‹ Traité clinique et practique des opérations chirurgicales, ou, Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 187 sur 256 · L’amélioration continue · texte numérisé non relu

L’amélioration continue

18 février. — La malade est encore à l’hôpital, où on l’a retenue pour s’assurer du maintien de la guérison qui est parfaite .

Revenons sur quelques détails de cette observation. La section déjà complète des deux tuniques internes, après un étranglement qui ne remontait pas à plus de vingt-quatre heures, vient confirmer ce que l’observation a appris depuis longtemps touchant la rapidité avec laquelle marchent les lésions anatomiques dans la hernie crurale étranglée, surtout dans les cas où il s’agit d’une entérocèle pure et chez un sujet peu avancé en âge. Mais habituellement ces désordres atteignent leur maximum d’intensité dans les cas où le sac herniaire renferme une petite quantité de liquide.

Ici la sérosité contenue dans le sac était plus abondante que de coutume et cependant un court espace de temps avait suffi pour amener des altérations qui ne se rencontrent que dans les étranglements les plus aigus.

Ce fait prouve que les hernies crurales qui renferment du liquide doivent, aussi bien que celles qui n’en renferment pas ou très-peu, être l’objet dune vigilance très-grande de la part du chirurgien. Il est probable que,

si l’opération avait été différée de quelques heures, l’intestin se fût trouvé dans des conditions qui n’auraient pas permis de le réduire.

L’étude attentive, chez les individus atteints de hernie étranglée, des diverses périodes de la maladie, conduit à penser qu’il intervient dans le phénomène de l’étranglement quelque circonstance locale propre à tempérer l’acuïté des symptômes.

Cela a été noté depuis longtemps pour la gangrène, et il serait difficile d’ajouter quelques traits à la peinture qui a été faite de ce calme trompeur qui coïncide avec le sphacèle des parties étranglées ou qui lui succède. Mais ce calme paraîtrait dû aussi à la section circulaire des tuniques internes. Il est positif que, quand dans une entérocèle pure l’épaisseur de l’intestin n’est plus représentée pour ainsi dire que par l’adossement de la séreuse à elle-même, quelque étroit que soit le collet du sac, la constriction exercée par les parties étranglantes doit être singulièrement amoindrie.

Il serait très-curieux de savoir par quel genre de travail pathologique s’accomplit la section des membranes internes muqueuse et musculeuse, l’externe restant intacte. Est-ce par une sorte d’écrasement linéaire analogue à celui que les ligatures produisent sur les artères? Est-ce par un travail ulcératif très-rapide ? Voilà ce qu’il est très-difficile de décider.

Quelle que soit l’opinion qu’on se fasse sur la cause anatomique directe d’un étranglement crural, il est une circonstance bien digne de remarque, c’est la juxtaposition très-étroite qui s’établit entre la partie la plus serrée du collet du sac et la portion tranchante de l’anneau crural. C’est un fait que nous considérons comme constant, car nous l’avons retrouvé dans tous les cas de hernie crurale. Nous n’avons jamais vu, par exemple, un collet de sac crural à l’état d’étranglement qui pût jouer dans l’intérieur de l’anneau comme le ferait le petit doigt dans un anneau destiné à l’indicateur; nous avons toujours trouvé le collet du sac, quelque serré qu’il fût, quelque

petit que fût le pédicule représenté par lui, étroitement appliqué contre le bord tranchant du lig-ament de Fallope ou du ligament de

GSimbernat. Constamment aussi nous avons vu dans ces cas que le débridement sur le collet du sac était insuffisant pour permettre la réduction, jusqu’au moment où la section entamait le ligament de Fallope.

Cette circonstance a dû frapper tous les chirurgiens qui, en pratiquant le débridement de la hernie crurale, se sont bien rendu compte de ce qu’ils faisaient ; elle nous a toujours inspiré des doutes sur la solidité des théories qui attribuent au fascia cribriformis le rôle principal dans l’étranglement de la hernie crurale.

Ce n’est pas au niveau du ligament de Fallope, mais bien au-dessous de lui et à une certaine distance que se trouve 1 orifice quelconque du fascia cribriformis qui produirait l’étranglement. Or, comment se fait-il que cet anneau remonte pour se mettre en rapport et dans une subordination si directe avec le bord tranchant du ligamcntde Fallope ? II y a là une difficulté

TITRE VI. — HERNIES

d’explication qui n’est pas moins grande assurément que celle qui a été proposée aux partisans de l’étranglement par les anneaux, quand on les a mis en demeure d’expliquer comment, avec la grandeur connue de l’anneau crural, cet anneau pouvait produire l’étranglement.

