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DARTRES DES PAUPIÈRES

§ I. — Eczéma des paupières.

Celle affection est caractérisée dès le début par des vésicules, accompagnées ou non de fissures épidermiques qui donnent lieu à une sécrétion séro-purulente. Bientôt la sécrétion se dessèche en croûtes ou squames; souvent les croûtes tombent et laissent voir des ulcères arrondis et superficiels. Le tissu cellulaire sousjacent se goufle et le volume des paupières augmente considérablement. En même temps, le malade éprouve une sensation de chaleur et de démangeaison désagréables. . , . .

L'eczéma est habituellement une affection chrou.que; celu. des paupière^ dure, souvent plus longtemps encore que dans les autres régions, à cause de 1 irntation qui se communique à la conjonctive. L'œil devient plus sensible, et un larmoiement abondant entrelient l'irritation, r A- .nc

Les adultes peuvent guérir, mais ils sont fatalement prédisposés aux réc.d ^

Après la guérison, l'eczéma se cicatrise complètement sans laisser de traces , la rougeur seule persiste encore pendant un certain temps

D'après Hardy, l'eczéma de la face se propage très-faclemenl de peau aux muqueuses, et occasionne souvent des conjonctivites et des bléphantes chro

ÉUoiogic. - Le tempérament lymphatique et scrofuleux prédispose à celte (1) Hardy, Nom. Didionn. de méd. et de chir... art. Chromhidrose, t. VIII, p. 584.

PSORIASIS DES PAUI'IÈHKS.

éruption; mais elle reconnaît partout pour cause l'application de topiques, tels que compresses trempées dans des solutions irritantes, des cataplasmes de farine de graine de lin et des pommades.

Traiicmcnt. — Dans l'eczéma général, à sa première période, on ordonne habituellement des cataplasmes. Je suis d'avis de les proscrire pour l'eczéma des paupières à toutes les périodes. C'est aux bains amidonnés, aux bains de son et aux lotions avec la décoction de tètes de pavot qu'on devra avoir recours. Les bains de vapeur et les bains à l'hydrofère rendent suriout de grands services. L'eau pulvérisée facilite le ramollissement et le détachement des croûtes et amène la cessalion des symptômes nerveux.

Le traiieaienl interne consistera dans l'usage des purgatifs à base végétale, tels que follicules de séné (5 à 10 grammes pour 1 litre d'eau bouillante), de 2 à 3 verres par jour, ou à base minérale, tels que les eaux minérales de Pullna, Friedrichshall, Marienbad, Kissingen. Dans le cas de récidive, l'arséniate de soude est administré dans la proportion de 3 à 5 centigrammes pour 200 grammes d'eau (une ou deux cuillerées par jour).

Parmi les pommades, les plus usitées sont celles à base mercurielle. Nous recommandons les formules ci-dessous :

^ Axonge 10 gram.

Calomel 15 à 20 centigr.

Acétate de morphine. . 15 à 20 — (Galezowski.)

Tf Axonge 10 gram.

Protonitrate d'hydrar -

gyre 1 à 3 centigr.

(Hardy.)

§ II- — Psoriasis des paupières.

Le psoriasis des paupières, de même que celui qui se manifeste dans d'autres parties du corps, est caractérisé par des squames blanches argentées trèsadhérentes à la peau. Celte dernière est rouge el un peu tuméfiée, mais c'est surtout l'épiderme qui est malade.

La coloration rouge de la peau, sous les squames, est d'une teinte cuivrée, tout à fait analogue à la teinte cuivrée des syphilides.

L'épaississement de la peau et la présence de nombreuses squames gênent les mouvements et le plissement des paupières. Il en résulte qu'elles sont abaissées et que les malades ont l'air d'être toujours endormis. Des croules furfu racées tombent souvent dans le cul-de-sac conjonctival et y provoquent une irritation suivie de larmoiement. Les yeux deviennent sensibles à la lumière- la conjonctivite se produit. D'après Hardy (1), cet état peut même amener quelquefois un ectropion et un épiphora fort incommodes.

