PRONOSTIC DES MALADIES DU COEUR
de la guérir^ jamais (i). » Ailleurs, et c’est là sa conclusion déSnitive , ce grand praticien déclare que : « Le pronostic , f dans le mal cojÿirmé , est d’une certitude malheureusement trop ^granctcf et que c est alors que la \}éritè de l’ épigraphe du livre t trouve son application aussi rigoureuse que lamentable (2). » Avant Gorvisart, Sénac s’était déjà prononcé d’une manière non moins précise sur la gravité des principales maladies du cœur alors connues : « Après avoir approfondi de «telles maladies , dit-il , on n’a, ce me semble , que l’inutile «satisfaction de mieux connaître l’impossibilité delesgué- « rir (5). »
Divers auteurs qui , depuis Sénac et Gorvisart , ont publié des traités sur les maladies du cœur, ne se sont appliqués qu’avec trop de soin à confirmer la décourageante et vraiment lamentable doctrine que nous venons de faire connaître. Un teU arrêt de mort serait-il donc irrévocable? Ne peut-on point en appeler au tribunal de l’expérience d’une condamnation si terrible ? et le progrès qui perfectionne tout, même la thérapeutique, devait-il respecter à jamais les bornes que semblait lui avoir imposées un homme d’un génie supérieur? Gertes , il ne faut pas légèrement contredire l’oracle de Yhospice de clinique interne. Toutefois, quelque respect que m’inspire son immense autorité , j’oserai dire que l’épigraphe de Gorvisart, trop vraie malheureusement sous le règne de ce grand praticien , serait aujourd’hui un anachronisme et non une 'vérité. Il est, hélas! trop certain que parvenues à un degré donné, quelques unes des maladies du cœur sont inévitablement mortelles ;
(1) « Je sais, ajoute en note Gorvisart, qu’il y a des médecins qui croient » avoir guéri des maladies du cœur : si elles n’étaient point encore organi- »ques, je le crois; il s’en trouve des exemptes dans cet ouvrage ; si elles «l’étaient devenues , j’en doute fort, et la preuve principale manquera tôu- » jours. » {Disc.prélim., pag. xxxui et xxxiv.)
(2) Ouvrage cité, page 483.
(3) Traité de la structure du cœur, de son action et de ses maladies. Paris, 1787, tom. in-4°.
mais il n’esfc pas beüreusement moins positif qüe < grâce à l’emploi d’une nouvelle formule de traitement j on voit aujourd’hui guérir comme par enchantement des maladies du cefeuf qui résistaient aux anciennes méthodes. I5i Cor* visart vivait encore j il reconnaîtrait le premier que ces gué-* risons né manquent d’aucune des preuves qu’il est permis à l’ohservateur le plus difficile de demander.
On Objectera peut-être que les maladies dont noué avons Obtenu la guérison n’apparlenaîént pas à la catégorie dé celles dont Gorvîsart a proclamé la léthalité : hæret laterl lethalis arundo. A cela nous répliquerons que îâ sentence de Gorvîsart s’applique à toutes les maladies organiques du cœur en général ^ ét qu’il établit que celles-ci existent quand un ergane du un solide -vivant quelconque ést^ dans son tout oa dam une de ses parties ^ àssez dégénéré de sa eoftditiàh naturélle i polir que son action , facile, régulièfé et cowstbbnte } én soit lésée au dérangée d’une manière sensible et permàneMe (i)* Orj les maladie^ dé la güérison radicale desquéllés nous rapporterons des exemples rentraient naturellement dans cette cîassei
Il est vrai que Gorvîsart j en êela paé assez fidèle peutêtre à sa définition^ déclare que « /es maladies aigues 'dk ùœur' rië peuvent pas être rigoureusement placées dans le rang des maladies organiques , » et par maladies aiguës du cœur j il entend seulement ici la péricardite aiguë et la cardité ; eu l’inflammation de la substance même du cêear ( our. eif.i pag. 4 17^1 8)* Oii pourrait croire qu’en retranchant ainîâ