Relativement au caractère insidieux que revêtent parfois les symptômes de l’étranglement herniaire, il est à remarquer que tantôt leur bénignité n’apparaît qu’après une période suraiguë, et tantôt au contraire ils présentent d’emblée cette bénignité et la conservent à toutes les périodes de l’étranglement.

— Quand on voit les deux tuniques internes d’un intestin divisées, on ne peut comprendre, du moins théoriquement, comment la perméabilité de l’intestin ne vient pas à être compromise après la cicatrisation et comment le calibre du conduit peut se maintenir. L’expérience prouve que les craintes inspirées par la théorie ne se réalisent pas.

Quelle est la conduite à tenir pour la direction ultérieure du traitement dans le cas où pendant l’opération on a trouvé les tuniques intestinales aussi fortement altérées que cela avait lieu chez notre malade ? Il n’est pas sans intérêt de discuter cette question.

En principe, la première indication à poursuivre aussitôt que l’étranglement est levé, c’est le rétablissement du cours des matières, et nous ne manquons jamais, en pareille circonstance, de prescrire, immédiatement après l’opération, l’eau de Sedlitz jusqu’à dose évacuante, autrement dit, un verre toutes les demi-heures jusqu’à emploi de deux ou trois bouteilles. Mais eût-il été prudent, en voyant l’intestin presque réduit sur un trajet circulaire à la seule épaisseur du péritoine, de le soumettre à des contractions péristaltiques plus ou moins vives et soutenues? Nous ne le pensons pas. C’est là ce qui explique d’une part pourquoi nous avons mis un intervalle de plus de quarante-huit heures avant de donner aucun agent purgatif, et d’autre part pourquoi nous avons préféré à l’eau de Sedlitz l’huile de ricin qui ne stimule pas aussi vivement les contractions intestinales que peut le faire le purgatif minéral.

L’observation suivante a pour objet démontrer le peu de fonds qu’il faut faire sur cette opération par laquelle dans le cas d’étranglement interne on pratiquerait, comme moyen de rétablir le canal intestinal, une espèce d’anastomose intestinale.

Obs. — Étranglement interne tendant à prouver l’impuissance radicale de. la gastrotomie dans certains cas. — Dans la séance du 1er février 1854, j’ai présenté à la Société de chirurgie une pièce anatomique recueillie sur une femme opérée d’une hernié crurale gauche.

Cette femme, âgée de 33 ans, blanchisseuse, était atteinte depuis l’âge de 13 ans d’une hernie crurale gauche. Il y a six ans, la hernie, qui était une enléro-épiplocèlc, ayant été prise d’étranglement, fut opérée. Elle ne tarda pas à se reproduire, mais, comme elle était réductible, la malade continua à

vaquer à ses opérations, en maintenant toutefois la hernie au moyen d’un bandage .

Le 20 janvier 1854, les accidents d’un étranglement interne se déclarèrent, et la malade succomba le 28. A l’autopsie, on constate qu’une portion considérable de l’intestin grêle, occupant le côté droit de la cavité abdominale, estrouge et violacée. Le péritoine contient un peu de sérosité sanguinolente et quelque s lambeaux de fausses membranes.

A un examen plus attentif, on reconnaît que toute la portion d’intestin qui est altérée (et celle-ci avait près de 65 centimètres de longueur) est étranglée à ses deux extrémités dans une ouverture de l’épiploon. Celui-ci avait contracté anciennement à la face interne du sac des adhérences par suite desquelle s il faisait corps avec les parois du sac herniaire. C’est à travers une solution de continuité de l’épiploon ainsi adhérent que l’intestin grêle s’était engagé. Le cæcum avait éfé entraîné dans la fosse iliaque gauche, et se trouvait arrêté par son volume à l’orifice du trou épiploïque.

Rien ne me paraît mieux démontrer que cette observation le vice de l’opération par anastomose intestinale.

Admettons pour un instant qu’on eût voulu pratiquer cette dernière opé ration :

4° On n’eût pas rencontré le cæcum qui était hors de sa place naturelle et avait été entraîné à gauche.