Etiologic. — Le psoriasis reconnaît fréquemment pour cause l'hérédité et il se développe surtout vers l'âge adulte chez les sujets à tempérament sanguin.'

Marche et durée. - C'est une affection chronique d'une durée excessivement longue; elle guérit, mais laisse une prédisposition à des récidives.

Traitement. ~- [jn des meilleurs agents modificateurs de la nutrition de lapeau est mcontestablement l'arsenic. Il réussit mieux que tout autre dans le trai-

(1) Hardy, Leçons SUT les maladies dartremes. 3« édit. Paris, 1868, n 177

GALEZOWSKI. '

'6h PAUPIERES ET SOURCILS.

tcmcnl de celle affection. On le prescrit à la dose de 3 à 5 centigrammes dans °200 grammes d'eau, une cuillerée ou deux par jour.

Hardy donne quelquefois avec succès du copahu à la dose de U à 6 grammes par jour.

Comme topiques, je n'emploie point de pommades; mais, après avoir enlevé soigneusement les croûtes, je touche chaque plaque rouge avec la teinture d'iode concentrée. Par ce procédé, on modifie facilement le derme et l'on amène la cicatrisation.

§ m. — Herpès palpebralis et herpès zona.

A. Herpès palpebralis. — Des vésicules réunies les unes à côté des autres, sur une surface rouge et enflammée, constituent l'herpès. Ces vésicules, au nombre de dix, quinze, vingt, etc., forment des groupes séparés entre eux par des intervalles où la peau est saine. Le liquide se dessèche clans les vésicules, et il se produit des croûtes sous lesquelles s'établit un suintement séro-purulent. La forme arrondie caractérise ordinairement des groupes herpétiques.

Rayer a décrit sous le nom d' 'herpès palpebralis des vésicules semblables à celles de Yherpes prœpuiïalé, se développant, dans certaines ophthalmies, sur la paupière supérieure. Ordinairement ces vésicules n'ont pas sur la paupière de disposition régulière. Je les ai vues occasionner des névralgies très-violentes.

L'herpès peut être artificiel ou dartreux; souvent il apparaît après un embarras gastrique, ou une fièvre intermittente.

D'après Mackenzie, l'herpès des paupières parcourt les mêmes périodes que ceux qui occupent les autres régions du corps : sa durée varie entre quinze à vingt jours.

Il y a peu de chose à faire dans celte affection, le plus souvent elle guérit toute seule ; c'est pourquoi Hardy conseille l'expectation. On pourra pourtant employer avec avantage la poudre d'acétate de plomb neutre, dont on saupoudrera .toute la surface.

B. HERPES ZONA. — L'éruption herpétique peut entourer la moitié du tronc d'un membre; elle prend alors le nom de zona.

Le zona peut avoir pour siège le front, les tempes et les joues, et de là envahir les paupières et les sourcils.

Bazin a constaté un fait irès-caractéristique : il a remarqué que, tandis que sur le tronc le zona est transversal ou oblique, il est vertical sur le front. J'ai vu, dans un cas, une disposition identique sur la paupière supérieure ; le zona allait se perdre sur le front, du même côté.

La partie malade devient le siège de douleurs lancinantes ou tensives et brûlantes, tout à fait analogues à celles occasionnées par les névralgies ciliaires. Ces douleurs sont excessivement violentes, elles viennent par crises et s'exaspèrent le soir ; des vésicules se mollirent bientôt en nombre plus ou moins grand. t

Le plus souvent celte éruption commence sur la paupière; dans d'autres cas, elle prend naissance sur la tempe. D'ordinaire l'œil prend part à celte affection, devient rouge, sensible a la lumière; la conjonctive bulbaire s'injeele, ce qui peut simuler une irilis.

VITJLIGO DES PAUPIÈRES. 35

Vigla a observé guelques cas analogues dont il m'a communique les détails. Pour ma part, j'ai traité un malade atteint d'un zona des paupières et de la tempe, accompagné de douleurs tellement violentes, que les injections sous-endermiques de morphine n'ont pu arrêter le mal qu'au bout de trois semaines de traitement.

