CHAPITRE I. — MALADIES DES PAUPIÈRES
On se propose de réduire cette production accidentelle par des douches, par le collyre au nitrate d’argent et par l’application de la glace jour et nuit.
18 mars. — On voit un vaisseau assez volumineux qui descend de la partie supérieure et interne de l’œil et relie entre elles trois houppes cellulo-vasculaires qui se dessinent sur l’hémisphère inférieur de la cornée. Celle-ci, quoique louche, conserve de la translucidité; on commence à distinguer la pupille. Le malade voit nos mains sans pouvoir compter les doigts. Glace, douches, collyre.
20 mars. — La malade voit les doigts et distingue les objets. La pupille apparaît très-nette et sans adhérences, quoique la cornée soit encore un peu louche.
22 mars. — Instillation de belladone; intégrité de la pupille; dilatation régulière ; pas d’adhérences.
28 mars. — Les petites houppes cellulo-vasculaires deviennent brunes de rutilantes quelles étaient; la cornée prend un peu d’opacité vers sa grande circonférence et nous fait craindre un leucoma. On supprime la glace.
9 avril. — Le malade voit mieux. Collyre, douches.
20 avril. — La cornée présente une opacité qui siège dans son hémisphère supérieur et qui offre la forme d’un fer à cheval à concavité dirigée en bas et encadrant en quelque sorte la pupille sans empiéter sur elle de manière à faire obstacle au passage des rayons lumineux.
1er juin. — La cornée conserve toujours son opacité semi-lunaire.
20 juin. — On remarque quelque diminution dans la corne externe du fer à cheval formé par le leucoma. C’est dans cet état que la malade sort de l’hôpital complètement guérie de son symblépharon, mais conservant la tache semi-circulaire dont nous avons parlé.
Le lecteur aura sans doute remarqué que, dans le cours de la maladie, il y a eu deux fois des phénomènes inflammatoires très-intenses : d’abord au moment de 1 entrée de la malade à 1 hôpital, et en second lieu, immédiatement après l’opération. Dans les deux cas, l’inflammation a été maîtrisée facilement par l’application des sachets de glace et des douches oculaires.
Cette observation nous fournit un des plus beaux exemples de ce que nous appelons le symblépharon tubulaire. Nous voulons désigner par là l’existence d’un faisceau adhérentiel creux dans son intérieur. Il ne s Vit point ici d’une distinction subtile et d’une pure spéculation d’anatomie pathologique ; il s’agit d’un point essentiellement pratique.
Consultez les auteurs qui ont écrit sur le symblépharon ; que disent-ils ? qu il ne faut point opérer s’il y a opacité de la cornée. Mais nous leur demanderons : cette opacité, comment en déterminez-vous l’existence ou la non-existence quand vous avez une bride qui masque la presque totalité de la cornée, comme cela avait lieu dans le cas particulier?
,11 est bien certain que, si la totalité de la cornée était leucomateuse il ; n y aurait pas grande utilité à retirer de l’opération, et encore opérerionsnous meme dans ces cas, mais alors dans l’unique but de pallier la diffor [ ®n P^ant le malade dans des conditions où il puisse porter un œil
Revenons à l’état leucoraateux de la vitre oculaire. Quel moyen a-t-on de le reconnaître, quand la bride dérobe à l’observateur la plus grande partie delà cornée? Ceux qui n’ont jamais disséqué de symblépharon, et qui en parlent théoriquement, croient volontiers que tout ce qui est caché ou du moins tout l'espace qui répond au périmètre de l’implantation adhérentielle est opaque. C’est là une grave erreur, et si nous y fussions tombé, nous eussions volontairement condamné à une cécité perpétuelle l’œil de notre malade. Nous savions que dans les cas où le faisceau adhérentiel présente une certaine épaisseur, il renferme, sinon toujours, du moins dans beaucoup de cas. au centre de son implantation, une cavité dont l’extrémité kératique peut recéler une portion de cornée parfaitement intacte.
Et cette doctrine de la cavité centrale et du symblépharon tubulaire, où la prend-on ? Mais sans aller plus loin, dans le fait même que nous venons de rapporter, car elle y était écrite en gros caractères par la présence de ce cercle leucomateux qui encadrait si admirablement et si heureusement la cornée. Tout lecteur attentif et. tant soit peu perspicace n’a-t-il donc pas déjà deviné que l’anneau leucomateux en forme de croissant, et que nous avons décrit avec soin, indiquait précisément la trace de l’implantation circulaire du tube adhérentiel.
Avant la remise en honneur des procédés autoplastiqucs par les écoles modernes, la variété de symblépharon sans galerie muqueuse offrait dans son traitement des difficultés presque insurmontables, par les raisons que nous avons déjà fait connaître.
Quelques-uns proposaient timidement un œil d’émail interposé entre la paupière et le globe de l’œil, immédiatement après l’opération, dans le but de prévenir le rétablissement des adhérences. Mais d’autres repoussaient l’emploi de ce moyen comme ne pouvant être supporté et comme devant donner lieu à une inflammation trop vive. A quoi il faut ajouter que le moyen est en outre complètement inefficace. Les chirurgiens qui savent bien ce que c’est que le tissu modulaire et ce qu’il faut attendre de sa puissance rétractile ne peuvent pas conserver d’illusion à ce sujet.
C’est donc à l’autoplastie qu’il faut demander les moyens de guérison. Nous avons signalé que la clef de la position réside dans le cul-de-sac conjonctival. Si vous y prévenez le retour de la formation modulaire, la situation vous appartient.
Il y a plusieurs moyens pour cela : ou bien, après avoir disséqué la paupière, on y établit un coloboma transversal dont on maintient la permanence soit au moyen d’un tube à drainage, soit au moyen du renversement en dedans desdeux lèvres du coloboma qui se répondent par leur surface cutanée, et, si ces moyens échouent, il laut se résoudre à fendre verticalement la paupière. Ce dernier conseil a été donné par Guérin (Soc. méd. de Montpell., t. Il, p. 285), qui propose de fendre la paupière et d’en tenir les lambeaux renversés jusqu’à la cicatrisation des brides, pour réunir ensuite