2° A quoi eût pu servir d’ouvrir dans le cæcum l’un des points quelconques de cette grande anse étranglée qui se serait sans aucun doute présentée tout d’abord, à raison de l’espace qu’elle occupait dans l’abdomen'!’ Cette anse, étant serrée à ses deux bouts, n’aurait pas permis le rétablissement du cours des matières.

3° La seule opération rationnelle dans ce cas eût consisté à ouvrir l’ancien sac herniaire, à pénétrer par lui dans l’intérieur de la cavité abdominale. Il est probable qu’alors on eût reconnu avec le doigt l’anneau épiploïque, cause de l’étranglement, et, celui-ci étant débridé, tout pouvait peut-être rentrer dans l’état normal.

A propos d’une opération d’anus artificiel pratiquée dans mon service, j’ai communiqué à la Société de chirurgie, dans la séance du 4 mai 1839, les réflexions suivantes :

Les indications pour le moment opportun de l’opération sont loin d’être tracées. On doit toujours craindre d’agir au moment même où la guérison, par les seules ressources de la nature, va peut-être s effectuer. J’ai vu des malades vivre deux mois et demi avec un étranglement; ils vomissaient des matières intestinales et cependant leur santé restait passable . Mais au milieu de ce calme apparent peut éclater subitement la péritonite, et l’opération n’est plus praticable.

% Il faudrait pouvoir reconnaître par un symptôme décisif le moment où la péritonite contre-indique l’opération. J avais pensé que la nature des vomissements pourrait mettre sur celte voie ; ainsi, lorsque le malade rend

GT3

TITRE VI. — HERNIES, des matières verdâtres, il m’a semblé que l’inflammation péritonéale apparaissait.

Pendant l’opération, j’ai rencontré une difficulté assez inattendue pour ([ue je pense qu’il soit utile de la signaler. Après l’incision de la paroi abdominale, je n’ai pu saisir une anse intestinale qu’apres plusieurs essais infructueux; j’amenais constamment l’épiploon ; j’ai été forcé d’agrandir l’ouverture.

Quant au procédé pour retenir l’intestin, j’avais pensé dans une opération précédente qu’il pourrait être utile de le fixer d’abord, pour ne 1 ouvrir qu’après vingt-quatre heures. Mais ce temps avait suffi pour rendie l’ intestin irréductible, tant il avait contracté d adhérences ; aussi ai-je renoncé à cette opération en deux temps. J incise aussitôt après a\oii fixé l’anse à l’aide d’une suture intestinale.

La principale gravité de l’opération à laquelle on soumet le malade affecté d’étranglement interne c’est incontestablement d ouvrir le péritoine . Pourquoi, alors que ce premier temps est accompli, ne pas aller à la recherche de l’obstacle, le faire disparaître et établir 1 anus contre natuie.

Je ne crois pas que la tympanite même très-étendue soit une preuve que l’étranglement intestinal existe à la partie inférieure de 1 intestin grêle. J’ai pu me convaincre tout récemment qu’une faible portion (81 centimètres) d’intestin développé par des gaz donnait au ventre un développement considérable.

Obs. — Étranglement interne datant de deux mois et demi. — Opération de gastrotomie pour V établissement d'un anus contre nature par la méthode de Littré. — Mort au bout de trente-six heures. — Autopsie. — La nommée Champenois, 46 ans, marchande de vin, entre à l'hôpital Lariboisière en avril 1835.

Cette femme, habituellement bien portante, vit tout à coup les selles se supprimer, il y a deux mois, à la suite de coliques très-vives survenues spontanément et brusquement au milieu de la nuit. Ces coliques, accompagnées de gargouillement très-sonore et de ballonnement du ventre, n ont pas cessé de se reproduire pendant toute la durée de la maladie. Elles reviennent par accès le jour et la nuit à des intervalles qui varient de quelques minutes à un quart d’heure.

Traitée chez elle pendant les six ou sept premières semaines, la malade garda le repos au lit, prit des bains, des lavements, des purgatifs répétés, eut recours à des fomentations tantôt stimulantes tantôt narcotiques, sans éprouver aucune amélioration. Les lavements amenèrent dans les premiers jours quelques fragments peu abondants de matières solides; mais bientôt la malade ne rendit guère que l’eau du lavement plus ou moins colorée en jaune, présentant parfois de petites pellicules et un peu de sang.

