CHAPITRE II
DE LA CARDITE (INFLAMMATION DU TISSU MUSCULAIRE ET DU TISSU CELLULAIRE INTER-MUSCULAIRE DU COEUR ) ET DE SES SUITES.
CONSIBÉRATIORIS PRÉLTMIIÏAIRFS.
Corvisart a placé la cardite (il lui donne le nom de carditis) dans la classe des affections qui intéressent à la fois divers tissus ducœur. «J'ai placé le carditis dans cette classe , » dit-il , parce que je pense , contre le sentiment de plusieurs «auteurs, que celte affection n'appartient point exclusive- »ment et isolément à un des tissus qui composent cet or- » gane, mais qu'elle intéresse d'une manière aussi marquée, » et le tissu musculaire, et le séreux, et le cellulaire (je n'en » excepte pas même le vasculaire) , qui entrent dans Ja tex- »ture du cœur. Peut-être même, s'il fallait décider quel «est celui de ces divers tissus qui se trouve le plus affecté, »pourrais-je avancer que le tissu cellulaire est plus vive-
BMENT ET PLUS ESSENTIELLEMENT LESE QU'AUCUN AUTRE. \>{Op. dt, , p. 244- )
Les réflexions de Corvisart sont parfaitement justes. En effet, on ne connaît encore aucun exemple de phlegmasie pure et simple du tissu musculaire du cœur. Toutefois, nous devions faire pour l'inflammation de ce tissu ce que nous avons fait pour celle des tissus séreux extérieur et intérieur du cœur, c'est-à-dire lui consacrer un chapitre spécial. Mais, de même que nous avons décrit ensemble et l'inflammation du tissu fibreux du cœur et l'inflammation du tissu séreux du même organe, ainsi nous avons cru devoir étudier, dans un seul et même chapitre , et l'inflammation du tissu musculaire du cœur et l'inflammation du tissu cellulaire interposé entre les faisceaux et les fibres musculaires.
Il est très vrai d'ailleurs que , dans une violente inflam-
5y6 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
mation du cœur, tous les tissus élémentaires de cet organe sont souvent entrepris à la fois, à des degrés différents. Mais l'inflammation simultanée des divers tissus constituants du cœur serait-elle plus commune encore qu'elle ne l'est, il n'en faudrait pas moins étudier séparément l'inflammation de chacun de ces tissus, comme on le fait pour l'inflammation des divers éléments qui concourent à la composition des autres viscères, tels que le poumon, l'appareil digestif, etc. , bien qu'il ne soit pas très rare de rencontrer une inflammation simultanée de plusieurs de ces éléments : c'est ce qui arrive, par exemple, dans certaines fluxions de poitrine, où la plèvre, la membrane interne des conduits aérifères, le parenchyme pulmonaire, sont enflammés à la fois. Userait même impossible de se former des idées un peu claires et précises sur l'histoire des phlegmasies qui affectent simultanément plusieurs des éléments anatomiques d'un organe ou d'un viscère , si l'on ne connaissait pas bien auparavant l'histoire de l'inflammation de chacun de ces tissus en particulier. Sans doute, il ne faut pas négliger la méthode synthétique en médecine; mais il ne faut pas oublier non plus que la méthode analytique , si heureusement fécondée par le génie de Bichat, a été le principal instrument des immenses progrès de la science que nous cultivons.
Quoi qu'il en soit , suivant Corvisart, il est peu de maladies du cœur qui soient moins connues que le carditis. Il divise ce carditis en aigu et en chronique, et il sous- divise le carditis aigu en occulte et en manifeste.
Laënnec, de son côté, pense que « il n'existe peut-être pas un seul exemple incontestable et bien décrit de l'inflammation générale du cœur, soit aiguë , soit chronique. » Il est vrai qu'il écrit ceci à la page 554 du 2e vol. de son ouvrage, et qu'à la page suivante il dit : « Il parait constant que l'inflammation générale du cœur a été observée. » Laënnec ajoute que « les exemples d'inflammation partielle et caractérisée par
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V existence d'un abcès ou cl "une ulcéra tion dans les parois du cœur, sont beaucoup plus communs et plus exactement décrits.
Laënnec a considéré le ramollissement du cœur comme une affection suigeneris et indépendante de l'inflammation de cet organe. Il rapporte ainsi qu'il suit l'opinion que j'avais émise sur l'influence de l'inflammation dans la production du ramollissement du cœur. « M. Bouillaud re- » garde le ramollissement du cœur comme un effet de «l'inflammation, et il pense qu'il en est de même de Yen- » durcissement plus ou moins prononcé et de la diminution ou de » l'augmentation de coloration. 7>{Op. cit. , t. II, pag. 558-59.)
