CATARACTES CONGÉNITALES COMPLÈTES
le centre, et n'attaquant que couche par couche du cristallin, en sorte que par hasard on aurait attaqué un pareil cristallin au moment du déhut de sa transformation cataracteuse.
La cataracte aridi-siliqueuse peut affecter, suivant que la résorption après liquéfaction s'est développée sur un cristallin plus ou moins complètement développé, des variétés sensibles de forme. Sur des yeux microphthalmiques (atteints de nystagmus), on peut observer des cataractes membraneuses qui, après dilatation de la pupille, n'occupent qu'une partie centrale restreinte
I se réunissant par des filets soit à l'iris, soit au corps ciliaire, fdets qui repré-
I sentent la zonule épaissie et enroulée en divers endroits. Ces cataractes montrent un plissement notable de la capsule, et sur la surface postérieure de la
j cristalloïde postésieure existent souvent des vestiges de l'artère hyaloïde (Wilde) avec vaisseaux embryonnaires. L'étendue de ces cataractes est souvent si peu considérables que leur extraction ou dilacération peut être évitée
! par la formation d'une simple pupille artificielle.
Dans une autre variété de cataracte aridi-siliqueuse congénitale, on voit
ï la cataracte occuper toute l'étendue d'une pupille, qui se dilate difficilement à cause des adhérences de la cataracte avec elle. Ces cataractes montrent encore une certaine épaisseur, et cela surtout lorsqu'elles se trouvent, ainsi
j que cela arrive fréquemment, doublées par les résidus d'une membrane pu-
; pillaire incomplètement absorbée. Entre les feuillets plissés de la cataracte, on ne rencontre ordinairement plus rien qui correspondrait à des éléments normaux du cristallin, mais bien un tissu rappelant le tissu cellulaire comme aspect et étant analogue à celui de la cataracte capsulaire (pyramidale). Il va sans dire que des cataractes aridi-siliqueuses, mais alors pures sans dépôts de membranes pupillaires, ou de vestiges d'artère hyaloïde peuvent résulter de la transformation d'une cataracte juvénile ramollie.
Il nous reste à citer quelques formes congénitales de cataracte qui méritent, à cause de leur extrême rareté, plutôt leur mention dans une monographie que dans un traité clinique. Ce sont : la cataracte fusiforme. Lorsqu'on a occasion d'observer beaucoup de cataractes zonulaires, on peut rencontrer des cas où, sur les pôles antérieurs et postérieurs de la zone opaque, il se greffe une opacité qui donne alors à la totalité des parties opaques la forme d'une toupie. Ou rencontre de même des sujets chez lesquels cette opacité, passant du pôle antérieur au pôle postérieur, se combine seulement
I avec un vestige de la cataracte zonulaire entourant dans une pupille dilatée comme une auréole de saint le noyau. Enfin il se présente, d'après Knies (1), une opacité traversant de part en part le cristallin suivant son axe antéro-postérieur. Au centre, qui est transparent, l'opacité se répand sous forme de
j clochette à l'entour des parties transparentes. Vers les pôles antérieurs et postérieurs on voit parfois s'étaler l'opacité en plaquettes, parfois avec une
(I) Ueber den Spindelstaar u. die Accomodation bei deimelben (Archiv. f. Ophthal., t. XXIII, p. 320).
DE WECliER. —
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légère dépression de la capsule. Comme ces cataractes partielles et station! naires se rencontrent surtout sur certains sujets dans des familles où d'autres variétés de cataractes se sont présentées (cataractes zonulaires), et comme elles paraissent héréditaires, on est porté a les considérer comme un arrêt de développement.
La cataracte polaire antérieure et postérieure peut résulter du développement incomplet d'une cataracte fusiforme ayant laissé les parties centrales du cristallin non envahies. Nous avons déjà parlé des opacités siégeant vers les pôles antérieur et postérieur du cristallin qui se rapportent, elles, soit à la persistance de la membrane pupillaire, soit à»celle de l'artère hyaloïdienne.
Parmi les anomalies congénitales du cristallin, nous devons encore citer les malformations qui sont le coloboma cristallinien, le lenticonus et Yectopie cristallinienne.
