KYSTES PAR OCCLUSION
pareille origine congénitale, toutes les fois qu'on rencontre un kyste, non dermoïde, situé sur la paroi interne et supérieure de Torbite, et cela même lorsque en procédant à une opération, on n'est pas à même de pouvoir démontrer une partiedu kyste qui auraitété en communication avec l'espace subdural. La simple adhérence très intime avec les parois mentionnées de l'orbite suffit, et cela, d'autant plus que cette adhérence se rencontre en un point où la paroi orbitaire se trouve très notablement amincie.
Nous sommes aussi actuellement de l'avis que tous les kystes qui traversent les parois interne et supérieure de l'orbite pour communiquer avec la cavité orbitaire, formant un sac clos, sont à considérer comme kystes par occlusion d'origine congénitale (encéphalocèle) et non comme provenant d'un hygrôma orbitaire, dont nous aurons à parler tout à l'heure; car la dilatation progressive d'un kyste, pouvant librement s'étendre en dehors ou, comme le font les tumeurs du ner£ optique, distendre notablement la cavité orbitaire, n'aboutit pas à une usure des os et à la production d'une fente, qui donnerait accès du kyste à la cavité crânienne, mais cette ouverture est bien d'origme congénitale.
Le cas remarquable observé par Delpech se rapporte à un jeune homme de vingt ans qui portait, depuis l'âge de huit ans, une tumeur considérable qui remplissait Torbite gauche et faisait saillie entre les paupières. L'espace compris entre ces voiles membraneux écartés mesurait un pouce et demi. Il n'existait plus que quelques vestiges de la cornée; l'exophthalmie paraissait le résultat d'une tumeur de la cavité orbitaire, dont elle semblait atteindre le sommet, et qu'on pouvait croire occuper l'intervalle des muscles de l'œil, qu'elle suivait dans ses mouvements. La consistance de la tumeur indiquait suffisamment sa nature : il était évident qu'il s'agissait d'un kyste. La cavité orbitaire avait acquis des dimensions considérables. Le front, le nez et la moitié gauche de l'arcade alvéolaire supérieure avaient changé de forme. Le kyste fut ouvert, à l'aide d'un bistouri droit, vers le milieu de la paupière inférieure. Il s'en écoula en abondance un liquide citrin, dont la quantité se trouva manifestement disproportionnée avec les dimensions de la tumeur et de la cavité orbitaire elle-même. Le doigt porté dans la plaie pénétra dans un kyste « séro-muqueux », qui présentait de nombreux épaississements et se prolongeait dans la cavité crânienne au travers du trou optique dilaté, au point d'admettre facilement l'indicateur. Plusieurs médecins y plongèrent le doigt pour s'assurer de la consistance de la substance cérébrale contiguë à ce prolongement intracrânien du kyste. Ces explorations et le pansement, qui consista à introduire « mollement » delà charpie dans la cavité et entre les bords de la plaie, isolés par l'interposition d'une bandelette de linge enduite de cérat, étaient certainement peu propres à infirmer l'opinion du chirurgien, qui craignait de voir les phénomènes inflammatoires se propager vers le cerveau et amener une terminaison fatale. Celle-ci survint, en effet, dans la soirée du cinquième jour. Un diverticulum du kyste, long de 3 pouces, plongeait dans la substance de la face inférieure du lobe gauche, en refoulant dans ce point la piemère et l'arachnoïde, avec laquelle il avait contracté des adhérences solides. Cette partie du kyste contenait, comme les autres, des produits purulents, et la surface en était également irrégulière. Le trou optique était transformé en une sorte d'isthme par lequel passait ce prolongement du kyste. Il se trouvait déplacé en haut et en arrière, par rapport à celui du côté opposé. Son diamètre mesurait plus de 6 lignes. Le nerf optique avait complètement disparu (?) par suite de la compression qu'il avait subie. Un second kyste fut trouvé dans l'épaisseur du lobe antérieur droit du cerveau, sans refoulement des méninges, avec lesquelles il n'était en rapport qu'en bas et en avant, dans le point où il était le plus superficiel. Ce kyste avait les dimensions d'un demi-œuf de pigeon. {Clinique chirurgicale de Montpellier, p. 505, Demarquay, toc. cit., p. 376.)
Probablement il s'agissait aussi d'un kyste d'origine congénitale semblable relaté par Masgana ((^a^:. des Hôp., p. 355, 1870), quoique aussi ici la communication directe avec une encéphalocèle n'a pu être établie.
Un grand kyste occupant la paroi supérieure et interne de l'orbite est extirpé. On trouve après l'enlèvement ces parois défectueuses, et le kyste renfermant une masse très semblable comme aspect à la masse cérébrale. La jeune femme de vingt-six ans avait déjà présenté, avant l'opération, des signes d'aphasie; ces symptômes persistèrent et la parole resta traînante.
Si ces cas constituaient toujours les faits les plus rares qu'on puisse observer, par contre, nous pensons qu'un très grand nombre des kystes dermoïdes qu'on a observés doivent être rangés dans le groupe des kystes par occlusion (teratomes de Virchow). Ces kystes doivent leur origine, d'après les recherches de Verneuil(5u^/. de la Soc. d'anat.,^. 300, 1852, et Comptes rendus de la Soc. de chirurgie, 27 déc. 1876), à un arrêt de développement des arcs branchiaux et nous avons déjà exposé (t. I,p. 106) le mécanisme de ce développement qui est pour l'orbite le même que celui relaté pour les paupières. Leur siège concorde aussi avec pareille origine congénitale, car on les rencontre de préférence dans les parties superficielles de la cavité orbitaire,soit vers la queue, soit de préférence vers la naissance du sourcil. Gomme nous ne sommes pourtant pas absolument certains que tous les kystes dermoïdes soient d'origine congénitale, nous les décrivons parmi les tumeurs.