INFLUENCE DE LA GROSSESSE SUR LA PHTHIS1E
J'ai déjà dit à différentes reprises que l'influence des couches était plus fâcheuse encore que celle de la grossesse. Tout en tenant compte de ce fait que, la maladie ayant progressé, elle doit être plus avancée après l'accouchement que plusieurs semaines avant celui-ci, il reste cependant un certain nombre de cas dans lesquels l'accélération et l'aggravation pendant l'état puerpéral sont frappants. Il y a donc là plus qu'une progression ordinaire; il y a réellement une influence pernicieuse, au moins pour un certain nombre de malades. Voici le tableau de 7 cas dans lesquels la mort a été indiquée par rapport aux couches :
Mort au bout de 10 jours après 4 »/2 mois de durée 1 cas
» 5 semaines après 10 » 1 »
» 2 mois 5 » 1 »
Voilà donc plus d'un quart des cas du chiffre total dans lequel la mort est survenue entre dix jours et deux mois et demi après l'accouchement. Il faut donc qu'il y ait eu quelque action spéciale ; mais on ne saurait décider si c'était le traumatisme, la faiblesse, les pertes diverses qui frappent pendant les couches un organisme déjà affaibli par la tuberculose. Probablement il s'agissait de l'action combinée de tous ces éléments divers. Je me suis posé la question de savoir si cette influence se faisait valoir aussi sur la localisation de la tuberculose. Malgré la fréquence des ulcères intestinaux et des tubercules du péritoine, je suis cependant arrivé à regarder l'inlluence puerpérale comme nulle sur ces localisations. La forme la plus fréquente,
en général pneumo-entérique, l'est aussi pour la grossesse et l'état puerpéral.
•l'ai été frappé delà fréquence de l'influence de l'hérédité
dans ces cas, Malgré une grande rigueur dans l'appréciation, je la constate dans plus de 1/8 des cas, tandis qu'elle est à peine de 1/6 ordinairement; je la soupçonne même bien plus forte encore. J'en ai cité plus haut un exemple frappant. J'ai aussi confirmé ce que j'ai exposé ailleurs, c'est que là où l'hérédité déploie son influence, les femmes de ce groupe sont atteintes plus jeunes que leurs parents tuberculeux. C'est même ainsi que la phthisie s'épuise dans les familles à hérédité bien prononcée. La mort finit par enlever les jeunes gens en majeure partie avant le mariage, sans compter que beaucoup d'enfants meurent en bas âge, en assez forte proportion, de méningite tuberculeuse.
Lorsque la phthisie n'est pas très-avancée à l'époque de l'accouchement, la lactation peut se faire exceptionnellement, mais les femmes ont ordinairement peu de lait et ne sont heureusement pas en état d'allaiter leur enfant. Parmi les enfants qui viennent au monde après la tuberculose de la mère pendant la grossesse, les uns paraissent forts et robustes, d'autres sont faibles et chétifs; aussi bon nombre succombent-ils pendant les premiers mois à des catarrhes bronchiques et intestinaux. Plusieurs deviennent robustes par la suite, après avoir été faibles et délicats d'abord. Beaucoup sont prédisposés aux maladies scrofuleuses et plus tard à la tuberculose. J'ai eu l'occasion de faire l'autopsie d'enfants provenant de mères tuberculeuses pendant la grossesse et les couches, et chez ces enfants, morts jeunes, je n'ai point trouvé de tubercules. Pour le seul enfant âgé de deux mois que j'ai vu tuberculeux, je n'ai eu aucun renseignement sur la santé des parents.
Chez les singes, j'ai trouvé plusieurs fois les petits, âgés de quelques mois, tuberculeux, lorsque la mère l'était. J'ai vu même la mère périr de tuberculose après que son nourrisson en
INFLUENCE DE LA GROSSESSE SUR LA PHTHÏSIE. * 229 était mort. La transmission de la tuberculose de la mère au petit, ainsi que la tuberculose intra-utérine, sont donc bien plus fréquentes chez le singe que chez l'homme. Le jeune singe provenant d'une mère tuberculeuse n'a pas une forte vitalité, lors même qu'il ne devient pas tuberculeux.
Il résulte de toute cette analyse qu'à côté de règles générales sur l'influence de la' grossesse et des couches, sur le développement et la marche de la phthisie, il y a une grande variété d'action. Il est dooc nécessaire déjuger chaque cas particulier avec soin et après un examen aussi approfondi que possible des antécédents de la famille du malade et de l'état actuel ainsi que de la marche des divers groupes de phénomènes constatés. D'un autre côté, il n'y a pas de doute qu'il faut un bien plus grand nombre d'observations que celui que nous possédons pour arriver à des principes et à des doctrines arrêtés sur ce sujet et pour apprécier tout aussi bien la grande variabilité que les règles fondamentales.