Je commence par déclarer que si j'ai jamais dit quelque part que la diminution ou C augmentation de coloration du cœur est nécessairement l'effet d'une inflammation, c'est là une absurdité si grossière que Laënnec aurait pu se dispenser de la relever. Mais je n'ai jamais rien dit ni écrit de pareil. Il est très vrai que j'ai mis le ramollissement du cœur au nombre des effets que l'inflammation de la substance musculaire de cet organe peut produire. Je dois seulement m'étonner que Laënnec m'ait concédé en toute propriété celte opinion, car elle appartient à la plupart des auteurs qui se sont occupés avant moi de la cardite , et à Gorvisart en particulier.
Au reste, après avoir dit que la seule preuve que /apporte à l'appui de cette manière de voir, c'est que les muscles atteints d'une phlegmasie aiguë , le ce/veau , le foie , les poumons, les reins et la rate dans l'état d'inflammation, se ramollissent, Laënnec poursuit ainsi : « Je remarquerai d'abord que le choix de ces exemples renferme un cercle idcieux ; car il faudrait d'abord prouver que le ramollissement de ces divers organes, lorsqu'il existe seul et sans présence de pus, est V effet d'une inflammation. » Je n'ajouterai plus qu'un mot : c'est que j'ai pu , avec de graves observateurs, considérer le ramollissement du cœur comme pouvant être la suite de la cardite , sans en conclure que tout ramollissement du cœur i. 37
était constamment le produit de cette cause. Cette conclusion eût été, en effet, erronée, puisque, sans parler de quelques autres causes , la décomposition putride amène à sa suite le ramollissement du cœur comme celui de tant d'autres organes.
D'ailleurs , en décrivant la cardite , je n'avais pas à faire l'histoire générale du ramollissement du cœur , mais bien à signaler le rôle que jouait cette maladie dans la production d'une espèce particulière de ce ramollissement, et je n'ai rien à rétracter de ce que j'ai dit à cet égard.
Après avoir établi que le ramollissement est une des terminaisons de la cardite, il semble qu'on ne pourrait, sans se contredire , placer l'induration au nombre de ces terminaisons. Mais cette contradiction n'est qu'apparente. En effet, comme tout le monde en convient, les caractères anatomiques de l'inflammation diffèrent beaucoup selon le degré et la période de cette maladie , ainsi que suivant les différents tissus qu'elle peut affecter , soit ensemble , soit séparément. Quant à l'induration, elle a été, dans tous les temps , considérée comme une des terminaisons de l'inflammation , par les divers médecins et chirurgiens qui ont tracé l'histoire de cet état morbide. Ainsi donc , pour qu'il y eût contradiction à placer à la fois le ramollissement et l'induration parmi les terminaisons que peut affecter l'inflammation en général, et celle du cœur en particulier , il faudrait qu'on eût attribué l'un et l'autre de ces états au même degré et à la même période de la maladie , et l'on voudra bien nous faire grâce d'une erreur de cette espèce.
Le ramollissement, la suppuration et l'induration ne sont pas , au reste , les seules terminaisons possible de la cardite : il faut placer encore au rang de ces dernières, Y ulcération, les perforations du cœur, avec ou sans formation d'un kyste dit anévrismal.
Si je ne mets pas ici la gangrène au nombre des termi-
PREM. CATÉGORIE D'OBSERVATIONS DE CARDITE. b^ty
naisons de la cardite proprement dite, ce n'est pas que je la considère comme absolument impossible , du moins à un certain degré et dans une certaine étendue ; mais c'est que, clans l'état actuel de la science , je n'en connais aucun exemple incontestable. Je renvoie, d'ailleurs , à ce que j'ai dit de l'endocardite gangreneuse, au chapitre troisième. Dans une première section , nous allons rapporter des exemples des différentes altérations que la cardite, étudiée sous toutes ses formes et à toutes ses périodes, peut entraîner à sa suite. Une seconde section contiendra l'histoire générale de cette inflammation.
SECTION PREMIERE
OBSERVATIONS PARTICULIERES SUR LA CARDITE ( INFLAMMATION DU TISSU MUSCULAIRE ET DU TISSU CELLULAIRE INTERMUSCULAIRE DU COEUR) ET SES SUITES.