‹ Traité complet d'ophthalmologie [electronic resource]Chapitre 252 sur 332 · ANOMALIES. — GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

ANOMALIES. — GÉNÉRALITÉS

grand (1). Dans les conditions habituelles, cet angle, qu'on désigne par la lettre grecque Y, est positif, c'est-à-dire que le grand axe de l'ellipsoïde cornéen passe en dehors de la ligne de regard principale. Gomme il est généralement petit, et ne dépasse guère 3 à 5 degrés, le centre cornéen, qui nous sert de point de repère pour juger de la position d'un œil, nous parait sensiblement situé sur la ligne de regard de cet œil. Mais, pour peu que cette valeur augmente, le centre de la cornée, et avec lui le globe oculaire tout entier, nous paraît déplacé en dehors. Si nous ne sommes pas exactement renseignés sur la valeur de l'angle y, la ligne de regard elle-même nous semblera déviée en dehors; il y aura strabisme divergent apparent. Cet aspect s'observe parfois chez certains hypermétropes, l'angle y étant généralement plus grand dans l'hypermétropie que dans l'emmétropie. On peut cependant le voir également chez des emmétropes.

Si, au contraire, l'angle y devient nul ou même négatif, nous serons exposés à une erreur inverse. C'est ce qui arrive surtout dans la myopie. L'expérience de l'occlusion alternative de chaque œil, ou bien les mensurations plus précises dont nous allons parler nous mettront rapidement à même de rectifier notre jugement.

M. Schôler a indiqué (irc/t. f. Ophth., XIX, 1, p. 42-46, 1873) un procédé très ingénieux pour reconnaître de très faibles déviations d'un œil. L'idée, qui lui a été inspirée par Helmhoitz, est la suivante : Si l'on fusionne en une seule les deux images des yeux d'un individu, tout point symétriquement placé dans chacune des images apparaîtra sur un même plan, tandis que certains points, non symétriques, se peignant sur les rétines avec une disparation (2) plus ou moins considérable, paraîtra plus éloigné ou plus rapproché suivant son genre de disparation. C'est ainsi que l'iris, avec sa pupille généralement un peu décentrée, apparaît tantôt creusé en entonnoir, tantôt saillant, le bord pupillaire s'avançant contre la cornée.

En produisant sur chaque cornée un petit reflet en des points symétriques, les deux reflets sont généralement fusionnés en une image unique, située à peu près dans le plan pupillaire. Si les points ne sont plus symétriques (par suite d'une légère déviation de l'un des yeux), l'image unique apparaîtra bien en avant ou bien en arrière de la pupille. En déplaçant la flamme qui produit le reflet de l'œil dévié, on ramène l'image unique dans le plan pupillaire. On a ainsi, suivant l'auteur, un moyen d'une délicatesse extrême pour juger de la position réciproque des yeux (pour les détails du procédé, voy. l'article original).

Mensuration de l'angle y, de Vangle /. et du strabisme. — Si l'on prend le centre de la cornée comme point de repère pour apprécier la position du globe oculaire, il importe de savoir quelle dislance angulaire le I sépare de l'intersection de la surface cornéenne avec la ligne de regard,

(1) Voy. ce Traité, t. III, p. 110.

(2) Non-correspondance des deux images rétiniennes.

qui représente seule la direction réelle de l'œil. Nous n'avons, en effet, aucun moyen de déterminer directement le second point, lorsque la ligne de regard d'un œil n'est plus dirigée vers le point de fixation. La mensuration exacte du degré du strabisme ou de la déviation de la ligne de regard suppose donc la connaissance préalable de la valeur de l'angle appelé y. Cette valeur, lorsqu'elle est positive, devra nécessairement être soustraite de l'angle qui exprime le degré d'un strabisme divergent, ajoutée, au contraire, à l'angle de la déviation convergente, et vice versa.

En pratique, on peut mesurer l'angle y avec une exactitude suffisante au moyen du périmètre, dont l'arc est disposé horizontalement. L'œil en observation est placé à son centre. Il fixe le sommet ou le point 0 du demicercle, de façon que sa ligne de regard coupe ce dernier en ce point. L'examinateur promène alors le long de l'arc gradué une flamme de bougie, dont il vise le reflet cornéen, en déplaçant son œil parallèlement à la flamme. Le reflet arrivé au centre de la pupille, on peut admettre alors que la flamme et l'œil de l'observateur se trouvent sur le prolongement de l'axe cornéen. Le point du périmètre où s'est arrêtée la première marque l'intersection de cet axe avec l'arc périmétrique. La division correspondante à ce point indique en degrés la valeur de l'angle y (Javal) (1).

Quant à l'angle du strabisme, il est susceptible d'être mesuré au moyen de deux méthodes : l'une consiste à apprécier objectivement, comme dans la détermination de l'angle y, la position du centre de la cornée ; c'est la méthode objective. L'autre, la méthode subjective, qui n'est applicable que dans certains cas, repose sur l'écartement plus ou moins grand des doubles images qui se produisent quand la vision binoculaire simple est altérée. Nous nous en occuperons en détail en parlant du strabisme paralytique. Pour le moment, nous ne nous arrêterons qu'à la méthode objective et à ses principales variétés.

La plus pratique est celle que M. Javal a recommandée et qui est identique à celle qu'il a indiquée pour la mensuration de l'angle y. Le menton de la personne en examen repose sur le support du périmètre, de telle façon que le centre de rotation de l'œil dévié coïncide approximativement avec celui du demi-cercle. Elle est invitée à fixer un objet situé à cinq mètres au moins sur une ligne qui passe à travers le centre et le sommet du périmètre. Dans ces conditions, la ligne de regard de l'œil placé au centre de l'instrument, si elle avait une direction correcte, devrait passer par le point 0 de l'arc. Comme elle est, en réalité, déviée, elle passe par une division quelconque du demi-cercle, facile à déterminer. On n'a, en effet, qu'à s'assurer, par le même moyen que nous avons décrit en parlant de la mensuration de l'angle y, de la position du centre cornéen, autrement dit de l'angle que forme l'axe de la cornée avec le rayon de

(1) Pour les autres méthodes de détermination de l'angle y, voyez ce Traité, t. I, p. 900.

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