‹ Traitâe d'hygiáeneChapitre 9 sur 160 · DES 61 215 CLERGYMEN DE LA POPULATION-TYPE · texte numérisé non relu

DES 61 215 CLERGYMEN DE LA POPULATION-TYPE

Par tuberculose

Par toutes les

Par toutes les

Par

pulmonaire»

causes réunies.

causes reunies.

tuberculose.

D = |xC

25 à 35 ans

Les totaux des deux dernières colonnes fournissent, l'un (c) le chiffre global de la mortalité comparative du groupe professionnel des clergymen de vingt-cinq à soixante-cinq ans : 533 : l'autre (d), le chiffre de la mortalité comparative par phtisie du même groupe : 67.

Traités de cette manière, le groupe de tous les hommes anglais de vingt-cinq à soixante-cinq ans et celui des fermiers fournissent le premier un chiffre global de mortalité comparative de 1 000 (par définition) et le deuxième un taux global de 563, c'est-à-dire pas beaucoup plus que la moitié de l'autre. Dans ces 1000 décès fournis par les 61 215 personnes du premier groupe, il y a 192 décès par tuberculose pulmonaire et 79 seulement, soit deux cinquièmes, dans les 563 décès fournis par les 61 215 personnes du second.

Pour les autres causes de décès, on procéderait comme pour la tuberculose.

Difficultés sur la désignation des professions. — Nous venons de voir l'influence considérable de la composition d'âge d'un groupe de vies sur sa mortalité et la nécessité d'en tenir compte dans les comparaisons entre deux groupes de composition différente.

Mais la confiance qu'on peut accorder à des tableaux de mortalité dépend encore d'autres considérations, qui sont judicieusement analysées par Bertillon dans l'ouvrage dont nous avons déjà parlé (1), et nous ne pouvons mieux faire que de les lui emprunter. Il y a d'abord des difficultés sur la désignation des professions, telles qu'elles sont inscrites sur le bulletin de recensement ou sur le bulletin de décès. Ainsi un boucher sera inscrit « négociant » et son garçon « employé », sans plus de détail.

En outre, il est fréquent qu'un individu exerce à la fois plusieurs professions, et, dans ce cas, il ne doit inscrire que la principale. Mais celle qui est principale le jour du recensement sera-t-elle jugée de même le jour du décès?

Les déclarations font fréquemment une confusion entre celui qui fabrique l'objet et celui qui le vend) on les appelle tous deux chapeliers, bonnetiers, cordonniers, horlogers, bijoutiers, et en fait les statistiques les enregistrent ensemble dans le même groupe : tandis qu'en réalité ils peuvent avoir des conditions de vie et de travail tout à fait différentes, et il y aurait grand intérêt à les distinguer, pour apprécier séparément la salubrité de leurs professions.

Enfin, pour qu'un taux de mortalité soit concluant, il faut que ce quotient soit obtenu en divisant deux nombres suffisamment élevés. C'est la seule manière de réduire à une valeur minime l'influence des erreurs commises dans les inscriptions, et celle des variations accidentelles qui peuvent affecter pendant les années considérées soit le le nombre des décès au numérateur, soit le nombre des années de vie observé au dénominateur.

Pour ces raisons et pour d'autres, les statisticiens anglais ont été très prudents dans l'établissement de leurs tables. Opérant sur les décès des années 1860-1861, William Farr n'avait consenti à calculer que les mortalités d'une vingtaine de professions, les mieux définies. La concordance de ces premiers résultats avec ceux qu'il a relevés en 1871 l'a encouragé à étendre ses investigations sur une centaine de professions. Il ne s'agissait alors que de mortalités par âge et par profession sans indication des causes. En 1881, le successeur de Farr, Ogle, et en 1891 le nouveau directeur du service, Tatham, ont conservé ce nombre de 100 professions pour établir leurs statistiques par professions, groupes d'âge et causes de décès.

De même la table suisse ne considère qu'un nombre restreint de professions, et Bertillon n'en a conservé que 43 dans ses tableaux de mortalité, sur 236 qui sont distingués dans le recensement parisien de 1886 et sur les registres de l'état civil.