Parrot considère le zona comme une névralgie simple ou rhumatismale, et l'éruption n'est pour lui qu'un symptôme accessoire. Celte opinion me paraît surtout juste pour le zona des paupières et des tempes, où l'éruption est la plupart du temps à peine appréciable; souvent on n'aperçoit qu'une traînée rougeâtre La maladie est caractérisée surtout par des névralgies.

Bowman, Hutchinson et Steffan ont publié des cas rares d'herpès zosler. Des vingt-quatre cas rapportés par Hutchinson, il n'y en a eu que neuf où l'éruption occupait simultanément le front et le nez, et de ces neuf, six présentaient des lésions de la cornée et de l'iris (4).

Steffan pense que c'est dans les terminaisons périphériques de la première branche du nerf trijumeau qu'il faut rechercher la cause immédiate de celle affection (2). Cette maladie n'atteint qu'une fois le même individu.

Le traitement doit consister surtout en injections hypodermiques de morphine administrée à la dose de 10 gouttes (Gueneau de Mussy) à '20 gouttes (Béhier) :

If Eau distillée 100 gram.

Hydrochlorate de morphine 1 —

(Béhier.)

"if Eau distillée 10 gram.

Hydrochlorate de morphine. 50 centigr.

(Gueneau de Mussy.)

§ IV. — Acné des paupières.

Selon les auteurs modernes, l'acné est une altération des follicules sébacés de la peau.

L'acné simple et l'acné indurée se développent sur les paupières, et elles sont identiques avec celles qui se montrent dans d'autres parties. Ces deux formes se rencontrent simultanément s-ur la joue et sur les paupières ; elles ne causent ni douleur ni cuisson. Le seul désagrément qu'elles entraînent est de donner aux parties importantes du visage qu'elles occupent une teinte couperosée.

On peut employer efficacement contre les boutons d'acné des frictions avec la pommade suivante :

^ Axonêe 10 grammes. | Carbonate de potasse 5 centigr.

§ V. — Vitiligo des paupières.

Cette altération de la peau palpébrale consiste en des taches blanches arrondies et limitées, résultant de l'mégale répartition du pigment cutané ; dans leur voilage le pigment paraît s'accumu^^ Les poils implantés à la surface de ces taches participent à la décoloration.

L'affection est ordinairement congénitale. Dans quelques cas rares, elle est

, w/n r PCUt d,8Paraître complètement, comme cela est arrivé à un malade traité par Bazin.

Û ÏÏÎT*!^» Ophthahncmsp'.'^ovts, Y,ï p. 19! cl VI 1 „ i (2) Steflan, ,4™. rfWfc*., 1889, janvier .t février, p. 70. 1J,'ctVI' l» P' l'

PAUPJElŒS ET SOUUCILS.

§ VI. — Madarose ou alopécie des paupières et du sourcil.

A la suite des blépharites glandulaires persistâmes, les cils tombent en partie ou on totalité, et il y a ce qu'on appelle madàrose.

Les cils et les poils du sourcil peuvent encore tomber à la suite des afl'eclions graves, telles (pie lièvre typhoïde, petite vérole, etc. Dans ce cas, ils repoussent au bout de quelque temps. Mais, sous l'influence de certaines dispositions constitutionnelles, ils disparaissent quelquefois définitivement ; c'est ce qui peut arriver chez les sujets syphilitiques ou après certaines affections nerveuses graves, quelquefois même à la suite de douleurs de tête très-violentes.

J'ai observé un malade qui avait perdu en quelques semaines les cheveux sur la tête, et d'un seul côté les poils sur le sourcil et les cils des deux paupières, les moustaches et la barbe. Chez un autre, qui a eu le spasme de la septième paire droite, tous les cheveux de la tôle et de deux sourcils sont tombés. Bazin (1) a vu l'alopécie des sourcils se déclarer dans la deuxième période de la lèpre ou de l'éléphantiasis de la face.

