‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource] (volume 2)Chapitre 51 sur 80 · PLAIES OD BLESSURES DO COEDB · texte numérisé non relu

PLAIES OD BLESSURES DO COEDB

I. Les plaies du cœur, comme toutes les autres, peuvent être produites par des inslrumens tranchans, piquans ou contondans (on place parmi ces derniers les projectiles mis en mouvement par la poudre à canon). Elles peuvent être pénétrantes ou non pénétrantes. Nous ne parlerons que de ces dernières, et ce que nous en dirons sera très court (i).

(i) Ceux qui voudront avoir plus de détails sur celle matière n'auroul qu'à

BLESSUHÊS IJtJ CGEURi %9 II. Les plaies du cœur peuvent être feornpliqùées dé Id prdsetice du corps ou de l'iristf uittétit dont ëllfes sënt l'eflet, et celle circonstanceprévienlquelquefois, damôihS potir le moment, une hémorrhagié mortéllë: Toutlë mbnde connaît l'histoire d'Epaminondas (i) .

Totites les parties du cœur né sont pas ^gàlèiiniëïit exposées à l'atieinte des corps vulnérans. Sui' 64 caâ dè plaies du cœur rasséiliblés par M. Ollivier (d'Angerfe), vingtlieuf fois la lésion occupait le ventricule droit , lequel fdtmé làpattie la plus découverte dé là surface atitérieure du cœur; douze fdis , le ventricule gauché ; iieuf fbis, lëâ deux venlricûles; ttois fois , l'oreillette droite; iine fôis j l'oreillette gauche ; sept fois , la pointe oU la base du cdBur; et dans trois cas , le siégé de la blessute n'était pas; iîidiqué.

Ce n'est pAs toujours par des agenS vtilriérâtis vetilig du dehors que sont produites les plaies du coeiir. Voici, par exemple, un cas de déchirure du cœur par lin fi-àginéfit de côte.

Uti charretier, âgé deaS àïis, eut le màlhëuf désé tfôuver pris eiitre les mdyetik de deiix vditUtés, lé 3 niai i83d. tl perdit toùt-à-coup cdntiaîssance. Transporté irniiiédiâtèiiient à l'Hôtel-Dieil , il lie ddnnà plus aùctin signe dé Vie.

Autopsie ccidavérique , vingt- sept heures après la inôrt.

De légères ecchymoses existant de chaque côté dé la poitrine, indiquent assez que cette cavité a été coriipriméè transversale.mcnt. Les huitième ét iieuviëmë côtes sont

consulter l'excellent article de M. le docteur OUivièr (d'Angers) sur les plaies du cœur, publié dans le lome V1U« du Dictionnaire de médecine, ed 26 Tolilmes. Paris, 1834.

(i) Si l'histoire d'Èpamiiiondas paraît un peu fabuleuse du lecteur, en voici une plus positive, publiée par M. le docteur Ferrùs. Un diiéàé s'enfonça à demeuré élilrè les cinquième et siiième cotes gauches un sljlel de ferj qui traversa obliquement de bas en haut le ventricule gauche et la cloison intervenlriculaire. Le blessé récut vingt jours.

6où MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,

fracturées à la réunion des deux tiers postérieurs avec le tiers antérieur. Une dépression s'observe à l'endroit de la fracture.

La plèvre gauche est remplie par une grande quantité d'un sang noir, liquide, avec d'énormes caillots.

Le péricarde, vu à l'extérieur, présente une légère teinte bleuâtre; il contient un peu de sang noir coagulé: à son côté gauche existe une ouverture de deux pouces , dirigée de haut en basetde gauche adroite. A sa face postérieure, le cœur offre une plaie transversale , longue d'un pouce et demi, pénétrant dans la cavité des deux ventricules. Cette plaie correspond parfaitement à l'ouverture du péricarde.

Les fragmens de la 8" côte, fracturée comme il a été dit, sont portés en dedans. Le fragment antérieur fait une saillie considérable dans la cavité de la plèvre : il est aigu , piquant, taillé en bec de flûte , et c'est évidemment lui qui a déterminé la blessure du péricarde et du cœur. [Cette obseri^ation a été recueillie par M. Choisj , qui l'a publiée dans sa Dissertation inaugurale.)

