LARMOIEMENT
Le larmoiement, appelé stillicidium lacnjmavum, est un état de l'œil dans lequel les larmes ne sont pas absorbées par les voies lacrymales, et remplissent d'abord le cul-de-sac conjonclival, puis successivement franchissent le bord palpébral et tombent sur la joue.
(1) Fano, Traité pratique des maladies des yeux. Paris, 1866, t. I, p. 6.
LAKMOIEMENT.
Cette sorte de larmoiement dépend de l'état défectueux des voies excrétoires des larmes et diffère essentiellement de l'épiphora, qui est consécutif aune sécrétion exagérée de la glande lacrymale.
Nous avons vu ailleurs que la quantité de larmes sécrétées par un œil sain est relativement minime, et que les points lacrymaux, quelque petits qu'ils soient, les absorbent facilement. Mais il peut arriver que ce môme œil normal soit exposé ii l'action de causes irritantes, telles que le vent, le froid et l'humidité ; alors la sécrétion des larmes augmente, l'œil devient humide et larmoie aussitôt que les voies lacrymales ne sont plus capables d'absorber toute la quantité des larmes sécrétées d'une manière anormale. C'est la première forme de larmoiement ; elle est périodique ou plutôt accidentelle; revient avec la mauvaise saison, et disparaît quand le temps est beau et sec.
Si, dans ces cas, les larmes sont plus fortement alcalines que de coutume, elles se combinent alors avec la sécrétion graisseuse des glandes de Meibomius, pour former un véritable savon qui irrite l'œil. Sous l'influence de celle même irritation, les larmes sont sécrétées en plus grande abondance, et leur absorption devient difficile.
Une seconde forme de larmoiement est celle qui est due simplement à un rétrécissement, une déviation ou une obslruclion des points et des conduits lacrymaux. Celte forme est la plus commune; elle, exige une intervention chirurgicale, et il importe beaucoup de préciser d'abord la nature du larmoiement lui-même, et ensuite d'en reconnaître la cause.
Par lui-même, le larmoiement ne constitue pas, à proprement parler, une maladie; il n'est qu'un symptôme. Mais « le mot est reçu dans la pratique », a dit justement Desmarres père, et les malades viennent souvent consulter pour celte infirmité; c'est pourquoi il est utile de donner au lecteur une description sommaire de tous les symptômes propres à cet état.
Symptoiimtoiogic. — 1 . Le malade estgênépar les larmes qui remplissent continuellement son œil, surtout lorsqu'il est au dehors, et que ses yeux sont exposés à l'action d'un air froid et vif, du vent, etc. Ainsi, à l'approche de chaque hiver, à l'automne, pendant les temps humides, le patient est constamment affecté de larmoiement et se trouve obligé d'essuyer ses yeux à chaque instant.
2. Dans d'autres cas, les larmes ne tombent sur la joue que d'une manière périodique, le matin jusqu'à dix heures, ou le soir, à la lumière de la lampe ou du gaz. Dans les écoles, on reconnaît immédiatement les enfants affectés de larmoiement; ils ont beaucoup de difficulté à travailler, et par le frottement continuel de leurs yeux ils provoquent l'inflammation des paupières.
3. Il y a des malades qui n'accusent le larmoiement que d'une manière passagère, accidentelle, surtout lorsqu'ils sont irrités, ou qu'ils se trouvent sous l'influence d'une cause nerveuse quelconque.
h. Consécutivement à cet état, les yeux s'irritent; la sécrétion huileuse des glandes de Meibomius, en se combinant avec les sels alcalins que contiennent les larmes, forme une sorte de liquide savonneux qui ne lubrifie plus la conjonctive et la cornée, mais irrite au contraire ces membranes, et donne lieu à la sensibilité exagérée pour la lumière, ou photophobie.
5. La vue devient trouble par suite de l'accumulation des larmes entre les paupières et le globe de l'œil; les malades croient voir passer devant leurs yeux des
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mouches et des brouillards; souvent In lumière apparat! entourée de cercles d'arc-en-ciel, comme dans le glaucome, Le soir, les lettres et les petits objets leur paraissent doubles et triples.
Nous avons démontré (1) que tous ces phénomènes s'expliquent facilement par la présence d'une couche de larmes située entre le globe de l'œil et la paupière inférieure, et faisant l'office d'un prisme. Quant aux mouches volantes, elles sont simplement dues à la présence de petits corpuscules opaques (épithélium, mucus, etc.) nageant dans les larmes et glissant avec elles à la surface de la cornée.
6. L'œil a une apparence plus brillante que de coutume; l'angle interne est rempli par des larmes qui semblent déborder; le bord libre de la paupière inférieure est légèrement écarté du globe, et l'on remarque, dans cet espace, une couche de larmes qui semblent s'élever un peu au-dessus de la paupière inférieure.
7. À la suite d'un larmoiement prolongé, il se manifeste souvent de la blépharite ciliaire, des conjonctivites que j'ai décrites sous le nom de conjonctivites lacrymales; souvent aussi le malade éprouve la sensation d'un corps étranger clans l'œil, tremblement de la paupière, etc.
Tous ces symptômes sont propres au larmoiement, qui a duré plus ou moins longtemps. La constatation de l'un ou de l'autre de ces signes peut indiquer quelquefois l'existence d'une affection des voies lacrymales elles-mêmes. Ceci est d'autant plus important, dans la pratique journalière, que j'ai vu un nombre considérable de malades qui accusaient plusieurs de ces symptômes, mais chez lesquels, malgré l'oblitération ou le rétrécissement des voies lacrymales, le larmoiement était à peine appréciable.
Ces signes une fois reconnus, il est indispensable d'examiner attentivement l'état des points lacrymaux; de voir s'ils ne sont pas déviés, rétrécis ou obstrués, si les canalicules sont perméables, etc. C'est donc dans une étude détaillée de ces différentes altérations que nous trouverons l'explication de ces divers phénomènes.
ARTICLE II