PLAIES PÉNÉTRANTES SIMPLES
C'est à la suture enchevillée qu'il faut avoir recours pour réunir les lèvres de ces sortes de plaies. Mais avant d'opérer cette réunion il importe de réduire les anses intestinales qui font hernie à travers la solution de continuité et tendent à s'y étrangler. Pour cela il faut placer le malade dans une position convenable, les cuisses légèrement fléchies sur le bassin et la tète sur la poitrine. On presse alors doucement sur les anses herniées en ayant soin de faire rentrer les premières celles qui sont sorties les dernières.
Si, malgré toutes ces précautions, la réduction ne pouvait pas s'opérer, on débriderait avec précaution la plaie abdominale, en introduisant, avec ou sans le secours de la sonde cannelée, un bistouri boutonné droit ou courbe entre les lèvres de la plaie et l'intestin que l'on déprime.
La réduction de l'épiploon se fait comme celle de l'intestin, seulement il faut avoir soin de déplisser, sans le rouler sur lui-même, ce repli péritonéal.
Oss. — Plaie pénétrante de l'abdomen, compliquée d'étranglement intestinal. — Dans la séance du 20 mars 1850, j'ai communiqué à la Société de chirurgie le fait suivant :
Un homme, dans une rixe, avait été frappé d'un coup de couteau dans le ventre. L'instrument tranchant avait pénétré dans la cavité abdominale, au dessous de l'ombilic. La plaie transversale offrait à peu près trois travers de doigt d'étendue, mais elle se rétrécissait sensiblement vers les parties profondes.
Le médecin, appelé à donner les premiers soins au blessé, réunit la plaie exté-
rieure au moyen de la suture entortillée; mais bientôt des accidenta d'étranglement intestinal se déclarent : douleurs, hoquet, nausées, vomissement», simples d'abord, fécaloldes ensuite. Ces accidents, plus ou moins prononcés, surviennent au huitième jour de la blessure.
C'est alors (1 1 mars 1850) que le blessé est conduit à l'hôpital Saint-Antoine dans un état de faiblesse et d'épuisement extrême. L'interne de service enlève la suture qui tient encore; il s'aperçoit qu'une petite anse d'intestin s'est engagée entre les lèvres de la plaie et il essaie inutilement de la réduire.
M. Chassaignac est appelé ; il constate cet étranglement, qui lui semble produit par un pincement partiel de l'intestin, tandis que celui-ci se trouve libre dans le reste de son 'étendue, à tel point que l'ouverture de la plaie permet au doigt de pénétrer facilement dans l'abdomen.
la réduction, tentée de nouveau avec précaution et sans débridement, réussit en ce sens qu'elle fait cesser les accidents d'étranglement, mais elle n'empêche pas le blessé de succomber quelques heures après.
A l'autopsie, on ne trouve aucune trace de péritonite; pas le moindre épanchement; mais on reconnaît sans peine le point de l'intestin qui avait été pincé entre les bords profonds de la plaie. Sur un point rapproché de celui-là, les membranes séreuse et musculaire de l'intestin ont été entamées par l'instrument vulnérant qui n'avait pas divisé la membrane muqueuse.
[Bull, de la Soc. de eh., t. 1, p. 582.)