I. — ASTIGMATISME RÉGULIER
Jusqu'ici nous avons considéré les surfaces réfringentes de l'œil comme des surfaces de révolution, c'est-à-dire comme produites par la rotation d'une ellipse, d'un cercle ou d'une autre figure autour de l'axe optique. Une surface de ce genre a nécessairement la même courbure dans tous les méridiens : tout plan mené par l'axe est limité par la même courbe, celle qui a engendré la surface par sa rotation. Il s'ensuit que la réfraction de la lumière est la même dans chacun de ces méridiens. Chacun réunit les rayons émanés d'un point lumineux sur l'axe et en un point d'image unique. La réunion des foyers de tous les méridiens en un seul constitue le foyer de la surface.
Il est vrai que nous avons fait une certaine restriction pour la sphère (p. 4). Nous avons dit que, plus la zone traversée par les rayons lumineux est éloignée de l'axe, plus le point de concours de ceux-ci est rapproché de la surface, de telle sorte que les rayons qui traversent la sphère ne sont pas tous réunis rigoureusement en un point. Mais au moins ils sont tous réunis sur l'axe. La ligne focale qu'ils forment, dans le cas le moins favorable^ coïncide avec l'axe optique. De plus, si l'on reçoit sur un écran perpendiculaire à l'axe l'image formée par les rayons émanés d'un point, qui ont traversé la sphère, cette image est partout un cercle, ou un point lumineux plus ou moins grand, c'est-à-dire toujours semblable à son objet.
La réunion en foyer est plus parfaite pour un ellipsoïde de révolution que pour une sphère, parce qu'en raison de la diminution graduelle de la courbure de l'ellipsoïde, les rayons excentriques concourent au même point que les rayons qui passent près de l'axe.
Les surfaces réfringentes d'un œil parfaitement construit se rapprochent beaucoup de l'ellipsoïde de révolution; on l'appelle, dans ce cas, ellipsoïde à deux axes. L'un des deux, le grand axe de l'ellipse, est en même temps l'axe optique et celui de rotation; l'autre est perpendiculaire à celui-ci, et égal dans tous les méridiens.
Lorsque nous avons parlé de la forme des surfaces réfringentes de l'œil, nous avons déjà dit qu'on rencontre rarement des yeux constitués d'une
ASTIGMATISME RÉGULIER.
façon aussi parfaite, que presque toujours la courbure de la cornée, par exemple, est plus forte dans un méridien donné que dans celui qui lui est perpendiculaire. La surface ne peut plus être alors considérée comme appartenant à un solide de révolution. L'ellipsoïde n'a pas seulement deux axes, il en a trois inégaux : l'axe antéro-postérieur, l'axe qui correspond au méridien de la plus forle courbure, et celui qui correspond au méridien de la plus faible. Les deux derniers sont situés dans le même plan, et perpendiculaires l'un à l'autre.
Ainsi, supposons que le méridien vertical d'une cornée soit décrit avec un rayon plus court que le méridien horizontal, mais que l'un et l'autre puissent être considérés comme appartenant à une ellipse, plus petite dans le premier cas, plus grande dans le second. Cette courbe sera un ellipsoïde à trois axes inégaux : l'axe optique, l'axe du méridien vertical (plus petit), et l'axe horizontal (plus grand).
Cette irrégularité n'est cependant pas toujours assez grande pour être susceptible d'une correction utile, et on la néglige. La grande majorité des yeux étant atteinte du même défaut, on s'en arrange, comme de beaucoup d'autres imperfections physiologiques. On se borne à exiger l'acuité visuelle moyenne que permet la construction de l'organe.
Mais, dans d'autres cas, la différence de courbure des divers méridiens de l'œil atteint un degié tel, que la vue s'abaisse beaucoup au- dessous de la moyenne, qu'il en résulte une gêne considérable pour l'individu, et la nécessité absolue d'y remédier. On appelle cette anomalie de la réfraction astigmatisme régulier. Nous expliquerons plus loin l'étymologie de ce mot.
Sans nous préoccuper, pour le moment, des surfaces de l'œil qui peuvent donner lieu à ce défaut de réfraction, considérons d'abord les phénomènes optiques qui doivent en résulter.
Nous avons déjà vu, à l'occasion de l'œil réduit et de l'œil artificiel, qu'on peut assimiler la réfraction oculaire à l'action d'une seule surface, qui produit le même effet que toutes les surfaces réfringentes de l'œil réunies. Supposons maintenant qu'elle soit plus convexe, décrite avec un rayon plus court, dans son méridien vertical que dans son méridien horizontal
Fig. 104 : V représente une section verticale ; H, une section horizontale de la surface réfringente de l'œil réduit.
