‹ Traité complet d'ophthalmologie [electronic resource]Chapitre 104 sur 332 · PARTIE CLINIQUE (HYPERMÉTROPIE TYPIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE CLINIQUE (HYPERMÉTROPIE TYPIQUE

A. Hypermétropie faible. — Dans les degrés faibles d'hypermétropie, cet arrêt de développement n'est guère perceptible. L'œil normal montre déjà tant d'écarts dans sa longueur et dans le degré de courbure de ses surfaces que, sans la détermination directe de la réfraction, il n'est pas possible de distinguer un œil faiblement hypermétrope d'un œil emmétrope.

De plus, nous avons déjà dit qu'au point de vue de leur constitution anatomique, aussi bien que de leur fonctionnement, ces yeux sont généralement aussi parfaits que les emmétropes. Nous n'avons qu'à rappeler certaines tribus de sauvages, examinés au point de vue de* leur réfraction, qui à leur hypermétropie unissent une acuité visuelle jusqu'à deux fois supérieure à la moyenne de nos pays. Nous n'avons d'ailleurs pas besoin d'aller si loin pour vérifier ce fait. Nous le constatons tous les jours parmi nous-mêmes. Les hypermétropes faibles, qui constituent probablement la majorité des yeux, ont presque tous une très bonne acuité visuelle. Leur amplitude d'accommodation est la même que celle des emmétropes, et les excursions de leurs yeux sont au moins aussi étendues.

B. Hypermétropie moyenne. — Dans les degrés moyens, par contre, le type hypermétrope s'accuse déjà visiblement. Il se trahit quelquefois même par la conformation du crâne et de la face. Cette dernière est caractérisée par son peu de relief. Elle paraît aplatie, surtout au niveau de la racine du nez, du front, des bords orbitaires et de l'os zygomatique. En un mot, le type hypermétrope du Visage tient un peu du mongol. On dirait que la petitesse de l'œil correspond à un manque de profondeur de l'orbite (1).

Le rapport entre la conformation du crâne et celle de l'œil est plus frappant encore dans certains cas d'asymétrie du crâne et de la face. On rencontre très souvent des personnes dont une moitié de la tête est visiblement plus petite que l'autre : une moitié du front est peu développée, fuyante, la pommette plus ou moins aplatie, le diamètre de la joue moindre que de l'autre côté. La même différence se retrouve entre les deux moitiés du palais. Un côté du menton est comme atrophié par rapport à l'autre. La ligne médiane de la face n'est pas droite; elle est légèrement incurvée, tournant sa convexité vers la partie la plus développée, comme si cette dernière tendait, par sa croissance plus active, à entourer l'autre arrêtée dans son évolution. Très souvent la mensuration ou même la simple inspection du crâne dénote une différence analogue.

Or, à la moitié la moins développée de la tête correspond, dans la majorité des cas, l'œil dont la réfraction est la plus faible, l'œil le plus petit, le plus souvent hypermétrope, ou présentant une hypermétropie plus élevée, si. cette anomalie de la réfraction existe des deux côtés (2).

(1) Donders, loc. cit., p. 252, édit. anglaise; p. 212, édit. allemande.

(2) /fttrf., p. 558, édit. anglaise; p. 433, édit. allemande. — Landolt, Relations hctween the conformation of the cranium and lhat of tlie eije (Britiali med. Ass. -Meeting at (kuiibridge, Aug. 1880. Britisli. med. Journal, April 1881).

Il est vrai que cette règle admet des exceptions fréquentes, sur lesquelles nous n'avons jamais manqué d'insister. Le lype crânien hypermétrope dont nous avons parlé plus haut, peut aussi faire défaut dans des cas d'hypermétropie moyenne, mais, ce qui ne manque presque jamais, c'est la forme particulière, caractéristique de l'œil m.ême.

Ces yeux sont généralement plus petits que les yeux normaux. Leur arrêt d'évolution est surtout prononcé dans le diamètre antéro-postérieur, de telle sorte que, sur une section méridienne, leur forme se rapproche du schéma que nous avons donné pagé 125, et que leur analogie avec les yeux d'animaux est très frappante. On n'a qu'à comparer ces sections avec la reproduction très fidèle du contour d'un œil de lapin, représenté par la figure IH.

La forme particulière de l'œil hypermétrope type ne peut d'ailleurs échapper à l'observateur attentif, même sans qu'il ait besoin de recourir à l'autopsie. Sa petitesse et sa grande mobilité frappent à première vue, et, lorsqu'on écarte et refoule les paupières vers la tempe, en faisant exécuter à l'œil une forte rotation vers le nez, la forme ellipsoïdale de ce dernier s'accuse par la forte courbure de sa région équatoriale. Sa petitesse se révèle par la possibilité de suivre son contour de l'œil, et surtout du doigt, en arrière de l'équateur, jusque vers le nerf optique. Cette forme hyperope est frappante, surtout quand on la compare à celle de l'œil myope, qui, comme nous verrons, se distingue par une espèce d'aplatissement de sa portion équatoriale. Chez l'hypermétrope, le contour monte raj)idement de la cornée vers l'équateur, pour redescendre aussi rapidement vers le pôle postérieur.

Si le raccourcissement de l'œil hypermétrope est tellement accusé qu'on le remarque à première vue, sans qu'il produise cependant plus qu'un degré moyen de cette amétropie, il faut présumer que le système dioptrique ne peut l)as être bien différent de celui de l'emmétrope; c'est-à-dire que l'hypermétropie typique est due au défaut de longueur de l'œil plutôt qu'à un aplatissement de ses surfaces réfringentes.

En effet, les mensurations ophthalmométriques, loin de révéler une courbure cornéenne moindre, en ont même démontré parfois une plus forte chez l'hypermétrope que chez l'emmétrope (1).

Chez cette catégorie d'hypermétropes, l'astigmatisme régulier commence déjà à se montrer très fréquemment, fait très important à noter, vu les autres difficultés de la vision avec lesquelles les hypermétropes se trouvent aux prises, à mesure que s'élève le degré de leur amétropie.

Le muscle ciliaire semble, suivant Iwanoif, affecter une forme particulière chez l'hypermétrope (p. 14-7). Il n'est pas plus puissant que celui de l'eni-

(1) Donders, loc. cit., p. 246, édit. anglaise; p. 207, c-drt. allemande.

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