‹ Traité complet d'accouchementsChapitre 78 sur 183 · RESPIRATION · texte numérisé non relu

RESPIRATION

Les hypothèses n'ont point manqué sur la manière dont le fœtus respire pendant la vie intra-utérine. Geofùoy Saint-Hilaire pensait qu'il empruntait l'air ou un gaz nécessaire à cette fonction, au liquide amniotique, et qu'il l'absorbait par la surface du corps au moyen de trachées, ou par les bronches qu'il n'hésitait pas à considérer comme de véritables branchies. Il eût fallu d'abord démontrer la réalité de ces prétendues trachées, qui n'existent à aucuni' époque de la vie fœtale. P. IJèclard, renouvelant les idées de Schccl, Winslow, lleroldt, etc., admit également que le poumon agissant à la manière des branchies, empruntait un gaz respirable aux eaux de l'anmios qui rempliraient la trachée. Nous avons déjà dit que ni les bronches ni la trachée du fœtus ne contiennent de liquide dans l'état normal. Avant la naissance, la circulation pulmonaire est insignifiante cl hors d'état de jouer un rôle aussi actif. Enfin une raison, qui à elle seule suffit pour renverser ces hypothèses , c'est que le liquide amniotique ne contient point d'air respirable. Lassaigne a trouvé dans ce liquide de l'azote et de l'acide carbonique, et Millier n'y a rencontré aucun élément gazeux.

Serres a décrit chez le fœtus un appareil respiratoire, consistant en un ordre de villosités choriales, qu'il nomme branchiales. Ces villosités traverseraient la caduque réfléchie, en se logeant dans des conduits qui perforent son épaisseur, et iraient absorber dans le liquide contenu entre ses deux leuillèts (hydropérione), l'air nécessaire à la respiration fœtale. Ce mode de respiration persisterait jusqu'au cinquième mois, où il serait remplacé par le placenta qui à son tour remplirait cette fonction. Serres a publié ces idées à

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une époque où on ignorait la structure de la caduque; mais il et impossible, dans l état actuel de la science, de les accepter.

Il faudrait d'abord démontrer que l'hydropérione renferme un gaz quelconque et que l'hydropérione lui-même existe ordinairement à l'état de collection liquide. La caduque contient des petits tubes, qui sont les glandes de la muqueuse utérine, terminés en cul-de-sac, mais ils sont d'autant moins disposés ù se laisser traverser par les villosités, que leur extrémité close se trouve tournée de leur côté. Nous avons vu que li s villosités, même placentaires, bien loin de traverser la muqueuse utérine ne pénétrent guère au delà de son épithélium. Toutes ces impossibilités surmontées, il resterait encore* expliquer par quelle voie l'air absorbé pénétrerait jusqu'au fœtus ; l'eau de lamnios ne contient aucun gaz, ce n'est donc pas par cette route que les éléments respiratoires pourraient lui parvenir.

L'opinion'la plus vraisemblable et qui a réuni le plus grand nombre de partisans, était que la respiration s'accomplissait au moyen du placenta et que le fœtus puisait dans le sang maternel les gaz nécessaires à l'oxygénation de son sang. D'accord sur le principe, on ne l'était pas complètement sur la manière dont le phénomène s'accomplissait. Eschricht assignait un double rôle aux vaisseaux placentaires : les uns étaient destinés à la nutrition, les autres exclusivement consacrés à la respiration. Jœrg, qui considérait le placenta comme le poumon physiologique du fœtus, pensait qu'il n'absorbait que de l'oxygène. Enfin la généralité des physiologistes admettaient le fait sans insister sur le mécanisme de sa production.

Jusqu'à ces derniers temps, il faut bien le reconnaître, les physiologistes qui ont parlé de la respiration du fœtus semblent s'être laissé dominer par l'idée de retrouver chez ce dernier les mêmes fonctions que chez l'adulte. Les arguments qu'ils faisaient valoir reposaient sur de simples analogies. Il fallait, pensait-on, que le sang du fœtus, comme celui de l'adulte, subit le contact de l'oxygène pour jouir de ses propriétés plastiques.

Il eût été bon d'abord d'examiner si cette respiration était nécessaire et si les conditions dans lesquelles se développe le nouvel être, ne lui créent pas une situation particulière trop différente de l'existence extra-utérine pour qu'aucun analogie lui soit applicable sur ce point.

Les partisans de la respiration placentaire ont dit : Lorsque le cordon est comprimé, le fœtus présente des phénomènes d'asphyxie, donc il respire. Cette conséquence n'est nullement rigoureuse; cela prouve seulement que le fœtus fabrique de l'acide carbonique, ce qui n'est nullement douteux. La respiration de l'adulte comprend deux phénomènes principaux distincts : l'oxygénation du sang et l'expulsion de l'acide carbonique. Je crois que le fœtus reçoit de la mère un sang tout oxygéné, mais il se fait dans ses tissus une combustion dont le résultat est une production d'acide carbonique qui est expulsé par le placenta. L'enfant n'exécute donc que la seconde partie de l'acte respiratoire, c'est la mère qui se charge de la première.

