‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 80 sur 286 · DE L'INÉGALITÉ DE POIDS DES LOBES CÉRÉBRAUX · texte numérisé non relu

DE L'INÉGALITÉ DE POIDS DES LOBES CÉRÉBRAUX

L'étude comparée de chaque lobe présente encore des caractères qui accentuent la différence naturelle qui existe entre eux.

Sur un relevé de 26 cas, j'ai obtenu, en effet, un résultat qui montre un avantage en poids, au profit de l'hémisphère gauche, de 5 à 8 grammes au plus chez l'homme sain.

Sur ces 26 cas, 12 fois j'ai trouvé le lobe gauche plus pesant que le lobe droit, — 7 fois l'avantage était au lobe droit, et 7 fois, — chose très remarquable, les deux hémisphères étaient égaux en poids.

Nous verrons, à propos des pesées faites sur des cerveaux d'aliénés, que sur un même nombre de cas cette équilibration ne s'est pas réalisée une seule fois (1).

(1) Ces pesées ont été faites régulièrement par moi-même, en me mettant toujours dans les mêmes conditions. Chaque hémisphère était scrupuleusement sectionné sur la ligne médiane, dépouillé de ses enveloppes et détaché au niveau du bord supérieur de la protubérance. Les sujets n'ont pas été choisis au hasard, ils ont été choisis à l'état sain, en connaissant leurs antécédents et leur état mental; ils comprennent des individus de dix-huit à quatre-vingt-trois ans, du sexe féminin .

Ces détails ariatomiques d'inégalité de poids ont du reste été déjà précédemment signalés à l'étranger.

Boyd, sur une statistique de 800 cerveaux trouve constamment l'hémisphère gauche plus lourd que le droit (1) de 1/8 d'once.

Bastian, cité par Rosenlhal, indique encore dans le même ordre d'idées, que le poids spécifique delà substance grise est plus élevé dans l'hémisphère gauche que dans le droit.

Broca, tout en se plaçant à un autre point de vue (pie le nôtre, estarrivé à des conclusions concordantes. — Il a noté une légère prédominance en poids du lobe frontal gauche sur le lobe frontal droit, et cette différence est de 4 gr., 53 à 3 gr., i.") sur son congénère; résultat important, qui confirme l'idée générale que nous poursuivons sur l'asymétrie et l'inégale répartition de la substance nerveuse dans chaque lobe cérébral (2).

Preuves physiologiques.

Les recherches anatonio-pathologiques modernes démontrant l'influence des lésions du lobe gauche sur la faculté d'émettre des sons phonétiques déterminés, et, par suite, sur la faculté du langage, ont contribué à démontrer l'influence unilatérale d'un seul lobe cérébral dans la mise en œuvre d'une l'acuité des plus complexes,

11 est maintenant acquis que dans l'immense majorité des cas, ainsi que Dax l'avait établi, les lésions de l'hémisphère gauche avec hémiplégie à droite, sont presque toujours accompagnées d'aphasie, et que, par suite, la faculté du langage a ses moyens d'expression localisés dans ce seul et unique lobe (3).

.Mais de ce que l'intégrité du lobe gauche, dans certaines régions surtout, est absolument indispensable à l'expression verbale, il ne faut pas en conclure, ainsi que certains auteurs ont été trop portés à le croire, que la faculté du langage, faculté complexe en elle-même, qui résume la participait Philosophical transactions, 1857, p. 151, (. V, cité par Roscnthal, Maladifs du système nerveux, p. 13.").

{■2) Broca, Bulletin île la Société d'anthropologie.

(3j (".liez nu jeune idiot de quatorze ans, qui n'avait jamais parlé, j'ai trouvé un arrêt du développement du lobe gauche, qui pesait dix grammes de moins que son congénère du côté droit.

tion de toutes les activités mentales en action, soit circonscrite exclusivement dans ces régions indiquées, et localisée dans un point limité qui la tiendrait en quelque sorte à sa discrétion.

Bien loin de là, l'étude physiologique de la faculté du langage nous montre combien elle est une opération complexe, — combien elle a de racines multiples dans toutes les profondeurs de notre activité psychique et intellectuelle, et combien elle est multiple dans ses facteurs, qui émergent des sources les plus variées de notre sensibilité intime pour se concréter en modulations vocales volontairement articulées.