Pour faire l'expérience qui va suivre, et que nous recommandons beaucoup au lecteur de répéter, attendu qu'elle est très instructive, on se procurera un système astigmate le plus simplement à l'aide d'une lentille cylindrique convexe, qu'on placera devant notre œil artificiel, ou par la combinaison d'une lentille convexe sphérique avec un cylindre convexe (p. ex. + 10 sph. et -f 3 cyl.). Ce dernier sera placé horizontalement dans notre exemple.
On appelle méridiens principaux le méridien de la plus forte, et celui de la plus faible réfraction. Ils sont généralement perpendiculaires l'un à l'autre. Dans notre exemple, ce sont les méridiens vertical et horizontal.
m LANDOLT. — RÉFRACTION ET ACCOMMODATION.
Supposons un point lumineux situé à l'infini, sur l'axe. Il émet des rayons parallèles à ce dernier. Le faisceau de ces rayons, du diamètre de L'W=VL", rencontre la surface. Pour nous rendre compte uniquement de ce qui se
FiG. lOi.
Ak', axe optique de la surface rcfniigeiUe ; L'L' et L"L", seclions d'un faisceau de rayons lumineux parallèles; V, méridien vertical; C, son centre; H, méridien horizontal; G", son centre.
Les traits pleins indiquent qu'en V la branche supérieure, en H la branche droite de la croix résultant de la réunion des deux fentes, a été couverte d'un verre coloré. Us indiquent, en même temps, les parties colorées de l'image de diffusion.
Les figures de la quatrième rangée dont les diamètres devraient correspondre exactement aux lignes 4c la quatrième, sont un peu réduites dans l'intérêt de la clarté. Sans cela quelques-unes auraient empiété sur d'autres.
passe pour le méridien vertical, plaçons devant l'œil un diaphragme percé d'une fente verticale (rès étroite. Elle ne donnera accès qu'aux rayons compris dans un plan vertical du faisceau.
Le méridien vertical ayant partout la même courbure, fera converger les rayons, les réunira en un foyer F', après quoi ils divergent de nouveau.
ASTIGMATISME UÉGIJLIEK.
La même chose adviendra pour le méridien horizontal, dont nous pouvons isoler l'action en plaçant notre fente horizontalement. Seulement, le méridien horizontal ayant une courbure moins forte, son foyer F^' se trouvera plus loin de la surface que le foyer F' du méridien vertical, en arrière de celui-ci.
En se servant k la fois de la fente verticale et de la fente horizontale, on peut se rendre compte de l'effet optique produit par le méridien vertical et le méridien horizontal réunis. Qu'on place, derrière le système, un écran successivement aux points I jusqu'à VIII, et on obtiendra, sur cet écran, les figures indiquées dans la troisième rangée de notre dessin.
En I, les rayons qui viennent de traverser le méridien vertical forment une ligne de diffusion verticale, de la longueur a'a'. Ceux qui ont traversé le méridien horizontal forment la ligne horizontale a"a", plus longue que n'a'.
Les deux ensemble forment une croix à branches inégales.
En II, les deux branches de la croix ont diminué; mais la verticale plus que l'horizontale. En effet, nous sommes près du foyer du méridien vertical.
En F', les rayons réfractés par ce méridien sont réunis en un point, tandis (jue ceux du méridien horizontal forment encore une ligne de diffusion horizontale, cV (III).
Au-delà du foyer F' du méridien vertical, la ligne de diffusion verticale commence à se former de nouveau (lY), tandis que la ligne de diffusion horizontale continue à diminuer {d'cV, d"d"). On doit donc rencontrer quelque part un endroit où les deux barres de la croix formée par les deux lignes de diffusion sont d'égale longueur. C'est ce qui advient en V, (e'e' = e"e").
A partir de cet endroit, la ligne verticale continue à grandir, l'horizontale à diminuer (VI), jusqu'à ce qu'au foyer F" du méridien horizontal, cette dernière soit devenue un point, alors que la ligne de diffusion verticale a atteint la longueur ^g/'^' (^'H)-
En poursuivant l'expérience, on voit de nouveau se former une croix, dont les barres vont toujours en augmentant, la verticale toutefois restant constamment la plus longue (VIII).