1° Le coloboma lenticulaire ne s'observe que dans les cas où à la suite d'une fermeture tardive de la fente oculaire, il est survenu un arrêt dans le développement de la choroïde et de l'iris, et que comparativement avec le coloboma de cette membrane, il y a eu arrêt dans le développement du corps vitré, d'une partie de son enveloppe et par suite de la zonule. On ne rencontre jamais cette déformation du cristallin, signalée par de Arlt, que lorsque le manque de développement porte sur l'anneau ciliaire, c'est-à-dire lorsque le coloboma choroïdien, des plus accusés, se confond avec celui de l'iris ; au contraire, le cristallin montre un bord équatorial absolument régulier lorsqu'il existe un coloboma isolé de l'iris ou de la choroïde. C'est donc dans les cas de coloboma les plus prononcés du tractus uvéal, combinés toujours à un certain degré de microphthalmie que nous avons pu rencontrer sur le bord du cristallin une incurvation dont le sommet se trouve dirigé exactement dans l'axe du coloboma clioroïdien et iridien. Dans les colobomas de la choroïde qui n'atteignent même pas le corps ciliaire on peut, à travers le coloboma de l'iris, se rendre compte que le cristallin ne présente même pas le moindre élargissement du contour qu'il montre près de son bord par la réflexion totale de la lumière.
2° Une difformité du cristallin rappelant le kératocone et désignée comme lenticonus a été observée deux fois (Webster, Piacido). L'absence complète de toute opacité, ni du côté de la cornée, ni de la cristalloïde antérieure, exclut toute idée d'une confusion avec la cataracte pyramide, le cône proéminant comme élevure absolument transparente dans la chambre antérieure. L'anomalie paraît congénitale, quoique dans le cas observé par Placido, à la clinique de M. Van der Laan, ce trouble visuel ne fût constaté qu'à l'âge de la puberté. Il faudrait bien se garder de confondre avec un lenlicone la différence de réfraction notable qui se produit parfois comme symptôme prodromique de la cataracte, entre le noyau et les masses corticales et qui à l'exploration avec le miroir plan donne absolument les ombres du kératocone et simule un changement de courbure du cristallin. Pour le
FRÉQUENCE DE LA CATARACTE. 913 diagnostic l'exploration des reflets capsulaires antérieurs est donc indispensable, afin de se convaincre que l'on a affaire à une véritable procidence anormale de la surface cristallinienne à t ravers le champ pupillaire.
On ne devrait pas non plus ranger dans le lenticone des changements de courbure de la surface postérieure du cristallin coïncidant avec la persistance I plus ou moins complète de l'artère hyaloïde et la formation d'une cataracte polaire postérieure. Dans le cas de M. Webster il est fait justement mention I d'un trouble ponctué d'une petite cataracte polaire postérieure du cristallin. : M. Otto Becker décrit dans son ouvrage (p. 125) l'œil d'un lapin dont la j surface postérieure présentait, en présence d'une artère hyaloïde persis- I tante, une procidence conique, qui sous la cristalloïde intacte proéminait I dans le corps vitré et y reconnaît un arrêt, de développement et un manque j de jonction des fibres. Sera-t-il permis de conclure de ce fait à ce qui a été observé chez l'homme?
3° Il a déjà été question des déplacements congénitaux (p. 813) du cristallin, qu'on a si improprement désignés comme ectopies. Cette anomalie doit j aussi se rattacher comme le coloboma cristallinien à un arrêt dans le dévej loppement de la zonule, et se rencontrer dans le cas où le cercle choroïdien montre un manque congénital. Il est bien connu que sans coloboma indien nous pouvons avoir des colobomas centraux, situés à une assez grande distance du nerf optique. Il est probable que le coloboma peut même se développer dans une région antérieure de la choroïde et coïncider avec un coloboma du corps vitré et de la zonule. Il est de fait que presque toujours l'ectopie cristallinienne coïncide avec un déplacement congénital de la pupille, une corectopie. L'anomalie congénitale du corps vitré me parait aussi expliquer, jusqu'à un certain point, pourquoi l'ectopie cristallinienne se transforme si aisément en Une véritable luxation de la lentille. L'examen histologique d'une ectopie cristallinienne n'a pas encore été fait ; elle se présente presque toujours en haut et latéralement. Jusqu'à présent on n'a non plus connu une luxation congénitale du cristallin dans le corps vitré, ni une | aphakie congénitale, outre celle qui concorde avec un certain degré de buphthalmie, résultant d'une destruction intra-utérine de la cornée avec sortie du cristallin.