1° PRÉPONDÉRANCE DE L'ACTION DU LOBE GAUCHE POUR LES OPÉRATIONS DU LANGAGE ARTICULÉ ET MANUSCRIT

1° La faculté du langage, comme tous les autres actes de l'activité cérébrale, se résume en deux opérations successives, qui se combinent l'une avec l'autre et se confondent en un processus unique.

Dans la première, c'est l'activité psycho-intellectuelle avec toutes ses modalités, c'est notre personnalité psychique avec ses appétitions multiples, qui sont d'abord mises en mouvement, à la suite d'une incitation irradiée du monde extérieur. — C'est tout d'abord un ébranlement purement psychique qui est le premier rouage de la chaîne qui va se dérouler et qui commence le mouvement.

La seconde opération qui vient immédiatement après, et qui est, en quelque sorte, la prolongation de la première, est d'une tout autre nature.

De même que dans les réseaux gris de la moelle épinière on suit le stimulus excito-moteur disséminé dans les cellules des cornes postérieures, jusque dans les cellules des cornes antérieures motrices dont il sollicite l'activité, — de même dans le cerveau, avec des proportions plus vastes, les mêmes transformations des forces vives cérébrales se réalisent; seulement dans les réseaux gris de l'écorce, c'est l'incitation psychique qui, en se répercutant vers des centres psychomoteurs spéciaux, se transforme en incitation somatique et opère sa manifestation au dehors.

Les régions psycho-motrices, avec les différents centres qu'elles renferment, représentent donc le point d'émission de l'incitation psychique et les régions propres dans lesquelles elle opère sa transformation.

Or, de même que les différentes formes de motricité volontaire ont des foyers isolés dans les différents centres moteurs de l'écorce, de même la faculté d'émettre des sons volontaires phono-moteurs a pareillement ses

centres psychomoteurs répartis dans une région déterminée de l'écorce, et celte région déterminée est répartie plus particulièrement soit dans la troisième frontale, soit dans les territoires adjacents.

C'est ainsi que la seconde opération qui constitue la faculté du langage se trouve avoir sa porte de sortie de l'organisme dans une région isolée de l'écorce, et c'est ainsi qu'il faut comprendre physiologiquement le rôle de la oc frontale gauche dans la faculté de l'expression verbale. — La localisation de la fonction phonomotrice ne porte donc que sur les moyens d'émission extrinsèque du processus phonomoteur.

Quant ;\ la raison physiologique de la prédominance du lobe gauche sur le lobe droit et du rôle exclusif qu'il joue dans l'expression verbale, on peut la trouver (dans une certaine mesure) dans son développement plus hâtif, dans la richesse plus grande de son irrigation vasculaire, dès les premiers temps de la vie, conditions toutes spéciales qui favorisent sa vie nutritive et le mettent de bonne heure en état de commencer à agir.

Celte façon toute physiologique d'interpréter les phénomènes de la faculté du langage nous permet de comprendre : — comment cette faculté peut persister, ainsi qu'en témoigne l'observation si curieuse de Lordat (1), dans certains cas d'aphasie transitoire; — comment dans certaines circonstances pathologiques, chez des sujets jeunes, devenus aphasiques, la faculté du langage peut être récupérée, par suite de la mise en activité du lobe droit, qui peut arriver à suppléer son congénère et à prendre ta son tour la parole.

2° L'action unilatérale d'un lobe cérébral, agissant d'une façon isolée, est encore démontrée par l'action de tracer des caractères graphiques et des lignes de dessin. De même que c'est avec le lobe, gauche que nous articulons les sons, de même encore c'est avec le même lobe que nous traçons sur le papier des caractères écrits; le lobe gauche devient ainsi l'interprète île nos pensées et de nos émotions, qu'elles s'expriment sous la forme orale ou sous la forme manuscrite.

C'est iui qui est l'agent de toutes nos activités mentales; c'est lui qui ordonne et qui, par conséquent, dirige la plupart des actes par lesquels notre personnalité se manifeste au dehors de nous, et cela sans que nous nous en doutions, sans que nous en ayons la moindre notion; si bien que cette portion détachée de notre unité mentale devient, insensiblement, à un mo-

'I Lordat, Revue périodique île la Société de médecine de Paris, 1820, décembre p. ::IT.

ment donné, l'instrument délégué qui la représente tout entière et lui donne son cachet.

