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I. — L'ATELIER

LA POUSSIÈRE ET LES MICROBES. — Un des dangers qui menacent la santé des personnes vivant en collectivité consiste dans l'ingestion de poussières contenant des parcelles de crachats expectorés par des sujets tuberculeux. Oliver (1) cite des expériences célèbres, qui montrent la possibilité de la contagion. Weichselbaum

(1) Maladies caused by the air we breathe inside and outside the home, p. 111, Londres, 1906, Baillère Tindall, édit.

prit des crachats de tuberculeux desséchés et en fît une préparation qu'il fit absorber à dix-sept chiens: tous devinrent tuberculeux. D'autres poussières ingérées de la môme manière dans une expérience de contrôle ne fîrenl voir rien de semblable. En 1898, Cornet disposa un tapis sur le sol d'une chambre et en provoqua la souillure par des crachats de sujets tuberculeux. Le tapis étant sec, il le fit balayer deux jours de suite avec un balai de chiendent, de manière à en détacher les particules bacillifères et à les envoyer dans Pair. Auparavant, Cornet avait placé *254 cobayes dans la pièce, à des hauteurs variant de 7 à 134 centimètres au-dessus du tapis. Tous les cobayes contractèrent la tuberculose pulmonaire. En faisant cette dangereuse expérience, l'expérimentateur avait placé au-devant de ses narines un tampon de coton; ce tampon secoué avait laissé tomber des poussières qui, inoculées à un cobaye, lui communiquèrent la tuberculose.

Pour démontrer la présence des bacilles de la tuberculose dans les poussières qui flottent autour de nous, Strauss recueillit celles qu'il retira de tampons de coton mis devant les narines d'un certain nombre de sujets bien portants, dans un hôpital, et s'en servit pour inoculer des cobayes: un tiers de ceux-ci montrèrent les signes de la tuberculose.

On croyait autrefois que les bacilles transportés par les poussières de l'air pénétraient directement dans les voies respiratoires, tandis que la tendance moderne est d'admettre qu'ils entrent surtout dans notre bouche et de là dans nos voies digestives, dont ils traversent certaines parois pour pénétrer dans la circulation. On admet aussi que les bacilles desséchés sont atténués et que ceux qui ont été exposés à une vive lumière le sont encore plus. Les bacilles frais sont ceux qu'il est le plus dangereux d'ingérer directement, notamment ceux que le tuberculeux projette sur son entourage immédiat en parlant et en toussant. La lumière et la sécheresse sont de véritables microbicides, tandis que l'humidité et l'obscurité des locaux favorisent la contagion (1).

(1) Ces tendances modernes des hygiénistes sont résumées dans les conclusions ci-après, présentées par le professeur Calmette, de Lille, au Congrès d'hygiène de Berlin (sept. 1907) pour servir de guide dans la lutte antituberculeuse.

« L'assistance aux tuberculeux doit avoir pour objectif principal la lutte contre la contagion dans la famille et dans les milieux collectifs.

Cette lutte ne peut être efficace qu'à la condition de faire porter à la fois nos efforts :

1° Sur la préservation des sujets sains;

2° Sur la guérison des malades.

Or les travaux expérimentaux récents ont montré :

a. Que l'infection tuberculeuse se contracte fréquemment dans le jeune âge, soit par l'ingestion de lait de vache tuberculeuse, soit par l'ingestion de bacilles provenant des produits d'expectoration des phtisiques, soit, dans quelques cas probablement beaucoup plus rares, par l'inhalation de poussières liquides bacillifères émises pendant les efforts de toux par les sujets tuberculeux;

PROPRETE DU SOL ET DES MURS. tf-85

Quelle que soit la porte d'entrée des microbes, il est certain qu'en avalant des poussières nous les aidons à la franchir et, par conséquent, il importe de ne pas soulever les poussières du sol en balayant.

LE BALAYAGE A L'HUMIDE. — La nécessité de ne pas soulever des poussières est connue depuis longtemps déjà. En 1893, Napias, rapporteur du Comité consultatif d'hygiène publique de France, écrivait les lignes suivantes, au sujet du balayage et de l'entretien de la propreté dans les ateliers : « Il semble utile aujourd'hui de demander que le sol soit nettoyé avant ou après le séjour des ouvriers et que ce nettoyage se fasse par un lavage, toutes les fois que les conditions de l'industrie ne s'y opposent pas. La raison de cette exigence est aisée à comprendre ; dans beaucoup d'ateliers, le travail devant commencer par exemple à six heures ou à sept heures du matin, c'est pendant que les ouvriers s'installent à leur métier, à leur établi ou à leur machine, que l'un d'eux balaie le sol. Il s'élève alors une poussière plus ou moins dense et diversement composée selon les ateliers, mais qui peut contenir des parcelles de crachats desséchés. Il en résulte qu'un seul ouvrier phtisique suffit à contaminer un grand nombre de ses camarades et qu'on ne saurait trop se mettre en garde contre cette cause de propagation de tuberculose... En tout cas, ce nettoyage, fait avant l'arrivée des ouvriers, ou après leur départ, devra être pratiqué soit au moyen d'un torchon, ou d'une éponge, ou d'une brosse mouillée. Ce n'est pas là une prescription bien dure, ni dispendieuse, et il n'en est pas qui soit mieux justifiée ni qui puisse être plus utilement faite dans l'intérêt des ouvriers. »

Le décret que concernait ce rapport a été rendu en 1894 et ordonne le balayage à l'humide. Ou'a-t-on fait en ce qui concerne cette prescription si importante ? Si nous en croyons les rapports publiés chaque année par la Commission supérieure du travail et si nous écoutons les doléances de ceux qui sont contraints de vivre de la vie collective d'atelier, il semblerait qu'il reste beaucoup à faire. Dans la plupart des usines et ateliers, on balaie une fois ou deux par semaine, rarement à l'humide, et ce balayage se fait presque toujours pendant que les ouvriers sont au travail. Un représentant autorisé du monde patronal a fait récemment l'aveu de cet

b. Que les poussières sèches, souillées de bacilles également secs, ne représentent qu'un facteur de contamination négligeable;

c. Que la gravité des infections est en rapport étroit avec le nombre et la virulence des bacilles frais ingérés ou inhalés, et avec la répétition de ces ingestions ou inhalations ;

d. Qu'en présence d'occasions de contagion suffisamment répétées ou prolongées, l'infection tuberculeuse peut se produire chez tous les sujets, hormis ceux dont la résistance est acquise par une atteinte antérieure guérie;

e. Enfin, que ces occasions de contagion répétées ou prolongées se trouvent surtout réalisées par la cohabitation des sujets sains avec des malades atteints de lésions tuberculeuses ouvertes, dans la famille ou dans les milieux collectifs.

état de chose : « On ne saurait, dit-il, trop condamner la pratique, presque universelle encore, du balayage à sec des ateliers (1). »

Il existe même des ateliers qu'il est impossible de balayer : les planches disjointes, percées, pourries, laissant passer eau, poussières, déchets, d'un atelier dans ceux de l'étage au-dessous (2).

Voici ce que dit un inspecteur du travail au sujet de certains bureaux de postes : « Les planchers sont toujours en bois et lavés à des intervalles plus ou moins éloignés ; opération laborieuse et gênante entre toutes ! En effet, on sait que les bureaux ferment à neuf heures du soir ; les employés restent dans les bureaux pour terminer leurs écritures, préparer les courriers, etc., jusqua dix heures du soir. C'est seulement alors que le personnel employé au lavage pénètre dans les bureaux; il faut que le receveur passe une partie de la nuit à surveiller ces manœuvres, le local des postes devant toujours être surveillé. Enfin l'opération du lavage est imparfaite, car les joints des frises de parquet, nombreux et importants près des appareils de chauffage, recèlent des poussières que l'on ne peut pas atteindre. Il est vrai qu'on balaie ; mais tout le monde sait ce que c'est; on forme des 8 avec le jet d'un arrosoir, de sorte que le plancher reste sec à un endroit et devient flaque d'eau à côté. On balaie, et les poussières qui s'élèvent des endroits secs vont se déposer ailleurs ; celles des flaques d'eau restent et sèchent sur place. Il n'y a que le gros des poussières qui disparaît, enlevé avec le tas d'ordures.

