TITRE 11. — ABCÈS DU FOIE
ici entre deux écueilb, celui de trop temporiser, et alors on a à redouter l'ouverture spontanée du foyer' dans le péritoine, et celui d'inciser trop tôt, auquel cas les adhérences ne seraient pas encore constituées.
C'est pour échapper à ces écueils que les chirurgiens ont proposé, pour l'ouverture des abcès du foie, l'emploi des caustiques. On place sur le milieu de la saillie que forme la tumeur un morceau de pierre à cautère ou de caustique de Vienne solidifié. On fend l'escarre qui se forme, puis on fait une deuxième et même une troisième application de caustique, jusqu'à ce que, les tissus étant successivement détruits, l'action de la potasse étendue ao péritoine ait déterminé l'inflammation locale des feuillets oontigus de cette membrane. Enfin, un point des parois de l'abcès est mortifié et livre passage au pus dont on favorise la sortie par des injections. On a reproché à cette méthode, entre autres inconvénients, d'exposer à ^extension illimitée de l'action de la potasse caustique sur la surface péritonéale.
C'est pour éviter ce danger que Bégin avait proposé l'opération suivante :
Une incision de 5 à 7 centimètres environ est faite à la peau sur le point le plus saillant de la tumeur; on divise ensuite avec précaution les couches musculeuses, comme dans l'opération de la hernie. Arrivé au péritoine, le chirurgien le soulève avec des pinces à disséquer et y fait une ouverture en dédalant; si l'épiploon ou l'intestin se présente, ils sont doucement repoussés; à l'aide de la sonde cannelée, on achève l'incision du péritoine; la tumeur se présente au fond de la plaie. On panse à plat, et le malade est tenu au régime des opérations graves. Deux jours après, l'appareil est enlevé; le péritoine s'est enflammé par le contact de l'air ; la tumeur a contracté des adhérences avec les bords de la plaie ; c'est alors qu'on y plonge le bistouri.
Aux diverses méthodes qui ont été proposées pour le traitement des abcès hépatiques, j'ai substitué celle qui consiste à employer toujours, exclusivement à l'usage du bistouri, le trocart dont j'ai très-largement généralisé l'intervention dans l'ouverture des abcès.
Quant aux applications de pâte de Vienne, je les conserve comme moyen de provoquer des adhérences qui offrent un des meilleurs gages de sécurité dans les procédés par lesquels on cherche à évacuer les collections purulentes du foie.
C'est au travers des escarres que je fais pénétrer un trocart droit ou légèrement courbe qui, une fois arrivé dans l'intérieur de la cavité purulente, est ramené par transfixion du dedans au dehors à petite distance du pointd'entréede l'instrument, de manière à favoriser l'établissement d'une anse élastique fenêtrée qu'on laisse à demeure pendant tout le temps nécessaire pour l'évacuation du liquide.
Si l'escarre est assez étendue pour que la double transfixion y soit inscrite tout entière, il est inutile de pratiquer des escarres multiples.
Dans le cas contraire, deux escarres sont pratiquées à une petite <&• tance Tune de l'autre, la première pour l'entrée du tube, la seconde pour sa sortie.
Des injections détersives complètent l'opération et assurent le succès définitif de la cure.