Ne savons-nous pas tous combien les caractères graphiques, tracés par aotre main droite et suscités par notre lobe gauche, fidèles expressions de nous-mêmes, servent dans les expertises médico-légales à reconnaître l'identité de l'individu qui les a tracés.

Ne savons-nous pas tous que quelques signes agglomérés en formule déterminée, tracés par la même main, constituent notre signature originale et deviennent ainsi l'expression graphique du passage de notre personnalité psychique en action (1)?

La simple interprétation des phénomènes du langage articulé et du langage écrit nous démontre donc d'une façon catégorique la participation inégale que prennent les lobes cérébraux dans les opérations mentales et la prépondérance constante de l'un d'eux, le lobe gauche, qui exprime nos pensées en sons phonétiques et les fixe en caractères écrits.

2° ACTION ISOLÉE DE CHAQUE LOBE AGISSANT D'UNE FAÇON SIMULTANÉE DANS LE JEU DES INSTRUMENTS DE MUSIQUE

3° L'étonnement va augmenter encore si on poursuit plus loin l'analyse des opérations mentales et si on se représente par l'esprit toute cette série d'actes enchaînés qui se développent et se succèdent chez un musicien exécutant, un pianiste par exemple.

On arrive ainsi à cette étrange conclusion, tout en faisant une grande part à l'activité automatique et aux mouvements rythmés accomplis par l'habitude chez le pianiste en activité, que l'unité mentale est arrivée à se scinder en deux portions indépendantes qui se manifestent isolément du côté gauche et du côté droit, qui délibèrent, et agissent isolément, comme deux instrumentistes qui feraient isolément leur partie (2).

(1) D'après les recherches de Tarchanoff sur le développement des fonctions cérébrales il y aurait une différence entre l'hémisphère droit et l'hémisphère gauche des jeunes animaux, dès le moment de la naissance, Revue des sciences médicales, 1879, p. 1.

(2) A l'appui des faits sus-énoncés,Billod rappelle encore l'observation suivante qui est relative à Donizetti et qui a été recueillie par son entourage. L'auteur de la Lucie avant de tomber dans l'état de démence paralytique qui a marqué la fin de sa vie, et qui était devenu tel qu'il ne reconnaissait plus sa propre musique, déclarait qu'il avait la conscience de ne' composer que d'un seul côté du cerveau, le gauche précisément, dans lequel il éprouvait une sensation de chaleur insolite. (Billod, Contribution sur l'aphasie), Mémoire lu à la Société médico-psychologique, mars 1876.

20t PHYSIOLOGIE.

Voyons, en effet, succinctement ce qui se passe chez le pianiste exécutant : Il est là, présent, ses mains sont appliquées sur les touches du clavier qu'il a parcourues maintes et maintes fois, et qui n'ont plus de secret pour lui. — Le signal est donné : il part.

Sa main droite, la plus active, celle dont les mouvements digitaux sont le plus développés, s'ébranle et dévore l'espace. — Tantôt contenue et rythmée en mesure lente, elle exprime des mélodies suaves et dévoile des sonorités émues. — Tantôt trémolente et mobile, suivant que la nature du morceau l'indique, elle fait jaillir sous ses doigts des pluies de notes qui crépitent en sons harmoniques; et pendant ce temps, pendant qu'elle se hàle ou ralentit tour à tour, en exécutant le chant qui lui appartient, la main gauche, en satellite fidèle, la suit doucement, l'accompagne, et renforce tantôt par un accompagnement nourri et soutenu, tantôt par des accords plaqués, la partie chantante qu'elle met ainsi en valeur. Elle parle un tout autre langage que sa congénère, elle a ses tonalités propres, son caractère individuel et dans cet ensemble harmonieux des deux mains qui s'accordent, on ne sait ce qu'on doit admirer le plus, ou de la façon isolée dont chacune travaille et se comporte, ou de l'effet général d'ensemble qu'elles produisent en commun.