« On comprend donc qu'en pratique le plancher des postes sera toujours sale, au moins au sens bactériologique. Dans la salle d'arrivée du courrier, quelle épouvantable nuée de poussières soulève en effet la vidange des énormes sacs que Ion renverse sur le plancher ! Ces sacs ont traîné partout, dans les wagons, dans les voitures de courriers, dans les fourgons, par terre, etc.; leur propreté laisse souvent à désirer. Aussi quel agent de propagation efficace pour toutes les maladies transmissibles ! Quelle variété dans ces poussières qui viennent de tous les coins du pays! Ces poussières retombent ensuite sur les casiers, sus les correspondances, sur les papiers, les registres. Elles rejailliront de nouveau dans l'air des bureaux, lorsqu'on fera le triage, le balayage, etc. (3). »

Ces lignes peuvent encore s'appliquer, malheureusement, à trop d'ateliers de l'industrie. La manipulation des sacsmanque, mais, par contre, il y existe d'autres éléments nocifs. Dans l'industrie de l'alimentation, à côté de boutiques ordinairement bien tenues, luxueuses même, se trouvent des locaux de travail : laboratoires, cuisines, fournils, etc., dont le sol n'est presque jamais balayé. Nous avons visité,

{\)Bull. de VAssoc. des industriels de France, 1905, p. 171.

(2) Rapport de la Commission supérieure du travail, 1905, p. 111.

(3) Compte rendu du IIe Congrès de l'hygiène des travailleurs et des ateliers, 1905, p. 81.

il y a quelque dix ans, un grand nombre de cuisines et de fournils dépendant de pâtisseries et de boulangeries parisiennes (1); ces locaux étaient presque partout en sous-sol, quelquefois en deuxième sous-sol; nous avons toujours été étonnés par la singulière malpropreté qui y régnait. Il est aisé, dès lors, de saisir une des causes des ravages que la tuberculose y exerçait. Le danger est d'autant plus grand que la lumière naturelle fait défaut et que le personnel est presque toujours couché dans des conditions défectueuses : double cause de dépression des organismes et par conséquent de préparation du terrain bacillifère.

LE COUCHAGE DES EMPLOYÉS. — L'enquête qui a précédé la publication du décret du 28 juillet 1904 sur le couchage du personnel a révélé l'état déplorable de la plupart des chambres où couchaient les employés de l'alimentation et des dortoirs de l'industrie, leur malpropreté fréquente et leur encombrement. Dans le sud-est de la France, environ 30 000 ouvrières sont logées en dortoirs, dans ces mauvaises conditions; beaucoup de médecins de la région attribuent à cette vie collective, qui prolonge celle de l'atelier, la propagation de la tuberculose dans des localités où elle était auparavant inconnue.

En 1904, les employés de chemins de fer se plaignaient également d'être couchés dans des salles mal tenues, où parfois le même local sert en même temps de cuisine, de dortoir et de réfectoire (2). Depuis cette époque, des règlement spéciaux au personnel des chemins de fer ont été rendus, et la situation s'est beaucoup améliorée. Dans quelques professions saisonnières dont les ouvriers se recrutent particulièrement à l'étranger, les dortoirs, qu'ils soient constitués par une chambre louée en commun par plusieurs ouvriers, ou qu'ils appartiennent à l'entreprise, sont très généralement malpropres, mal aérés, encombrés. Souvent le sol se compose de terre battue qui se pulvérise facilement: il n'est jamais balayé. Les habitants de ces logis y couchent sur des lits de camp, et, si l'un d'eux est phtisique, aucune précaution n'est prise pour que ses crachats ne souillent pas le sol et ne viennent pas contaminer les poussières que les allées et venues, les courants d'air, soulèvent constamment.

LA TUBERCULOSE A L'ATELIER. — Après s'être infecté dans l'atelier industriel, l'ouvrier atteint pense se soigner plus facilement chez lui, et, comme il a besoin de son salaire pour vivre, il emporte son travail à domicile. Comme il continue dans son intérieur les habitudes qu'il a contractées, comme le nettoyage du plancher n'est fait que par un balayage à sec, la contagion gagne sa famille et ses proches. De fait, il existe autour de presque toutes les grandes villes une ceinture de localités où le travail à domicile a pris

(1) A cette époque, les lois sur l'hygiène des travailleurs ne s'appliquaient pas à ces établissements.

(2) Compte rendu du Ier Congrès de l'hygiène des travailleurs, 1904, p. 25,

une certaine extension et où la tuberculose fait de grands ravages.

La prophylaxie de la tuberculose. — Pour empêcher la propagation de la tuberculose, un moyen qui s'offre immédiatement à l'esprit consiste évidemment à éliminer les tuberculeux des ateliers; mais, en pratique, ce procédé soulève les plus importantes difficultés. D'abord comment reconnaître qu'un atelier contient une personne atteinte de tuberculose ouverte? Si c'est le patron qui doit faire la déclaration nécessaire, n'est-il pas à craindre qu'il se retranche derrière son ignorance? La seule autorité qui, actuellement, ait le droit de visiter les ateliers en France, c'est l'inspecteur du travail. Quelle que soit la compétence de ce fonctionnaire, il n'a qu'exceptionnellement des connaissances médicales suffisantes pour diagnostiquer la tuberculose. Enfin, si l'on expulse l'ouvrier tuberculeux, la société qui intervient dans l'intérêt général lui doit une compensation; elle assume l'obligation d'assurer son existence en même temps que celle de sa famille, de sorte que l'élimination des ouvriers tuberculeux ne peut être prescrite sans inhumanité par la loi, avant l'établissement d'une assurance maladie qui recueillerait ces ouvriers et leur garantirait les soins nécessaires (1).

Comme cette solution nous reporte évidemment à un avenir lointain, il faut tâcher de nous arranger avec ce tuberculeuxqu'on ne peut éviter et de rendre ses expectorations inoffensives. Plusieurs moyens s'offrent à cet effet.

La désinfection des ateliers. — Pour empêcher la dissémination du bacille de la tuberculose, on peut chercher à le détruire et pratiquer la désinfection. Cette méthode ne saurait cependant être mise en pratique que dans un nombre limité d'industries. Elle encourt un reproche analogue à ceux qui ont été adressés à l'éviction des tuberculeux, à savoir que la désinfection ne peut entrer en jeu qu'après la déclaration; de plus, elle est inefficace si on n'éloigne pas l'ouvrier, ou les ouvriers causes de l'infection, sans quoi la désinfection devrait être pratiquée tous les jours.

La désinfection peut néanmoins être indispensable clans des cas déterminés, par exemple lorsqu'un atelier est devenu un foyer d'infection tuberculeux, circonstance malheureusement assez fréquente (2).

Il est certain qu'en pareil cas la désinfection du local, du matériel, des outils même, devrait être imposée, et il suffirait de l'exécuter dans les conditions fixées par la loi de 1902 sur la santé publique, c'est-à-

(1) Sous-commission permanente de préservation de la tuberculose, 1904.

(2) Pour citer un cas à titre d'exemple : en 1905, un atelier de bonneterie du département du Nord vint à recevoir une ouvrière tuberculeuse qui décéda deux mois plus tard. Après son départ, quatre autres ouvrières furent atteintes, et deux décès survinrent dans l'espace de dix-huit mois. Cet atelier occupait seulement une douzaine d'ouvrières, dont quelques-unes furent encore contaminées dans la suite (Rapport des inspecteurs divisionnaires du travail, 1905, p. 115).

dire d'après l'un des procédés approuvés par le ministre de l'Intérieur après avis du Comité consultatif d'hygiène publique de France.

Ajoutons que certains produits, l'aldéhyde formique en particulier, permettent de désinfecter un atelier sans détériorer les objets en métal, en bois, ou même les tissus et sans être obligé de les déplacer.

Parmi les méthodes approuvées par l'administration, il convient de faire connaître celles qui paraissent s'adapter le mieux aux nécessités de l'industrie.

La désinfection par le formol. — En 1892, M. Trillat a désigné sous le nom de formol la solution commerciale de formaldéhyde (1) dans l'eau dite à 40 p. 100; cette solution contient aussi un peu d'alcool méthyiique et 100 grammes de solution renferment 40 grammes du gaz hypothétique GH20, dont les molécules sont en réalité soudées d'une façon inconnue et variable selon les circonstances.

Si on chauffe la solution commerciale pure ou additionnée d'eau, elle dégage de la formaldéhyde. Ce dégagement est particulièrement rapide si le chauffage est fait clans un autoclave, sous pression de 4 atmosphères. On produit alors en peu de temps de grandes quantités de vapeurs sèches de formaldéhyde que l'on peut introduire dans le local par un petit tube, à travers le trou d'une serrure, et l'expérience montre que dans cet état ces vapeurs sont polymérisées sous une forme spécialement favorable à leur diffusion et à leur action antiseptique. On a pu dans ces conditions désinfecter efficacement des locaux avec moins de 3 grammes de formaldéhyde par mètre cube et après une durée de contact de une heure et demie seulement (2).