Traitement. ■ — Dès l'apparition de celle maladie, on appliquera des compresses imbibées dans de Pesprit-de-vin additionné avec un tiers ou un quart de teinture d'arnica. Dans d'autres cas, on appliquera des compresses imbibées dans la solution suivante :

2;. Eau distillée 100 gram.

Sublimé 1 —

Hydrochlorate d'ammoniaque 2 grain.

g VII. — Pustules de la petite vérole sur les paupières.

Les pustules varioliques apparaissent ordinairement en assez grand nombre sur les paupières. Elles n'amènent à leur suite aucune complication sérieuse tant que les bords des paupières sont intacts. Mais lorsqu'elles se développent sur les bords libres, et que le gonflement ci l'agglutination des paupières deviennent considérables, on peut concevoir des craintes sérieuses.

Les paupières commencent à se gonfler ordinairement vers le quatrième jour de l'éruption variolique; en même temps apparaissent sur leurs bords des pustules plus ou moins larges, plus ou moins nombreuses. Il importe beaucoup de surveiller alors l'état des yeux et de prévenir les accidents. En se développant, les pustules peuvent détruire les bords libres et amener des cicatrices vicieuses, des entropions, des eclropions, des irichiasis, etc.

En s'introduisant entre les paupières, le pus des vésicules cause l'inflammation des conjonctives et de la cornée : l'œil est compromis.

Traitement. — L'indication réclame ici l'intervention du chirurgien ; elle est de la plus grande importance. On doit :

1° Laver très-fréquemment avec de l'eau tiède les bords des paupières, enlever les croûtes qui agglutinent les cils.

2° Graisser, pendant toute la durée de la maladie, les bords des paupières avec de la pommade de concombre très-fraîche ou avec du cold-cream.

A) Bazin, Leçons sur les affections cutanées. Paris, 1862, p. 265.

SCROFULIDES DES PAUPIERES. 37

3° Cautériser chaque pustule, qui se développe sur le bord libre, avec un crayon de nitrate d'argent. C'est un moyen que j'ai vu constamment employé avec beaucoup de succès par N. Gueneau de Mussy, et je dois déclarer que, chez ses malades de l'Hôtel-Dieu, l'affection variolique amène rarement des accidents du côlé de la cornée. Mais, comme l'indique Gueneau de Mussy, cetie opération doit être pratiquée avec beaucoup de soins et avant que les pustules aient pris une grande extension.

Il" Lorsque les pustules ne sont pas encore fermées, mais contiennent quelque peu de pus, il faut les vider avec un petit bistouri et les cautériser ensuite.

Bibliographie. — Hardy, Le/vus sur les' maladies dar'.reuses. Paris, 1868. — Leçons suites maladies de la peau, 1863. — Bazin, Leçons théoriques et cliniques sur les affections cutar. Paris, 1862. — Hutehinson et Iîowmari, Ophthalm. ffosp. Reports, t. V, 3, p. 191, et t. VI, 2, p. 1. — Johen in Dùren, Herpès zoster ophtJialmicus avec kératite phlycténu- I aire et iritis {Deutsche Klinih, 1868, p. 25). — Slefîan, Annales d'ocu/isf., 1869, janvier et février, p. 70.

ARTICLE XI

Les scrofulides sont des manifestations de la scrofule vers la peau. Contrairement à l'opinion Ides auteurs allemands, j'admets, avec Bazin, deux sortes de scrofulides, à savoir : les scrofulides bénignes et malignes.

Les paupières et les sourcils peuvent être atteints de ces deux différentes formes de scrofulides. Bazin en rapporte quelques cas très-intéressants.

Dans un cas de scrofulide bénigne, affectant la forme d'acné varioliforme, des pustules nombreuses occupaient la face : une pustule très-volumineuse siégeait à la paupière supérieure droite, et trois autres étaient situées à la commissure interne de l'œil gauche.

.Mais on rencontre non moins fréquemment les scrofulides malignes des paupières. Celles-ci se présentent sous des formes très-variées, et peuvent, dans certains cas, compromettre les mouvements des paupières et rétrécir l'ouverture palpébrale.