IIL La plupart des plaies du cœur entraînent une mort subite. Dans quelques cas seulement , le blessé peut ne succomber qu'après un temps plus ou moins long. Dans les grandes plaies du cœur, le blessé tombe comme s'il eût été frappé d'un coup de foudre : quasi fulmine ictus , concidit , dit Diemerbroëk , en parlant d'un combattant qui, dans un duel , reçut un coup d'épée qui traversa le ventricule gauche. Les deux enfans assassinés par Papavoine moururent sur le coup. Or , il résulte du rapport de M. le docteur Denis que le ventricule gauche fut traversé chez ces deux infortunés.

Voici trois cas de plaies du cœur non suivies d'une mort subite , rapportéspar M. OUivier (d'Angersj. Un mendiant de Milan, dont Morgagni nous a transmis l'histoire, reçut un coup de couteau qui traversa le ventricule gauche à sa partie antérieure. Il s'écoula peu de sang à l'instant

BLESSURES DU COEUR. 5oi

même. Après avoir fait environ soixante-dix pas , le blesse s'assit , et mourut au bout d'une demi-heure en vomissant son dîner. — Un soldat tombe sur une baïonnette , qui pénètre entre la 6"= et la 7" côtes gauches. Le blessé ne succombe que 49 heures après la blessure, au moment où il était allé à la garde-robe. Une plaie large de 9 lignes pénétrait dans le ventricule gauche , où l'instrument avait divisé une des colonnes charnues qui se fixent à la valvule miirale. — Un jeune homme reçoit un coup de couteau audessous de la mamelle gauche et éprouve plusieurs syncopes. Peu à peu le blessé se rétablit, puis meurt tout-à-coup le dixième jour. On trouva une plaie pénétrante du ventricule gauche.

Suivant M. Ollivier, ce seraient les plaies du ventricule gauche qui détermineraient le plus souvent la mort subite. 11 élablit que les blessures des oreillettes ne sont pas aussi rapidement mortelles qu'on le pense communément. En comparant les divers exemples de plaies du cœur, dit-il , on voit que celles du ventricule droit, sont à la fois les plus communes et les moins promptement mortelles. D'après le relevé que nous avons mentionné plus haut, tous les blessés appartenant à cette dernière catégorie (plaies du ventricule droit) , à l'exception de deux , n'ont pas vécu moins de deux jours.

D'où proviennent les différences dans la durée de la vie après une blessure pénétrante du cœur? Morgagni attribue la subitanéité de la mort à l'obstacle que le sang trouve à s'écouler au dehors du péricarde , et par suite à la compression du cœur. M. Ollivier trouve cette explication très rationnelle. J'avoue que je n'en suis pas aussi satisfait pour mon propre compte. Il est bien plus simple, lorsqu'il existe un épanchement considérable de sang dans le péricarde, d'admettre que le sang, qui devait arriver dans tous les organes, et spécialement dans les centres nerveux, pour y entretenir la vie , s'écoulant en presque totalité à travers

5oa MAL\DIF.S DP CC8ÎUR EN PARTICULIER.

1^ blessure, la syncope et la mort sont par cela même forcées. Biartholin pcnseque rélroiicssect l'obliquiLe de lables- ^urppeuvepl contribuer puissamment à retarder la mort, et ile^t des faits favorables à cette explication , dont l'esprit saisit fapilement la justesse. Toutefois, considérant qu'il est des cas dans lesquels la largeur de la plaie du cœur u'a pas empêché la vie de continuer encore assez long-tertips, M. Ollivier iiepeqsepasque/'eVrofVe^^eet/'o6/iVy«<7e'dela plaieconsci tuent à plies seules les conditions qui empêchent celle-ci d'être inamédiatenient mortelle. La cause des différences qui ijpws occupent, suivant cet auteur « réside tout entière 1} dans la direclion d^ trajet de la blessure relativement à » celle des fibres de chacun des plans musculeux du cœur;

• ainsi, une plaje du ventricule gauche, par exemple, n peut, pour ainsi dire, ne faire qu'écarter les fibres des î plans superficiels, pt diviser en travers celles du plan pro-