Les purgatifs (calomel, sedlitz, scammonée, etc.), administrés à diverses reprises, donnèrent lieu à quelques déjections alvines, mais furent en grande partie rejetés par la bouche.

11 y a trois semaines, survinrent tout à coup et pour la première fois des vo- II. 43

SECT. IX. — OPÉRATIONS SUR L’ABDOMEN

missements de matières liquides, jaunâtres, fétides, qui se répétaient plusieurs fois par heure et ne s’arrêtèrent qu’au bout de vingt- quatre heures et après l’emploi de quelques fragments de glace dans la bouche.

Dix jours s’écoulèrent ainsi sans autres symptômes que la persistance opiniâtre de coliques revenant par accès et de la constipation, puis, à la suite d’une selle assez copieuse, déterminée par un purgatif, nouvelle attaque de vomissements répétés de même nature que les premiers et qui s’arrêtèrent également au bout de vingt-quatre heures.

C’est alors que la malade entra à l’hôpital Lariboisière dans unesalle de médecine. Elle y resta huit jours au bout desquels, nulle amélioration n’étant survenue, on jugea une opération nécessaire, et on fit passer la malade en chirurgie.

A son entrée, 7 avril, cette femme est en proie à une troisième attaque de vomissements qui a débuté la nuit dernière à trois heures du matin. Les vomissements reviennent environ toutes les heures. Ils ne sont ni précédés de nausées, ni accompagnés d’un malaise bien notable. Ils sont constitués par une matière de la consistance d’une bouillie très-claire, jaunâtre, peu odorante, bien que la malade nous dise avoir conscience de sa fétidité pendant le vomissement; cette bouillie ressemble tout à fait aux matières fécaloïdcs de l’intestin grêle. Le ventre est volumineux, médiocrement tendu, non douloureux à la pression, il rend un son tympanique, excepté dansla fosse iliaque droite, où l’on constate une demi-matité. Du reste, en ce point, pas plus qu’ailleurs , on ne peut découvrir de tumeur appréciable, bien que l’exploration soit assez facile et puisse être portée assez profondément.

Toutes les quatre ou cinq minutes surviennent des coliques qui ne sont pas extrêmement vives, mais s’accompagnent d’une tension prononcée des parois abdominales, à la surface desquelles se dessinent alors les bosselures intestinales dilatées. Aucune trace de tumeur herniaire. Le toucher ne fait reconnaître aucun obstacle appréciable.

Une particularité qui nous frappe tout d’abord, c’est l’espèce de tolérance qu’ofTre la santé générale pour des accidents de cette nature et des causes d’épuisement aussi prolongées. Les forces sont en grande partie conservées, le pouls est calme, régulier; le faciès est normal et n’exprime ni la souffrance, ni l’abattement. Malgré la conservation de l’appétit pendant les cinq premières semaines, la malade n’osait point prendre d’aliments, de crainte de les vomir. Cependant le bouillon est assez bien supporté par l'estomac depuis un mois. Bien qu’il n’y ait pas de dépérissement apparent très-notable, la malade dit avoir perdu beaucoup de son embonpoint.

8. — Même état. Bain ; glace dans la bouche ; douches froides ascendantes dans le rectum.

9. — Les vomissements onteessé hier dans lamatinée. Les douches n’ont point amené de matières; l’eau a été rendue simplement colorée en jaune. Nouvelles douches.

10. — Dans le liquide rendu après les douches, nous constatons de petits flocons rougeâtres, de petites expansions membraniformes et quelques stries sanguines. Les douches sont continuées les jours suivants ; elles amènent de temps en temps de petits fragments de matières fécales de la grosseur d une noisette.

la. — A onze heures du matin, vomissement de matières fécaloïdcs, jaunâtres,

TITRE VI. — HERNIES. 0/0

peu odorantes, ressemblant à une purée très-claire. Deuxième vomissement à midi. Troisième vomissement à onze heures du soir.

20. — Constipation, malgré les lavements quotidiens. Coliques revenant toutes les cinq ou six minutes, moins vives toutefois que les premiers jours, et troublant peu le repos de la nuit.

21. — Trois vomissements de matières fécaloïdes dans la journée d’hier, matières toujours jaunâtres, presque inodores. Maintien de la santé générale.

