MASSES OSSEUSES DANS LA CHOROÏDE
aussi la vascularisation assez abondante se montre même lorsque les yeux présentent déjà un degré avancé d'atrophie. M. Knapp(l) a particulièrement porté son attention sur ce sujet, et a constaté que c'est de la face interne de
Coupe do la choroïde (c/i) ossifiée, éçlaircie par la térébenthine.
la choroïde que prend naissance la substance osseuse. Suivant M. Alt (2), ce serait même la couche la plus interne, la lame vitrée et ses excroissances verruqueuses, qui deviendraient tout d'abord le siège de dépôts calcaires
Fig. 132.
«, trabécules osseuses; b, interstice rempli de gouttelettes graisseuses, de cristaux de cholestéarine el de margarine. On aperçoit entre les trabécules osseuses (c) le pigment choro'ulien en partie pris de dégénérescence graisseuse (Haase).
et d'une véritable ossification. Il se développe ainsi une coque osseuse qui s'étend plus ou moins loin en avant, ou des anneaux, ou des plaques incurvées composées de tissu osseux et constituées de réseaux de trabécules osseuses tels que les représentent les figures 131 et 132.
(1) Archivfûr Augenheilk., t. II, l, p. 133.
(2) Compendhtm der nom. und path. Histologie des Auges, 1880, p. 144.
494 DE WECKER. — MALADIES DE LA CHOROÏDE.
Les vaisseaux de la masse osseuse de nouvelle formation se trouvent en communication directe avec ceux de la choroïde, et ce serait, suivant Knapp, la chorio-capillaire, si riche en vaisseaux, qui livrerait les matériaux essentiels à la formation des masses osseuses, qui cessent de se développer là où se termine la chorio-capillaire. Ce sont essentiellement les produits inflammatoires exsudatifs, et ceux résultant de la diapédèse et de la prolifération cellulaire, qui s'ossifient, ou plutôt vers lesquels s'étend l'ossification, car jusqu'à présent on ne connaît pas d'ossification proprement dite de la choroïde à tissu intact. Il est vrai qu'au voisinage des anciens foyers inflammatoires on rencontre, imbriquées dans la chorio-capillaire, de petites plaques de tissu osseux [Pagenstecher (1)], mais reste à savoir jusqu'à quel point les produits inflammatoires qui leur ont donné naissance ont disparu autour du foyer morbide principal.
A mesure que la masse osseuse acquiert son développement, la couche vitreuse s'use, et il peut ainsi se développer une coupe osseuse s'étendant jusque derrière le cristallin pétrifié. Cette coupe est recouverte à l'intérieur d'une mince trame de tissu cellulaire, vestige de la rétine atrophiée, ainsi que des résidus de masses inflammatoires non ossifiées. Près de Yora serrata, il est possible de poursuivre cette trame cellulaire qui, traversant l'intérieur de l'œil, peut représenter une cloison sur laquelle rampe le tissu osseux, parce que c'est bien vers les produits inflammatoires que pousse l'ossification, qui, dans son terme le plus avancé, finit par former, dans certains yeux réduits, une véritable capsule plus ou moins fermée, représentant sur des yeux fortement atrophiés une gourde à col étranglé. Pendant qu'évolue cette ossification dans la région postérieure de l'œil ayant conservé ses ressources nutritives, on voit que les parties antérieures du globe oculaire, dont la nutrition a principalement souffert par le retrait cicatriciel, deviennent exclusivement le siège de simples dépôts calcaires.
Ce ne sont pas seulement les produits inflammatoires qui, sur leur retour, peuvent s'ossifier; nous voyons (fig. 133, empruntée à M. Alt) qu'il en peut être ainsi pour des néoplasies malignes, des sarcomes, par exemple. Ici doit être notée la transformation préalable de pareilles tumeurs en cartilage hyalin (chondro-sarcome choroïdien).
Les maladies qui prédisposent le plus à l'ossification de la choroïde sont les choroïdites, suite de traumatismes. Cette altération se montre bien moins dans les formes pures d'irido-choroïdites (Stellwag, Knapp) que dans les choroïdites suppuratives lentes , qui n'ont pas, après le traumatisme, entraîné la perforation, mais où peu à peu le pus s'est condensé et où une phthisie partielle s'est développée. Certains auteurs admettent avec raison qu'une transsudation abondante avec inflammation hyperplastique (décollement de la rétine) doit avoir précédé pour favoriser la transformation
(1) Archiv fiir Ophthalm., t. Vit, 1, p. 93.