crayon de nitrate d'argent trempé dans l'eau. Ce moyen nie paraît très-rationnel et doit être essayé avant que la maladie ait pris de l'extension.

L'application des sangsues sur les paupières, recommandée parMackenzie, pourrait congestionner davantage cet organe ; c'est pourquoi je n'y ai jamais recours.

Mais, aussitôt que la collection du pusdevient évidente, il faut l'ouvrir par incision transversale, et profonde. Des fomentations chaudes et des cataplasmes sur l'œil, de même que de légers purgatifs salins, pourront faciliter la résolution des parties engorgées et prépareront la guérison.

ARTICLE V

Page 1