26. — Hier, vomissement liquide et jaunâtre accompagné de malaise. Lamalade commence à s’affaiblir. Elle accepte l’opération qui lui est proposée pour le lendemain.

27. — Inhalation de chloroforme faite avec précaution. Incision de 5 à 6 centimètres au voisinage de l’épine iliaque droite et parallèlement à l’arcade crurale. ■Onjprocède couche par couche, ell’on rencontre enfin le péritoine. On le divise sur une longueur de 2 à 3 centimètres. Alors apparaissent dans la fosse iliaque deux ou trois circonvolutions intestinales peu volumineuses et n’offrant aucune tendance à faire saillie dans la plaie. Le doigt porté dans l’abdomen ramène au dehors, après quelques recherches, l’anse qui paraît la plus volumineuse. Ses parois sont très-épaisses, résistantes et comme fibro-cartilagineuses. On passe dans le mésentère un fil double que l’on fixe au dehors sur un morceau de sonde élastique; puis l’anse intestinale, d’un volume comparable à celui d'un gros œuf de dinde, est laissée à l’extérieur et recouverte d’un pansement simple. On se décide avant d’ouvrir l’intestin à attendre la formation d’adhérences péritonéales.

Le soir, douleurs vives dans l’abdomen ; point de vomissements. Potion belladonée; emplâtre belladoné sur la partie gauche de l’abdomen. On ne dérange pas le pansement.

28. — Les douleurs se sont beaucoup calmées après l’application de l’emplâtre. Le soulagement persiste ce matin. La malade est cependant très-faible ; les traits sont amaigris, décomposés. Après avoir soulevé le pansement, on a sous les yeux une énorme masse intestinale du volume d’une tête de nouveauné, laquelle masse a fait irruption au travers de l’ouverture depuis hier soir. Cette portion herniée a de 63 centimètres à I mètre de longueur; elle est rouge, enflammée, à parois épaissies, considérablement distendue par des gaz et des matières liquides.

On cherche en vain à réduire. Malgré une ouverture de 2 à 3 centimètres faite à l’intestin au voisinage du lieu où le mésentère a été traversé d’un fil, malgré l’évacuation d’un litre à un litre et demi d’une bouillie fétide, épaisse et jaunâtre, la réduction continue à être impossible.

Le chirurgien se décide à laisser l’intestin au dehors, le soutenant seulement par quelques compresses longuettes fixées à un bandage de corps ; il espère qu’il pourra s’établir quelques adhérences péritonéales protectrices contre la péritonite purulente dont on est menacé.

Le soir, état général très-grave; point de vomissement ; douleurs abdominales médiocres; pouls filiforme, faciès décomposé; respiration fréquente, anxieusevoix éteinte, intelligence conservée.

A huit heures du soir, la malade succombe.

SECT. IX.— OPÉRATIONS SUR L’ABDOMEN

Aulopsie trente-six heures après la mort. —Toute la portion d’intestin restée au dehors offre une surface légèrement dépolie et rugueuse, d’une teinte rouge brun et même noirâtre en certains points; son aspect rappelle très-bien celui que Ton constate à l’ouverture du sac dans une hernie étranglée; elle n’a point contracté d’adhérences avec le ^pourtour de l’orifice Abdominal. L’intestin grêle, dont la plus grande partie, bien entendu, est restée, dans l’abdomen, offre sur toute sa longueur une distension analogue à celle des anses herniées; il renferme également un liquide épais, jaunâtre et des gaz infects; le péritoine enflammé est le siège d’arborisations vasculaires nombreuses et renferme un verre de sérosité purulente.

Dans la fosse iliaque droite, on découvre l'étranglement intestinal. Son siège précis est à l’exlrémité terminale de l'intestin grêle, au moment où il se jette dans le cæcum. Masqué en partie, à l’ouverture de l’abdomen, par des pelotons graisseux infiltrés de lymphe plastique et par un prolongement du grand épiploon qui vient adhérer intimement en ce point de l’intestin, on reconnaît par l’enlèvement et la dissection delà pièce qu’il est ainsi constitué.

L’appendice vermiforme du cæcum, né en arrière de celui-ci, se dirige en haut et en avant de manière à recouvrir la demi-circonférence supérieure du calibre de l’intestin grêle dans l’angle rentrant qu’il forme par sajonction avec le gros intestin.