Difficulté d'interpréter les statistiques de mortalité. — Même avec des tableaux de mortalité basés sur des inscriptions exactes

(1) Loc. cit., p. 11.

et calculés sur des nombres de décès et d'années de vie suffisants pour fournir des quotients concluants, l'interprétation des statistiques de mortalité comporte encore des difficultés qu'il ne faut pas perdre de vue.

Nous constatons qu'on meurt beaucoup dans une certaine profession par une certaine cause ou qu'on meurt peu. Que pouvons-nous en conclure? Voici encore l'opinion de Bertillon :

« Un certain nombre de professions exigent que ceux qui les exercent soient vigoureux. Quoi d'étonnant si leur mortalité est faible ? Cela ne signifiera pas que la profession en question est salubre; mais seulement que ceux qui l'exercent sont choisis parmi les plus forts du pays. Ici encore la distinction des âges nous sera précieuse. En effet, si la profession que nous venons de supposer est insalubre, nous verrons la mortalité rester faible dans la jeunesse, parce que alors la sélection des meilleurs fera encore sentir son effet, puis augmenter rapidement à partir de vingt-cinq ou trente ans par exemple. Ce sera le signe que cette profession est insalubre. Mais ce signe lui-même pourra manquer lorsque la profession exige une telle vigueur que les hommes doivent choisir un autre métier dès qu'ils sont devenus valétudinaires. Dans ce cas, les chiffres pourront nous tromper entièrement, et la mortalité de chaque âge pourra être faible, quoique se rapportant à une profession léthifère.

« Réciproquement, les professions paisibles, celles qui ne nécessitent pas d'effort musculaire sérieux, sont recherchées par les individus les plus faibles, qui n'ont ni le moyen ni le goût de se fatiguer beaucoup. Telles sont les professions de tailleur, cordonnier, horloger, etc. Quoi d'étonnant si elles donnent lieu à un nombre de décès assez élevé? Cette forte mortalité provient de la faiblesse native de ceux qui exercent la profession examinée, mais ne signifie nullement que cette profession soit insalubre. L'examen de la mortalité par âge nous sera ici d'un utile secours. Si la profession considérée est salubre en elle-même, nous trouverons une mortalité assez forte dans la jeunesse; puis, lorsque le stock des phtisiques et autres valétudinaires sera liquidé, une mortalité moins défavorable aux âges suivants.

« Mais il n'en est pas toujours ainsi. Certaines professions faciles à apprendre sont le refuge des infirmes, qui ont échoué dans toutes les autres. Tels sont les camelots, les marchands ambulants, les journaliers, les soi-disant professeurs, etc. Ces professions sont frappées d'une forte mortalité à tous les âges sans qu'il en faille conclure qu'elles sont malsaines. Ce sont ceux qui les exercent qui sont malsains. »

Il ne faut pas oublier que les difficultés qu'on vient d'énumérer sont encore plus graves pour les femmes que pour les hommes. Aussi les statisticiens anglais et suisses, de même que Bertillon en

France, ont renoncé à calculer aucun chiffre pour les femmes, et leurs tableaux ne s'appliquent qu'à la population masculine.

Après avoir jeté un coup d'oeil sur les méthodes des statistiques de mortalité et de morbidité professionnelles, voyons quels sont les enseignements qu'elles fournissent.

III. — EXEMPLE DE L'INTERPRÉTATION D'UNE STATISTIQUE. LA STATISTIQUE ANGLAISE.

Au point de vue professionnel, la plus étendue et la plus complète des statistiques de décès que nous possédions est la statistique de mortalité anglaise. C'est celle que nous interrogerons à titre d'exemple.

Les chiffres et la plupart des considérations qui suivent sont empruntés à la statistique professionnelle anglaise publiée en 1897 d'après les décès des trois années, 1890, 1891 et 1892, avec des tableaux préliminaires et un remarquable rapport dû au Dr John Tatham (1).

Cette statistique porte sur la population masculine de l'Angleterre et du pays de Galles (l'Ecosse et l'Irlande n'étant, par conséquent, pas comprises), et cette population comptait, en avril 1891, 8981 109 personnes âgées de plus de quinze ans, dont 8 464045 ayantune profession définie (population active) et 517064 n'en ayant pas (population inactive). Le nombre total des années de vie observées pendant les trois années 1890 à 1892 a été de 26943327 avec 504923 décès.

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