CHAPITRE III
AFFECTIONS DE l’âPPAREIL CR1STALLINIEN.
Cataracte.
Pour toutes les opérations de cataracte, j’ai recours à la position horizontale et je fais emploi du chloroforme jusqu’à la période de tolérance inclusivement. J’y trouve cet avantage qui, opératoirement, doit être mis au dessus de tous les autres, c’est l’immobilité des paupières et du globe de l’œil, immobilité qui permet d’opérer comme on le ferait sur un cadavre.
Il existe pour opérer quatre méthodes principales : 1° l’abaissement, 2' le broiement, 3° l’extraction, 4° l’aspiration.
1° Abaissement.
L’aiguille dont je me sers pour pratiquer l’abaissement est pourvue d’une «rête sur sa convexité ; elle est plane sur sa concavité. L’existence de cette
TITRE Vil. — MALADIES DU GLOBE OCULAIRE.
crête sur le dos de l’aiguille a l’avantage de fortifier sa pointe. — En effet, toute aiguille en forme de pyramide triangulaire présente une pointe bien
soutenue, ferme, résistante et qui n’est pas sujette à se casser.
L’aiguille de Scarpa est bien, comme celle-ci, munie d’une crête, mais sur sa surface concave et non sur sa face convexe. Il en résulte qu’en opérant avec celte aiguille on est exposé à sectionner le cristallin au moment où on cherche à le déprimer.
Quant a l’aiguille de Dupuytren, elle est, comme on sait, lisse sur ses deux faces et un peu recourbée. Elle manque donc des conditions de solidité qu’offrent les pointes à forme triangulaire ; et de plus le peu de courbure qu elle présente ne lui permet pas de harponner les objets avec la même facilité que les aiguilles à courbe plus serrée.
L’opération de la cataracte exige que le chirurgien soit ambidextre; il faut opérer l’œil droit de la main gauche et l’œil gauche de la main droite.
La pupille a été préalablement dilatée par une instillation entre les paupières de quelques gouttes d’une solution composée comme suit : chlorhydrate d’atropine, lOcentigr.; eau dislillée, 30 grammes.
Le malade est couché sur une table, la tête fixée par un aide et les paupières écartées par le dilatateur de M. Kelley-Snowden.
Premier temps. — L’opérateur, saisissant l’aiguille avec les trois premiers doigts de la main, et prenant avec les deux derniers un point d’appui sur la région malaire, dirige la pointe de l’instrument perpendiculairement à la sclérotique, la face convexe en haut et la concavité en bas, et la fait pénétrer à travers cette membrane par un simple mouvement d’extension des doigts, à 4 millimètres en arrière de la circonférence de la cornée, et à 2 millimètres au dessous du diamètre transversal de l’œil. L’aiguille est ainsi plongée à une profondeur de 6 à 8 millimètres en suivant une direction oblique de dehors en dedans, de haut en bas et d’avant en arrière.
Deuxième temps. — En même temps que le chirurgien imprime à l’aiguille un mouvement de bascule, par lequel le manche de l’instrument est porté en arrière vers la tempe, il lui fait exécuter un mouvement de rotation sur son axe, mouvement qui ramène la convexité de la lance en avant, de manière à ne pas blesser l’iris, il pénètre dans la chambre postérieure.
Troisième temps. — La pointe de l’aiguille, étant alors dirigée vers la capsule cristalline, la divise d’abord par une incision transversale, puis par une déchirure verticale. Après quoi la concavité de l’instrument étant appliquée sur la face antérieure du cristallin, un peu au dessus de son centre, déprime la lentille par un mouvement de bascule. Le cristallin se trouve ainsi porté en bas et en arrière, et de plus, couché horizontalement.