PARTIE CMNIQUE (TRAITEMENT OPTIQUE DE LA MYOPIE
ordinaire, quelle acuité visuelle ils atteignent avec une correction imparfaite ou nulle.
Mais ce qui pourrait étonner davantage encore, c'est la différence qu'on rencontre entre la force visuelle de myopes non corrigés, du même degré et de la même acuité visuelle, lorsqu'ils portent leurs verres correcteurs. Ainsi, il peut arriver que de deux myopes de 3 D, avec V = 1, l'un n'ait, à l'œil nu, que V=:0,1, l'autre V = 0,3. Il arrive de même que chez l'un l'acuité visuelle s'élève graduellement au fur et à mesure qu'on augmente la force du verre concave placé devant son œil, et que celui- ci se rapproche du numéro correcteur; chez l'autre, par contre, l'acuité visuelle ne variera presque pas, malgré des verres concaves de plus en plus forts, pour devenir presque subitement normale, lorsque l'amétropie est entièrement corrigée.
Ce fait trouve cependant une explication facile dans les variations du diamètre pupillaire, et leur influence sur la grandeur des cercles de diffusion, qui sont moindres pour une pupille élroite que pour une pupille dilatée Mais il s'explique surtout par la faculté plus ou moins développée d'analyser les images rétiniennes diffuses. Nous en avons déjà parlé à propos des degrés élevés d'hypermétropie. Ici encore nous aurons à admirer l'habileté à laquelle arrivent certains amétropes dans l'interprétation des cercles de diffusion. Cette faculté est, dans les deux cas, le résultat de l'exercice et de l'expérience.
Ainsi, tel myope qui, examiné dans notre cabinet avec nos lettres-types, n'obtiendra qu'une très faible acuité visuelle sans verre, reconnaîtra parfaitement un lapin à une certaine distance, le distinguera peut-être même de son chien, et le tirera; un autre, au contraire, sera perdu en rase campagne, tandis qu'il lira résolument les lettres de notre pancarte. C'est évidemment que le premier, par une longue expérience, a appris à se rendre compte de ce que le dessin imparfait esquissé sur sa rétine pouvait bien signifier en fait de gibier, le second, en fait de lettres. Pour y parvenir, ils ont mis à profil tous les deux encore une foule de détails, qui nous échappent à nous qui jouissons d'images nettes, et ne demandant presque aucun elîort d'interprétation, des détails dont ils n'ont même pas une conscience bien précise. Ainsi le premier utilisera, outre son image, encore les mouvements qu'elle subit, la couleur qu'elle présente, etc., etc.
Les jugements par exclusion jouent aussi, chez tous deux, un rôle considérable. Qu'on examine l'acuité visuelle à pupilles égales, avec des points ou des figures de formes inconnues, et la différence sera moins grande entre divers myopes de même degré et de même intelligence. N'oublions pas, en effet, que c'est cette dernière qui représente l'aide le plus puissant dans l'analyse de toute question, la solution de tout problème.
Quant à l'influence de l'exercice, citons une observation entre mille, qui se présente à propos au moment où nous écrivons ces pages : Un jeune homme de quatorze ans est emmétrope à gauche, et possède une acuité
visuelle de 1,5. L'autre œil est myope de 1 D et a la même acuité. Mais, sans le verre correcteur, la vision de cet œil n'est que de 0,3, donc 1/5 de la réelle. Et cependant l'amétropie n'est que très faible. Nous avons rencontré des myopes du même degré, présentant une acuité bien supérieure, jusqu'à 0,5 et plus de l'acuité totale. D'où vient cette différence? Évidemment, du fait que notre malade, ayant un œil emmétrope doué d'une vue supérieure, s'est habitué à des images rétiniennes nettes, et n'a jamais appris à analyser des images même aussi peu diffuses que celles de son œil myope. Si son œil gauche avait été égal au droit, nul doute que l'examen visuel de notre malade non corrigé n'eût donné un chiffre bien plus élevé.
La même cause doit placer les personnes dont la myopie s'est développée et a augmenté rapidement dans une situation bien plus pénible que ceux qui ont eu le temps de s'habituer à leur amétropie.
Si l'on considère ce que nous venons d'exposer, on arrive à une conclusion SI naturelle qu'on aurait pu déjà la poser d'avance, sans attendre la confirmation pratique, c'est que ceux qui ont essayé de déterminer le degré de l'amétropie à l'aide de la fraction d'acuité visuelle que présente l'œil non corrigé devaient parfaitement échouer dans leur tentative.
On comprendra aussi, d'autre part, pourquoi nous nous abstenons d'imposer l'usage de leurs verres correcteurs aux myopes qui ne se plaignent pas de l'insuffisance de leur vue. Aux jeunes personnes et aux [myopes faibles, nous recommandons même généralement de ne porter les verres qu'exceptionnellement. C'est pour cela que nous faisons monter ceux-ci en face-à-main ou en pince-nez, comme nous l'avons dit plus haut.
Si les myopes faibles ne sentent pas toujours le besoin de corriger leur amétropie, ceux de degré moyen ou fort ne sauraient se passer de verres concaves, pour grande distance du moins. On pourrait croire alors que, tant que les verres n'entraînent pas un effort d'accommodation, c'est-à-dire aussi longtemps que ceux qui servent pour grande distance, par exemple, ne dépassent pas le degré de la myopie, ils devraient être supportés sans danger et sans inconvénient.
Tel n'est cependant pas toujours le cas. Il est rare que le myope de degré et d'âge moyen se trouve bien de la pleine correction de sa myopie. Si nous donnons à un myope de 5 D le concave 5, nous risquons fort qu'il revienne au bout de quelques jours nous dire que ses verres le fatiguent, et que nous soyons obligés de lui en donner de plus faibles. De même que nous recommandons au myope faible de n'employer des verres que d'une façon intermittente, de même il est prudent de prescrire à ceux qui portent leurs lunettes en permanence, des numéros quelque peu au-dessous du degré de leur myopie. S'ils se montraient insuffisants, il serait toujours temps de les échanger contre de plus forts, ou, ce qui peut arriver surtout dans la myopie très élevée, de leur adjoindre, en cas de besoin, des verres auxiliaires.
Nous avons eu déjà l'occasion de dire que les plus forts degrés de myopie sont rarement exempts d'altérations du fond de l'œil. Cet état morbide de