• fopd, et vice ^'e/'.ya. Est-elle , au contraire , à peu près » transversale à la direclion de ces différens plans , la plaie XI restera béan le, et donnera lieu à une hémorrhagie promp- ?! tesinent funeste. Ici, l'on conçoit toute l'influence que » peut avqir la forme particulière de l'instrument vulnérant >î qui traverse l'épaisseur des parois ventriculaires. M. Alph. >i Sanson a très bien fait remarquer que le défaut de pa- » rallélisme des plans charnus du cœur est lacondition qui « favprise le plus la formation d'un caillot sanguin capable > d'pblurer la plaie. » La nouvelle condition signalée très ingénieusement ici par M. Ollivier est assurément d'une grande importance pour empêcher une blessure du cœur d'être subitement mortelle; mais les deux autres conditions indiquées par Bartholin n'en doivent pas moins être prises en considération, et en les réunissant à l'autre , on a véri- ^blement les données nécessaires à la solution du problème dont il vient d'êlre question.

IV. Plusieurs faits rapportés dans l'article de M. Ollivier De laissent aucun doute sur la possibilité de la guérison

BLESSURES DU COEUR, 5o3

de certaines plaies pénétrantes du cœur. Voici les conseils qu'il donne pour le traileiuent cjes blessures de cet organe en général. « La première indication à remplir, dit-il , est » d'affaiblir la circulation par des saignées abondantes et » répétées, et de modérer en même temps la fréquence des » mouvemens du cœur. L'administration de la digitale peut » être ici un auxiliaii'e puissant — Il importe beaucoup, » ainsi que l'a proposé M. Alpli. Sanson , de tenir le blessé » dans une atmosphère aussi froide que possible. Desappjiçj^- » tions de glace sur la poitrine seront alors très utiles.

» Il faut maintenir le plus long-temps possible le blessé «dans un repos absolu. Le séjour prolongé an lit, l'im- » mobilité du corps, l'éloignement de toute cause d'émotion, » un régime débilitant, sont surtout nécessaires ici...

-> Quant au traitement local de la plaie, il faut en rap- B procher immédiatement les bords. En s'opposant ainsi à » l'écoulement du sang au dehors, on favorise la formation » d'un caillot qui pourrait obturer la plaie du cœur. Une » conduite opposée enlèverait toute chance salut au » blessé. »

6o4 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.

ARTICLE DEUXIEME

■ OrTORES DO COEUK.

SECTION PREMIÈRE

OBSERVATIONS PAUTICULlÈnES DE RUPTURE SIMPLE OU MULTIPLE DE DIFFÉRENTES PARTIES DU COEUR.

i" Observations de rupture des parois du cœur.

OBSERVATIOIVS 137e I38e, 139», 140e.

Jeune homme de i3 à i4 ans. — Ecrasement par la roue d'une voiture. — Rupture du ventricule gauche, de la base au sommet, le long du bord par lequel il se réunit au ventricule droit.

Le 23 octobre i8i3, M. Worbe fut appelé pour constater la mort d'un jeune homme de i3 à i4 ans, écrasé par la roue d'une voiture.

Les côtes , leurs cartilages et le sternum étaient dans leur état naturel. Le péricarde était rempli de sang , et le ventricule gauche du cœur rompu antérieurement, depuis sa base jusqu'à son sommet , le long du bord par lequel il se réunit au ventricule droit (i).

RÉFLEXIONS

La rupture des parois du cœur par suite de violences analogues à celle dont il est question dans le cas précédent, ne constitue pas un accident très rare. Nous avons vu une

(i) Cette observation a été recueillie par M. Worbe, et publiée, en i8i4i dans les Bulletins de la Faculté de médecine.

RUPTURES DU COEUR. 5o5 rupture de l'oreillette droite chez un homme qui s'était jeté par une croisée, pendant les angoisses d'une dyspnée des plus violentes.

Verbrugge a rapporté deux cas de rupture du cœur produite par des violences extérieures. Dans le premier cas , cité d'après Mumersen, un jeune homme robuste eut une rupture de l'oreillette droite, par suite d'un coup de pied de cheval sur le sternum. Dans le second cas , raconté d'après Nébélius , il s'agit d'un cavalier qui expira après avoir été traîné par son cheval. On ne trouva aucune contusion extérieure , aucune fracture aux côtes, et cependant l'oreillette droite et la veine-cave étaient déchirées.