Chez un malade de Bazin, atteint de scrofulide maligne tuberculeuse fîbroplastique, les paupières étaient hypertrophiées, et perdirent leur souplesse et leur mobilité; il s'ensuivit un rétrécissement notable et une rigidité insolite de l'ouverture palpébrale.

Dans d'autres cas, les scrofulides se présentent sous forme de lupus tuberculeux. Elles ont une couleur rougeatre avec un reflet translucide. Par-ci par-là on . aperçoit de petites squames et des cicatrices qui leur donnent une certaine i e scmblance avec des cicatrices provenant de brûlure.

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tance de ces taches est parcheminée, analogue à celle des cicatr (1) Bazin, Leçons sur la scrofule. Paris, 1861, p. 517.

ices.

Celte forme de scrofulide maligne est limitée souvent par une ligne circulaire concentrique h la courbe orbitaire. {.'affection part de la joue, gagne la tempe et s'étend de là à la paupière supérieure et au sourcil, de sorte que l'œil peut être entouré d'un cercle rouge de lupus.

Lorsque la scrofulide maligne envahit le sourcil, elle détruit complètement les poils, ce qui offre un contraste singulier avec le côté sain.

Pronostic. — Les scrofulides bénignes ne présentent aucune gravité : elles guérissent facilement, mais laissent pourtant une prédisposition aux récidives.

Le pronostic des scrofulides malignes est plus sérieux ; les moyens thérapeutiques sont le plus souvent impuissants pour obtenir la guérison, ou même pour prévenir les accidents consécutifs. Cependant les observations rapportées par M. Bazin démontrent que ia guérison peut quelquefois être obtenue.

Traitement. — Le traitement de cette affection comprend deux sortes de moyens. On s'efforcera d'abord de combattre la diathèse scrofuleuse par la médication appropriée ; puis on emploiera les moyens topiques contre les manifestations cutanées.

1° L'huile de foie de morue joue ici un rôle important dans le traitement ; à elle seule est due souvent la guérison. On commence par une cuillerée à bouche par jour, et l'on augmente successivement la dose jusqu'à trois et quatre cuillerées. En général, il faut que le malade en prenne en moyenne 60 grammes par jour.

2° Concurremment à l'huile de foie de morue, on ordonnera le sirop d'iodure de fer dans la proportion de 30 grammes par jour, et quelquefois de l'iodure de potassium (Hardy).

3° Les amers, tels que la gentiane, la tisane de houblon, la macération de quinquina, le sirop de brou de noix, doivent être souvent associés aux moyens précédent.

k" Les bains alcalins n'ont que peu d'action sur les scrofulides; mais les bains sulfureux et salins peuvent agir efficacement. On prescrira aux malades deux ou trois saisons à Luchon, à Aix en Savoie, ou à Schinznach. Les eaux de Kreuznach et de Louesche peuvent être aussi très-salutaires. Ces dernières sont légèrement salines et jouissent d'une grande réputation contre les scrofulides de la peau.

5° Quant au traitement local, la teinture d'iode me paraît l'agent le plus efficace. On badigeonne tous les jours les parties malades avec une solution concentrée de cette teinture.

6° Hardy a employé avec avantage le biiodure de mercure sous forme de pommade (■£ de biiodure de mercure et § d'axonge). Avant de s'en servir, on liquéfie celte pommade en la faisant chauffer, et l'on en étale avec un pinceau une petite couche sur les parties malades.

7° D'après Bazin, l'huile de noix d'acajou appliquée sur les scrofulides donne des résultats très-favorables.

8° Les scrofulides malignes peuvent entraîner des difformités dont la guérison réclame des opérations spéciales.

Bibliographie. — Hardy, Leçons sur In srmfulr et les scrofulides et sur la syphilis et les syphilides. Paris, 1804. — Bazin, Leçons fur la scrofule, 2L' édition. Paris, 1861.

Affections syphilitiques des paupières.

ARTICLE XII

AFFECTIONS SYPHILITIQUES DES PAUPIÈhES.

§ I. — Chancre des paupières.

