APPAREIL DIOPTRIQUE DE L'ŒIL
En calculant la marche des rayons lumineux à travers un pareil système, on peut trouver quel devrait être l'indice de réfraction d'une lentille homogène ayant la même épaisseur et la même courbure des surfaces que le cristallin, pour produire le même effet que celui-ci. On peut encore déterminer directement la distance focale du cristallin sorti de l'œil et en déduire l'indice de réfraction, en supposant qu'il soit uniforme. 11 y a, en effet, au point de vue des calculs de la marche des rayons à travers l'œil, un grand avantage à considérer le cristallin comme homogène.
L'indice de réfraction moyen, ainsi trouvé, serait, suivant Helmholtz et Reich, 1,4371 (1). Aubert et Matthiessen trouvent un indice de réfraction de 1,4480, qui se rapproche beaucoup de celui de Listing (1,4545
16/11), que Helmholtz avait adopté pour son premier œil schématique (2).
A l'état de repos, le cristallin a, dans l'humeur aqueuse, une distance focale moyenne de 50,6168"°"' (voy. p. 74 de ce volume).
Nous verrons plus tard (au chapitre de l'accommodation) que le cristallin est susceptible de variations dans sa forme. Les rayons de courbure et l'épaisseur ne restent donc pas toujours les mêmes. Le rayon de courbure de la surface antérieure du cristallin change de 10 à 6°"". — Cette surface avance de 0,4""°.
Le rayon de la surface postérieure devient 5,5""" au lieu de 6, mais cette surface ne change pas de place.
L'épaisseur du cristallin s'élève de 3,6 à 4""', et la distance focale, qui est de 50,6168""" à l'état de repos, devient 39,074"™ à l'état de forte accommodation.
Le corps vitré. — Le corps vitré peut [être considéré comme homogène au point de vue optique. Son indice de réfraction est de 1,3365, égal, par conséquent, à celui de la cornée et de l'humeur aqueuse.
Le corps vitré est le dernier milieu de l'appareil dioptrique de l'œil. C'est dans cette substance que les rayons lumineux terminent leur marche, et c'est là une des propriétés qui distinguent surtout l'œil des systèmes dioptriques ordinaires : lentilles, loupes, microscopes, etc. Dans ces instruments, la lumière parcourt le système dioptrique pour rentrer finalement dans le milieu d'où elle vient, c'est-à-dire l'air. Dans l'œil, au contraire, la lumière fait son dernier parcours dans un autre milieu, plus réfringent que l'air. C'est pour cela que l'œil n'est pas directement assimilable à une lentille convexe, mais ressemble plutôt à une surface convexe qui sépare
(1) Reich, Arch. f. Ophth., XX, 1, p. 297, 1S74.
(2) Helmlioltz, Physiol. Optik, p. 68; p. 96 de la traduction française. Comparez aussi: V. Zehender u. Matthiessen : Ueber die B rechungscoëfficienlen cutaractuser Linsensubslam. {Klin. Mnnatsbl., f). ci 311, iSll). .
l'air d'un milieu plus réfringent, comme dans notre œil artificiel (voy. p. 93, œil réduit, et p. 98, œil artificiel).
Angle alpha et angle gaiuma.
Avant de quitter l'étude du système dioptrique de l'œil, nous avons encore à répondre à cetle question : Les différentes surfaces dont il se compose sontelles bieu centrées? c'est-à-dire, en considérant ces surfaces comme engendrées par la l'otation d'une ellipse ou d'un cercle, leurs axes de rotation coïncident-ils tous ensemble, de façon à se confondre en un seul, ou bien forment-ils des angles les uns avec les autres?
Dans le premier cas, toutes ces surfaces, ou au moins la partie de leur sommet dont nous nous occupons, seraient perpendiculaires à l'axe optique commun j dans le second, elles ne le seraient pas, ou du moins pas toutes.
Cette recherche nous fera connaître certaines lignes et certains angles qui ont donné lieu à beaucoup de controverses, de discussions et de confusions. Il est bon de savoir à quoi s'en tenir là-dessus, car les angles en question ont leur importance non seulement en optique physiologique, mais aussi pour les mouvements des yeux. Nous prions donc le lecteur de nous excuser si nous sommes obligés, pour être clair, d'entrer dans des détails qui lui sembleront peut-être trop minutieux et trop arides. Il importe de bien connaître ces angles.
Soit (fig. 52) AA' l'axe optique de l'œil, qu'on peut considérer comme passant par le centre de la cornée C et le pôle postérieur de l'œil. 11 contient les points cardinaux du système dioptrique entier (p. 32 et 83), les points principaux H' et H", les points nodaux K' et K", les foyers f' et f", et aussi le centre de rotation M de l'œil. Ce dernier est situé à 13,73™ en moyenne en arrière du sommetde la cornée (à 9,2""" en avant de la rétine), donc à 5,41"" en arrière du second point nodal K", à 2"™ environ du centre de l'axe optique (1).
La ligne visuelle OF, qui réunit le point fixé (0) avec la fosse centrale (F), ne coïncide pas avec l'axe optique. Elle n'a de commun avec celui-ci que les points nodaux K' etK", au niveau desquels elle croise l'axe optique. La ligne visuelle doit donc être considérée comme un axe secondaire (p. 23).
La ligne OM, qui réunit l'objet fixé avec le centre de rotation de l'œil, est appelée ligne de regard. Elle ne se confond pas avec la ligne visuelle à cause de la distance qui sépare le centre de rotation des points nodaux.
Le sommet E de l'ellipsoïde cornéen ne coïncide pas avec le centre C de la cornée. Le grand axe EL de l'ellipse ne coïncide donc pas non plus avec l'axe de l'œil.
(1) Mauthtler, loc. cii. ,pi 646i