(f) Rtnrr défitrtf ptffs e'tpttcTtem5nt ëncoTëTës mïTâaîës ofpniques, UotyP sart ajo^ute en nnte : « J’entends par Crgane <>ü «oVide vivant^ dégénéré dé sa n-cmidétion •naiarMU; tôUté èspeee d alteraOen dans sâ édhiexturë, <lans Sa » syjrSélrie, enfin dans sa ihatHere d eUe physique ou éhiniique, qiii ddüËé sltéii à ilh dêf-dngèmétil de son action. J ai pense que ces indls dégénéré àé D sa condition naturelle emportaient de droit 1 idée de toute espèce d’altérà- » tion, soit physique, soit élémentaire et chiauq;Ue d an solide vivant qael- » conque. » ( Ouvrage cité , page 67-366. )
PROÎTOSTIC DES MADA.DIES DU COEER. 335 les maladies aiguës du cœur de la catégorie des maladies organiques, c’est-à-dire mortelles, Gorvisart a singulièrement adouci le jugement qu’il avait porté sur les dangers des maladies du cœur en général. Mais malbeureasement le passage que je vais rapporter dissipera en très grande partie une illusioà si consolante ; «Il n’est pas très I extraordinaire i mais il est bien rare pourtant, de voir la > périeürdite qui , d’ ailiedrs , est tine affection des plus » graves, parvenir, par les efforts de la nature et les secours J) de l’art réunis , à une terminaison heureuse.... Il arrive «rarement que celte inilammation se trouve isolée de celle ides plèvres costales, diaphragmatiques, médiastifiès^ «pulmonaires, de la même affection d’une portion plus ou «moins considérable de la substancè du poumon et de la «superficie du cœùf lui-tnêmé , qui, dàtis lotis les cas , sé «trouve plus ou moihs enflammé j alors , Uu lit niàiadié së B termine par hx muH , OU elle se transforme en une de ceS «altérations que j’ai désignées sotiS le feom de èhæniques itffngardqmsi Comme la purulence dti pêrîcardè, l’âdhé- «lence de celte memhranë âd cceur^ ses inflammations rGhrôtiiqties oti antres.
S) Je ne Sais si en à jamais vti {dt ëàrdité parvêniï
«à üïiè Solulion parfaite j je itè le pëôsë pàsj ët quand oâ- «citerait deS 'Ohse'rtàlioHS, tous léS doutés hé sera-iénl paS » leTés ; il pünrrart en. rester de bien légitimes sur le vêrita- «ble siégé dé rinflahïffiatîon , qti’il est impossible de biên «cdnsiater aütré'mënt que par büüvérluré , c’èst-à-dire «quand le malade a succombé.... Mais là mort que cause «ordinairement cette maladie peut arriver avec rapidité ou «avec lênteur; Ainsi on à vu des e&tdites devenir funestes » en très pèü dé jours ; tandis qué dans d’autres caS , lors-^ «que la maladie est parvenue à son plus baut dégré, on «voit les accidents les plus effrayants disparaître en partie, «une sorbe de convalescence s’étaldir; quelquefois même «le malade est rendu à tihétat dè santé apparente. Il se
336 MALADIES DU CŒÜR EH GÉHÉRAL.
n flatte alors d’une prochaine et prompte guérison; mais le » médecin plus clairvoyant n’aperçoit qu’une transformajlion, qu’une dégénérescence de la maladie en une autre » affection plus lente , mais non moins grave , puisqu’il » s’établit alors une maladie chronique organique , mortelle dans tous les cas. T> (Ouv. cit., pag. 418-420.)
Toutefois , si l’on veut bien admettre avec nous comme un fait d’expérience et d’observation , que les maladies organiques du cœur, telles que Corvisart les a définies ( et la péricardite et la cardite elles-mêmes en font partie, suivant Corvisart, quand elles sont devenues chroniques), n’entraînent pas toutes indistinctement les mêmes dangers, il resterait maintenant à préciser quelles sont celles qui se trouvent soumises à la déplorable loi d’une terminaison inévitablement mortelle, et quelles sont celles qui, par une heureuse exception , ne rentrent pas dans le cercle fatal tracé par Corvisart (1). Or, voici ce qu’on peut dire de plus général à ce sujet.