Les faits précédens ne diffèrent pas beaucoup de ceux relatifs aux plaies du cœur proprement dites ; mais les observations suivantes prouvent que ce n'est pas toujours sous l'influence de violences extérieures que se développent les ruptures des parois du cœur.

OBSERVATION Wl» (i).

Nausées et vomisseinens. — Perte subite de connaissance , refroidissement. — Mort. — Epanchement de sang dans le péricarde. — Rupture de l'oreillette droite dans la longueur d'un pouce.

Un curé de Bordeaux , d'une constitution pléthorique et forte, ayant soupé comme à son ordinaire, le 5 novembre i8ai, éprouva, au moment de se coucher, un refroidissement considérable des mains et des pieds. A peine estil dans son lit , qu'il est pris de nausées et de vomissemens. Il appelle quelqu'un , puis perd la parole, tombe sans connaissance dans les bras de son domestique , accouru à sa voix; pâlit, devient froid, et expire avant l'arrivée de M. le docteur Grateloup, qu'on avait fait appeler.

(i) ObserTation recueillie par M. le docteur Grateloup, de Bordeaux.

^q6 maiadïes dd CQRpn m particulier.

A l'ouverture du cadavre , on trouva dans le péricarde un çpancjien^çnt considérable dp sérpsfté rouge, méléç de gros caillots de sang. Le cœur était volumineux et prodigieuse- ^ept gras. Son oreillette droite ojjrait une déçh,irurç di' environ un pQuce de longueur.

OBSERVATION H2e (i).

Vieillard de 80 ans. — Depuis quelques jours, oppression, faiblesse. Mort subite. — Epancbemenl de sang dans le péricarde. — Creyar.se du ycnlricule gauche, longue de lo à 12 lig. , dirigée selon l'axe de ce ventricule. — OssiCcation des valvules aorliques, ainsi que de l'aorte et de plusieurs autres artères.

Un vieillard de 80 ans environ , s'ëtant rendu à l'hôpital de Clermont, pour une oppression et une faiblesse qu'il éprouvait depuis quelques jours, fut frappé d'une mort subite , sans aucun signe , à l'extérieur, de lésion organique.

A l'ouverture du cadavre, M. Fleury trouva le péricarde très distendu , rempli d'un sang rouge et coagulé. Il aperçut ensuite une crevasse du ventricule gauche , longue de lo à 12 lig. , et dirigée selon l'axe de ce ventricule. Elle était à peine sensible du coté de la cavité de ce dernier, à cause du caillot qui en bouchait presque toute l'étendue (2).

Les valvules aortiques et le tronc de l'aorte présentaient

(1) Observation recueillie par M. Fleury, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Clermont, et publiée dans le t. I" des Bulletins de la Faciillé de médecine de Paris.

(a) Suivant M. Fleury, l'épancbemfnt dgps le péricarde se serait fait graduellement , et ce vieillard n'aprait succombé que lorsque le ventricule , par la pression constante et progressive qu'il éprouvait de la part du sang épanché , n'en pouvait plus admettre lui-même dans sa cavité. Cette hypothèse n'est guère protable , et il est bien plus naturel de penser que l'épauchement aura été subit , comme )a ji^ort l'a été pUe-piêmc.

nUPTURES DU CCffiUR. ^OJ dans leur épaisseur plusieurs points d'ossification. Les ar-! lères sous-clavières , les carotides, les crurales et leurs principales branches , étaient presque lotaiement ossi-i fiées (i).

M. le docteur Bignardi , de Milan, £^ consigné le fait sui- ' vant dans le n° de janvier 1829 des JnnaL unw. dimed.

Une jeune demoiselle de Modène mourut tout-à-coup lorsqu'elle s'occupait de préparatifs de toilette pour se rendre à un bal,

En examinant soigneusement le cceur, on trouva, vey^ base du ventricule gauche, près de l'insertion de l'aorte, uxiQ petite tumeur, de la grosseur d'une fève, dont les parois étaient constituées uniquement par l'adossement de la membrane interne du ventriçple au feuillpt séreqx qui re-; •yêt le coeur, Çettç tiimeifr, qui Jorinait un relief sensible à la ^urfflçe de. cet qrgane^ était le siège d'une dêchirurç par l(Xr ^Uçlle un épanchenient de sang s'çtait opéré (Iaxis le péricçt.rde, §t, dff là , la mort subite.

