TITRE III. — GOITRE
Le goitre doit être rangé parmi les tumeurs au traitement desquelles l’écrasement linéaire peut être appliqué avec avantage ; seulement, nous nous bornerons à faire remarquer que toute méthode opératoire dans laquelle on se propose l’ablation partielle ou totale d’un goitre, doit être dirigée de manière à donner des cicatrices verticales, sous peine d’un accident excessivement grave que j’ai déjà signalé depuis longtemps à l’occasion des goitres constricteurs, variété de goitres qui étranglent littéralement les malades atteints de cette forme redoutable d’une affection habituellement bénigne. (Voyez les Leçons sur la trachéotomie, p. 49.) L’accident dont je veux parler consiste dans la production de cicatrices transversales demi-annulaires, qui ont pour résultat d’amener, comme le ferait une cravate trop serrée, la constriction de la partie antérieure du cou.
Il faut noter que la plupart des méthodes chirurgicales dirigées contre le goitre ont le grave inconvénient de susciter la formation de tissus modulaires susceptibles de faire passer à l’état de goitre constricteur une tumeur qui n’aurait point eu primitivement et par elle-même cette fâcheuse propriété. — Loin de favoriser la constriction produite par certains goitres, on devrait bien plutôt chercher à la diminuer en pratiquant (ne fût-ce que comme moyen palliatif, et c’est ce qu’on a fait) la section sous-cutanée des sterno-mastoïdiens et de tous ceux des muscles de la région antérieure du cou, qui sont susceptibles de comprimer la tumeur et de la refouler contre des organes profonds.
Dans la séante du 4 juillet 1860, j’ai présenté à la Société de chirurgie une pièce pathologique résultant de l’ablation complète du corps thyroïde par l’écraseur linéaire.
J’ai observé des accidents de suffocation par le goitre dans trois circonstances différentes : 1° par le goitre cancéreux; 2° par des goitres sanguins dépendants d’un épanchement dans le corps thyroïde et donnant lieu à une phlegmasie chronique du tissu cellulaire du cou, devenant analogue d’aspect au tissu modulaire et produisant une véritable constriction de la trachée; 3° par des tumeurs goitreuses ou thyroïdiennes plongeantes, c’està-dire, apparaissant au cou par moments et redescendant momentanément aussi en arrière du sternum.
C’est à un cas de ce genre que j’avais affaire. Voici comment j’opérai : Au moyen d’un trocart courbe, les téguments et les plans musculaires préthyroïdiens ont été saisis, puis embrassés par la chaîne de manière à fournir une section verticale. Lorsqu’on a eu mis le corps thyroïde tout à fait à nu, l’énucléation par le seul secours des doigts a été facile. Restait le large pédicule comprenant les quatre artères thyroïdiennes. — Ce pédicule entouré par une nouvelle chaîne a été sectionné sans donner lieu à aucune hémorrhagie sérieuse. L’écraseur ne marchait que d’un cran par demi-minute. •
Le malade qui a fait l’objet de cette communication a succombé sous l’influence probable d’une suppuration de mauvaise nature développée dans le tissu cellulaire du cou. J’ai aussi perdu un autre malade opéré par écrasement linéaire. Dans lesdeuxcas dont je viens de parler j’avais fait marcher l’écraseur avec un peu trop de rapidité, tandis que dans deux autres cas où j’ai fait marcher l’instrument avec beaucoup de lenteur j’ai complètement réussi .
De ces quatre faits dont deux avec issue heureuse et deux avec issue malheureuse, j’ai conclu : 1° qu'il fallait s’imposer la plus grande réserve à l’égard des ablations du corps thyroïde, alors même qu’on les pratique par l’écrasement linéaire; 2° que, dans le cas où l’on voudrait recourir à cette méthode, il faudrait procéder avec beaucoup de lenteur; 3° qu’on devrait peut-être, dans le cas d’ablation projetée du corps thyroïde, préparer le terrain à l’avance par l’introduction plusieurs fois répétée de tubes à drainage ou du ténotome sous-cutané, dans le but de provoquer une disposition à la sécrétion de la lymphe plastique.
TITRE IV