‹ Traité complet d'ophthalmologie (volume 2)Chapitre 17 sur 147 · DES MALADIES INFLAMMATOIRES DE LA CORNÉE EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DES MALADIES INFLAMMATOIRES DE LA CORNÉE EN GÉNÉRAL

La cornée nous offre précisément le terrain sur lequel le grand débat relatif à ce qu'il faut entendre par inflammation et suppuration s'est livré et se livre en réalité encore aujourd'hui. Le premier, nous avons, en 1863 (l), tenté de mettre d'accord les notions ophthalmologiques avec les données de l'anatomie pathologique et de la physiologie expérimentale, nous avons conseillé de rejeter une fois pour toutes l'ancienne expression courante d'exsudation et d'abandonner la dénomination d'infiltration envisagée dans le sens d'une imbibition par un exsudât.

La science a marché depuis à pas si rapides, que les considérations émises autrefois par nous paraîtraient actuellement presque naïves, tellement les données scientifiques les ont justifiées et tellement l'ophthalmologie moderne se les est déjà assimilées. Mais une évolution autrement importante s'est produite, car nous ne devons plus, comme nous l'écrivions autrefois, (( chercher le caractère essentiel de l'inflammation dans une altération survenue dans les fonctions nutritives des éléments cellulaires qui constituent le tissu de la cornée », mais au contraire laisser à ce tissu son rôle absolument passif. \\ subit purement et simplement rinfluence d'une invasion de cellules provenant du dehors, dont les suites sont le plus souvent la simple désagrégation, la désorganisation et la destruction. Les invasions cellulaires ellesmêmes sont provoquées pas une irritation nerveuse ; celle-ci pouvant avoir son siège tout à fait en dehors de la cornée ou être partie directement des éléments nerveux de la cornée même.

Nous nous plaçons ici sur le terrain neuropathologique, et nous admettons, avec Cohnheim {'^),Axel Key et Wallis (3), ainsi que Talma (4), que toute

(1) Première édition de cet ouvrage.

('2) Arch. f. path. Anatomie, t. LXI, p. 291.

(3) Ibid., t. LX, p. 296, et Nordiskt med. Arkiu., t. III, n° 16.

(4) Arch. f. Ophth., t. XVIII, 2, p. 1.

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idée de prolifération cellidaire provenant des corpuscules cornéens doit être écartée, que les éléments cellulaires morbides qu'on rencontre dans une cornée irritée proviennent soit directement de la diapédèse, soit indirectement de cette même source, mais après avoir été déjà déversés dans les produits de la sécrétion conjonctivale.

Les assertions de Norris et Sîricker (1), ainsi que celle de Bœttcher (^), qui soutiennent que la prolifération cellulaire, la segmentation nucléolaire, fournissenf aussi des cellules dans une cornée enflammée, doivent être rejetées, et ici l'observation clinique vient en tous points conlirmer la réfutation catégorique que leur donne M. Cohnheim.

M. Sœmisch (3), au contraire, soutient que l'observation clinique a déjà depuis longtemps imposé la conviction que des altérations centrales et régressives de la cornée (des opacités traumatiques, inflammatoires), peuvent survenir sans que des opacités marginales, c'est-à-dire centripètes, les aient précédées, et il ajoute : «tout praticien a assez souvent occasion de constater ce fait. )) Ce passage, qui laisserait présumer que la rè^le générale admise par ColinheiiH recevrait de l'observation clinique de nombreux démentis, tombe devant un examen approfondi. Certes, en apparence, on voit les altérations centrales de la cornée survenir sans opacités marginales, mais déjà l'emploi de l'ophtlialmo-niicroscope sufiit pour reconnaître l'illusion et pour s'assurer que les parties périphériques n'avaient qu'une apparence d'intégrité. Si exceptionnellement il s'agit d'un foyer central de la cornée autour duquel tout le reste de la membrane paraisse normal, on rencontre alors constamment une irritation conjonctivale plus que suffisante pour expliquer la provenance des éléments ceUulaires dans la partie centrale de la cornée qui est aussi d'une façon constante dénudée de son épithélium.

Les altérations inflammatoires peuvent produire des changements transitoires ou définitifs.

Les altérations transitoires consistent dans une dissociation des fibrilles ou faisceaux fibrillaires de la cornée par la production d'interstices (de vacuoles) remplis d'un liquide ayant- un indice de réfraction différent de celui du tissu intercellulaire ou occupés même par des éléments cellulaires immigrés. Le liquide en question peut se résorber et les fdjrilles reprendre leur cohésion normale ; les cellules immigrées sont susceptibles de traverser le terrain de la cornée ou de disparaître en se détruisant; et les cellules cornéennes fixes, n'ayant pas été trop malmenées par le processus morbide, peuvent, suivant les plus récents travaux faits au laboratoire de Cohnheim par Senftleben (4), reprendre leiu" aspect antérieur.

(1) Studien aus dem. Institut f. experimentelle Pathologie in Wien. Wien, 1870, p. 1, 18, 31.

(2) Arch. f. path. Anat., t. LVIII, p. 362.

(3) Graefe-Saemisch, t. IV, p. 181.

4) Arch. f. path. Anat., t. LXXII, 1878.

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