Et maintenant, si l'on cherche à se représenter par l'esprit tout ce qui se passe dans le cerveau de celui qui nous tient ainsi sous le charme de son exécution,— que de phénomènes complexes on sent se dérouler! que d'études et de travaux accumulés on perçoit dans la plus simple manifestation! — et que de problèmes inconsciemment résolus par des éludes patientes!

Le musicien exécutant a devant lui sa partition écrite, il la lit ù^ yeux, il la comprend avec son esprit, sa mémoire, son intelligence; il l'exprime avec ses doigts qui deviennent ainsi les interprètes fidèles des phrases écrites.

C'est un travail mental complexe qui met en œuvre toutes les ressources de sa mémoire, de son discernement et de sa compréhension.

Il sait, comme lorsqu'il a appris à écrire et à lire, qu'à un signe graphique donné correspond un son déterminé, un mouvement précis delà main et que, par suite, une série de signes, écrits sur la partie musicale, représentent une série de mouvements spéciaux, et non d'autres, à exprimer sur le clavier.

Il voit, il comprend, il entend, il se souvient, il discerne ce qu'il y a à faire ou à ne pas faire, et cela en un diminutif de seconde.

Il fait chaque acte de jugement à chaque note, à chaque accord, et, chose bien merveilleuse! — ces opérations mentales si complexes, qui s'opèrent

pour diriger les mouvements des mains d'une façon différente, tantôt du côté droit, tantôt du côté gauche, elles s'opèrent isolément dans chaque lobe cérébral pour diriger le mouvement de la main correspondante ! — Et ces actions doubles, distinctes l'une de l'autre, elles se manifestent d'une façon synchronique.

Dans ces opérations complexes, chaque lobe cérébral devient ainsi une unité isolée, séparé de son congénère et doué d'une autonomie et d'une vie propre, en vertu de laquelle il peut séparément accomplir des opérations de mémoire, de discernement, de volonté, de motricité uni-latérale, et déterminer ainsi des mouvements isolés parfaitement conscients.

Cet ensemble de phénomènes dynamiques si curieux, qui sont susceptibles par la culture et l'entraînement de se développer dans le cerveau du pianiste, se trouve encore amplifié dans certaines autres conditions.

On sait, en effet, que normalement les pianistes interprètent la portée de la main gauche en clef de fa, et la portée de la main droite en clef de sol, ce qui est encore un supplément de complication dans le travail mental qu'ils accomplissent, — attendu que la lecture visuelle doit être ainsi unilatéralement transposée, et que le même signe, la même note, doivent être interprétés à droite et à gauche en sonorités différentes.

Et enfin, si on ajoute à toutes ces opérations successives, que les musiciens consommés exécutent avec tant d'aisance, et qui font en quelque sorte, partie de leur nature même, cette autre aptitude non moins merveilleuse, en vertu de laquelle le pianiste, s'il a la voix flexible et harmonieuse, peut en même temps qu'il fait agir ses mains sur le clavier, chanter et exprimer en suavités mélodiques, soit des impressions personnelles, soit les différentes partitions des auteurs; — on sera vraiment émerveillé et surpris des ressources intinies que présente cet admirable instrument qui constitue le cerveau de l'homme, des réserves qu'il offre à la culture, de son extrême souplesse pour se livrer à ces milliers d'opérations, et enfin des aptitudes nouvelles auxquelles il s'est accommodé par suite, soit d'entraînement héréditaire, soit de caractère de race, pour la mise en œuvre de la musique instrumentale, car évidemment, le monde ancien et celui du moyen âge étaient bien loin de se douter des richesses d'harmonie que les maîtres de notre époque ont fait entendre aux hommes de notre génération, ainsi que de la prestidigitation et du merveilleux travail acccompli par les artistes musi ciens du xrxe siècle (1).

Il) Il est incontesble au point de vue du développement du cerveau humain, s'il faut en croire les recherches anthropologiques, que le cerveau des Parisiens modernes est su-

I i, PHYSIOLOGIE

Ainsi donc en reprenant la suite des idées que nous avons émises, nous voyons qu'au point de vue de l'activité dynamique du cerveau, la croyance à l'unité et à la simultanéité d'action des deux hémisphères est très réellement ébranlée dans certaines circonstances.