En additionnant 1 litre de solution commerciale de formaldéhyde de quelques grammes de chlorure de calcium et de son volume d'eau, on obtient le produit nommé improprement formochlorol qui laisse dégager facilement toute la formaldéhyde qu'il contient. La désinfection par le formol se réduit donc, en somme, à produire dans le local à désinfecter un dégagement rapide de vapeurs de formaldéhyde en chauffant une solution de ce produit.

(1) La formaldéhyde ou aldéhyde formique est un gaz irritant à odeur de souris qu'on produit en oxydant des vapeurs d'alcool méthyiique au contact de métaux ou de corps poreux (coke, porcelaine), portés au rouge. Après leur passage sur le corps oxydant, les vapeurs sont condensées; on obtient un mélange d'eau et d'alcool méthyiique tenant en dissolution de l'aldéhyde formique, avec des traces d'acides acétique et formique. Ce mélange concentré à la concentration de 30 à 40 p. 100 constitue la solution commerciale dite à 40 p. 100. On ne peut concentrer celle-ci davantage sans qu'il se dépose des polymères solides de la formaldéhyde.

(2) Un autoclave quelconque timbré à 4 atmosphères peut servir pour cette opération. La Société de désinfection (14, rue des Pyramides) emploie un autoclave imaginé il y a sept ou huit ans par M. Trillat. La maison Geneste et Herscher emploie l'appareil du Dr Hotton. M. Marette, directeur du sanatorium de Saint- Ouen, a adopté la chaudière Brochet.

La quantité à dégager est de 3 à 4 grammes par mètre cube de capacité. Il n'est pas utile d'obstruer hermétiquement toutes les fissures avec des bandes de papier, comme on le fait pour d'autres désinfectants gazeux. L'efficacité de la désinfection dépend plutôt de la quantité de gaz dégagée et de la rapidité du dégagement que de la durée du contact. Le dégagement du gaz doit être terminé en une heure et demie, et, une demi-heure après, c'est-à-dire deux

— Autoclave de M. Trillat pour le dégagement de l'aldéhyde furmique sous pression-

heures après le commencement du dégagement, on peut ouvrir la pièce et l'aérer. Dès que l'odeur piquante de l'aldéhyde formique n'est plus gênante, on peut réoccuper les locaux. On hâte sa disparition en y dégageant du gaz ammoniac. Il suffit de disposer des plats ou des cuvettes dans lesquels on verse de la solution dite « ammoniaque » du commerce.

Les vapeurs de formaldéhyde ne détériorent rien : ni les étoffes ni les métaux.

Il ne faut pas oublier que la désinfection par la formaldéhyde comme par les autres gaz, y compris l'anhydride sulfureux, ne doit avoir pour but que de stériliser les parties superficielles d'un local.

Dans cette action superficielle, les linges fins et même les étoffes épaisses à mailles lâches peuvent être stérilisés, mais il faut renoncer à stériliser l'intérieur d'un matelas ou d'un coussin. Les objets un peu épais ne sont pas pénétrés au delà de un demi-centimètre.

Fig. 3. — Formola teur Hélios.

Pour dégager des vapeurs de formaldéhyde, on peut aussi pulvériser de la solution commerciale à froid : c'est le principe du volatilisaieur Guasco.

On peut aussi produire la formaldéhyde en chauffant des pastilles de trioxy méthylène (1), qu'on trouve dans le commerce sous le nom de formaline.

(1) Si on laisse évaporer à froid la solution commerciale de formaldéhyde ou formol, elle perd de l'eau, puis sa concentration augmente, et elle laisse déposer un premier polymère, d'aspect savoureux, encore soluble dans l'eau. Si on continue la concentration, il se dépose un autre polymère sous forme dune poudre blanche formée de petits cristaux, insoluble dans l'eau : c'est le trioxy méthylène ; si on chauffe le trioxyméthylène, il dégage de l'aldéhyde formique, mais dans un état de polymérisation qui n'est pas favorable à la diffusion du gaz dans les locaux.

C'est le principe du formolateur Hélios.

Cette méthode est très commode, mais elle ne convient que pour de petits locaux. Il faut chaufler franchement le trioxyméthylène pour que son évaporation soit terminée en une heure à une heure et demie.

Comme dans le cas de l'évaporation lente par pulvérisation humide à froid, l'expérience montre que le chauffage du trioxyméthylène fournit les vapeurs de formaldéhyde dans un état de polymérisation qui n'est favorable ni à leur diffusion ni à leur action antiseptique. Si on emploie ces procédés, il sera prudent de porter la dose de formaldéhyde dégagée à 4 grammes par mètre cube de local (1) et de porter la durée du contact, après la (in du dégagement, à deux heures ou davantage.

Autres procédés de désinfection. — Au lieu d'aldéhyde formique, on peut employer comme désinfectant gazeux l'acide sulfureux provenant de la combustion du soufre. La quantité à brider est de 40 grammes par mètre cube de local. Enfin la désinfection gazeuse peut être, dans certains cas, complétée ou môme suppléée par des lavages ou pulvérisations effectuées avec des liquides appropriés.

Parmi ceux-ci, le D' A.-J. Martin recommande les suivants :

1° Une solution savonneuse de crésol préparée en mélangeant 500 grammes de crésol savonneux à 10 litres d'eau ;

(Le crésol savonneux s'obtient en faisantfondreàune douce chaleur 500 grammes de savon noir et 50 grammes de crésol brut).

2° L'eau de Javel étendue de 50 fois son poids d'eau ;

3° Les lessives chaudes à la cendre de bois ou au carbonate de soude;

4° Le sulfate de cuivre à la dose de 50 grammes par litre;

5° Une solution de 20 grammes de chlorure de chaux dans 1 litre d'eau ;

6° Une solution de 20 grammes de la solution commerciale d'aldéhyde dans 1 litre d'eau;

7U Le lait de chaux fraîchement préparé a 20 p. 100. On délite la chaux en pierre en l'arrosant avec la moitié de son poids d'eau, et on obtient de la chaux éteinte en poudre qui peut se conserver quelque temps dans un récipient bien bouché et placé au sec. Comme 1 kilogramme de chaux qui a absorbé 500 grammes d'eau pour se déliter a acquis un volume de 2^200, il suffit de le délayer avec le double de son volume d eau, soit 4^400 pour obtenir un lait de chaux à 20 p. 100 environ (Richard et Ghantemesse).

Les lavages du sol. — D'après une définition humoristique du

(1) Dans le formolateur Hélios, on emploiera 4 grammes de trioxyméthylène (ou formaline) par mètre cube.

Dr Roux, directeur de l'Institut Pasteur, la meilleure désinfection du sol et des murs, est, en pratique, un bon lavage à l'eau et au savon. C'est une desinfection mécanique par entraînement des microbes. Il faut seulement que le revêtement du sol et des murs soit uni et imperméable, afin d'éviter les anfracluositésoù le liquide ne pénètre pas et celles où il séjourne, laissant, à mesure qu'il s'évapore, delà boue, puis de la poussière (1). D'autre part, ce lavage occasionne toujours des éclaboussures, ce qui exige que les murs, au moins dans leur partie inférieure, soit recouverts d'un enduit également imperméable. Enfin il faut prendre quelques précautions à l'égard des matières premières qui se trouvent dans les ateliers et qui ne peuvent pas, en général, subir les atteintes de l'humidité.

Imperméabilisation du sol des ateliers. — Pour que le sol puisse être lavé commodément et efficacement, il faut qu'il soit imperméable : mais beaucoup d'ateliers sont pourvus de parquets en bois, et souvent le bois ne peut être remplacé ni par le bitume ni par le ciment; car, si ces matières forment les revêtements imperméables par excellence et donnent de bons résultats au rez-dechaussée, il n'en est pas toujours de même aux étages ; de plus ces revêtements provoquent le « froid aux pieds », qui est redouté des ouvriers tenus à rester immobiles.

Cependant, dans les pièces fréquentées par de nombreuses personnes, les parquets en bois se fatiguent rapidement ; la sécheresse en disjoint les lames, et la poussière pénètre dans ces interstices d'où le torchon mouillé ne peut la faire sortir. Pour obvier à ces inconvénients, on obture toutes les fentes un peu larges avec des languettes de bois clouées ; puis on procède à l'imperméabilisation, qui peut être conduite de diverses manières.

1° Coaltar. — On profite d'un nettoyage général de l'atelier, d'un blanchissage des murs, pour procéder à la coaltarisation des planchers ; il convient de faire cette opération après et non avant le blanchissage. On coaltarise le soubassement des murs avant de coaltariser le parquet.