Il faut également tenir compte du résultat mécanique que détermine la compression du cordon. Le placenta est l'organe le plus important de la circulation fœtale, et le cœur» agent secondaire, est impuissant pour ac-

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complir seul cette fonction ; lorsque le cours du sang est arrêté dans la lige ombilicale, les pulsations n'y sont plus senties, le cœur continue à battre, mais plus faiblement, puis bientôt il succombe sous l'influence de phénomènes congestifs déterminés par l'arrêt des colonnes du sang. Ce qui le prouve, c'est que dans le plus grand nombre des cas il suffit délaisser couler le sang sur le cordon coupé pour rappeler de suite l'enfant à la vie. Evidemment cette perte de sang n'agit point sur la respiration, mais bien sur la circulation.

Je crois que l'erreur provient de l'analogie qu'on a voulu établir entre les phénomènes de la vie intra et extra-utérine, qui diffèrent cependant d'une manière si complète.

En ces derniers temps les travaux de Curdach, Taris, Pfeil Schwan, Coste, etc., sur la respiration de l'œuf des oiseaux fournit un point d'appui en apparence solide aux partisans de la respiration fœtale. Ces travaux prouvent que la pénétration des gaz atmosphériques à travers la coquille de l'œuf est absolument nécessaire au développement du poulet, et qu'il reste à l'état de germe avorté, lorsqu'on enduit la coquille d'un vernis imperméable ou d'un corps qui arrête la pénétration de l'air. Ce fait ne démontre absolument rien relativement aux mammifères, il est évident que l'œuf de l'oiseau complètement séparé del'organisme maternel doit exécuter par lui-même des fonctions auxquelles la mère ne peut coopérer. Il est donc obligé, au moyen de sonallantoïde, d'oxygéner le sang dontil forme tous les éléments. De même qu'il est forcé d'emprunter ses matériaux plastiques à la masse du jaune contenue dans sa vésicule ombilicale, car il n'en saurait recevoir du dehors.

L'œuf des ovipares respire, cela est hors de tout conteste, et je tirerai de ce » fait une de mes preuves que l'œuf des mammifères n'oxygène pas son sang.

Pendant la respiration le sang de l adulte en traversant les poumons gagne de l'oxygène et perd de l'eau et de l'acide carbonique; sa couleur dans les deux ordres de vaisseaux est manifestement différente; rouge dans les artères, il est d'une teinte plus sombre dans les veines. Le poulet respire par l'allantoïde qui est pour lui un véritable poumon fœtal, et l'on observe dans ses vaisseaux la différence de nuances que je viens d'indiquer, mais il n'en est pas de même pour le fœtus humain. Jœrg, J. Mûller et Bischoff ont cru voir que la coloration n'était pas la même dans le sang de l'artère et de la veine ombilicale, mais, après un examen plus attentif, ces deux derniers ont modifié leur opinion et reconnu avec Schullz.Scheel, Bichat, Velpeau, Weber, etc., la complète identité d'aspect dans les deux ordres de vaisseaux, ce qui ne veut pas dire que la composition chimique soit identiquement la même.

Le fœtus de mammifère n'est point, comme le fœtus d'ovipare livré à toutes les chances de 1 isolement, il se développe au milieu d'un organisme vivant, il est partie intégrante de la mère, il est en quelque sorte un de ses organes et reçoit, à titre d organe, des éléments plastiques et respiratoires complètement élaborés en suspension dans les liquides qui lui parviennent, et il n'existe aucune raison pour qu'il leur fasse subir une modification particulière. Comme le dit Bischoff, les organes de la mère ne respirent pas, et cependant ils ont besoin d'être pénétrés par des liquides qui ont respiré.

Chez le fœtus humain, la fonction oxygénante du placenta n'existe donc

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pas, seulement le nouvel être reçoit comme partie intégrante de la mère, les gaz dissous dans le sang maternel et la respiration se confond avec la nutrition et la circulation. En énumérant (page 255) les obstacles qui séparent la circulalion du placenta et de l'utérus nous avons indiqué la barrière qui s'oppose à la pénétration des globules, mais celte barrière est perméable au sérum et aux éléments qu'il tient en solution, qu'ils soient solides ou gazeux comme le prouvent l'expérience de Magendie, qui a retrouvé, au bout de quelques minutes dans le sang fœtal, l'odeur du camphre injecté chez la mère ; et celles de Iluter qui constata dans le cordon ombilical la présence du chloroforme administré pendant le travail.

En résumé, je considère l'expulsion de l'acide carbonique par le placenta comme le seul point de ressemblance qui existe entre la respiration de l'adulte et celle du fœtus.

On sait que la respiration est la source la plus importante du calorique animal, on a invoqué l'inaptitude du fœtus à développer lui-même de la chaleur pour prouver qu'il ne respire pas. Je signale le fait sans lui accorder une grande valeur, car on ne peut mesurer la température du fœtus qu'après la naissance et justement alors il respire.

