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En consacrant à cet ouvrage le temps que j'ai pu dérober à mes occupations cliniques, mon désir a été avant tout de composer un manuel élémentaire, simple, clair et pratique de réfraction et d'accommodation. J'ai visé néanmoins à rendre ce traité complet : ce n'est pas, certes, qu'il contienne tout ce que la science nous a révélé jusqu'aujourd'hui sur la matière; mais j'espère qu'il présentera tout ce qui est indispensable à l'ophthalmologiste.
Lorsqu'on traite sérieusement de réfraction, c'est-à-dire d'optique, on ne saurait évidemment se passer de mathématiques. Il est à espérer qu'un jour la partie de la physique qui fait le fond de notre sujet sera assez familière à tout médecin pour qu'une formule ne l'effraie pas. 11 n'en est pas encore ainsi aujourd'hui. Le zèle de la plupart des lecteurs se trouve refroidi par des déductions mathématiques, et ils ferment au plus vite un livre dont les pages contiennent des lettres assemblées de façon à former des expressions qui, pour beaucoup, sont vides de sens.
Gela n'empêche pas que nous ne voyions s'élever autour de nous une jeunesse plus instruite que nous, plus désireuse de connaître et plus apte à approfondir une partie si importante de la médecine.
Cette différence entre les lecteurs constitue une des grandes difficultés de notre œuvre. Si -l'on écrit eh vue des uns, on reste nécessairement fort incomplet; en s'adressant aux autres, on restreint considérablement son public.
J'ai essayé de sortir de ce dilemme en isolant la partie mathéma-
matique du reste de l'ouvrage. J'en ai fait un chapitre à part, qui contient donc toutes les analyses nécessaires à la résolution des problèmes que présente l'objet de notre étude.
Néanmoins cet exposé reste élémentaire et simple, n'exigeant du lecteur aucune de ces connaissances préliminaires qu'on a si souvent oubliées. Nous commençons par le commencement, par le point lumineux, émettant des ondulations qui rayonnent dans tous les sens. Nous suivons ces dernières d'un milieu dans l'autre, à travers une surface plane, à travers des surfaces sphériques, formant des systèmes de plus en plus composés.
On ne doit pas s'attendre, toutefois, à lire un traité d'optique. Les déductions ne sont ni multipliées, ni généralisées. Dans toutes ces considérations, nous avons constamment en vue notre but spécial, l'exposition des faits indispensables à l'ophlhalmologiste. Chaque théorème trouve de suite son application pratique : la surface convexe unique devient cornée; le deuxième milieu, humeur aqueuse ou vitrée; le système formé par deux surfaces sphériques, la lentille, se retrouve à propos du cristallin ou du verre de lunettes; les deux systèmes réunis ensemble composent l'appareil dioplrique de l'œil.
En suivant la marche de la lumière à partir de l'objet qui l'envoie successivement à travers tout cet appareil, nous la voyons arriver finalement au fond de l'œil, où elle forme l'image rétinienne. Cet exposé se fait pas à pas, sans transition brusque, chaque conclusion découlant rigoureusement des faits exposés, chaque formule trouvant son explication dans ce qui précède.
J'espère qu'ainsi ce premier chapitre pourra dispenser le lecteur de tout autre livre de physique ou de mathématiques, pour ce qui concerne la résolution des problèmes les plus essentiels de la réfraction et de l'accommodation de l'œil : lieu de formation des images produites par le système dioptrique de l'œil, leur grandeur, la longueur des yeux amétropes, l'influence sur ces images des différentes parties de l'appareil réfringent de l'œil et de leurs variations, le grossissement ophthalmoscopique, etc.
Les questions mathématiques indispensables étant ainsi traitées,
INTRODUCTION. m nous n'y revenons pas dans le reste de l'ouvrage. Celui-ci forme, de cette façon, un manuel élémentaire de réfraction et d'accommodation, dépouillé d'analyses et de formules. Cependant le lecteur le comprendra facilement, même sans avoir lu le premier chapitre. Il y aura seulement des renvois h cette partie mathématique pour ceux qui désirent l'explication complète des lois appliquées dans les chapitres suivants, et la justification de leur emploi.
Ici encore nous procédons par degrés, sans nous perdre dans les détails, sans aborder plusieurs questions à la fois; nous passons du simple au compliqué, des faits généraux à leurs conséquences particulières.
Il nous a semblé qu'on ne tenait pas assez compte, en pratique, de l'accommodation et de la convergence, et des rapports entre ces deux fonctions, si essentiels à la vision binoculaire. Elles sont cependant devenues extrêmement simples à manier depuis l'introduction du système métrique en ophthalmologie, qui a donné comme mesure, pour la première, la dioptrie, pour la seconde, l'angle métrique (1). Aussi n'avons-nous pas craint de nous étendre sur ce sujet plus longuement qu'on ne le fait généralement dans les traités d'optique oculaire.
Un chapitre sur les méthodes de détermination ne pouvait manquer à notre traité de réfraction, quoique notre excellent ami Snellen ait déjà abordé cette question dans le premier volume de cet ouvrage. Mais, notre but n'étant pas absolument identique au sien, nous avons suivi un autre plan; et, écrivant pour la pratique plutôt que pour la science, nous n'avons donné que les procédés vraiment applicables à la première. Tous les principes d'optomélrie se trouvent, il est vrai, exposés; mais nous nous abstenons d'entrer dans la description de tous les spécimens d'optomèlres.
Le fascicule qui paraît aujourd'hui contient d'abord, outre le premier chapitre physique, Tétude de l'appareil dioptrique de l'œil, et son fonctionnement à l'état de repos et d'accommodation. Il donne la définition de l'emmétropie, de l'amétropie, celle de l'accommo-
(I) Nagel.
dation, de même que les principes de leur détermination. Vient ensuite l'exposé des différentes amplitudes d'accommodation, la convergence et ses rapports avec l'accommodation, l'amplitude d'accommodation binoculaire. Un troisième chapitre est consacré aux méthodes pratiques de détermination de la réfraction, de l'accommodation et de la convergence.
Enfin vient l'astigmatisme régulier et irrégulier, que nous avons trouvé avantageux de traiter séparément et dans son ensemble.
La seconde et dernière partie comprendra les chapitres purement cliniques : les causes de l'amétropie, les altérations pathologiques de l'accommodation et de la convergence, leurs symptômes et leur traitement.
Landolt.