Celui-ci doit être absolument sec et débarrassé de poussières ; il est au préalable gratté ou brossé à la paille de fer, mais non lavé.

Les méthodes de coaltarisation varient un peu suivant le but que l'on se propose d'atteindre. Pour ce qui concerne les ateliers M. A.-J. Martin, inspecteur général de la salubrité et de l'assainissement des habitations à Paris, recommande le procédé suivant :

Procédé à chaud. — On se sert du goudron ordinaire de houille ou

(1) Commission de préservation contre la tuberculose, sous-commission de l'industrie.

9i LECLERC DE PULLIGNY ET BOULIN. — HYG. INDUSTRIELLE.

coaltar, et on l'applique à chaud avec un pinceau, en s'attachant à le faire pénétrer dans tous les joints et fissures qu'il doit remplir. Dans les fentes les plus larges, on coule du brai fondu. Il est important que la couche de goudron soit très mince et ne forme pas un enduit poisseux. La quantité dépensée ne doit pas dépasser 1 kilogramme pour 10 mètres carrés.

Si le coaltar est trop épais, on y ajoute un dixième de son poids d'essence de térébenthine.

Procédé à froid. — On peut aussi faire l'application du coaltar à froid, et c'est la méthode recommandée dans les cas où l'on craint de se servir d'essence de térébenthine. Il faut alors employer un mélange de 3 parties de coaltar et de 1 partie d'huile lourde de houille.

L'avantage du goudron est qu'il pénètre dans les joints et y forme un enduit légèrement élastique, adhérant aux deux parois et qui se prête aux mouvements du bois.

Le prixdu matériel nécessaire à l'opération estd'environl5 francs; celui du mélange de coaltar et d'huile lourde de houille, de 8fr. 25 les 100 kilogrammes (1).

La coaltarisation du soubassement des murs s'opère de la môme façon, mais avec un mélange composé de 2 parties de coaltar pour 1 partie d'huile lourde de houille. Les murailles ainsi noircies communiquent aux pièces un aspect triste, et la dessiccation se fait avec une certaine lenteur, ce qui n'est pas sans inconvénient pour les vêtements des ouvriers et pour les produits manufacturés.

Quels que soient les avantages de la coaltarisation, elle sera toujours limitée dans son emploi par la teinte noire, lugubre, qu'elle communique aux locaux. Aussi a-t-on cherché à obtenir les mêmes résultats en s'adressant à d'autres substances, et on a préconisé tour à tour l'huile de résine, le carbonyle, l'huile de lin, la paraffine, la résinoline, etc.

2° Huile de résine. — L'huile de résine imprègne parfaitement le bois et lui communique une agréable teinte de noyer; mais sa fluidité ne permet pas le colmatage des fentes, et elle glisse à travers les fissures (2). Sa dessiccation réclame trois jours quand l'huile est utilisée à chaud et six jours pour les applications à froid. 1 kilogramme d'huile de résine suffît pour traiter 10 mètres carrés de plancher; ce qui porte à environ Ofr. 05 la dépense par mètre carré.

3° Huile de lin. — L'huile de lin a été utilisée en Allemagne ; elle s'étend au pinceau. Il en faut trois couches successives pour imperméabiliser un plancher, et il est indispensable de renouveler l'opéra-

(1) On trouvera dans le Bulletin de Vlnspection du travail la copie des instructions du ministre de la Guerre pour la coaltarisation des planchers des casernes (1906, p. 76).

(2) Brouardel, Ghantemesse et Mosny, Traité d'hygiène, fasc. X : Hygiène militaire, p. 148.

lion une ou deux fois par an. Elle a l'inconvénient de coûter trois ou quatre fois plus cher que l'huile de résine et d'avoir une odeur désagréable et persistante. Elle n'oblitère ni les fissures ni les joints.

A0 Carbonyle. — Le carbonyle a des propriétés qui l'ont fait substituer au coaltar dans les casernes, tout récemment. C'est un liquide un peu plus clair que l'huile lourde de houille et qu'on emploie surtout pour la conservation des bois destinés à être enfoncés dans le sol. Sa fluidité rend facile son application, qui se fait au pinceau. Il imperméabilise parfaitement le bois et le conserve : il jouit en outre de propriétés bactéricides et parasiticides précieuses ; les surfaces imprégnées de carbonyle sont désinfectées du môme coup, propriété qu'il doit aux composés phénoliques qu'il contient. La carbonylation communique aux planchers une teinte brune mate ; son prix de revient est d'environ 0 fr. 05 par mètre carré.

5° Résinoline. — Diverses compagnies de chemins de fer se servent de résinoline pour enduire les parquets des salles d'attente. C'est un liquide oléagineux d'une teinte jaunâtre, limpide et sans odeur caractéristique. L'enduisage se fait au moyen d'un chiffon de laine imprégné de résinoline, qu'on passe sur le parquet dans le sens des lames. Au préalable, le parquet a été lavé et séché. Une demi-heure après cette application, on passe un nouveau linge sec, pour enlever l'excès de résinoline que le bois n'a pu absorber. La dessiccation se fait rapidement et demande seulement quelques heures.

Pour communiquer au plancher une teinte plus agréable, on peut se pro urer chez les marchands de produits chimiques diverses substances, avec lesquelles on donne au bois des nuances variées avant l'emploi de la résinoline.

6° Paraffine. — Lesprocédés précédents sontéconomiques, mais ils ont le désavantage de donner aux parquets une teinte sombre, terne et peu agréable. L'emploi delà paraffine est un peu coûteux, mais il permet d'avoir des parquets clairs et brillants.

On fait dissoudre, au bain marie à 80°, 200 grammes de paraffine dans 1 litre de pétrole ; on applique ensuite à chaud en prenant toutes les précautions nécessaires pour éviter l'inflammation. Annequin a substitué à cette méthode l'emploi de la paraffine bouillante, qui présente un pouvoir pénétrant considérable et donne au bois l'apparence du buis. D'après cet auteur (1), 1 kilogramme de paraffine suffirait pour enduire 4 mètres carrés de surface, ce qui porterait la dépense à 0 fr. 70 par mètre carré.

Le bois paraffiné est parfaitement imperméabilisé et résistant; ni acides, ni alcalis ne peuvent l'attaquer. Une application bien faite dure plusieurs années.

Enfin on peut couler dans les rainures du plancher, à l'aide d'une

(t) Revue d'hygiène, 1898, p. 9*39.

burette, une solution de 200 grammes de paraffine dans 1 litre d'essence de pétrole.

Obturation des fentes. — Les solutions de continuité qui existent sous les plinthes et entre les lames du parquet peuvent être oblitérées, quand elles sont importantes, par des tasseaux en bois cloués. Quant aux fentes plus petites, il est bon, en dehors de l'emploi du coaltar ou de la paraffine, d'avoir à sa disposition un mastic pour les obturer. MM. Rouget et Dopter citent diverses recettes conseillées par Annequin et autres (1).

Le mélange suivant durcit en quarante-huit heures :

Blanc d'Espagne 540 grammes.

Colle forte 180 —

Terre de Sienne 150 —

Terre d'ombre .. 110 —

Terre calcinée 20 —

Le mastic de Berthier se compose^de :

Cire de pétrole 70 grammes

Cire de Carnauba 30 —

Chaux hydraulique 20 —

La chaux hydraulique est tamisée dans la cire fondue. Ce mastic, préalablement liquéfié, est introduit dans les rainures à l'aide d'un bain-marie portatif muni d'une tubulure effilée.

Coppin se sert d'une mixture de sciure de bois finement pulvérisée, de magnésie, de chlorure de magnésium et de zinc, additionnée d'un liquide spécial jusqu'à consistance pâteuse.

Ni l'argile, ni le plâtre ne sauraient être employés. Ces substances manquent d'élasticité et se fragmentent ou tombent en poussière sous l'effet du jeu des planchers : jeu inévitable qui nécessite la disposition par lames indépendantes et qui est causé par les variations d'humidité et par les fléchissements.

Pourquoi le sol doit être lavé. — Le sol des ateliers ne doit pas être lavé seulement pour éviter la dissémination des bacilles de la tuberculose ; ce lavage a, dans maintes industries, une importance très grande pour d'autres causes. Par exemple, il est indispensable de laver le sol dans les locaux où l'on manipule des matières pouvant être infectées de spores du charbon : dans les tanneries travaillant des peaux d'origine étrangère, dans les triages de laines orientales, dans les filatures de crin et fabriques de brosses, etc.

