Traité clinique et practique des maladies mentales
Lorsque, il y a quelques années, je publiais dans la collection de la Bibliothèque internationale mes recherches sur le cerveau et ses fonctions, ces recherches, auxquelles le public a fait un si favorable accueil, n'étaient dans ma pensée que le prélude d'une œuvre plus complète et plus pratique; — elles étaient en quelque sorte les avant-courrières d'une étude des fonctions pathologiques du cerveau, ou d'un traité de pathologie mentale dont le plan était déjà arrêté dans ma pensée.
Le volume que je publie en ce moment n'est donc, à proprement parler, que la suite nécessaire de mes premiers travaux et l'extension dans le domaine des psychopathies des données de physiologie cérébrale précédemment mises en avant. — C'est le résumé complet de toutes mes études anatomiques et physiologiques que j'expose en ce moment, et auquel est venu s'ajouter le fruit de mon expérience personnelle de l'aliénation mentale, laquelle résulte d'un commerce permanent de près de vingt années au milieu des aliénés.
Il PRÉFACE.
C'esl en vivant perpétuellement avec eux que j'ai apprise les connnnilre et à les apprécier dans les détails de leur vie morale ; — que j'ai pu les voir aux différentes heures du jour et de la nuit, pendant leur état de veille cl leur état de sommeil, et arriver à comprendre ainsi les liens mystérieux qui relient les divers états morbides de leur vie psychique aux diverses phases de leur activité normale; — c'est ainsi que j'ai pu comprendre combien les conceptions les plus étranges, les actes les plus extravagants, les émotions les plus inexpliquées de l'aliéné, sont toujours réductibles à un phénomène de l'activité normale latent, amplifié, et transformé par la maladie.
La méthode que j'ai employée dans la manière d'exposer les troubles de la pathologie mentale est toute simple ; elle découle de la nature même des choses qu'il s'agissait d'exposer.
J'ai pris tout d'abord mon point d'appui sur une base toute différente de celles qui avaient servi jusqu'ici à mes devanciers. Loin de faire comme eux des descriptions symptomatiques pures, avec une exactitude et une recherche de détails plus ou moins soignées, je me suis franchement placé sur le terrain fixe de l'anatoinie et de la physiologie pratiques ; et j'ai cru que j'étais en mesure, dans ce domaine spécial de la pathologie humaine, de formuler une classification nosologique ayant son point de départ dans une perturbation fonctionnelle des organes intéressés.
J'ai donc procédé à la façon de différents auteurs de la pathologie interne, des Bouillaud,desFrerichs, qui, avant d'étudier les maladies du cœur, du foie, etc., commençaient par faire une description minutieuse de l'organe qu'ils étudiaient ; — en le
PRÉFACE. m
considérant tout d'abord au point de vue de son anatoraie pure, et ensuite au point de vue des troubles fonctionnels qu'il est susceptible d'offrir. — Tel est Tordre logique et vraiment scientifique qui doit présider à l'étude pathologique d'un organe ou d'un appareil quelconque, et que j'ai jugé applicable à l'étude des troubles des fonctions cérébrales.
Avant donc d'étudier comment est constitué le cerveau de l'homme qui travaille à faux, de l'aliéné en un mot, il fallait établir d'une façon aussi complète que possible, comment est constitué le cerveau de l'homme sain qui travaille régulièrement, comment il fonctionne à l'état physiologique, et faire ainsi au préalable une étude régulière de tous les instruments qui servent au développement de l'activité psycho-intellectuelle.
Il fallait en outre, une fois ces appareils organiques connus et décrits, se les représenter en action, reconnaître les propriétés vitales dont ils sont doués, ainsi que les forces vives dont ils sont animés. — C'est dans cet ordre d'idées que j'ai été amené à créer, pour nous médecins, une physiologie cérébrale pratique et vulgaire, qui n'a rien de transcendant, mais qui a pour elle, au moins, l'immense avantage de dériver de l'expérience et, jusqu'à meilleure information, de s'appliquer aux faits morbides en servant à les interpréter.
Ce traité de pathologie mentale est donc divisé naturellement en trois parties qui s'enchaînent les unes les autres et se prêtent un mutuel appui. — C'est donc l'analomie qui commence; — la physiologie vient ensuite et se complète par la pathologie.
I. Dans la partie anatomique j'ai cherché à décrire la struc-