Les maladies organiques essentiellement et immédiatement mortelles , sont les ruptures des parois du cœur, et la brusque coagulation du sang qui circule dans ses cavités. Parmi celles qui sont essentiellement mais non immédiatement mortelles, on doit ranger les indurations des valvules avec rétrécissement assez considérable des ori-
(1) Je demande pardon aux lecteurs de la franche liberté avec laquelle je me permets de combattre quelquefois un aussi grand maître que Corvisart. Ils ne se méprendront point, je l’espère, sur la nature des sentiments qui m’inspirent en cette occasion. Je n’ai d’autre motif, d’autre intention que de prouver que la suprême loi du progrès se fait partout sentir, même dans les choses qui semblent, au premier^abord, d’avoir s’y dérober pour toujours. Mais bien qu’il se soit trop défié de l’avenir et de la puissance progressive de l’esprit humain, dans ce qu’il a écrit sur le pronostic des maladies du cœur, Corvisart n’en sera pas moins éternellement la gloire et l’ornement de la médecine française. Nous pouvons le placer avec orgueil à côté de tout ce que la science possède de plus illustres observateurs, sans en excepter les Sydenham , les Stoll et les Morgagni.
PROÎfOSTlG DES SîAEADïES DD COEDR.
fices auxquels elles sont adaptées, certaines péricardites et cardites chroniques.
Parmi les maladies graves , mais beaucoup moins communément mortelles que ne l’a pensé Corvisart , lorsqu’elles sont bien traitées, se trouvent la péricardite et la cardite aiguës , auxquelles j’ajouterai l’endocardite aiguë , dont cet illustre observateur ne paraît pas même avoir soupçonné l’existence.
Enfin , l’hypertrophie sans dilatation ni rétrécissement très considérable des cavités du cœur, sans complication de grave lésion des valvules , la simple hypertrophie de ces dernières sans obstacle notable au cours du sang, les adhérences , les plaques fibreuses ou cartilagineuses du péricarde , n’appartiennent point à la catégorie des maladies nécessairement mortelles : je dirai plus, c’est qu’elles ne sont qu’accidentellement funestes ; de telle sorte qu’avec des soins hygiéniques plus ou moins faciles à se procurer, on peut, malgré leur présence , pousser très loin sa carrière.
Quels que soient les efforts qu’on ait faits depuis Corvisart , quels que soient ceux qui seront encore tentés pour diminuer le nombre des victimes des maladies du cœur, s’il reste toujours proportionnellement plus considérable que celui des individus qui succombent aux maladies de plusieurs autres organes, il faut s’en prendre surtout, d’une part, à l’importance des fonctions du centre circulatoire , et d’autre part, à ce que l’une des principales indications dans le traitement des maladies aiguës et chroniques ne peut être observée ici , savoir le repos suffisant de l’organe malade.
On ne saurait trop le redire, c’est bien moins à la gravité intrinsèque d’une foule de lésions appelées organiques qu’à leur siège dans tel ou tel organe, qu’il faut rapporter les accidents qui peuvent les accompagner. Ainsi, par exemple , telle tumeur de la peau et du tissu cellulaire qui ne porte aucune atteinte à la santé générale, deviendrait une maladie
mortelle si elle siégeait à l’intérieur des cavités du cœur. Il y a plus : c’est que telle lésion qui affecte impunément une partie du cœur serait plus ou moins prochainement mortelle si elle siégeait dans une autre partie de cet organe. C’est ainsi, par exemple, que les mêmes productions accidentelles, qui se développent dans le péricarde sans porter une atteinte notable à la santé de l’individu qui en est afr fecté, ne tardent:pas à devenir funestes lorsqu’elles occupent les valvules , et qu’elles donnent lieu à un rétrécissement des orifices.
. Nous ne terminerons pas cet article sans exprimer le bonheur que nous éprouvons en apprenant qu’en Angleterre comme en, France on commence à revenir du weüa; et populaire préjugé de l’incurabilité des maladies du eœur,ép& sont les expressions de M. Ho-pe) . a. jéous pouuons, (0irmer, dit ce médecin distingué , en nous appupant sur une expérience incontestable , qu’a l’état commençant , les maladies du coeur sont, dans la plupart des cas , susceptibles de guérison parfaite, et quelorsqup cette gi frison est impossible , on posf séde au moins les moyens d’ entraaer leur marche , de manière à çe que la vie des malades en soit très peu abrégée , et même - quelquefois ne le soit pas. »
ARTICLE septième!