2" Observations de rupture des valvules du cœur, des tendons 'valmlaires et des colonnes charnues.

J ai déjà rapporté quelques cas de cette espèce de rupture à l'occasion des ulcères du cœur. A ces cas , je joinr drai les trois suivans.

OBSERVATION M^kp,

M. Nicod a publié , dans le n° /\i du Journal hehdomadçiire de médecine [11 octobre i834 ), un cas de rupture de

(1) M. Fleiiry pense que celte ossification a déterminé la rupture du ventricule du cœur, en forçant celui-ci à redoubler d'efforts pour faire arriver le sang dans les dernières ramifications artérielles.

5o8 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,

deux colonnes charnues du ventricule gauche, chez une dame qui avait éprouvé deux accès de suffocations extraordinaires. Il existait en outre une ossification des valvules du cœur.

OBSERVATION M5e (i).

Femme de 78 ans. — Chute d'un troisième étage. — Fracture de plusieurs os, rupture du foie, de la rate et du cœur ( épanchement de sang dans le péricarde; rupture de la base du cœur, à l'insertion de l'aorte; déchirure d'une des valvules aortiques ).

Deluzenne (Marie-Madeleine), âgée de 78 ans , était d'un caractère fort irascible , et se querellait avec ses voisines pour les causes les plus minimes.

Le i" septembre, à la suite d'une de ces querelles, elle assura que, pour se venger de sa voisine , elle se jetterait par la fenêtre. Avertie par les autres femmes du dortoir, la fille de service vint s'opposer à l'exécution de cette vengeance d'une nouvelle espèce, en menaçant à son tour de prévenir la surveillante de l'emploi. Cependant Deluzenne, le lendemain, à 4 heures du matin, approcha une chaise de la fenêtre, et se précipita d'un troisième étage, élevé d'environ quarante pieds de hauteur.

Après avoir porté les jambes en dehors de la fenêtre, cette malheureuse s'est tenue quelques secondes accrochée par les mains, puis s'est abandonnée à son propre poids, en sorte qu'elle est tombée sur les jambes et a expiré surle-champ.

Autopsie cadavérique, vingt heures après la mort.

1° Crâne. — Fêlure décrivant une courbe à convexité antérieure, et partant du sommet de l'occipital pour se rendre sur le pariétal , la portion écailleuse du temporal ,

(1) Cette observation a été recueillie par M. Bergeon. 4'en ai retranché quelques détails, inutiles à notre objet.

RUPTURES DU CCEUR. 5o^ et finir sur le côté externe du corps du sphénoïde , sans intéresser le rocher.

2° Thorax. — Le côté droit du thorax présente sept fractures de côtes dans un point assez rapproché de leur angle. L'un des IVagmens a déchiré une des artères intercostales, et l'on voit dans ce côté de la poitrine uu cpanchement sanguin médiocre.

Le péricarde, énormément distendu, contient des caillots de sang, dont la quantité peut être évaluée à une livre.

En soulevant le cœur, on aperçoit une séparation de V aorte dans son point d'insertion avec cet organe , lésion qui a été certainement l'effet d'ùn contre-coup. Cette déchirure est située à la partie postérieure de l'aorte; autour d'elle se trouve une ecchymose de la largeur d'une pièce de trente sous; en ouvrant ce vaisseau par sa partie antérieure, on 'voit une déchirure assez régidière, transversale , s' étendant au tiers de sa circonférence , et ayant séparé en deux . l'une des valvules sigmoïdes.

3° Abdomen. — Le foie présente une rupture de deux lignes de profondeur sur deux pouces de largeur. La rate offre à sa face externe une lésion tout-à-fait semblable à celle du foie

RÉFLEXIONS

Dans le cas précédent, la rupture de la base du cœur ou de l'aorte à son insertion , la déchirure transversale d'une des valvules aortiques , ont été évidement l'effet de la violente secousse produite par une chute de 4o pieds de haut. Mais les valvules du cœur peuvent , comme les parois ellesmêmes, comme les tendons valvulaires et les colonnes charnues , éprouver des solutions de continuité par l'effet de causes non extérieures , et se rompre, par exemple, sous l'effort des contractions du cœur ou d'une réaction violente et brusque de la colonne sanguine contre elles.