L'expérience devient plus concluante encore, lorsqu'on couvre d'un verre rouge une moitié de la croix, par exemple la branche ascendante et In branche droite. En avant du premier foyer, les croix sont colorées dans le même sens que les deux fentes.
En IV, la branche descendante est rouge, au lieu de l'ascendante, tandis que la droite est restée rouge.
Au-delà du second foyer, la position des deux branches colorées est intervertie : c'est la descendante et la gauche qui sont rouges. On se rend ainsi facilement compte si les faisceaux lumineux ont été interceptés par l'écraii avant ou après le croisement des rayons appartenant à chacun des méridiens.
Nous apprenons, de cette façon, ce qui se passe lorsqu'un faisceau de rayons
lumineux parallèles traverse simultanément les deux méridiens principaux isolés. Le faisceau lumineux dont l'origine est un point ne forme nulle part une image semblable à un point. C'est tantôt une croix, où prédomine la barre verticale ou la barre horizontale; tantôt une ligne horizontale, au foyer du méridien vertical; tantôt une ligne verticale, au foyer du méridien horizontal; ou bien, enfin, une croix régulière, entre les deux foyers, plus près du foyer du méridien le plus réfringent que de celui du méridien le moins réfringent.
Soit dit en passant, que serait-il arrivé, dans les mêmes conditions, avec une surface de révolution?
Les images de diffusion des deux méridiens [isolés auraient pu être également des croix, mais toujours des croix à branches égales, jamais des lignes. Et, surtout, quelle qu'eût été la forme des fentes du diaphragme, les rayons qui les auraient traversées seraient toujours allés se réunir en un seul point, le foyer de la surface.
Les expériences que nous venons de faire avec les deux méridiens principaux ne permettent cependant pas encore de conclure à ce qui se passe pour le système astigmate tout entier. Il faut, pour cela, examiner encore les méridiens intermédiaires.
Plaçons donc un diaphragme, percé d'une fente oblique, devant notre œil astigmate, et nous verrons se produire un phénomène des plus curieux. En plaçant l'écran à l'endroit I, nous obtiendrons une ligne de diffusion assez large, et presque parallèle à la fente.
Au fur et à mesure que nous éloignons l'écran, l'image de diffusion se raccourcit, devient plus nette et s'incline, en se rapprochant de l'horizontale. Au foyer F', l'image du point est une ligne horizontale assez courte, et, si l'on continue d'éloigner l'écran, la ligne continue de tourner. Son extrémité droite, par exemple, s'abaisse de plus en plus, tandis que la gauche s'élève, jusqu'à ce qu'au foyer F" du méridien horizontal, l'image soit une ligne vefticale. En même temps, la ligne s'est allongée graduellement.
Portons encore plus loin notre écran, et nous verrons que, finalement, la ligne se rapproche de nouveau de sa direction primitive. Elle s'allonge et s^'élargit en même temps.
De plus, en couvrant une moitié de la fente d'un verre coloré, on constate que l'image de diffusion finale est l'inverse de l'image de diffusion du début. Si iious avons couvert la moitié supérieure de la fente d'un verre rouge, la moitié supérieure de l'image est rouge d'abord, tandis que c'est la moitié inférieure qui est rouge, lorsque l'écran se trouve au second foyer ou au-delà.
L'expérience que nous venons de faire prouve que les rayons lumineux émanés d'un point, qui traversent un des méridiens intermédiaires d'un œil astigmate, ne sont réunis nulle part en foyer. Ils se croisent, mais non dans le même plan, comme les rayons qui traversent les méridiens principaux. Ils forment donc une espèce d'hélice.
Aux foyers des méridiens principaux, ils passent tous à travers une ligne,
ASTIGMATISME RÉGULIER.
qui est parallèle au méridien auquel correspond le foyer. La ligne est plus courte pour le méridien le plus réfringent, plus longue pour le méridien le moins réfringent. Elle n'est jamais aussi longue que la ligne de diffusion formée par le méridien principal qui n'est pas adapté à la distance du point. Il n'y a d'exceptions que pour l'endroit où les images de diffusion des méridiens principaux sont d'égale longueur. A cet endroit (V, fig. 104), les branches de la spirale formée par la section des rayons qui ont traversé un méridien intermédiaire ont la même longueur que les branches de la croix formée par les méridiens principaux.