Si les adversaires de la respiration fœtale ne sont pas encore en majorité l'autorité de leur nom suffit pour donner une grande valeur à cette opinion. Parmi eux on compte, J. Mûller (qui d'abord soutenait le contraire), Bischoff, Velpeau, Longct, etc. •

Vagissements utéiins. Ce phénomène est assez extraordinaire pour qu'on ne l'accepte que lorsqu'il se présente entouré de toutes les garanties possibles. Aussi ne tiendrons-nous aucun compte des observations des anciens et de la plupart de celles assez nombreuses des modernes. Le vagissement.utérinne peut se produire que lorsque les membranes sont rompues, et, l'orifice utérin dilaté, il faut en outre que la face de l'enfant soit dirigée de manière à ce que l'air arrive librement à la bouche, car il est nécessaire pour qu'un cri se produise et surtout se répète, que la respiration soit complète. Toutes ces circonstances réunies doivent encore coïncider avec un certain degré d'inertie utérine, pendant les contractions qui compriment la masse entière du fœtus, on ne peut guère admettre que la poitrine se dilate et respire.

Velpeau et Villeneuve semblent assez disposés à nier le vagissement utérin. Cependant il est difficile de ne pas croire des observateurs qui disent : J'ai entendu, lorsque ces observateurs se nomment Osiander, Richeter d'Outrepont etMeisner, car leur compétence est assez grande pour qu'ils aient pu se soustraire aux causes d'erreur et de supercherie. Cependant j'ai bien de la peine à croire qu'Heyfeldcr etSchultz aient pu constater cette respiration au moyen de l'auscultation, surtout comme Heyfelder prétend l'avoir fait avant la rupture des membranes. Dans cette dernière circonstance, la respiration et le vagissement sotit absolument impossibles, et l'observation de Dubroca, qui dit avoir entendu des vagissements ayant duré pendant soixante et douze heures, avec des interruptions de cinq minutes, chez un enfant né vivant, six semaines après, est une fable qui ne prouve que sa crédulité.

Prodneliondeehalevr ehe« le foHo. — Les travaux d'Autanricth, Schultz,

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W. Edward et Davy, démontrent que l'aptitude à produire de la chaleur par lui-même est beaucoup moins développée chez le nouveau-né que chez l'adulte. Le fœtus dans la cavité utérine est en équilibre de température avec la mère, mais aussitôt après la naissance, il subit un refroidissement de 3 1/2 à 4° centigrade. H est important de noter cette circonstance pour soustraire le nouveau-né aux variations de température qui ont sur lui une action plus énergique que dans les autres Ages. Autanrieth et Schultz, ont observé le môme phénomène riiez des lapins qui venaient de naître. Edward a noté des différences beaucoup plus grandes chez des moineaux âgés de huit jours. Leur température dans le nid était de T>5 à r>6° centigrade, elle tomba au bout d'une heure à 19°, le thermomètre marquant 17°, comme on le voit, ils se comportaient, lorsqu'ils étaient privés de la chaleur artificielle du nid, comme les animaux à sang froid.

Fnnrdom dm mjmtéme nrrv«ax ebes le fœiuw — Dubois accorde au fœtllS

une faculté instinctive qui lui permet de choisir dans l'utérus la position la plus favorable à son expulsion. BischolT repousse avec énergie une semblable hypothèse et refuse au fœtus la faculté de combiner des idées et d'obéir à l'impulsion de l'instinct ou de la volonté, on voit souvent les mouvements du fœtus correspondre à une sensation extérieure, à une impression physique ou morale éprouvée par la mère. Jacquemier en mettant à nu l'œuf de quelques mammifères a pu, en pinçant le fœtus à travers les membranes, lui faire exécuter des mouvements qui trahissaient l'impression douloureuse ressentie. Le besoin d'aliments éprouvé par la mère, ou l'ingestion d'un liquide froid provoquent également des mouvements fœtaux. L'indépendance absolue du système nerveux de la mère et du nouvel être a servi d'argument pour soutenir que toutes ces manifestations étaient bien l'indice d'une volonté propre. Bischoff, Marchai, Hall, Grainger, Longet, etc., ne voient dans ce phénomène qu'un résultat de l'action réflexe, ce qui le prouve c'est que les acéphales, et les anencéphales se comportent relativement aux sensations communiquées exactement comme les fœtus normaux. Si l'on examine la substance grise du cerveau, que les physiologistes modernes s'accordent à considérer comme le siège des opérations de l'intelligence, on constate sa présence chez le nouveau-né, mais seulement à l'état d'évolution, elle est loin d'avoir acquis sa constitution définitive. Un organe ne fonctionne que lorsqu'il est arrivé à l'état parfait, et l'organe de la pensée n'échappe pas à cette loi si exactement vérifiée pour les autres appareils. En résumé nous adoptons complètement les idées des physiologistes qui nient les opérations même élémentaires de l'intelligence pendant la vie intra-utérine.

D'après Tiedmann et Alessandrini, le système nerveux exercerait une influence manifeste sur la formation des organes, et ils se sont appuyés pour le prouver sur l'étude des monstruosités dont Serres attribue les anomalies aux arrêts de développement du système vasculaire. Le sujet est encore trop obscur pour qu'on puisse formuler sur ce point de3 principes même généraux.

RÉSUMÉ

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