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PREMIER PROBLEME

LES PRODUCTIONS CARTILAGINEUSES, OSSEUSES OU CALCAIRES DU COEUR PEUVENT-ELLES SE DÉVELOPPFR SANS INFLAMMATION PRÉALABLE?

Tous les médecins qui ont fait de l'anatomie pathologique une élude assidue et approfondie , savent que rien n'est plus commun que de rencontrer des productions osseuses ou calcaires dans les artères et dans les valvules gauches du cœur des personnes avancées en âge. Frappés de la fréquence de ce genre d'altérations, quelques auteurs en ont conclu que les ossifications dont il s'agit étaient uniquement dues aux progrès de l'âge, à la vieillesse. En supposant que les ossifications des vieillards ne fussent, en effet, qu'une de ces nombreuses modifications organiques, de ces irré-

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parables dégradations, de ces rides profondes que le progrès des ans entraine fatalement à sa suite , il n'en resterait pas moins démontré que telle n'est pas l'origine de toutes les ossifications du cœur et des artères , à moins de soutenir que la vieillesse commence quelquefois à seize ou vingt ans, puisque nous avons rapporté dans le cours de cet ouvrage un très grand nombre d'exemples d'ossifications chez des individus appartenant à l'âge ci-dessus indiqué (1). Ces exemples prouvent incontestablement que des ossifications du cœur et des artères se développent très fréquemment chez des jeunes sujets, et que dans ces cas elles ont été précédées d'un travail inflammatoire, lequel a pour ainsi dire fait les frais de leur matière première. Il s'agirait donc de déterminer si réellement les ossifications des vieillards sont le pur effet des progrès de l'âge , ou si, au contraire, elles ne reconnaissent pas pour point de départ la même opération morbide que celles des jeunes sujets.

Les auteurs ont trouvé plus commode de trancher le nœud que de le dénouer, c'est-à-dire qu'ils ont affirmé le fait sans le prouver. La scrupuleuse attention avec laquelle j'ai longuement étudié ce point litigieux à'organogénie morbide ne me permet pas de me prononcer avec autant d'assurance. Les vrais observateurs reconnaîtront d'abord avec moi que la vieillesse ne préserve pas de la maladie à laquelle les ossifications doivent leur origine chez les jeunes sujets , bien qu'elle lui imprime de notables modifications. La première difficulté qu'il fallait résoudre, c'était donc de montrer, par des observations précises, que les vieillards affectés d'ossifications n'avaient point éprouvé, à une époque quelconque de leur vie , de phlegmasie chronique ,

(1) Ce serait un très beau sujet à étudier que les «Itérations dont la vieillesse amène naturellement avec elle le développement. L'usure des organes, triste condition de leur exercice poussé jusqu'à l'extrême vieillesse , mériterait en particulier de nouvelles recherches.

sourde, latente dans les parties où résidaient les productions accidentelles. (Et qu'on n'oublie pas que ces productions, dans le cœur et dans les artères, comme sur la plèvre et le péricarde , peuvent se rencontrer de longues années après l'inflammation qui en aurait été la cause productrice.) Or, je déclare que je n'ai trouvé dans aucun auteur la solution de celte première et très grave difficulté.

Admettons toutefois que parmi les ossifications des vieillards il en soit qui n'ont point été précédées d'un travail inflammatoire quelconque. Qu'on nous apprenne au moins à distinguer celles-là de celles qui auraient pu procéder du mode inflammatoire; qu'on nous dise en quoi le travail qui produit de toutes pièces les ossifications chez les vieillards, diffère de celui qui les engendre chez les jeunes sujets , et qu'on nous explique pourquoi on ne trouve pas toujours ces mêmes ossifications chez tous les vieillards (1).

Quant à moi, je pense, en définitive , que parmi les ossifications du cœur et des artères chez les vieillards, quelques unes ont certainement été précédées d'un travail inflammatoire comme chez les jeunes sujets. Mais je déclare n'avoir pas encore toutes les preuves nécessaires , pour être convaincu qu'il en est d'autres dans la production desquelles ce travail n'a joué absolument aucune espèce de rôle. Attendons.

Ce qui me parait probable , c'est que le perpétuel frottement auquel les valvules et les parois artérielles sont soumises, est réellement une condition physiologique ou fonctionnelle qu'il ne faut pas négliger , quand il s'agit de déterminer toutes les circonstances propres à favoriser le développement de certaines indurations , soit cartilagineuses , soit osseuses de ces parties.

(1) J'ai fait avec le soin le plus minutieux l'examen cadavérique d'un homme octogénaire , qui mourut à l'hôpital Cochin , en 1822. Il n'existait point d'ossifications dans le cœur ni dans les artères. J'avoue que de pareils faits sont très rares , et c'est précisément pour cela que je pris note de celui-ci.

Aucun médecin n'ignore que la pression et les frottements habituels qui s'exercent sur d'autres parties entraînent à la longue diverses espèces d'induration. Qui ne connaît, entre autres, ces excroissances cornées que produisent la pression et le frottement exercés sur les orteils par des chaussures trop étroites ? Qui ne connaît les callosités des mains de ceux qui se livrent aux professions manuelles les plus fatigantes ? Qui ne sait enfin que les tendons et les tissus fibreux soumis à de longs et violents frottements s'ossifient assez fréquemment? Certes, ce n'est pas moi qui nierai l'intervention de pareilles causes ; mais dire vaguement que la vieillesse produit des ossifications , etrejeter ensuite l'origine inflammatoire de celles qui ont lieu chez les jeunes sujets et chez les adultes, voilà, en vérité, une logique qui n'est pas à mon usage.

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