Dans le cas suivant, recueilli par MM. Laënnec et

Ôlb MALADIES DU COEUR EN PAnirCULIER.

Fizeau , cbs observateurs ont attribué à un effort de ce genre une dilatation parlielle et une double rupture de la valvule mitrale. Toutefois» nous n'oserions affiriner que tel ait été réellement lè mécanisme de la rupture. 11 se pourrait du moins que cette rupture eût été précédée d'une ulcération de la valvule.

0B9ÉRVATI0IVI 146e (i).

Homme de moyen âge. — Palpitations, dyspnée. — A la face supérieure de la valvule milfalé, Sorte de pélile poche, percée à ses extrémités de deux ouvertures, dont l'inférieure, plus large, avait des bords comme frangés, de sorte que la valvule paraissait avoir été rompue en cet endroit.

« Un homme de moyen âge éprouvant des palpitations , » de la gêne dans la respiration, etc., succomba à l'hospice » de la Charité.

» Owerture du cadavre. — Le cœur était beaucoup plus gros » que dans l'état naturel, ce qui dépendait presque entière- » ment de l'épaisseiir des parois du ventricule gauche, dont )) la cavité elle-même ne paraissait guère plus ample que daiis » r état naturel.

» Les valvules offraient en divers points des concrétions » osséo -pierreuses , de manière à rester continuellement » tendues , sans pouvoir se relever sur les parois de l'aorte, » ce qui rétrécissait considérablement l'orifice de cette » arlèi'e.

» La valvule mitrale présentait atissi deux petites con- )) crétions de même espèce, mais qui n'en gênaient en ricù )) le mouvement. A la face supérieure de cette valvule, s'éle- » vait une sorte de petite poche d'un demi- pouce de longueur, » de plus de quatre lignes de diamètre , et percée à ses extré-

■ ■■ ■ ■ - .ii^i'j i. .

(i) Ce fait a été consigné dans le tome des Bulletins de la Faculté de médeii^t , sôus le titré suivant : Extrait d'une note iur une dilatation parlielle d» ià vàlviité niiltale; par MM. Laiënnec et Pizeau.

nUPtURËS DU COÉtiR. 5il » mités dë deiix oiwerturês , dont Vinfériètu'è était Ici plus » large. Cette dernière avait des bords aàsez ihéguUers et » comme fhnhgés, de sorte que la lame itiférièùre de la batinde é mitrale paraissait avoir été rompue eii cet endroit, et le pistit » sac aném'smal formé par la dilatation de la lame supérieufè : » seulement V ouverture àupériéûre était évidemment V effet d'uné i rupture déjà anciennè de ce sac, car elle était fort lissé (i).

DEUXIÈME SËCTiON.

msToiiiÉ géNeraLé Uês ruptures riti côÉuit.

§ i. Carâctèi'és anaidmiques.

îl est deslésîoiîs dont lë nôm âeul indique siiffisamfnènt èt clairement le câfactèf 6 ànâtoiniqUë fdllddtnéntâl , et la rupture est de ce genre de lesiôiis. Nous n'avotiS doiic à nous occuper ici qué du siégé , deletéhduej de la direction , du îiombre des rùpturés du cœur. Nous ndUs bornerons à quelques remarques sur cette matière , renvoyant lè lecteur pour plus de détails âux observations pgtrtiduliëres.

Quant à leur siège ,il ëiièst des ruptures du cœur cotnitiè des ulcérationJ! ët des tumeurs ariévrismàles du iiiênie organe, c'est-à-dire qu'ellés paraissent affecter plUs fréquemment les cavités gauciies que les droites, Dâïls les dix cas que renferme la première séction de Ce chapi^

(i) «CeUe dilatation paraît avoir été l'effet de l' obstacle aue le rétrécissement »de l'ofifiie de l'aOrte opposait âU cours du éaiig. On conçoit, éh effet, tjile la ilàifie inférieure de la valvule a pù se rompre pâr l'eToit du sang j cjiii j poussé npfir le ventricule gauche j avec une. force riéccssaireméht plus grande que dans • l'état naturel , vu l'épaississeinent des fibres de ce ventricule , ne pouvait cepen- » dânt pPSsCr avec facilité dans l'aorte {réflexion des auteurs de l'obiètuàtiorl), »

