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IV. TRAITEMENT DE LA FIÈVRE DITE ÂÏAXIQUE

21 6. Puisque tous les faits concourent à démontrer que cette maladie n’est autre chose qu’une méningo-encéphalite , il est évident q ue son traitement doit être absolument le même que celui de cette dernière. J’ai exposé les détails de ce traitement dans mon Traité de l’encéphalite; c’est pourquoi je me contenterai d’indiquer rapidement ici les principaux moyens dont il se c ompose.

i° Les saignées générales et locales, suffisamment abondantes et convenablemen t répétées, sont, sans aucun doute, le moyen le p dus efficace que l’on puisse employer contre la fièvre dite ataxique , et le seul peut-être sur l’util i té duquel tous les praticiens seront d’un accord unanime.

Mais, on ne saurait trop le répéter, pour retirer des évacuations sanguines tout le succès qu’on a droit d’en attendre , il ne faut pas en être avare. Il arrive souvent , en effet, qu’après une première saignée, soit générale, soit locale, la maladie ne présente aucune amélioration sensible , tandis qu’une seconde , une troisième ou même une quatrième saignée est suivie d’un soulagement considérable.

C’est au moyen des sangsues, plutôt que par l’usage des ventouses scarifiées, que les saignées locales devront être pratiquées. On les appliquera sur la région des jugulaires, derrière les oreilles, aux tempes ou sur le front. J’ai vu un très grand nombre de fois la plus violente céphalalgie se dissiper comme par enchantement, après une abondante saignée de cette espèce.

Après les saignées , le moyen le plus héroïque que l’art puisse opposer à la maladie , consiste dans l’application du froid sur la tête. Ce moyen , que M. Récamier appelle ingénieusement une saignée de calorique, seconde merveilleusement l’action des évacuations sanguines.

Il y a plusieurs manières d’appliquer le froid sur la tête ; mais la meilleure et en même temps la plus simple est la suivante : on prend une vessie que l’on remplit à moitié de glace pilée ; on la place ensuite sur la tête du malade. Lorsque la chaleur de cette partie est parvenue à fondre la totalité de la glace , on ôte la vessie ; on la remplace aussitôt par une autre remplie de nouvelle glace, et ainsi

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de suite jusqu’à ce que l’on ait obtenu l’effet désiré.

Les affusions froides sur ia tête produisent également des effets très salutaires. Il faut seulement avoir bien soin , en les employant, d’envelopper le corps d’une toile cirée, afin que l’agent réfrigérant exerce spécialement son influence sur la tête, et qu’il ne produise pas un refroidissement général de l’extérieur, refroidissement qui détermine des congestions intérieures toujours fâcheuses, et quelquefois même mortelles. On pourra augmenter l’efficacité des affusions froides, en faisant plonger les jambes des malades dans l’eau tiède, en même temps que l’on verse de l’eau froide sur la tête (1 ).

11 n’est pas besoin de dire que la diète la plus sévère, les boissons rafraîchissantes, acidulés, délayantes, les lavements émollients et légèrement laxatifs, devront être mis en usage en même temps que les moyens précédemment indiqués.

Pour être moins directement utiles que les saignées et les applications réfrigérantes, les moyens dits révulsifs, tant intérieurs qu’extérieurs, ne doivent pas être entièrement négligés. Néanmoins , il ne serait peut-être pas prudent de les employer

(1) On a publié, dans ces derniers temps , plusieurs ouvrages sur l’application du froid. Nous citerons en particulier celui de M. le docteur Tanchou et celui de M. Guérin de Mamers; les observations de M. Récamier, qui, depuis plusieurs années, emploie avec succès les affusions froides, le mémoire de MM. Froelich , Reuss et Pitchaft, observations et mémoire insérés dans le tome Ier du Journal de Clinique , etc.

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dans la période d’acuité de 3a maladie, surtout si la méthode directement antiphlogistique n’avait pas été préliminairement mise en usage. Ces moyens conviennent particulièrement à cette époque de la maladie où les signes d’irritation ont presque entièrement disparu.

Il ne suffit pas de combattre la maladie ellemême, il faut encore s’appliquer à détruire les causes connues qui ont pu la déterminer. Sans cette précaution importante , on verrait échouer trop souvent le traitement le plus rationnel et le plus énergique.

Dans tout ce qui précède', nous ne nous sommes occupés que du traitement des symptômes atàxiques proprement dits , ou de l’irritation encéphalo-rachidienne dont ils sont les effets. Les moyens que nous venons de faire succinctement connaître suffisent , lorsque ces symptômes existent seuls. Mais lorsqu’ils sont compliqués des symptômes d’une inflammation gastro-intestinale ou de ceux d’une autre phlegmasie quelconque, iî est bien clair que cette complication doit être combattue par toutes les médications appropriées.

C’est un fait constaté par la plus saine observation que, dans un très grand nombre de cas, les symptômes ataxiques succèdent à une phlegmasie gastro-intestinale (1). La plupart des histoires par-

(i)«J’ai fait, dit M. Prost, l’ouverture de plus de deux »cents cadavres de personnes mortes de fièvres ataxiques, et » j’ai constamment observe' l’inflammation de la membrane mu-

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ticulières de fièvres contenues dans cet ouvrage en sont elles-mêmes la preuve , ou plutôt la confirmation ; aussi, je me garderai bien de le contester.

Mais dans les cas même où l'irritation encéphalique ( S5rmptômes ataxiques ) est consécutive à une phlegmasie gastro-intestinale, il ne faut pas l'abandonner toujours à elle-même , et se contenter de combattre l’inflammation primitive. En effet , l’encéplialite est une complication extrêmement grave, et beaucoup plus immédiatement dangereuse que la gastro-entérite elle-même. C’est elle qui , le plus souvent, fait périr les malades. Il est donc de la plus haute importance de ne négliger aucun des moyens que l’art possède contre cette terrible phlegmasie , qu’elle soit primitive ou consécutive. J’insiste à dessein sur ce point , car il est plusieurs médecins qui , tout entiers au traitement de la gastro-entérite , oublient quelquefois celui de l’encéphalite, ou ne s’en souviennent que trop tard. C’est pourtant dès son début qu’il con-

»queuse des intestins *. » Sans doute , ainsi que M. Broussais le lui a reproché autrefois, M. Prost a eu tort d’affirmer positivement que toutes les fièvres ataxiques résultaient de l’inflammation gastro-intestinale. Les symptômes ataxiques , comme l’ont soutenu MM. Boisseau, Rayer etCoutanceau , etc. , peuvent se développer sous l’influence d’une autre phlegmasie; mais il n’en est pas moins vrai que la fièvre ataxique essentielle des auteurs est plus particulièrement celle consécutive à une gastro-entérite , compliquée d’irritation encéphalique sympathique.

* Médecine éclairée par l’observation et Couverture des corps , introduction , p. lvi.

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vient d’agir, avec toute l’énergie nécessaire , contre l’irritation encéphalique. En effet, on peut se promettre alors de la combattre avec succès ; mais lorsqu’on lui a laissé faire des progrès , il faut l’avouer avec douleur, il n’est que trop commun de la voir résister à toutes les ressources de la thérapeutique, et se terminer d’une manière funeste.

Il nous semble donc qu’à l’exemple de M. le docteur Régnault il faut attaquer enérgiquement l’irritation encéphalique, dès les premiers moments de son invasion (i).

CONCLUSION

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