CHAPITRE H. — MALADIES DE L'ORBITE
bistouri dans le point qui est tuméfié, plutôt que de laisser le pus s'accumuler et les os ou même le cerveau s'affecter. Il va sans dire qu'il faut, en ouvrant l'abcès, prendre soin d'éviter le globe de l'œil.
On favorisera l'écoulement de la suppuration au moyen d'un tube en Y. Lorsque la cavité de l'abcès parait offrir quelque profondeur, on peut, à l'aide du tube à drainage, pratiquer des injections émollientes et détersives.
Le lecteur trouvera dans le tome II du Traité de la suppuration et du drainage, p. 48, les détails pratiques les plus circonstanciés sur les suppurations oculaires.
Timein de l'orbite, lo Tomeun enkystées de l'orbite.
Ponction. — Ce mode de traitement n'est habituellement que palliatif; mais comme il est le seul auquel on puisse recourir dans certains cas où l'extirpation de la tumeur enkystée ne peut être tentée, il faut encore ne pas le négliger, attendu 1° que la ponction a pour effet immédiat de faire disparaître complètement la tuméfaction et de permettre à l'œil de reprendre sa position normale, 2° qu'il existe un certain nombre de cas dans lesquels l'évacuation du kyste par la ponction a amené la cure radicale.
Toutefois il ne faut pas laisser ignorer que la ponction est un moyen trèsincertain de guérir les tumeurs enkystées de l'orbite. Le plus ordinairement la collection liquide se reproduit. De plus il peut arriver qu'une simple ponction donne lieu à des accidents inflammatoires très-violents, ou bien qu'il se développe des excroissances fongueuses à la surface interne du kyste, surtout lorsque les parois de celui-ci sont épaisses et fibreuses.
Dans le cas où l'on croirait devoir recouru' à la ponction, on devrait établir dans l'intérieur du kyste un tube en Y, qui aurait pour avantage !• d'empêcher la reproduction de la tumeur, 2° de favoriser la suppuration du kyste et consécutivement d'amener son élimination complète.
Extirpation partielle. — Lorsque le kyste a dans la cavité orbitaire des racines profondes qui rendent son ablation complète ou impossible ou très-dangereuse, on fait quelquefois l'extirpation partielle. Après avoir mis à découvert la partie antérieure de la tumeur, on saisit le kyste à l'aide d'une érigne double et on en excise autant que peut en comprendre l'écartement des lames des ciseaux. La plaie extérieure reste fistuleuse jusqu'à ce que le kyste soit entièrement détruit par la suppuration. Les tubes à drainage pourront encore ici rendre de grands services. Dans quelques cas la plaie extérieure se guérit trop promptement.
Extirpation complète. — Elle offre des dangers et des difficultés qu'il ne faut pas méconnaître : hémorrhagie, danger de rompre le kyste, échappée possible du couteau lorsqu'on déchire accidentellement la poche, difficulté
qu'on éprouve à extraire le kyste quand ses parois sont affaissées, ou quand il s'étend à une trop grande profondeur dans l'orbite.
Lorsqu'on se décide à l'opération, il faut y procéder de la manière suivante :
Une incision transversale, parallèle aux fibres de l'orbiculaire, est faite sur la peau de l'une ou de l'autre paupière , en prenant soin d'épargner les points lacrymaux et de pénétrer dans le kyste, qui se trouve souvent situé presque immédiatement sous la peau. On divise ensuite la couche celluleuse sous-jacente à l'orbiculaire et la couche fibreuse des paupières et l'on sépare le kyste de ses adhérences. La tumeur ainsi dégagée est attirée en avant et l'on coupe ses attaches postérieures avec des ciseaux ou un bistouri. Pour tout pansement, installation d'une canule en Y dans la cavité occupée par le kyste.
2° Tumeur» fibreuses de l'orbite.
Ces tumeurs d'une consistance plus ou moins ferme, souvent très-dures, sont moins fréquentes et s'accroissent plus lentement que les tumeurs enkystées de l'orbite ; elles atteignent rarement un aussi grand volume que ces dernières. On reconnaît facilement leurs limites; la peau qui les recouvre est mobile.
Pour pratiquer l'extirpation de ces tumeurs, on divise soit la peau, soit la conjonctive, suivant la place occupée par la tumeur; puis on la saisit avec une pince à érigne, on passe une ligature au travers afin de l'attirer au dehors et on la dissèque avec le scalpel.
Quelquefois il faut diviser les paupières par une incision qui prolonge leur commissure externe. La conjonctive se trouve ainsi mise à nu et les autres temps de l'opération s'accomplissent avec moins de difficulté.
Quand la tumeur est profondément située, adhérente au périoste, il vaut mieux inciser la paupière parallèlement aux fibres de l'orbiculaire en lais* sant la conjonctive intacte. Si l'on ne peut vaincre les adhérences par la dissection, il faut sîicrifier les parties auxquelles la tumeur est fixée. Il est, dans certains cas, indispensable d'enlever le globe de l'œil lui-même.
On ne doit laisser aucune partie de la tumeur, afin d'éloigner toutes les chances possibles de repullulation.
Il ne faut pas oublier que l'extirpation de ces sortes de tumeurs est parfois suivie d'une inflammation qui en s'étendant au cerveau ou à ses membranes peut devenir mortelle.
3° Tumeurs cancéreuses de l'orbite.
L'ablation est le seul mode de traitement qu'il convienne de leur opposer, et comme il importe de ne laisser dans l'orbite aucune portion de la tumeur, le globe de l'œil devra presque toujours être sacrifié.