5l2 MALADIES DU CœUR EN PARTICULIER,

tre, six fois la rupture occupait le cœur gauche (observ. 1 3 i42% i43\ i44% i45% 146"), et quatre fois le cœur droit. Dans ces quatre derniers cas , c'est toujours l'oreillette qui a été le siège de la rupture. Dans quatre des six premiers cas, la rupture existait sur les parois du ventricule gauche; dans un cas, elle affectait la valvule mitrale etdans un autre, les colonnes du ventricule (dans l'observation i4ô% il existait à la fois une rupture de la base du ventricule gauche et une rupture d'une des valvules aortiques). Dans aucune denosdix observations, les cloisons interventriculaire ou interauriculairen'étaientle siège de larupture; mais onconçoit qu'elles n'en sont pas exemptes, et parmi les cas de perforation du cœur que nous avons rapportés à l'article Caidite , il en est dans lesquels il sera probablement survenu une rupture des cloisons indiquées , préliminairement amincies par une ulcération plus ou moins profonde.

L'étendue, la direction , la forme de la rupture offrent dés différences nombreuses : dans l'observation 187% le ventricule gauche était nipturé de la base au sommet, le long du bord par lequel il se réunit avec le ventricule droit; dans l'observation 14^", il existait une crevasse de 10 à 12 lignes , pai'allèle à l'axe du ventricule ; dans l'observation 145", la base du ventricule gauche était séparée de l'aorte en arrière, et une déchirure, dirigée transversalement, avait partagé une des valvules aortiques en deux parties ; dans l'observation i46<=, la valvule mitrale , soulevée en manière de poche, offrait deux ouvertures dont l'une avait des bords jrréguliers et comme frangés , etc.

Les ruptures du cœur offrent aussi des différences de nombre. Tantôt on n'en rencontre qu'une seule , tantôt deux, trois, et même plus.

Sur 49 cas de rupture du cœur, rassemblés par M. Ollivier (d'Angers), 8 étaient relatifs à la rupture multiple. Dans deux cas recueillis par M. Rostan , deux déchirures existaient vers la pointe du ventricule gauche. Dans un exem-

RUPTURES DU CŒUR. 5l3

pie rapporté par Morgagni [Epist. lxiv), le ventricule gauche éiail rompu en trois points. Dans une des observations de M. Portai, le venlriculegauche , pour ainsi dire crevassé, offrait trois déchirures. En avril 1824, M. le professeur Andral lut, à l'Académie royale de médecine, une observation de rupture multiple du cœur. Cinq perforations oblongues occupaient la paroi postérieure du ventricule gauche (i). M. Blaud a également trouvé cinq déchirures sur le même cœur (toutefois, deux de ces déchirures seulement pénétraient dans chaque ventricule, et les trois autres n'intéressaient que les couches superficielles des ventricules). Dans un cas publié par M. Ashburner (Lo/idon, Med. and phys. journ., décevib. 1822) , deux ruptures existaient sur le ventricule gauche et une troisième sur le ventricule droit.

§ II. Causes des ruptures du cœur.

Les causes des ruptures du cœur sont prédisposantes ou déterminantes. Les causes prédisposantes sont un ramollissement du cœur , l'amincissement de ses différentes parties, un abcès, une ulcération. Les causes déterminantes sont 1° des violences extérieures avec ébranlement, secousse, commotion de tous les organes en général ou de la région du cœur seulement; 2° des efforts considérables et brusques; 3° dans quelques cas, les simples mouvemens de la circulation (dans les cas de ce genre surtout, interviennent les causes prédisposantes signalées plus haut). Le sujet de l'observation 187^ avait été écrasé par une roue; les sujets des observations iSS" et i45'= s'étaient précipités du haut d'une croisée ; le sujet de l'observation iSp* avait reçu un coup de pied de cheval sur le sternum ; le sujet de l'observa-

(1; Dans la «éance de l'Académie du 6 avril 1.S24, M. Rullier avait présenté à cette sociélé un cœur dont les p;uois élaietil le siégi? d'une double perforation. Or. observai! en même tem[)s dans les cavités de cet organe des concrétions fibrineuses formées long-temps avant la mort.

