‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 188 sur 286 · LYPÉMAMES ÉMOTIVES ET INTELLECTUELLES · texte numérisé non relu

LYPÉMAMES ÉMOTIVES ET INTELLECTUELLES

considérable l'afflux régulier du sang était apte à jouer dans la mise en action des cellules du sensorium commune.

C'est le sang qui les fait vivre, qui les soutient et les met en activité comme l'oxygène de l'air atmosphérique fait vivre, soutient et met en activité tous les éléments de l'organisme.

Vient-il à être distribué avec régularité, tout se passe avec calme, comme dans l'état normal. — Vient-il à se répartir avec excès, c'est l'éréthisme qui s'ensuit dans la vitalité intime de la cellule nerveuse. — Vient-il au contraire à être parcimonieusement distribué, c'est l'affaiblissement dynamique qui se montre alors sous forme d'engourdissement et de torpidité.

Et alors qu'arrive -t-il ? — Là où les énergies de la vie nutritive s'alanguissent, là aussi les énergies dynamiques, les appétitions naturelles faiblissent, c'est le défaut de désir, l'atonie, l'accalmie complète et l'indifférence progressive pour toutes les choses du dehors qui flattaient antérieurement les éléments du sensorium, que l'on voit alors dominer chez l'individu, dont les régions émotives commencent à subir la rétrocession des énergies vitales, par l'ischémie envahissante.

A. Les individus dont les sphères émotives du sensorium sont privées de leur pabulum vitœ, chez lesquels les éléments nerveux commencent à subir les effets d'une sorte d'anesthésie mentale, deviennent, comme ils le disent, indifférents à tout ce qui les touche. — Incapables d'émotions, ils sont incapables de sentir les sollicitations du milieu habituel. Ils n'ont soif de rien, ils n'ont d'appétit pour quoi que ce soit, ils sont pris d'une sorte d'ennui chronique ou de spleen permanent. C'en est fini pour eux de toutes les curiosités de l'esprit, de toutes les délicatesses de Tordre moral qui auparavant les touchaient et leur procuraient des émotions incessamment renouvelées. La sphère des émotions est éteinte. Ils vivent encore par une portion de leur intelligence qui survit à la torpidité générale. Ils parlent, ils répondent aux interrogations, mais c'est pour exprimer à chaque fois les défaillances de leur intimité, le vide de leur sentimentalité et, en un mot, pour dépeindre la constatation désespérée de leur passivité etde leur indifférence à tout.

C'est ainsi qu'ils ont la notion inconsciente des délabrements qui se sont opérés en eux-mêmes, ainsi que de l'état nouveau dans lequel se trouve leur personnalité. — Ils sentent qu'ils ont cessé d'être complets et qu'il y a dans les réseaux du sensorium des régions qui ont cessé de vibrer et qui sont devenues torpides. On les entend, en effet, dire dans ce vocabulaire spécial

ii,s PATHOLOGIE SPÉCIALE. — ISCHÉMIES LOCALISÉES,

qui leur est propre, et qui dépeint bien leurs anxiétés profondes : — qu'ils sentent qu'ils n'aiment plus leurs enfants, leur mari, leur femme, leurs parents, — qu'ils se détachent de toutes leurs anciennes affections, de leurs antiennes adorations, — qu'ils n'ont plus l'amour de Dieu, le respect du devoir, etc., etc.

Ils portent ainsi en eux la sensation de celte rétrocession de leurs facultés sensitives, et ils s'exclament incessamment, ils se désolent et deviennent insensiblement anxieux, plaintifs et exaltés. — J'ai vu certaines femmes douées d'une vive émotivité, arriver en suivant cette route fatale, à un degré d'hyperesthésie anxieuse très intense, pour lequel l'isolement dans un asile avait été nécessaire pendant quelques semaines.

Dans d'autres circonstances, l'état dépressif dans lequel se trouvent placées certaines régions du sensorium frappées d'ischémie partielle, développe des états émotifs anormaux, des terreurs vagues, qui apparaissent sans motifs et jettent les malades dans un grand état de perplexité. — Quelquefois, Us se réveillent en sursaut, ils sont pris de terreur spontanée, et cet état spécial d'orientation des sphères émotives se perpétue pendant la journée, pendant plusieurs jours de suite et reparaîtencore sans cause extérieure apparente. — D'autres se sentent pris malgré eux d'accès de tristesse involontaire, sans motifs, comme dans les phases du début de certaines formes lypémaniaques, et cette tristesse s'impose au patient, le domine comme un phénomène purement somatique, comme un accès de convulsion, comme un tic musculaire incoercible, par exemple l'individu assiste à l'envahissement de la période de tristesse, il la sent venir comme un frisson et ne peut l'arrêter dans son cours.

u One dame d'âge moyen prise d'accès emblable, me disait avec le plus grand calme : le sens que la tristesse s'empare de moi, c'est plus fort que moi, car je suis heureuse is côtés et je n'ai dans ma vie aucun sujet d'alarmes. »

B. La phase dépressive, qui seul ainsi d'une façon si caractéristique dans les régions de la sensibilité intime, est encore apte à porter ses atteintes dans les régions de la sphère intellectuelle proprement dite, à déterminer des manifestations morbides similaires.

Dans certaines circonstances, en effet, la sphère de l'activité inlellec-

Page 1