Il importe également que le sol soit lavé chaque jour dans les ateliers où s'opère le triages de chiffons, ou dans lesquels on travaille des substances organiques altérables.

Enfin le sol réclame de fréquents lavages dans les industries du plomb : fonderies, fabriques de céruse, de minium, ateliers de trempage des poteries, etc.

(1) Brouaudel, Ch.vntemesse et Mosny, Traité d'hygiène, fasc. X : Hygiène militaire, p. 150.

Si le lavage à grande eau est le meilleur système de désinfection, c'est aussi le meilleur moyen d'empêcher la dispersion des poussières toxiques (1).

Lavages antiseptiques. — Faut-il ajouter un antiseptique à l'eau de lavage ? Même dans les ateliers où on travaille des matières organiques facilement altérables, tels qu'abattoirs, boyauderies, etc., il suffit d'enlever rapidement les déchets et de laver abondamment le sol à l'eau simple. Cependant l'emploi d'un antiseptique peut être avantageux pour suspendre toute fermentation des débris jusqu'au moment où ils sont enlevés.

Mais c'est surtout dans les ateliers où on manipule des substances infectées, par le charbon, notamment, qu'on serait tenté d'employer des antiseptiques au lavage, et c'est là que cette précaution risque le plus d'être illusoire.

Pour obtenir une stérilisation efficace, il faudrait en effet détruire non seulement les bacilles du charbon, mais ses spores, dont on connaît l'extraordinaire résistance; et ce résultat devrait être obtenu par un contact de quelques instants avec le désinfectant. Il faudrait donc employer desantiseptiques tellement concentrés ou tellement toxiques que leur usage serait coûteux et que leur manipulation constituerait un véritable danger pour l'homme et pour les animaux.

Il vaut donc mieux en rester au lavage à grand eau et, les eaux de lavage étant réunies, agir sur cet ensemble, s'il y a lieu, pour provoquer la destruction des germes dangereux.

Enrobage des poussières. — A cause des difficultés que soulève le lavage du sol, on a proposé de substituer à l'imperméabilisation l'emploi de diverses substances qui ont pour effet d'enrober les particules de poussières, de les agglutiner, de les réunir en boules, de manière qu'on puisse les enlever aisément sans provoquer leur dis. persion dans l'air. Parmi ces produits, on cite avec éloges l'encaustique pulvérifuge Coppin, l'encaustique Berthier, le Dustless, etc. On

(1) Allemagne : Ordonnance du 16 juin 1905 sur les plomberies. — Article 1er : « Les locaux dans lesquels les mènerais de plomb sontgrillés. scarifiés ou fondus ; le plomb d'oeuvre, extrait et soumis aux manipulations complémentaires; le plomb riche, affiné par la coupellation; la litliaige, le minium ou d'autres composés du plomb, préparés, moulus, tamisés, entreposés ou emballés, ou bien encore dans lesquels l'écume de zinc est distillée, doivent être pourvus d'un sol uni et solide, qui permette d'enlever facilement la poussière par voie humide.

Pour éviter l'accumulation de la poussière, on donnera aux murs une surface lisse ; ils doivent être, au moins une fois par an, lessivés ou passés à la chaux. »

Angleterre : Article 11 du règlement de 1905, sur les triages de laine : « Le sol des locaux où *se font l'ouverture des ballots, le triage ou le démêlage de la laine, sera soigneusement lavé chaque jour avec une solution désinfectante après la cessation du travail et brossé.

Les murs et les plafonds de ces locaux seront lavés au moins une fois par an et brossés dans la partie inférieure au moins une fois par mois. »

France : Article 1 et 2 du décret du 29 novembre 1904.

Traité d'hygiène. VII. — 7

emploie, paraît-il, ces produits dans divers établissements publics en France et en Allemagne.

Arrosage du sol. — Au lieu d'enrober les poussières dans une encaustique pour pouvoir les balayer sans qu'elles se disséminent dans l'air, on peut se contenter de les mouiller avant le balayage et on le fait souvent, soit en traçant des 8 sur le sol à l'aide d'une sorte d'entonnoir muni d'une anse, soit en y jetant des gouttes d'eau avec la main, soit en l'arrosant légèrement à l'aide d'un arrosoir.

Mais ce qu'il faudrait réaliser, c'est d'humecter les poussières sans mouiller le sol : alors le balai les réunirait facilement, et le plancher resterait vraiment propre; tandis que si le sol lui-même est mouillé, il retient sous forme de boue autant de poussière que le balai en enlève et, dès qu'elle a séché, elle est prête à voler au premier courant d'air.

Le même résultat est produit par le nettoyage à l'aide de linges et de brosses humides et par l'emploi de serpillières et fauberts. Il reste des traînées de boue sur le sol et de la poussière à nouveau quand la boue a séché. Ce procédé est d'ailleurs inapplicable sur des tapis ou sur des planchers cirés, c'est-à-dire sur des revêtements qu'on trouve dans un grand nombre de magasins. Et on peut remarquer que les hygiénistes le recommandent chaleureusement et proposent même de le rendre obligatoire mais combien l'emploient chez eux?

Même avec les inconvénients que nous signalons, le balayage à l'humide est cependant supérieur au balayage à sec ; car s'il ne nettoie pas parfaitement le sol , il a au moins l'avantage de ne pas remuer chaque jour toutes les poussières du local et de ne pas les mettre en suspension dans l'air où les ouvriers en trouvent encore une partie quand ils rentrent à l'atelier.

Mais il y a mieux encore, car on dispose d'un procédé réellement pratique pour humecter les poussières sans mouiller le sol. Il consiste à pulvériser un brouillard d'eau en avant du ou des balayeurs. On trouve dans le commerce des pulvérisateurs de toutes les grandeurs pour l'usage des jardiniers et des cultivateurs. Les plus petits sont d'un prix modique et conviennent pour les locaux les plus exigus. La pulvérisation fournit un procédé de choix pour balayer les tapis et s'applique même aux planchers cirés. Si leur lustre est très légèrement terni, il leur est rendu par le moindre frottement d'un chiffon de laine.

Dans plusieurs gares de Paris, dans celles du métropolitain notamment, on balaye encore dans des flaques de boue produites par un arrosage excessif. Le procédé que nous indiquons rendrait de précieux services.

L'arrosoir hygiénique. — L'association des industriels de France a fait connaître à ses adhérents, en 1904, l'emploi d'un arrosoir, dit « hygiénique », qui rend, paraît-il, des services analogues à la pulvé-

risation. L'arrosoir de MM. Jagot frères est représenté par la figure 4. Il se compose d'un récipient B, que Ton remplit à l'aide de la tubulure à entonnoir A. Lorsque cet arrosoir est plein, on le transporte par la poignée G; il repose sur le sol par un support E en forme de tronc de cône, dont la petite base est soudée au corps même de l'arrosoir.

Pour pratiquer l'arrosage, on saisit l'appareil par la poignée D, et on le tient de manière que l'axe du cylindre soit vertical. L'eau s'échappe par la grille F, qui se trouve alors disposée parallèlement à la surface du sol.

Cette grille est constituée par des ajutages coniques LL percés

Fig. 4. — Arrosoir Jagot.

d'un trou de quatre à cinq dixièmes de millimètre de diamètre. Les filets d'eau qui s'en échappent, tout en se rapprochant du maximum théorique de débit, ne se réunissent pas, comme ils pourraient le faire s'ils s'écoulaient par des orifices en mince paroi. Le résultat est une pluie très fine analogue à celle qu'on obtiendrait d'un pulvérisateur humectant uniformément le sol : elle n'y laisse pas d'espaces secs et n'y produit pas non plus de flaques boueuses.

Les crachoirs. — En outre des méthodes qu'on vient de présenter : élimination des tuberculeux, désinfection, lavages ou balayages à l'humide, il existe un autre moyen d'empêcher le bacille de la tuberculose de se répandre dans l'atmosphère des locaux de travail. Il consiste à disposer des crachoirs où les expectorations sont reçues, retenues et mises en contact avec des désinfectants.

Il ne faut pas dissimuler que l'emploi des crachoirs dans les ateliers est appelé à soulever une résistance assez vive. En effet, il n'est pas toujours commode de placer des crachoirs à portée directe de tous les travailleurs dans des locaux encombrés de machines, de matières en travail et de personnel, et, si l'appareil est placé à quelque distance de l'ouvrier, il est inutile d'espérer que celui-ci se dérange pour s'en servir. Il continue donc à cracher près de lui, ou, s'il essaye de cracher de loin dans le crachoir, il crache à côté. De plus, les

mœurs ne sont pas encore assez accoutumées à cette mesure de précaution.

