‹ Traité pratique des maladies cancéreuses et des affections curables confondues avec le cancer [electronic resource]Chapitre 85 sur 116 · CANCER DES GLANDES LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

CANCER DES GLANDES LYMPHATIQUES

cependant, pour ne pas conserver de doutes sur la possibilité de leur affection cancéreuse primitive. Sur 12 cas de ce genre que nous avons observés, il n'y a eu qu'un seul cas de maladie primitive des glandes abdominales , un autre de cancer primitif des glandes bronchiques et mésentériques , tandis que les dix autres se rapportaient aux glandes lymphatiques superficielles , dont 5 à la figure et au cou, 4 à la région inguinale et 1 dans le creux de l'aisselle. La plupart de ces malades ont subi des opérations , et nous n'avons pas pu les suivre jusqu'à leur fin naturelle. Nous n'avons, dans cette dernière catégorie que quatre malades , et sur ce nombre, trois offraient un cancer multiple , et un seulement un cancer unique.

Le cancer du cou ou de la région parotidienne se montre tantôt sous forme de tumeurs multiples , tantôt sous l'apparence d'une tumeur unique , mais qui, la plupart du temps , est composée d'une amas de ces glandes malades. C'est dans la région de la parotide que ces tumeurs sont quelquefois prises pour un véritable cancer de cette glande, et la méprise est d'autant plus facile que , lorsque la tumeur ganglionnaire a acquis un certain volume et duré depuis quelque temps , la parotide est ordinairement secondairement atteinte.

Les caractères anatomiques du cancer des glandes lymphatiques sont partout à peu près les mêmes. Une surface inégale, comme tabulée , une enveloppe flbro-celluleuse et vasculaire , une consistance plutôt molle et élastique, et sur une coupe fraîche un tissu jaunâtre pulpeux dont on fait sourdre par la pression un suc cancéreux abondant, une vascularité inégale, quelquefois de petits épanchements sanguins, voilà les caractères physiques et ordinaires de ces tumeurs. Une seule fois nous avons vu des tumeurs des glandes lymphatiques du cou entièrement mécaniques. Dans plusieurs cas où les tumeurs avaient acquis un volume considérable , on voyait au milieu du tissu encéphaloïde des portions d'apparence tuberculeuse phymatoïde, qui n'étaient autre chose que des infiltrations graisseuses et granuleuses du tissu , et qui à la compression fournissaient un suc épais et grumeleux. Dans un cas de cancer de l'aisselle que nous avons observé , le tissu encéphaloïde était tellement mou , qu'il était bien inférieur en consistance à la pulpe cérébrale. Quant à la nature des vaisseaux qui pénètrent ces tumeurs , nous avons une observation provenant du service de M. Cruveilhier, où l'injection a été pratiquée ; de beaux réseaux artériels étaient partout visibles , mais les

veines dans l'intérieur de la tumeur n'avaient point été injectées , par la raison toute simple qu'elles étaient remplies jusque dans les capillaires par du sang coagulé.

La structure microscopique montre ordinairement comme base un stroma fibreux composé de fibres pâles et fines , de fibres élastiques et de cellules cancéreuses fort bien caractérisées. Dans 6 cas de ce genre, où nous avons pris des notes très détaillées sur ces cellules , elles ont varié entre 0mm,015 et 0œm,03, offrant en moyenne 0mm,02; les parois étaient ordinairement simples , quelquefois concentriques , d'autres fois il y avait des cellules mères avec les formations cellulaires internes les plus bizarres. Les noyaux avaient en moyenne 0mn\01 à 0mm,012 et les nucléoles 0nlnl,0025, et 1 fois jusqu'à 0mm005. Dans 2 de nos observations , les cellules complètes étaient beaucoup plus rares que les noyaux à grand nucléole. C'est surtout dans les cancers les plus mous que nous avons rencontré le plus de cellules infiltrées de granules et de graisse.

Que ce soit au cou, à l'aine ou à l'aisselle , la tumeur cancéreuse ganglionnaire est d'abord petite, indolente et assez mobile , et bien qu'on observe des cas à marche assez rapide, comme nous le verrons plus loin , pour l'ordinaire cependant cette première période ne montre qu'un accroissement lent , et nous l'avons vu durer pendant 1, 2 et 3 ans. Mais, sans qu'on puisse bien en déterminer la cause, il arrive un moment où l'accroissement est plus rapide , où les douleurs, d'abord rares, deviennent plus fréquentes et plus intenses. Nous les avons cependant vues manquer pendant toute la durée de la maladie. Les bosselures que l'on aperçoit alors dans les tumeurs tiennent ordinairement à l'agglomération de tumeurs multiples. La mobilité cesse , des adhérences s'établissent avec la peau, qui d'abord se congestionne, rougit et s'ulcère par la suite. La période ultime est l'infection de l'économie tout entière qui , du reste , peut avoir lieu sans que l'ulcération se soit établie. Des souffrances vives, des lésions viscérales diverses , un dépérissement général et progressif précèdent la terminaison fatale. La compression des organes voisins par des ganglions cancéreux peut surtout produire des accidents graves au cou où la trachée et l'œsophage peuvent être comprimés au point que les malades meurent d'asphyxie et d'inanition. Ce genre d'accidents cependant appartient plus en propre au cancer de la glande thyroïde. Nous avons observé aussi une mort par asphyxie dans un cancer des glandes bronchiques qui comprimait les grosses bronches à l'endroit de la bifurcation , et nous avons vu survenir des

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