On peut donc dire que si l'unité d'action des deux lohes se révèle d'une fa<;on indiscutable au point de vue des grandes facultés d'ensemble, il n'en est plus de même si on envisage ces facultés au point de vue de leur spécialisation, et de la forme somatique sous laquelle elles sont susceptibles de se révéler.

Dans ces conditions il y a alors un véritable dédoublement qui s'opère et chacun d'eux s'abstrait de son congénère.

L'observation directe appuyée sur des recherches nécroscopiques nous montre que c'est le lobe gauche qui est le plus hâtif dans son développement, que c'est lui qui en même temps présente le plusde masse, etqui par suite est susceptible de développer le plus de puissance dynamique; — que c'est par son intermédiaire que nos pensées, nos activités mentales, émergent de la sphère psychique, se transforment en manifestations somatiques et se font jour au dehors, et qu'enfin — à l'aide de la culture, de l'entraînement persistant, commencé dès la plus tendre enfance, on peut dans ce merveilleux appareil créer et développer des aptitudes artificielles, en vertu desquelles chaque lobe peut devenir indépendant de son congénère (comme cela se voit chez les pianistes), et agir isolément d'une façon automatique. Chacun d'eux peut engendrer ainsi une série de mouvements volontaires et conscients, inspirés par une série parallèle d'opérations psychiques, également distinctes, conscientes, à droite et h gauche.

Mais il ne faut pas s'y laisser prendre, cette participation consciente et bilatérale de l'esprit, n'est pas aussi complète qu'on serait porté à le croire au premier abord.

Dans les premiers temps de ses études techniques, le pianiste, et même encore plus tard dans sa vie d'exécutant, alors qu'il déchiffre un morceau pour la première fois, ne peut faire autrement que de se préoccuper avec

périeur aux cerveaux des Parisiens du moyen âge. D'après les recherches de Broca, les crânes recueillis au cimetière des Innocents, à l'époque de Philippe-Auguste, présentent une capacité de I 107 centimètres cubes, tandis que les crânes recueillis au cimetière de l'Ouest, au commencement du xixe siècle, jaugent 1461 centimètres cubes, soit 5i centimètres cubes de plus que les premiers. La capacité crânienne des Parisiens, depuis 000 ans, se serait donc accrue de 4 centimètres cubes par siècle. Cette augmentation de capacité crânienne a été sans doute le résultat des progrès intellectuels qui se sont accomplisavant etaprèsla Renaissance — Gaétan Delaunay, p. <S3 . Broca, Capacités descrânes parisien a différentes époques, Bulletin de la Suc. d'antropologie, 18G-2. p. 10:!.

grande attention du jeu de sa main droite et du jeu de sa main gauche. — Ses doigts ne se mettent en action qu'au fur et à mesure que les notes et les accords sont épelés les uns à la suite des autres. Ce n'est que peu à peu, une fois que l'étude a été faite d'une façon isolée et en à parte, que l'attention soutenue se relâche, et que les mouvements digitaux orientés dans la direction voulue se développent en vertu des forces automatiques abandonnées à elles-mêmes. —Il se passe pour cette catégorie de mouvements ce qui se produit pour toutes les opérations motrices de l'organisme, pour la marche, la course, l'escrime, lesquels régis tout d'abord par le secours incessant d'une attention soutenue, finissent par s'exécuter d'eux-mêmes, et cela avec un rythme et une coordination parfaits, et en quelque sorte à notre insu.

S'il y a donc dans le jeu des instruments de musique une grande part à faire à l'activité automatique des muscles, néanmoins, — ce fait étrange, au point de vue de la dynamique du système nerveux, n'en persiste pas moins : chez le pianiste exécutant les forces de l'activité automatique, sont inégalement actives, et elles se développent isolément à gauche et à droite, d'une façon indépendante.

Nous allons voir dans le chapitre suivant combien cette aptitude à l'autonomie est susceptible de dégénérer, à un moment donné, en une insubordination véritable et combien — dans le domaine de la pathologie mentale un grand nombre d'étals psychopathiques, fugitifs et transitoires, ne doivent pas avoir d'autre mécanisme intime que l'action discordante des deux lobes cérébraux, agissant chacun isolément dans une sphère d'activité propre, et donnant ainsi l'explication rationnelle de ces cas de lucidité coïncidant avec le délire, et de certaines impulsions morbides avec conservation de la conscience.

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