La contagion de la tuberculose n'inspire pas autant de craintes que celle d'autres maladies à marche plus rapide.

On ne s'effraye pas de la tuberculose qui tue lentement 150 000 personnes par an dans notre pays ; mais on court se faire vacciner dès qu'un cas ou deux de variole confluente sont signalés. Cela ne signifie pas que le public se désintéresse de la question, ni qu'il ignore que la contagion tuberculeuse est possible; mais une maladie qui montre ses effets après plusieurs mois ne frappe pas l'imagination comme la variole, qui terrasse un homme bien portant en quelques jours. Il convient donc de faire l'éducation des ouvriers à l'exemple de certains syndicats d'employés, qui ont organisé des conférences sur la tuberculose. Les organisations ouvrières et les plus intelligents parmi les ouvriers devraient participer à cette lutte contre une maladie qui tue tant de travailleurs.

C'est cette préoccupation d'enseignement qui fait préconiser l'apposition d'affiches dans les ateliers. Les affiches relatives à la tuberculose doivent être rédigées en termes aussi simples que possible, avec des caractères très lisibles. Prié de rédiger une affiche de cette nature, en vue d'une obligation à imposer dans les ateliers, le Dr Roux a proposé le texte ci-après, qui a été adopté par la sous-commission permanente de préservation : « La tuberculose est de toutes les maladies celle qui tue le plus de monde. La tuberculose est causée par un microbe qui se trouve dans les crachats de personnes tuberculeuses. Ces crachats répandent la tuberculose. Si vous voulez empêcher les tuberculeux de cracher à terre, ne donnez pas vous-mêmes cet exemple dangereux et répugnant.

« Il est interdit de cracher à terre.

« L'alcoolisme favorise le développement de la tuberculose (1). »

Ce texte a été incorpoé en partie dans l'affiche officielle dont l'apposition est obligatoire dans les dortoirs des ouvriers et employés en vertu du décret du 28 juillet 1904, sur le couchage du personnel. Ce texte est le suivant :

La tuberculose est, de toutes les maladies, celle qui tue le plus de monde. La tuberculose est causée par un microbe qui se trouve dans les crachats des personnes tuberculeuses. Ces crachats répandent la tuberculose. La contagion s'opère principalement quand on ingère ou quand on respire des parcelles liquides ou des poussières provenant de crachats, salives ou mucosités quelconques projetés par des tuberculeux.

Les précautions ci-après devront être observées dans les pièces à usage de dortoir :

NE CRACHEZ PAS A TERRE. — Ne permettez pas que vos camarades crachent à terre, ni qu'ils toussent sans se couvrir la bouche. NE RESPIREZ PAS DE POUSSIÈRES. — Respirez de l'air pur. Aérez largement.

NE VOUS SERVEZ PAS DE CE QUI A SERVI A UN AUTRE. — Ne touchez

qu'avec précaution du linge sali par un autre. Ne couchez pas dans les draps d'un autre.

VEILLEZ A LA BONNE TENUE DE VOS DORTOIRS. — Faites en sorte que votre dortoir soit tenu dans un constant état de propreté et que toutes les prescriptions du décret du 28 juillet 1904 y soient observées.

Quoi qu'il en soit des objections qui lui ont été faites, l'emploi des crachoirs est assez répandu dans les bureaux; il Test beaucoup moins dans les magasins et dans les ateliers. Pourtant, si Ton feuillette les rapports des inspecteurs du travail, on est obligé de reconnaître que là où l'usage en a été établi le personnel s'y est habitué très facile-

Fig. 5. — Crachoir à effet d'eau (A. Gorbeil).

ment. Les ouvriers se sont montrés, à diverses reprises d'ailleurs, partisans de son obligation (1).

Types de crachoirs. — Le D1 Metchnikofï est partisan du crachoir de poche, qui obvie aux inconvénients signalés ci-dessus. Il a été adopté dans diverses administrations, notamment dans les bureaux de la Compagnie des chemins de fer du Nord. On pourrait objecter que, si le crachoir de poche est imposé, il devra être payé par les patrons et constituera une dépense assez forte à leur charge ; mais il ne faut pas oublier que les crachoirs sont surtout nécessaires dans les locaux où le balayage ne peut se faire qu'à sec, et ceux-ci sont en nombre assez restreint. Ce nombre diminuerait encore vrai-

(1) Ier Congrès de l'hygiène des travailleurs et des ateliers, p. 31.

semblablement si l'obligation du crachoir était la rançon du balayage à sec, et cette extension du nettoyage à l'humide serait tout bénéfice pour l'hygiène.

Nous trouvons dans le Bulletin de l'Association des industriels de

France (1) la description de divers crachoirs employés dans des établissements industriels. Ces appareils sont organisés de manière que les crachats soient cachés et que les mouches ne puissent y pénétrer.

M. Albert Corbeil, constructeur à Paris, a inventé le crachoir à effet d'eau que représentent la figure 5.

Cet appareil est constitué par une cuvette de forme tronconique reliée en haut à une conduite d'amenée d'eau et en bas à une conduite d'évacuation. Il est muni d'un couvercle.

Pour faire usage de ce crachoir, on soulève le couvercle. Dès que le soulèvement commence, les parois internes de la cuvette se recouvrent automatiquement d'une couche d'eau en mouvement. Il est impossible de cracher autre part que sur cette couche d'eau entraînée vivement le long des parois et qui évacue avec elle les crachats, sans que ceux-ci puissent séjourner, même un instant, dans le récipient. Chaque fonctionnement de l'appareil exige un dixième de litre d'eau.

M. Fournier est l'inventeur d'un autre crachoir dont le récipient peut être incinéré en même temps que les matières qu'il contient. Ce récipient est en carton paraffiné. Il est porté par une monture métallique et placé à une hauteur convenable. Il renferme de la tourbe pulvérulente ou de la sciure de bois, imprégnées d'un antiseptique et d'une substance qui maintient la masse toujours humide. Les crachats s'y trouvent enrobés.

Le récipient est muni d'un couvercle qu'on soulève lorsque cela

Fig. 6

- Crachoir incinérable (Fournier).

(1) Année 1906, p. 127 .

estnécessaire.Ce soulèvement se faitsoità l'aide de la main, soit avec le pied, en se servant de l'étrier et de la tringle verticale que montre la figure 6. Aussitôt que le main abandonne la manette ou que le pied quitte l'étrier, le couvercle se referme. Cette fermeture éloigne les mouches autant que l'antiseptique, qui imprègne la tourbe ou la sciure.

La matière contenue dans le récipient peut être mouillée de formol. Lorsqu'il convient de la changer, on saisit le récipient par le rebord avec une pince : on le jette dans un foyer et on le remplace par un étui neuf.

L'emploi des crachoirs système Fournier a été généralisé, paraît-il, dans les ateliers de l'usine Schneider et Cie du Creusot.

Lavage des murs. — Le lavage des murs est indispensable dans les industries où l'on manipule des substances à décomposition rapide ou susceptibles de contenir des germes infectieux Ce lavage ne peut avoir lieu que si les murs sont revêtus d'un enduit imperméable.

Mais il est utile, en outre, que les murs de tous les ateliers soien nettoyés quelquefois: les poussières s'y déposent facilement, surtout quand ces murs ont une surface rugueuse, et sont ensuite soulevées par les courants d'air que provoquent soit l'ouverture des portes ou des fenêtres, soit le mouvement des machines.

Des échantillons de poussières ont été pris dans différentes usines, sur les murs et sur les poutrelles qui soutenaient la toiture, par la Commission autrichienne chargée d'une enquête sur les fonderies de plomb. On a toujours trouvé qu'elles contenaient une proportion élevée d'oxyde de plomb.

Le nettoyage des murs, même fait avec soin, soulève toujours quelques poussières. C'est donc uneopération malsaine en soi, etpar suite il importe qu'elle soit faite en dehors des heures de travail, c'est-àdire au moment où le moins possible d'ouvriers sont exposés à en souffrir. En outre, il faut l'exécuter dans des conditions qui réduisent le soulèvement des poussières au minimum ou qui défendent contre elles l'ouvrier chargé du nettoyage. Dans quelques cas, l'emploi du masque respirateur s'imposera ; ailleurs on pourra pulvériser préalablement de Y eau (1).

Un très bon désinfectant pourles mursconsiste en un laitde chaux très clair. La chaux tue une partie des microbes et emprisonne les autres dans une gangue calcaire qui les rend inertes pour toujours, même si l'enduit s'écaille (2).

