C. Ulcère profond de la cornée
Nous pouvons, au point de vue clinique, distinguer trois variétés d'ulcères profonds. Ce sont : a, l'ulcère non inflammatoire, asthénique ; b, l'ulcère inflammatoire, sthénique; et c, l'ulcère infectant ou rongeant de la cornée.
Dans cette division l'élément douloureux, ainsi que les phénomènes d'irritation (blépharospasme, photophobie), ne doivent pas entrer en première ligne pour déterminer le genre clinique de l'affection. Mais on doit donner la plus grande importance aux symptômes inflammatoires qui accompagnent le
MALADIES DE LA CORNÉE
développement et la marche de l'ulcère et lui impriment un caractère particulier.
a. Ulcère profond non inflammatoire ou asthénique de la cornée.
Le genre d'ulcère qui se développe d'emblée (sans être précédé d'abcès), de préférence dans les parties centrales ou tout à fait sur la limite même, de la cornée, ressemble beaucoup à la variété superficielle que nous avons décrite comme ulcère par absorption. Aussi rencontre-t-on ici une perte de substance entourée d'une partie de cornée en apparence tout à fait saine. Les bords sont taillés à pic dans un tissu transparent; à peine l'éclairage oblique nous révèle-t-il une légère teinte grisâtre composée de petites stries rayonnantes dirigées de la périphérie vers le fond de l'ulcère.
Ces ulcères, lorsqu'ils siègent dans les parties centrales de la cornée, ont habituellement une forme arrondie (ovalaire) ; mais lorsqu'ils occupent la limite de cette membrane . ils se trouvent ainsi nettement circonscrits au dehors, tandis qu'ils offrent vers le centre une délimitation déchiquetée, mais à contours arrondis. Si l'ulcère a peu d'étendue, comme il arrive souvent lorsqu'il siège vers la périphérie, on est frappé de sa profondeur et on j s'étonne qu'il ne détermine pas une perforation brusque. Pour les ulcères ! asthéniques siégeant dans les parties centrales de la cornée, on n'assiste guère à une telle persistance d'un creusement profond de la cornée, attendu que ces ulcères ont généralement une étendue plus grande, et que, lorsqu'ils ont atteint une certaine profondeur, la membrane de Descemet se bombe en avant et peut se mettre au niveau de la surface de la cornée, ou même la dépasser (kératocèle). La parfaite transparence du bord et du fond de ces ulcères peut tromper l'observateur sur l'imminence d'une perforation à laquelle ils aboutissent aisément.
Le caractère clinique particulier de l'ulcère asthénique profond est la très longue persistance de l'affection qui, sans s'étendre sensiblement, sans provoquer des symptômes irritatifs bien marqués, dure ainsi des semaines ou I même des mois sans aboutir à une guérison. Ce n'est que lorsque la destruc- ! tion insensible des parties les plus profondes de l'ulcère a amené une perforation, qu'on voit parfois la marche de la maladie prendre une allure un peu plus vive, les bords de l'ulcère s'arrondir, le fond s'élever et, sans pourtant qu'une teinte grisâtre bien accusée gagne les parties malades, la cicatrice s'effectuer, laissant une facette assez marquée que révèle le reflet de la surface épithéliale miroitante, mais dépourvue d'une coloration morbide quelque peu tranchée.
Sur le bord de la cornée, la réparation s'effectue bien plus souvent en s'accompagnant du développement d'un nombre considérable de vaisseaux et en laissant une cicatrice plus apparente, qui se confond avec la limite scléroticale.
La ressemblance de l'ulcère asthénique profond et de l'ulcère par absorption est souvent telle que, si ce n'était la tendance du premier à aboutir