ARTICLE V
FRÉQUENCE DE LA CATARACTE EN GÉNÉRAL ET DES INFLUENCES PROFES- SIONNELLES QUI PRÉDISPOSENT A LA PRODUCTION DE LA CATARACTE
Nous avons longuement insisté, dans l'article qui a pour objet l'étiologie de la cataracte, sur la diversité des causes générales et locales sous l'influence desquelles peut se développer un trouble de transparence du cristallin. Il nous reste pourtant à examiner s'il n'existe pas des conditions ! professionnelles hygiéniques et climatériques qui constituent des causes pré-
DE WECKEK. —
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disposantes de cette altération cristallinienne. On a autrefois admis que, parmi les personnes atteintes de cataracte , on comptait beaucoup plus d'hommes que de femmes, et ceci aurait été d'autant plus surprenant que, la durée moyenne de la vie étant à peu près aussi longue pour ce sexe que pour le nôtre, il devrait présenter un aussi grand nombre d'altérations séniles du cristallin. Nos statistiques prouvent que le nombre des femmes cataractées est plus considérable, à part la cataracte traumatique à laquelle les professions qu'ils exercent exposent beaucoup plus les hommes. Certaines professions viriles, et les conditions défavorables où sont placés ceux qui les remplissent, doivent exercer quelque influence sur la production de la cataracte. A ce sujet, nous dirons, comme l'a fait Wenzel (1), que « les personnes qui sont exposées à un feu vif, comme les forgerons, les serruriers, les verriers et autres ouvriers de ce genre », sont plus sujettes à la cataracte que les autres. De tout temps, on s'est accordé à accuser ces différents métiers d'exercer sur le cristallin une action nuisible, soit par la réverbération d'une lumière très intense, soit par l'action directe du foyer calorifique sur le globe de l'œil. Mais Furnari (2) objecte à cette croyance que, si elle était fondée, dans les pays chauds (en Algérie, par exemple) la cataracte devrait être très fréquente, ce qu'il nie pour sa part.
Nous sommes, quant à nous, loin d'attribuer les inconvénients qu'on rattache communément à l'exercice des professions susdites, au séjour dans un climat torride, ou à l'action prolongée d'une lumière vive et d'une chaleur royonnante intense. Ce qui nous paraît favoriser, dans ces circonstances, le développement de la cataracte, ce sont bien plutôt les abondantes déperditions d'eau qui se font par la peau, sous l'influence prolongée d'une haute température et d'un violent exercice musculaire. C'est ainsi que la cataracte s'observe si souvent dans les régions intertropicales, chez les personnes surmenées, au milieu même de la saison la plus chaude. A l'appui de cette opinion, nous citerons la' fréquence relative de la cataracte chez les habitants de la campagne, où cette particularité ne paraît pas se rattacher uniquement à l'insuffisance de l'alimentation. D'ailleurs, parmi ces derniers, les vignerons, que le travail au soleil et sur un sol échauffé expose à des transpirations prolongées, sont peut-être ceux qui sont le plus souvent atteints. Il est à regretter que nous ne trouvions actuellement aucune indication statistique sur cette matière dans la littérature médicale des pays équatoriaux, et que nous soyons réduits à nous en tenir là-dessus à des indications aussi peu précises (3).
(1) Traité de la cataracte. Paris, 1806, p. 5.
(2) De la prétendue influence des climats sur la production de la cataracte ou de l'innocuité de la réverbération directe de la lumière sur les milieux réfringents de l'œil (Annales d'oculislique, t. XIII, 1845, p. 158).
(3) Ainsi, le docteur Sigaut, médecin de l'empereur du Brésil, publiait, en 1845, leslignes suivantes : » La fréquence delà cataracte sous l'influence d'une lumière trop abondamment répandue dans l'atmosphère n'a rien qui doive étonner dans les latitudes équatoriales. » (Annal, d'oculist., t. XIII, p. 167.)
