DES LIPOTHYMIES ET DE LA SYNCOPE NERVEUSES
§ I. Idée générale de la syncope.
Les défaillances , la lipothymie et la syncope ne sont que trois degrés d'une seule et même affection nerveuse du cœur, savoir, la diminution de l'innervation de cet organe. Le plus haut degré , qui constitue la syncope, est réellement la paralysie momentanée du cœur.
(1) Il n'est aucun endroit de son ouvrage où Laënnec ait signalé l'état chlorotique ou anémique comme constituant une des maladies dans lesquelles se manifestent les ronflements artériels; et c'est là néanmoins l'affection que ces ronflements accompagnent d'une manière toute spéciale, et avec une telle constance, que la première existant à un haut degré, on en peut conclure à l'existence des seconds.
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Les phénomènes de la syncope complète sont ceux de lu mort subite, dont elle ne diffère qu'en ce que, dans le plus grand nombre des cas, les malades peuvent encore être rappelés à la vie : nous disons dans le plus grand nombre des cas, car il en est quelques uns où la syncope est suivie d'une mort réelle. L'individu qui éprouve une syncope commence par ressentir un malaise inexprimable , ses veux s'obscurcissent, se couvrent comme d'un nuage, des tintements d'oreilles se manifestent, le visage pâlit, les lèvres se décolorent, la pensée s'évanouit, le sentiment s'éleint, fout le corps se refroidit , se couvre de sueur; les membres tombent comme des masses inertes, les genoux se dérobent sous le poids du tronc , toutes les articulations se fléchissent» le pouls et la respiration disparaissent... il ne reste plus aucun signe de vie extérieure : elle est, pour ainsi dire, momentanément éclipsée. Cependant on revient à soi ; les sensations et le mouvement se raniment, la chaleur reparaît, et l'on se sent pour ainsi dire renaître.
Le plus souvent la syncope ne dure que quelques secondes; d'autres fois elle persiste pendant quelques minutes.
Il ne faut pas confondre avec la syncope proprement dite ces pertes de connaissance qui peuvent se prolonger plusieurs heures ou même des jours entiers. L'absence complète des battements du cœur ne saurait durer aussi long-temps sans entraîner la mort.
Le sentiment de malaise et d'anxiété, que nous avons donné comme le signe avant-coureur de la syncope, ne se présente pas toujours; bien plus , quelques personnes , avant de se trouver mal, éprouvent un sentiment plein de charme, de douceur et presque de ravissement. Montaigne, revenu d'une syncope, regrette amèrement l'espèce de bien-être voluptueux que lui avait procuré cet anéantissement passager de la vie.
6l6 MA.LADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
§ II. Causes de la syncope.
Les causes de la syncope sont très variées, et souvent opposées; c'est ainsi que l'on se pâme, suivant l'expression du vulgaire, de joie et de douleur, d'amour et de haine, etc. La syncope peut être l'effet des douleurs physiques violentes, telles que celles qui accompagnent la péritonite, par exemple, de vives émotions, de sensations produites par la vue de certains objets, par certains sons, par certaines odeurs , etc.
On rapporte que les dames romaines tombaient en syncope lorsqu'elles respiraient l'odeur des fleurs, en sorte qu'il ne leur était pas permis d'en avoir dans leurs appartements. Tous les jours nous voyons chez nous des femmes se trouver mal à la vue d'une araignée, d'une chauve-souris; il en est dont les nerfs sont tellement susceptibles , qu'elles éprouvent, dit-on, le même accident par le toucher du velouté de la pêche, de la framboise , du satin, etc. Quelques unes font encore mieux, elles tombent en défaillance sans aucune raison sensible , et pour ainsi dire à volonté; sans cloute que la syncope produit sur elles le même effet voluptueux que sur Montaigne.
Divers agents toxiques jouissent de la propriété d'affaiblir ou même de suspendre complètement les battements du cœur : tels sont l'acide hydrocyanique , par exemple, certains miasmes septiques, etc.
Une cause plus directe de cette maladie consiste dans la brusque soustraction d'une quantité considérable de sang; de là les syncopes que déterminent les hémorrhagies , et même une simple saignée (le plus souvent, dans ce dernier cas, la frayeur, l'aspect du sang qui coule, contribuent, plus que la saignée elle-même , au développement de la syncope). Les grands obstacles à la circulation suspendent également l'action du cœur et amènent la défaillance.
Telles sont les principales causes qui peuvent, directe-
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ment ou indirectement , éteindre momentanément la
puissance nerveuse du cœur, et produire par conséquent la
syncope.
§ III. Traitement de la syncope.
La syncope purement nerveuse , telle que celle qui arrive aux femmes vaporeuses, aux convalescents, etc., n'est nullement dangereuse; la plus légère excitation, l'impression de l'air irais, les aspersions d'eau froide, l'application de quelques émanations odorantes plus ou moins fortes sur la membrane piluitaire, telles que celles que fournissent l'élher, l'eau de Cologne, l'ammoniaque, etc., et mille moyens connus du simple vulgaire, suffisent pour la faire disparaître.
ARTICLE CINQUIÈME