Cet appendice est là fortement adhérent; il est très-dilaté. Ses parois sont amincies, presque transparentes, distendues par une grande quantité de mucus gélatiniforme accumulé dans son intérieur, bien que la communication avec le cæcum ne soit pas complètement interrompue.

L’épiploon paraît être l’agent principal de l’étranglement. Adhérent à l’extrémité terminale de l’intestin grêle en même temps qu’à l’appendice vermiforme qu’il recouvre en partie, il envoie en arrière un prolongement en forme de languette fibro-adipeuse qui contourne la partie postérieure et inférieure de la circonférence du petit intestin en lui adhérant intimement, de manière à aller jusqu’à la rencontre du mésentère et à former la presque totalité d’un anneau constricteur qui étrangle véritablement le tube intestinal. Celui-ci cependant n’est pas complètement oblitéré en ce point; il est possible en effet de faire pénétrer non sans quelques difficultés un corps cylindro'ide, de la grosseur d’une plume d’oie, au travers de la partie étranglée, laquelle néanmoins, à cause de quelques sinuosités ou replis valvulaires, ne se laisse aucunement traverser par une certaine quantité d’eau versée dans le bout supérieur.

Parmi les très-nombreuses opérations de hernie que j’ai pratiquées, il m'est arrivé d’opérer pour la deuxième fois des sujets ayant déjà subi antérieurement l’opération de la hernie étranglée dans le même point sur lequel se faisait l’opération actuelle. Quelques-uns des faits dont je parle m’ont offert des particularités curieuses que je ne puis mentionner ici. Je me borne à rapporter brièvement une seule de nos observations.

Obs. — Récidive des hernies après l'opération de la hernie étranglée. — Le 6 décembre 1850, j’ai présenté à la Société de chirurgie un vieillard de 70 ans, opéré six mois auparavant à l’hôpital Saint-Antoine, d’une hernie entéro-

TITRE VI. — HERNIES

épiploïque étranglée. Une portion considérable d’épiploon, à peu près du volume du poing, avait été excisée ; une ligature appliquée en masse sur ce pédicule. Celte ligature ne s’était détachée qu’au bout de plusieurs semaines. Un acquit la certitude que ce pédicule, que l'on sentait toujours au collet du sac, y avait contracté des adhérences. Malgré cela la hernie s’est reproduite.

On sait très-bien que la guérison spontanée peut avoir lieu clans des cas de hernies incontestablement étranglées. Le fait est rare, la connaissance exacte du mécanisme par lequel il s’opère n’est pas connu. Est-ce par élimination suivie d’expulsion spontanée comme dans certaines invaginations intestinales, est-ce par résorption? En tous cas les laits de ce génie sont d’un haut intérêt : j’en citerai un, tiré de ma pratique hospitalière.

Obs. — Guérison spontanée d'une hernie crurale étranglée. — Dans la séance de la Société de chirurgie du 21 août 1850, j’ai présenté comme offrant, un exemple de ce mode de terminaison un vieillard de 62 ans apporté à l’hôpital Saint-Antoine le 24 juillet avec tous les symptômes d’une hernie crurale étranglée. La hernie, habituellement réductible, ne l’était plus depuis 24 heures. Elle avait pris l’aspect marronné, était très-sensible au toucher et s’accompagnait de vives douleurs abdominales. Après des tentatives réitérées, mais impuissantes de taxis, l’opération est proposée et refusée d’une manière absolue. On donne un bain.

26 août. — Abattement extrême ; pouls petit et fréquent, vomissements abondants de matières fécaloïdes, ballonnement du ventre sur lequel se dessinent les bosselures intestinales; matité de la moitié inférieure du ventre, particulièrement à droite et dans les régions qui confinent à la hernie. Celle-ci est un peu moins douloureuse, comme cela s’observe quand la gangrène est survenue. Même refus du malade de subir l’opération, malgré les instances des personnes actuellement présentes et de plusieurs autres personnes qui le voient dans la journée.

29. — Lamatité du ventre se propage de bas en haut en irradiant à partir du siège delà hernie; ballonnement de plus en plus prononcé.

30. — L’état général cesse d’empirer. Le ballonnement persiste. Aucune selle depuis l’entrée du malade et malgré les lavements.

31 — Même état.

3 septembre. — Les accidents commencent à s’apaiser, quoique la tension de l’abdomen persiste encore. Retour des selles. Potage.

Page 1