Lapasset donne la formule suivante pour la composition de ce lait de chaux :

(1) On trouve actuellement dans le commerce des pulvérisateurs à main, pour le lessivage et le blanchissage à la chaux des murs.

(2) Sous-commission de préservation contre la tuberculose.

Chaux fraîchement éteinte 2 kilogrammes.

Eau 5 litres.

Il faut décanter et mélanger avec une solution de colle pour badigeon obtenue en traitant 250 à 300 grammes de colle par 5 litres d'eau bouillante.

La loi anglaise sur les fabriques prescrit le blanchissage des murs de tous les ateliers, même de certains ateliers de famille, tous les quatorze mois (1). Cette prescription est appliquée d'une manière très stricte, et certaines villes anglaises ont fait l'acquisition d'appareils à projeter le lait de chaux qu'elles louent ensuite aux industriels moyennant une faible rétribution (2).

A quel moment de la journée doit se faire le nettoyage de ï atelier. — On a fait valoir que, le lavage ou le nettoyage à l'humide ne dégageant aucune poussière, on pouvait les pratiquer pendant le cours du travail ; mais il faut remarquer que le nettoyage à l'humide n'est exigé que pour le sol et que l'époussetage des établis et machines soulève forcément des poussières. Celles-ci contiennent probablement moins de germes tuberculeux que celles du sol, mais elles sont néanmoins suspectes, etil est préférable que les ouvriers les respirent le moins possible. On est donc conduit non seulement à demander que le nettoyage se fasse en dehors du travail, mais à fixer un délai entre son achèvement et la rentrée des ouvriers pour que les poussières soulevées aient le temps de se déposer. La sous-commission de préservation contre la tuberculose avait demandé un délai d'une heure, mais le décretdu 29 novembre 1904 n'a pas complètement homologué ces conclusions. Son article 1er prescrit seulement que le nettoyage sera fait au moins une fois par jour, avant l'ouverture ou après la clôture du travail, mais jamais pendant le travail.

LES ÉMANATIONS ET LE RÈGLEMENT. — La question des émanations et celle des lieux d'aisances sont réglées par les articles 3 et 4 du décret du 29 novembre 1904. Nous commencerons par examiner l'article 3, qui concerne les émanations. Il est ainsi conçu :

Art. 3. — L'atmosphère des ateliers et de tous les autres locaux affectés au travail sera tenue constamment à l'abri de toute émanation provenant

(1 ) Article 1er, § 3, de la loi industrielle anglaise de 1901 : « Tous les murs intérieurs des salles de travail, les plafonds ainsi que les couloirs et les escaliers, s'ils n'ont pas été peints à l'huile ou vernis au moins une fois dans les sept années qui précèdent, devront être blanchis à la chaux au moins dans les quatorze mois qui suivent la dernière opération de ce genre. S'ils ont été peints à l'huile ou vernis, ils seront lavés à l'eau chaude et au savon au moins une fois tous les quatorze mois.

(2) Report of the Chef Inspector of Factories and workshops, 1905, p. 13.

d'égouts, fosses, puisards, fosses d'aisances ou de toute autre source d'infection.

Dans les établissements qui déverseront les eaux résiduaires ou de lavage dans un égout public ou privé, toute communication entre l'égout et l'établissement sera munie d'un intercepteur hydraulique fréquemment nettoyé et abondamment lavé au moins une fois par jour.

Les éviers seront formés de matériaux imperméables et bien joints; ils présenteront une pente dans la direction du tuyau d'écoulement et seront aménagés de façon à ne dégager aucune odeur, (le reste de l'article concerne le travail dans les milieux délétères (Voy. p. 119).

On voit que le décret interdit radicalement d'exposer les travailleurs à des émanations infectes, quelles qu'elles soient. C'est que non seulement ces émanations sont désagréables et incommodes, ce qui serait déjà un motif sérieux de les proscrire, mais encore elles peuvent menacer la santé du personnel.

Provenant de matières fermentées ou décomposées, elles contiennent presque toujours du gaz acide sulfhydrique, dangereux par lui-même et accompagné d'autres gaz toxiques ou irrespirables, tels que l'oxyde de carbone ou l'acide carbonique. Enfin elles peuvent transporter des microbes pathogènes ou suspects au cas où des liquides, eux-mêmes infectés, sont soumis à une agitation mécanique dans un courant d'air. Cet air se charge de gouttelettes d'eau minuscules, qui peuvent contenir des microorganismes, plus minuscules encore.

Pour empêcher les émanations. — Cependant il peut être nécessaire que l'atelier soit relié à un égout, à une fosse ou à un puisard pour assurer la prompte évacuation de certains déchets : eaux qui s'écoulent des salles de filature au mouillé dans la filature de lin, eaux grasses des hôtels et restaurants, eaux de lavage et de trempage des boyauderies, abattoirs, tueries, équarrissages, tanneries, féculeries, etc. De même il faut bien que les lieux d'aisances soient reliés à un égout ou à une fosse.

Dans tous les cas ci-dessus et dans toutes les circonstances analogues qui peuvent se présenter, la prophylaxie des mauvaises odeurs est la même ; c'est celle qui est indiquée sommairement par les alinéas 2 et 3 de l'article 3 ci-dessus.

D'abord, former de matériaux imperméables et à joints parfaitement lisses toutes les surfaces sur lesquelles circuleront les liquides à évacuer : éviers, plans inclinés, dallages, tuyauteries, et en assurer le lavage fréquent et à grande eau pour éviter la stagnation d'aucune matière susceptible de fermenter.

Les matériaux de choix sont les plus unis, ceux dont la surface est vitrifiée ouémaillée,telsquele verre, lesporcelaines, les grès cérames, les fontes émaillées et, pour les revêtements, les carreaux céramiques, 'asphalte, le bitume. La poterie commune, le ciment, la fonte ordi-

naire sont imperméables : mais leur surface relativement rugueuse

présente des anfractuosités dont le nettoyage radical est difficile ;

aussi prennent-ils facilement les mauvaises odeurs.

Intercepteurs hydrauliques. — Après avoir amené les liquides

à la fosse ou à l'égout par des parois parfaitement lisses, il faut en ce point placer une interception hydraulique pour arrêter le retour des gaz méphitiques, qui ne peuvent manquer de se produire dans l'égout ou dans la fosse.

Ces intercepteurs peuvent se ramener à deux types :

Le siphon ordinaire (fig. 7) avec son tampon de visite pour le cas d'engorgement, ce tampon placé

soit en dessous en A, soit en dessus en B, selon la disposition de

l'appareil. Le siphon se fait en plomb pour les petits diamètres; en

grès, porcelaine ou fonte, pour les grands ;

La bonde siphoïde (fig. 8), en cuivre ou en fonte, dont on comprend

suffisamment la diposition par le croquis ci-dessous.

A Grille

Fig. 7. — Siphon ordinaire de coui

Fig. 8. — Bonde siphoïde employée dans quelques filatures de lin au mouillé.

C'est celle qu'on trouve sur presque tous les éviers de cuisine et qu'on emploie souvent dans les cours. On la rencontre dans plusieurs filatures de lin pour livrer passage aux eaux qui coulent sur le sol de l'atelier. Généralement la calotte supérieure ne fait qu'un avec la grille qui la surmonte et qui sert à arrêter des débris trop gros qui engorgeraient le siphon. En faisant tourner la grille autour de la charnière figurée en A, on soulève en même temps la calotte et on

peut enlever facilement ce qui s'est accumulé sous la grille et dans la rainure B.

Là où n'existe pas de système d'égout, — et c'est le cas le plus fréquent pour les usines, — les liquides usés seront dirigés vers une fosse septique analogue à celle que nous décrirons plus loin, au sujet des cabinets d'aisances. Si les liquides putrescibles sont produits à un niveau trop bas pour arriver par pente naturelle à l'égout ou à la fosse septique, on les réunit dans un récipient qu'on vide de temps en temps. C'est ce qui se fait quand le laboratoire ou l'atelier sont en sous-sol.

Dans aucun cas on ne doit se servir du dispositif connu sous le nom de puisard, puits perdu, puits absorbant, bouteilles, etc. Ce dispositif consiste en un puits à pierres sèches qui doit laisser les liquides s'infiltrer dans le terrain environnant. Mais cette infiltration risque de contaminer les nappes d'eau avoisinantes et ne peut qu'être déconseillée par l'hygiéniste. De plus les puisards se colmatent rapidement et deviennent inefficaces; on est constamment obligé d'en creuser de nouveaux.