5l4 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,

tion 140* ftvait été traîné par son cheval ; le sujet de l'observation i4i" avait éprouvé des nausées et des efforts de vomissement ; le sujet de l'observation i44' avait eu des accès de suffocation extraordinaires .

Le mécanisme des ruptures du cœur est essentiellement le même que celui des ruptures de divers autres organes, tant externes qu'internes, tels que les tendons de certains muscles, les mucles eux-mêmes, l'estomac, l'œsophage, l'utérus, etc. (i). Dans les chutes, c'est vraiment quelquefois par une sorte de contré-cou|3 que le cœur se rompt. Cela devient surtout évident lorsque, comme dans le cas rapporté par M. Bergeon , la chute n'a pas lieu sur la région du cœur.

5 III. Siignes et diagnostic des ruptures du cœur.

Le siège des ruptures dii cœur doit être pris en grande considération , quand il s'agit de letirs signes et de leur diagnostic. Lorsque les parois du cœur sont largement rupturées , un épanchement de sang s'opère dans le péricarde, et le malade tombe mort comme s'il eût été frappé de la foudre. Un seul fait publié par M. Rosian porterait à croire qu'une rupture peu étendue des parois du cœur peut n'être pas monelle. Dans le cas dont il s'agit, tine concrétion sanguine avait oblitéré là solution de continuité, et celte sorte de bouchon ou d'obturateur organique iavait mis obstacle à toute hémorrhagie ultérieure.

Si la rupture occupe la cloison des ventricules ou des oreillettes, il peut en résulter un mélange du sang noir et dû sang rouge, et par suite, selon quelques auteurs, la maladie connue sous le nom de cyanose.

(i) Burns me paraît être le premier qui ail dit que le cœur, prndnrl les efforls expuisifs auxquels il se livre, peut se rompre, roinine'on voit l'utérus se déchirer pendant les contractions expulsiveis trop violentes dont il est parfoi* le siège dans l'acte de raccoudicment.

RUPTURïïS DU COEUR. 5l5

Nous manquons encore de faits pour exposer les divers signes et les accidens des ruptures des colonnes charnues , des tendons valvulaires et des val\p|es. Tout ce qu'on peut dire, c'est que la rupture d'une valvule ou'des colonnes charnues dest'nées à ses mouvemens, doit nécessairement entraîner quelque désordre dans la circulation.

La perforation d une valvule, soit par rupture primitive^ soit par érosion suivie de rupture, constitue une des conditions dans lesquelles nous avons dit que se produisait un bruit de soufflet simple ou sibilant (1). Or, un observateur' des plus distingués , M. le docteur Tarral, m'a récemment communiqué un cas de bruit dcsoufflet sibilant ou musical chez un individu dont les valvules aortiques offraient une lésion de ce genre (ce malade était placé darjs le service de M. Lerminier, à la Chariié). Toutefois^ il ne faudraif pas croire que le briiit de soufflet musical oii sibilant de la région précordiale soit un signe assuré d'une perforation valviilaire; en elfet , nous l'avons rencontré dans des cas où cette lésion n'existait point.

§ IV. Pronostic et Iraitc'mcrit.

Le pronostic des ruptures du cœur diffère beaucoup suivant lesicgeqii'elles occupent. Ainsi les rupi ures des parois du cœur avec épanchement de sang dans le péricarde sont nécessairement mortelles. Il n'en est pas de même de celles delà cloison inlerveniriculaire ou interaiiriculàire , des colontles chal'nues, des valvules et de leurs tendons; mais, comme je l'ai déjà dit plus haut, nous n'avons pas assez de faits bien obsel-vés pour exposer, d'une manière un peu précise , les acc^idens qui peuvent en résulter.

(i) I^e passage du sang des càvïles drolies dàtîs lès ï^àviics'^àydliés , et réciproquemént , p;ir suite d'uii ouverture p'us oii ttioiriS étrài(é cl^ la ô oison iiiicrventi'iculaiie ou inleraurivulaiii; , poùriuil âuiai dunuer lieu à un bruil du soufflet.

6l6 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.

Il n'est point de traitement pour les ruptures des parois du cœur. Quant aux ruptures des colonnes, des valvules, etc. , comme nous n'avons pas encore les signes nécessaires à leur diagnostic , que pourrions-nous dire de leur traitement ?

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