Les paupières peuvent être le siège d'un chancre infectant. Sur 771 chancres, Alf. Fournier en a trouvé 1 cas, et Clerc en a vu 1 sur 40/i. Pour ma part, je l'ai observé fx fois, et la guérison par le traitement mixte a pu être facilement obtenue. L'inoculation peut avoir lieu de deux manières : la personne infectée peut communiquer le mal par un baiser, ou bien en transportant le pus du chancre dans l'œil au moyen des doigts. Ricord rapporte un cas de ce genre (1).

L'ulcère syphilitique primitif affecte ordinairement une seule paupière et se trouve situé sur le bord libre. Il occupe d'abord la conjonctive, et de là il se porte à la peau et aux tissus sous-jacenls. Ch. Bell cite cependant un fait dans lequel le chancre avait débuté par la peau, mais c'est là une exception.

Syniptouiatoiogie. — Le chancre des paupières n'est jamais mou, mais, comme dit Rollet, il est constamment induré. Il se présente sous forme d'un ulcère creux, profond, à bords arrondis, durs et taillés à pic.

Cet ulcère est placé à cheval sur le bord libre; la paupière est épaissie, dure et gonflée, mais ce gonflement est surtout visible au voisinage de l'ulcère ; la conjonctive est rouge et enflammée au pourtour du chancre, tandis que, dans les parties éloignées, elle est à peine congeslionnée.

Dès la période d'incubation, les glandes préauriculaires et sous-maxillaires du côté correspondant sont engorgées. Mais on ne peut pas considérer ce signe comme pathognomonique de la. syphilis; l'observation journalière nous montre, en effet, qu'un engorgement des mêmes glandes se produit dans les caucroïdes de la face ou des paupières, dans lesophthalmies purulentes, diphthériliques, etc.

La maladie se développe ordinairement assez rapidement et n'est presque point suivie de réaction ni de douleurs.

Pronostic. — Le pronostic est le plus souvent favorable si la maladie est reconnue à temps; mais, abandonné à lui-même, le chancre palpébral peut détruire la paupière dans toute son épaisseur et causer des ravages considérables. Dans un cas rapporté par Campbell (2), les deux paupières de l'œil affecté ont été détruites.

Diagnostic. — Le chancre palpébral peut être facilement confondu avec un fpithélioma, et il existe des exemples, cités par Clerc et Heurtaux, où ces deux maladies ont été prises l'une pour l'autre, soit sur les paupières, soit sur les lèvres.

Lage du malade facilite le diagnostic. Dans celte région, en effet, les cancers se montrent rarement avant quarante ans, tandis que le chancre est plutôt l'apanage de la jeunesse. 1

La nature de l'ulcération, sa forme ronde et ses bords taillés à pic, un gonflement considérable, la marche rapide de la maladie et la coexistence de la roséole

P^leT^^ S°nt SigneS qUi' COnsidérés dai,s ie»r — •

tî\ Sl°ri,,Ie2^fMr l" «B#to. 3<= édition. Paris, 1863 n 86 (2) Campbell, Echnburgh Me,,, and Surg. Jour,,., 1832, p. 254

Traitement. — Le traitement est général ei local.

Le traitement général n'est autre <|iie celui de la syphilis : les préparation* mercurielles sous forme de pilules au iodure d'hydrargyre ou au sublimé.

Le traitement local consiste dans l'emploi des moyens qui aident à la cicatrisation et arrêtent la suppuration. Dans ces cas, j'emploie la poudre de calomel porphyrisée pour saupoudrer l'ulcère ; de temps eu temps je touche la plaie avec une solution de sublimé ou même de nitrate acide de mercure, surtout au commencement delà maladie et en prenant les précautions nécessaires pour empêcher le liquide de s'introduire dans l'œil.

§ II. — Syphilides bénignes des paupières.

Les éruptions syphilitiques des paupières apparaissent quelquefois chez les adultes; mais on les observe beaucoup plus souvent chez les enfants. La syphilis héréditaire se manifeste sous forme d'herpès, de syphilides tuberculeuses ou crustacées, eic. Mackenzie rapporte qu'il a élé souvent consulté pour les enfants atteints de maux d'yeux de nature syphilitique.