Les lieux d'aisances et le règlement. — C'est l'article 4 du décret du 29 novembre 1904 qui règle les cabinets d'aisances. Il est ainsi conçu :

Art. 4. — Les cabinets d'aisances ne devront pas communiquer directement avec les locaux fermés où le personnel est appelé à séjourner. Ils seront éclairés et aménagés de façon à ne dégager aucune odeur. Le sol et les parois seront en matériaux imperméables. Les peintures seront d'un ton clair.

Il y aura au moins un cabinet par cinquante personnes et des urinoirs en nombre suffisant.

Aucun puits absorbant, aucune disposition analogue ne pourra être établie qu'avec l'autorisation de l'administration supérieure et dans les conditions qu'elle aura prescrites.

Le premier alinéa de l'article 4 est pour ainsi dire la suite du précédent. Même dans des cabinets « éclairés et aménagés de façon à ne dégager aucune odeur », des odeurs se produisent au moment des visites, et le règlement ne veut pas que les travailleurs en soient incommodés. Ils y sont particulièrement exposés si les ateliers sont ventilés par aspiration. Dans ce cas, chaque fois qu'on ouvre la porte des lieux, une bouffée d'air en sort pour envahir l'atelier. Donc, défense d'avoir un lieu séparé de l'atelier par une simple porte ou même par un tambour à deux portes. Ces communications sont directes. Pour que la communication soit indirecte, il faut que le lieu communique avec l'atelier par l'intermédiaire d'une autre pièce, et que celle-ci soit elle-même ventilée. Dans ce cas, elle peut être très petite. Un corridor, un tambour (ventilés) suffisent.

D'ailleurs, toutes les fois que la disposition deslocaux le permettra,

il sera bon d'éloigner les lieux de l'atelier. Exceptons toutefois les professions qui exposent les ouvriers à une température élevée et entretiennent leur corps en sueur. Dans ce cas, les ouvriers prennent aisément froid en allant aux lieux. Il faut au contraire les rapprocher de l'atelier et, s'il est possible, les chauffer.

La loi anglaise ordonne de séparer les cabinets des hommes de ceux des femmes. Cette mesure mériterait d'être généralisée; elle a été réclamée à plusieurs reprises par les ouvrières d'établissement à personnel mixte.

Chaque cabine doit être séparée de la cabine voisine par une séparation haute de 2 mètres au moins. Cette séparation ne sera jamais en bois.

Le lieu doit être éclairé, mais l'éclairage artificiel, n'étant pas proscrit, peut suffire. Pour son aération, la nécessité d'une communication directe avec le dehors n'est pas spécifiée ici comme à l'article suivant. Il suffit que l'aménagement ne laisse dégager aucune odeur, et une gaine de ventilation peut y pourvoir.

Le sol et les parois doivent être en matériaux imperméables pour permettre des lavages fréquents et efficaces. Des murs blanchis à la chaux ne seraient pas suffisants. Les peintures claires signalent la malpropreté et incitent à la faire disparaître. C'est pour cela qu'elles sont ordonnées.

Il est très difficile d'assurer la propreté de lieux d'aisances à usage commun. La difficulté est d'autant plus grande que le personnel est plus nombreux et plus grossier. Dans les lieux à la turque notamment (1), il est presque impossible d'empêcher que des matières soient déposées autour de la lunette.

Le siège qui paraît le meilleur est un siège isolé, en faïence, en porcelaine ou en fonte émaillées. Les rebords en bois de ce siège sont assez étroits pour qu'on ne puisse y monter et que l'on soit contraint de s'y asseoir. L'ouverture doit être d'un ovale assez accentué pour éloigner les causes possibles de contamination.

Évacuation des matières fécales. — De même que pour les résidus industriels, deux cas peuvent se présenter. Les matières peuvent être conduites directement dans un égout, ou bien il n'y a pas à proximité de canalisation permettant leur départ immédiat. Ce dernier cas nécessite des installations au sujet desquelles nous allons entrer dans quelques détails.

Tout à ïégout. — Dans les villes où le tout à l'égout est possible, il vaut mieux profiter de cette disposition et munir chaque cabinet d'un appareil de chasse. Cet appareil fonctionnera soit au moyen d'une chaînette à la volonté des visiteurs, soit à des intervalles réguliers, à l'aide d'un siphon à amorçage automatique. Le premier sys-

(1) Ce sont les lieux sans siège, où le visiteur prend la position accroupie.

tème sera employé de préférence dans les établissement à personnel réduit ; mais, dans les usines où les ouvriers sont nombreux, il est préférable d'opérer la chasse automatique (fig. 9).

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Fig. 9. — Installation de cabinets d'aisances pour usines.

Avant d'aboutir à l'égout, le tuyau de déversement doit être muni d'un siphon hydraulique interceptant les gaz.

Fosses étanches ordinaires. — Quand les cabinets ne peuvent pas être mis en communication directe avec un égout, on reçoit généralement les matières dans une fosse étanche en maçonnerie, où elles subissent la fermentation putride en présence de l'air. On essaye souvent de renouveler celui-ci à l'aide d'un tuyau de ventilation montant jusqu'à la toiture : cette disposition est inefficace et n'empêche aucunement les rentrées de gaz infects par les cuvettes des lieux, si l'interception hydraulique vient à manquer dans celles-ci. Quand la fosse est pleine, on la vide : opération souvent malpropre, presque toujours coûteuse, et on ne sait que faire des matières extraites, qui dégagent une odeur insupportable si on les répand dans les champs. Les fosses fixes sont rarement étanches ; les propriétaires ont tout avantage à avoir des fosses non étanches, car la vidange est onéreuse. Dans certaines villes, on ne vidange jamais; les matières fécales s'accumulent dans le sous-sol et souillent profondément la nappe d'eau souterraine. En admettant que les prescriptions légales soient respectées et que les fosses soient étanches, la vidange des fosses expose à de nouvelles difficultés et à

de nouveaux dangers au point de vue de l'hygiène. Les propriétaires s'adressent naturellement aux compagnies dont les prix sont les moins élevés, et il arrive trop souvent que ces compagnies répandent les produits de la vidange sur le sol ou le déversent clandestinement à la rivière ou dans les égouts.

Les tinettes mobiles sont une cause d'insalubrité pour l'habitation, et, avec ce système, la vidange donne lieu aux mêmes difficultés et aux mêmes abus que la vidange des fosses fixes (I).

Épuration bactérienne. — Ce système doit être irrévocablement abandonné, maintenant qu'on sait le remplacer par une méthode hygiénique, celle des fosses septiques (septictanks), qui consiste à provoquer sur place une fermentation spéciale des matières à l'abri de l'air et leur transformation en composés minéraux ayant perdu presque toute odeur, directement utilisables pour arroser les champs ou les jardins.

Au Congrès de Bruxelles de 1903, de nombreux savants et praticiens sont venus faire l'éloge de la fosse septique. On la réalise au moyen de dispositifs spéciaux empêchant l'introduction de l'air et permettant le séjour dans la fosse des matières à transformer (2).

Si la fosse est bien organisée, il se produit une active fermentation anaérobique qui amène « la solubilisation de la cellulose, la peptonisation et la transformation ammoniacale des albuminoïdes » (3).

On obtient ainsi un liquide opalin presque inodore, ne tenant aucune matière en suspension, et cette épuration est suffisante dans la plupart des cas. Les microbes pathogènes sont détruits ainsi que les œufs des mouches et moustiques, ces véhiculeurs de maladies épidémiques.

Pour que le liquide sortant de la fosse septique soit complètement épuré, il faut une nouvelle fermentation, aérobique cette fois, avec oxydation et nitrification. Cette nouvelle transformation chimique s'opère par une filtration bien combinée à travers du mâchefer ou de la tourbe. MM. Muntz et Laisné ont fait connaître à l'Académie des Sciences (séance du 4 mars 1906) que, si l'on opère sur des liquides bien décantés en fosses septiques, le lit bactérien de tourbe peut fonctionner presque indéfiniment.

Fosse Mouras. — La première fosse septique date de 1881, époque à laquelle Louis Mouras (de Vesoul) prit un brevet pour un système de fosse supprimant les odeurs.

La fosse Mouras a été décrite dans un grand nombre de publica-

(1) Laveran, Rapport au Conseil d'hygiène de la Seine, 2 août 1907.

(2) M. Devrez, ingénieur spécialiste, à Sei^nelay (Yonne), transforme avec succès les fosses existantes au moyen de cloisons et de revêtements parfaitement étanches, exécutés en ciment armé de métal déployé.

(3) Launay, ingénieur eu chef des ponts et chaussées, Rapport au Congrès international d'hygiène de Bruxelles.

EMANATIONS INSALUBRES.

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