PARTIE CLINIQUE (PROPHYLAXIE DE LA MYOPIE
par exemple. Ce dernier diminue de toute sa largeur la hauteur à laquelle on peut élever la tête de l'enfant, parce qu'il faut nécessairement qu'il passe ses genoux par-dessous la table pour être commodément assis. Les pieds seront soutenus par une planchette qui permette de les appuyer, sans que les cuisses soient comprimées par le bord de la chaise, ni les genoux élevés au-dessus de l'horizontale. La chaise aura de plus, pour les tout petits enfants, des bras destinés, d'abord à les empêcher de tomber, puis aussi à leur permettre de s'appuyer et de se reposer dans diverses positions. Le dossier ne doit jamais faire défaut. Il est surtout important lorsque l'enfant est assis d'une manière prolongée, comme à l'école, ou lorsqu'il fait ses devoirs à la maison.
La bonne construction des sièges et des tables et leur rapport réciproque ont fait l'objet de recherches et de publications des plus élendues. Il nous est impossible de les mentionner toutes (1). Nous nous contentons de citer les paroles de M. Esmarch, qui résument très bien les principes qui doivent présider à la construction d'un siège rationnel. Ce savant chirurgien dit : « Les écoliers deviennent scoliotignes et m?/ ope 5, grâce à la position coury> bée de leur corps, lorsqu'ils sont assis sur de mauvais bancs (construits » à l'ancienne mode). Leur taille se courbe, lorsque le banc est trop éloigné » de la table, lorsqu'il est trop bas par rapport à celle-ci et qu'il est » dépourvu de dossier. Aussi les sièges ne sont-ils inoffensifs que lorsque » l'enfant peut être assis dessus, le corps droit, pendant qu'il lit ou qu'il » écrit, et lorsqu'il peut conserver cette position longtemps sans fatigue. Pour » remplir ce but, il faut : 1° que le banc soit élevé au-dessus du plancher (ou » delà traverse pour les pieds) de la longueur des jambes de l'enfant (mesu- » rée du jarret à la plante du pied) ; 2° il doit être aussi large que les cuisses » sont longues (distance du jarret au dos); 3°le bord antérieur, arrondi, du » banc doit s'avancer de 2 à 3 centimètres au delà du bord interne de la stable; 4° les sièges doivent être assez élevés pour que l'enfant puisse, » quand il écrit, appuyer commodément ses avant-bras sur la table, sans » lever les épaules et sans pencher la tête ou le corps; 5° la partie inférieure » du dos doit être convenablement appuyée pendant la lecture (au moyen » d'un dossier court). Ces conditions variant avec la croissance des enfants, » il est utile de contrôler les mesures ci-dessus et de corriger les sièges au » moins tous les six mois (2). »
Les pieds seront, autant que possible, avancés sous la table, et non repliés en arrière au-dessous du banc. La première précaution rend l'abaissement
(1) Fahrner, Das Kind und der Schidtisch. Zurich, 5' éd., 1865. — Parow, Berliner Schuheilung, 1863. — Cohn, Die Schiilhàitser auf dér Pariser Weltaiisstelliing . (Berl. klin. Woch., p. 41, 1867). — Cohn, Die Schulhduser. u. Schultische an der Wiener Weltausstellung, Breslau, 1876.— Buchner, Zur Schulgesundheiispflege. Niederrh. Corr.Bl., 1873. — Baginsky, Handb. d. Schulhijgiene. Berlin, 1877. — Cohn, Die Schulhijgiene an der Pariser Weltausstellung , Breslau, 1878.— Cardot, Traité du moliilier scolaire. Paris, 1881.
(2) Prof. Esmarch, Zur Belehrung ûber das Sitz,en der Schulkinder . Kiel, 1883.
de la tête inutile, la seconde presque impossible. Une autre condition essentielle pour éviter le rapprochement excessif et surtout une position capable d'amener et d'entretenir la congestion de la face, c'est que le livre qui sert à la lecture, et surtout le papier sur lequel on écrit soient placés sur un plan incliné. Celui-ci est obtenu, soit à l'aide d'un pupitre, soit simplement au moyen d'une planche et d'une pièce de bois qu'on glisse au-dessous d'elle plus ou moins en avant suivant le degré d'inclinaison qu'on désire lui donner. Cette mclinaison sera plus grande pour la lecture que pour l'écriture, parce que la construction de nos plumes y met des limites. La lecture se fera d'ailleurs bien mieux encore, le dos étant appuyé et tourné vers la lumière, le livre tenu des deux mains. De cette façon le lecteur aura toujours une tendance à éloigner le livre, par suite de la fatigue des bras, tandis qu'il s'en rapproche de plus en plus lorsqu'il l'a déposé sur la table et que les muscles de la nuque ne retiennent plus suffisamment la tète penchée en avant.
Il est d'ailleurs plus facile d'indiquer des règles que d'en obtenir l'exécution. Les enfants ont une tendance extraordinaire à rapprocher les objets outre mesure. On a donc inventé toute espèce de redresseurs (i) : des appuis pour le menton, ou un cadre dans lequel s'engage la face, portés par une tige qu'on visse à la table. Une courroie fixée au dossier élevé de la chaise est destinée à être passée autour du front et à tenir ainsi la tête plus ou moins droite. Il n'est pas difficile de se procurer des appareils de ce genre, — dont les plus simples sont toujours les meilleurs, — et de maintenir ainsi les yeux à une bonne distance de 30 centimètres au moins de la table.
Mais la lecture et l'écriture ne sont pas les seules occupations à courte distance. Si le peintre jouit du privilège enviable de pouvoir travailler debout, de se tenir à longueur de bras de sa toile et bien plus loin encore de son modèle, beaucoup de travaux nécessitent un rapprochement très considérable, et, ce qui est plus fâcheux encore, une position défavorable. Nous savons qu'on peut l'endre le premier de ces inconvénients moins nuisible à l'aide de verres convexes, qui allègent l'accommodation. Pour le second, il n'y a malheureusement pas d'autre remède qu'une interruption fréquente du travail. Cette précaution est d'ailleurs exigée pour toute application des yeux, et cela d'autant plus impérieusement, que les individus sont plus jeunes, plus faibles, et leurs yeux plus menacés de myopie progressive. Il est indispensable, nous le répétons, pour toute personne qui travaille à courte distance, de laisser reposer de temps à autre à la fois ses yeux et les muscles de son dos, en redressant le corps, et en regardant au loin vers un endroit sombre, ou même en fermant les paupières. Il n'est pas nécessaire pour cela de détacher aussi son esprit. La pensée ayant, au contraire, le loisir de s'élever quelque peu au-dessus des préoccupations de détail, ce regard à vol d'oiseau ne pourra que profiter au travail, quel qu'il soit.
(1) Sclireber, Aerztlicher BUck in das Schuhuesen. Leipzig, 1838, p. 22. — Cohn, Die Hygiène des Auges in den Schulen. Wien u. Leipzig, 1883, p. 105-112.