Les syphilides des paupières peuvent s'ulcérer et causer des désordres graves, et une vraie syphilide maligne que nous décrirons à part. En général, pourtant, les cas de ce genre sont rares, et les syphilides restent le plus souvent limitées à la peau et sont par conséquent bénignes.

Diagnostic. — Il est facile de reconnaître les syphilides des paupières. Ces éruptions se montrent en même temps sur d'autres parties de la face. La syphilide papuleuse est une des formes les plus fréquentes que l'on rencontre sur les paupières. Suivant Mollet (i), Yinipétigo syphilitique se développe très-souvent dans les sourcils.

Traitement. — Les syphilides des paupières ne réclament aucun traitement local particulier; tont au plus, dans certains cas, esl-il nécessaire d'appliquer sur les boutons ou les ulcères la pommade suivante :

^ Axonge 8 grani. | Calomel porphyr \ gram.

Le traitement interne seul est le plus souvent indiqué dans les syphilides précoces, c'est le traitement mercuriel ; dans les syphilides intermédiaires ou tardives, on aura recours au traitement mixte.

Chez les enfants, on doit se borner à l'usage du calomel à la dose d'un centigramme par jour et aux bains de sublimé. J'ai vu le docteur Peter, agrégé delà Faculté de Paris, employer ces bains avec un grand succès.

§ III. — Syphilide tuberculo-serpigineuse.

Dans cette affection, la surface des paupières, du nez et des joues est le siège de tubercules syphilitiques, durs et secs, qui restent stationnai res pendant longtemps, qui s'ulcèrent ensuite, se ramollissent et se couvrent de croûtes.

A partir de ce moment, l'altération s'étend de plus en plus aux parties voisines, gagne en profondeur et surtout en étendue. Elle devient scrpigincuse ; des croûtes grisâtres la recouvrent, et elle saigne au moindre attouchement.

(1) Mollet, Traité des maladies vénériennes, 186G,p. 83G.

AFFECTION PARASITAIRE DU SOURCIL. Ui

La paupière inférieure est ordinairement attirée vers l'ulcération et donne lieu

à l'ectropioD. .

Diagnostic différentiel. — L'épithéliorua est, de toutes les affections, celle qui ressemble le plus à la syphilide tuberculo-serpigineuse. Toutes deux présentent des bords ulcérés arrondis, durs et engorgés. L'étendue relativement plus considérable de l'affection syphilitique peut seule faciliter le diagnostic. Fano en cite un exemple; un cas analogue s'est offert dernièrement à mon observation, qui présentait tous les signes d'épitbéliome. Il a été guéri par l'iodure de potassium administré à l'intérieur et le badigeonnage avec la teinture d'iode.

De larges cicatrices accompagnent d'ordinaire les scrofulides ulcérées, ce qui n'a pas lieu dans les syphilides.

Traitement. — Comme toutes les autres syphilides tardives, les syphilides tuberculo-serpigineuses sont facilement modifiées par l'iodure de potassium porté à la dose de 1 à 5 et 6 grammes par jour, soit seul, soit associé au mercure, suivant les prescriptions de Gibert, Devergie et Bazin.

Comme traitement local, on cautérisera avec avantage à l'aide de l'acide chlorhydrique acétique, ou du nitrate acide de mercure. Le badigeonnage avec la teinture d'iode sera efficacement employé.

Quant aux pommades mercurielles, elles restent le plus souvent sans aucun effet.

Bibliographie. — Cazenave, Traité des syphilides. Paris, 1838. — Devergie, Traité pratique des maladies de la peau, 2e édit., Paris, 1857. — Simon, Die Hautkrankheiten durch anat. Untersuch. erlautert. Berlin, 1851. — Wilson, On Syphilis const. and lier éd., and un syphilit. éruptions. London, 1853. — Streatfield, Opht. Hosp. Rep., 1860, V, 2, p. 125.

ARTICLE XIII

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