TRAITEMENT DU SPASME D'ACCOMMODATION
Nous savons que les collyres mydriatiques et le repos des yeux sont des remèdes sûrs pour rompre le spasme idiopathique de l'accommodation.
Ils ne sauraient suffire évidemment là où la crampe du muscle ciliaire est liée directement ou indirectement à une cause locale ou générale. Ici leur emploi doit s'accompagner du traitement de l'affection fondamentale. Les inflammations des organes et membranes extérieurs des yeux seront traitées avec le plus grand soin. Une rétine surmenée réclamera un repos absolu, la protection contre toute lumière vive au moyen de verres fumés, voire même le séjour dans l'obscurité complète. Lorsqu'il y a en même temps hyperhémie et que l'état général de l'individu ne s'y oppose pas, des émissions sanguines à la tempe pourront être très utiles, comme nous l'avons vu, par exemple,
(1) Jany, Berl. klin. Wochenschr. (goitre comprimant l'un des nerfs sympathiques et produisant céphalalgie, myosis et spasme d'accommodation du même côté).
(2) Fraenkel {Thèse de Breslau, 1874), Migraine attrihuable à la paralysie du grand sympathique, blépharospasme, myosis, crampe accommodatrice unilatérales.
(3) Schliephake, Arch. f. Augen- u. Ohrenheilk., V, p. 286, 1876. La paralysie du centre cilio-spinal, qui détermine la myose des ataxiques, ne s'accompagne qu'exceptionnellement d'une tension anormale de l'accommodation (Hempel, Coppez).
(4) Stilling, Klin. Monatsbl., XllI, p. 5-30, 1875.
dans l'observation citée par M. Nagel. D'après le même auteur, des injections hypodermiques de strychnine seraient quelquefois efficaces.
L'insuffisance des droits internes sera traitée suivant les règles que nous avons indiquées pages 455 et 464.
Un œil qui pourrait donner lieu à un spasme d'accommodation par ophthalmie sympathique sera immédiatement énucléé.
Les maladies générales et les affections du système nerveux central qui pourraient être en cause fourniront la principale indication thérapeutique. Cette dernière variera naturellement suivant la nature du cas, suivant le siège de la lésion à combattre, suivant la constitution de l'individu qui en est atteint. Aussi nous est-il impossible de nous engager dans le détail du traitement applicable à chaque catégorie particulière. M. Pagenstecher (/oc. cit.) dit avoir guéri radicalement un cas de spasme d'accommodation dû à un état d'irritation spinale, à l'aide du courant constant, appliqué sur la colonne vertébrale. M. Leber obtint également, chez son malade, une guérison rapide par l'emploi de la morphine, en injections sous-cutanées.
LES MYOTIQUES
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On peut produire artificiellement le spasme du muscle ciliaire au moyen de certaines substances qu'on appelle des myotiques, parce qu'elles ont en même temps pour effet le rétrécissement de la pupille, la myosis.
Les myotiques les plus puissants et les plus employés dans la pratique proviennent de la fève de Calabar (faba calabarica ou semen physostigmatis,) fruit du Physostigma venenosum (Balfour). Cette plante, une espèce de Phaseohis, appartient donc aux Légumineuses.
On ne se servait autrefois, comme collyre myotique, que de Vextrait alcoolique de Calabar (Sharpey), dont M. Th. Fraser (1) découvrit l'action sur la pupille, M. Argyll Robertson (2) celle sur l'accommodation. C'est à ce dernier surtout que revient le mérite d'avoir introduit le nouveau médicament dans la pratique scientifique. Celui-ci fit ensuite l'objet des recherches de plusieurs savants (3), parmi lesquelles celles de Donders et Hamer sont les plus remarquables.
L'extrait alcoolique de Calabar, employé sous forme d'une solution qui n'était jamais tout à fait limpide, ou incoi-poré à des tablettes gélatineuses, ou porté sur la conjonctive à l'aide d'un papier imbibé de cette substance, était toujours plus ou moins irritant pour la muqueuse de l'œil. Il n'était pas toléré longtemps, et son action était assez incertaine, soit parla difficulté du dosage, soit par l'altérabilité de la préparation.
(1) Tti. Fraser, Thèse d'Édimbourg, juillet 1862.
(2) Argyll Robertson. Edimb. medico-surg. Soc, février 1883.
(3) Harley, Hulke, Bowman, Soelberg Wells, de Graefe, Rosenthal, Schelske et autres.