BUT DE LA SEXUALITÉ PAR RAPPORT A L'ESPECE
Voilà ce que les faits nous apprennent relativement à l'essence des sexes , considérés dans leur signification , eu égard à l'espèce. La sexualité est une scission de l'espèce, qui rend possible que cette dernière s'élève à un degré supérieur. Les plus imparfaits des êtres organisés sont dépourvus de sexe]; mais on aperçoit déjà de très-bonne heure une tendance avortée à la distinction des sexes dans l'apparition des fausses anthères (§ 68, 2° ), et à l'union de deux individus pour la génération, dans la copulation des Conferves. La sexualité se développe chez les animaux et les végétaux supérieurs , mais toujours bornée sous le rapport de l'espace et du moment de son apparition. Elle se prononce davantage Chez les animaux supérieurs , par exemple plus chez le Lion que chez le Tigre , chez les Cerfs que chez les Bœufs , chez les Chevreuils que chez les Béliers ; elle est plus marquée chez les animaux où Tâme participe le plus à la génération , chez les Insectes et les Oiseaux. De même aussi ses racines pénètrent jusque dans les profondeurs de l'organisme, car le testicule d'un Coq,
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greffé sur une partie quelconque de la Poule , continue de vivre, mais ne croît point et ne donne pas le caractère de la masculinité à cette Poule (1). Or , comme la sexualité se rattache d'une manière intime à la constitution même , elle ne peut non plus se manifester dans toute sa puissance que quand la vie morale intérieure est parvenue à son plus haut degré de développement. C'est chez l'homme seul qu'elle devient générale et persistante , qu'elle pénètre l'essence entière et toute la vie.
L'infini, l'idéal, ne peut se révéler que dans l'ensemble des êtres particuliers , puisque ceux-ci procèdent de lui , et ne sont pas lui-même. Or, l'idée de l'humanité a pour base une idée infinie, qui ne peut être représentée dans toute sa plénitude et sa force chez les hommes considérés isolément et un à un , ceux-ci n'étant que des êtres finis ; chacun participe à cette idée suprême et infinie, mais chacun d'une manière particulière, suivant son mode spécial de création, selon ses limites. Le caractère de l'humanité embrasse en soi des qualités qui sont incompatibles et inconciliables chez un seul être ; l'homme mortel ne peut pas plus supporter cette plénitude de perfection que le commerce avec les dieux , et son caractère d'être fini lui permet seulement de la voir percer, à travers les circonstances particulières de la vie, comme une révélation d'en haut , comme le rêve passager d'un monde supérieur, qu'aucune puissance terrestre ne saurait enchaîner. L'espèce n'est point ici et là ; on ne peut pas dire qu'elle était autrefois et qu'elle n'est plus aujourd'hui ; c'est un tout , qu'on aperçoit partout , mais nulle part à l'état concret , et qui jamais ne se réalise dans des individualités ; c'est une idéalité , une infinité , qui n'est remplie que par la totalité des hommes de tous les temps. Maintenant, tout ce qui est fini se caractérise par l'antagonisme , et à chaque chose , prise isolément /s'en oppose une autre , tandis qu'il n'y a que l'infini qui subsiste seul et absolument en luimême. La diversité infinie , sous la forme de laquelle l'idée de l'humanité se réalise , doit donc apparaître d'abord comme antagonisme principal , c'est-à-dire comme espèce. Et comme
(1) Autenrieth, dansReil, Archiv , t. VII, p. '46.
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toute spécialité, ou, suivant l'expression reçue , toute réalité, émane de l'infini , le mode de cette émanation doit aussi déterminer les formes principales de la réalité , et par conséquent des espèces. Mais ce mode d'émanation ne peut être que relatif, et consister soit dans une plus forte tendance de dedans en dehors , dans une séparation d'avec le tout , dans un développement prédominant de l'individualité , soit dans une tendance plus prononcée de dehors en dedans, dans une relation constante et plus intime avec le tout , dans une prépondérance de la primordialité , et voilà précisément ce qui désigne ou caractérise l'opposition des sexes. Le sexe est une limitation apportée à la réalité , et en dedans de laquelle tel ou tel côté de l'idéal peut se manifester , se réaliser. Nous apercevons donc aussi de cette manière pourquoi l'antagonisme sexuel , chez les animaux , n'est que corporel et prototypal. Dans les végétaux et les animaux hermaphrodites , on peut , suivant la remarque de Walther (1) , le comparer à la polarité magnétique , qui ne se manifeste qu'en des points opposés d'un seul et même corps ; mais, chez les êtres vivans à sexes distincts , on la peut comparer à la polarité électrique , qui se trouve répartie sur deux corps différens , tandis que l'être vivant privé de sexe est une indifférence non développée , dans laquelle l'individu marche de front avec l'espèce, parce que son idée est une idée inférieure qui peut plutôt être réalisée par l'individualité.