FRÉQUENCE DE LA CATARACTE. 915 Nous ne pensons pas devoir, comme M. de Hasner (1), considérer la multiplicité des traumatismes propres à certaines professions comme capable d'expliquer la fréquence des cataractes qui s'y observent, surtout relativement à ceux des métiers où l'on travaille près d'un grand foyer de chaleur. En effet, chez les verriers, où ces traumatismes sont évidemment très rares, la fréquence de la cataracte semble cependant constatée. Il serait à désirer, a ce propos, que l'on réunît en corps les faits épars où l'action d'une chaleur intense quelque peu prolongée a été reconnue comme ayant donné lieu à la formation d'une cataracte (2).
Parmi les professions dans lesquelles la cataracte s'observe avec une certaine fréquence, de manière à confirmer l'influence que nous attribuons à une diminution de la proportion d'eau contenue dans les sucs parenchymateux, nous signalerons celles des mineurs employés à l'exploitation du | sel gemme (Pologne). On est tout naturellement porté à admettre, relativement à ces faits, l'action spéciale du chlorure de sodium ; car les ouvriers ' attachés aux autres mines et soumis à des conditions hygiéniques presque j identiques ne présentent pas la même particularité.
Nous voudrions appeler l'attention sur un dernier point non encore mis à l'étude, à savoir si certains états de réfringence de l'œil n'auraient pas une influence prédisposante au développement de la cataracte, comme, par exemple, des degrés avancés d'hypermétropie où une tension prolongée de l'accommodation, accompagnée d'un rétrécissement de l'espace périlenticulaire, est nécessaire, lorsque les sujets en question exercent un état qui les force à s'adapter constamment pour des objets très rapprochés. Comme il semble en outre prouvé que, pendant la contraction du muscle ciliaire, destinée à j augmenter la convexité du cristallin, la quantité de sang qui afflue dans les j parties antérieures du tractus uvéal se trouve diminuée, il en résulte que, tant que dure cette contraction, les matériaux de nutrition n'arrivent plus aussi abondamment dans ces parties, et que ce phénomène doit, à la longue, retentir sur la nutrition du cristallin lui-même. Des statistiques viendront peut-être plus tard jeter quelque jour sur cette obscure question de l'étiologie de la cataracte, et nous éclairer, en même temps, sur la prédisposition que l'hérédité détermine manifestement, dans un certain nombre de cas.
Même dans l'ouvrage si étendu de M. Otto Becker les données géographiques sur la répartition de la cataracte ne sont représentées que par un
(1) Enlwurf einer anatomischen Begrùndung der Augenkrankheiten. Prag.,1847, et Prager Vierteljahrschrift, Jahrg., VIII, 1851.
(2) Froriep rapporte un cas dans lequel un plâtrier descendu dans un four encore chaud en serait remonté avec une cataracte double et complète.
Fronmûller raconte qu'un monsieur assis, dans un café, près d'une croisée qui donnait passage aux rayons solaires, accuse tout à coup une très violente douleur dans l'œil tourné vers la fenêtre, et l'on y remarque ultérieurement une cataracte qui s'est développée très rapidement. On examine avec soin la fenêtre près de laquelle se trouvait le malade, et on y voit une large bulle qui, agissant comme Lentille, avart concentré les rayons lumineux sur l'œil affecté ultérieurement de cataracte.
DE WECKER. — MALADIES DU CKISTALUN.
tableau dressé sur 13290 malades (1) observés dans les années 1872-74 à notre clinique, et un semblable travail fait à la clinique de M. Horner sur un chiffre de 5000 malades. A la suite de ces deux tableaux nous en plaçons un troisième dressé par M. Esmerian sur le modèle de notre premier tableau, mais portant sur un nombre triple, c'est-à-dire de 40000 malades. On voit par la comparaison, comment change de suite le nombre proportionnel qui, pour les maladies cristalliniennes en général, tombe de 16,5 pourlOOà 12,09 pour 100. Une comparaison absolue entre nos tableaux et celui de M. Horner ne peut pas être établie, par la raison que, contrairement à M. Horner, nous n'avons pas cru devoir comprendre, parmi les maladies proprement dites du cristallin, des luxations et ectopies.
(1) Voy. Graefe-Saemisch, IV, p. 470.
Tableau de 5000 malades (clinique de Zurich)
0/0 de tous les malades
0/0 des affections du cristallin
0/ Ode toutes les cataractes
Cataractes acquises de jeunes su-
Cataractes traumatiques
Total des affections du cristallin. . .