Si l'on réunit les images formées par tous les méridiens, c'est-à-dire par le système astigmate tout entier, on obtient des figures qui ne sont autre chose que des ellipses, dont les images de diffusion des méridiens principaux sont les axes. Nous n'avons donc qu'à décrire une courbe autour des croix formées par les méridiens principaux, et nous aurons, pour chaque plan, l'image qui correspond aux rayons émanés d'un point lumineux.
Lorsque l'un des axes de l'ellipse devient infiniment petit, comme aux foyers des méridiens principaux, l'ellipse est une ligne; lorsque les deux axes sont d'égale longueur, elle est un cercle. Ainsi, en considérant la quatrième ligne de la figure 104, nous voyons que, lorsque les méridiens principaux sont, l'un vertical, l'autre horizontal, et que le premier est le plus réfringent, l'image de diffusion est d'abord une ellipse à grand axe horizontal. Ses axes se raccourcissent de plus en plus, surtout le vertical, jusqu'à ce qu'au foyer du méridien le plus fort l'axe vertical soit nul, et l'image de diffusion, une ligne horizontale (F'). Au-delà de ce foyer, l'axe vertical commence à augmenter de longueur, tandis que l'horizontal diminue. L'ellipse horizontale se reforme (IV), pour devenir peu à peu une ellipse à grand axe vertical, en passant par un cercle (Y). Au foyer de la surface la moins réfringente (F''), l'ellipse est devenue une ligne, perpendiculaire au méridien de la plus faible courbure, verticale dans notre exemple. Au-delà de ce foyer, l'ellipse reste verticale (VIII); les deux axes continuent à croître, mais celui qui est parallèle au méridien le plus réfringent reste toujours le plus long.
On peut constater ce fait directement, en observant les images de diffusion que le système astigmate fournit d'un point lumineux sur un écran, sans avoir besoin de le décomposer dans ses différents méridiens. Nous avons néanmoins préféré faire cette analyse. La forme de l'image de diffusion n'indique pas quelle part chacun des méridiens prend à sa formation, et ceci est très important pour la pratique, comme nous le verrons tout à l'heure (1).
(1) M. Knapp, qui a tant contribué à la connaissance de l'appareil optique de Tœil et de l'astigmatisme en particulier, a construit un modèle très connu, consistant en deux planchettes entre lesquelles des fils colorés tendus rendent compte de la marche des rayons dans l'œil astigmate. Dans ces derniers temps, le même auteur a indiqué une autre méthode, non moins ingénieuse, pour démontrer ce même phénomène d'une autre façon encore {Transactions of the Am. mecl. ass., 1880; et The med. Record, p. 638, 1880).
L'astigmate ne voit donc jamais un point sous la forme d'un point : tantôt c'est une ellipse tantôt, un cercle, tantôt une ligne. C'est de là que provient le terme d'astigmatisme. Il est tiré du grec, à privatif et crriyixa, point. C'est Whewell qui a introduit ce nom en oplithalmologie.
Nous savons maintenant comment l'astigmate voit un point lumineux. C'est une ellipse ou une ligne perpendiculaire au méridien qui est le mieux adapté à la distance du point; à moins que ce ne soit un cercle de diffusion, entre la distance d'adaptation du plus fort et celle du plus faible des deux méridiens. Comment l'astigmate voit-il une lignent
La manière dont lui apparaissent les objets en général doit résulter directement de la façon dont il voit un point. Nous n'avons qu'à considérer laligne comme composée d'un grand nombre de points. II se produit pour chacun d'entre eux, exactement le même phénomène qui s'est produit, pourle point isolé. Ainsi, supposons encore dans notre
FiG. 105.
système astigmate le méridien vertical le plus réfringent, Vhorizontal le moins réfringent. Nous plaçons à grande distance une ligne verticale (I, fig. 105).
Si ni l'un ni l'autre des méridiens principaux n'est adapté à la distance de cet objet, la ligne paraîtra aRongée, grâce aux images de diffusion de chacun de ses points produites par le méridien vertical. Elle paraîtra, en outre, élargie par les images de diffusion du méridien horizontal et des méridiens intermédiaires (II, fig. 105).
Si le méridien vertical est adapté à la distance de la ligne verticale, si nous avons rapproché notre œil artificiel de la ligne, ou éloigné l'écran qui représente la rétine, assez pour qu'il se trouve au foyer du méridien vertical, alors la ligne doit paraître diffuse (III, fig. 105). Elle n'est pas allongée, parce qu'il n'y a plus de diffusion dans le sens vertical, mais eRe paraît élargie^ parce que les rayons qui ont passé à travers les autres méridiens, notamment à travers le méridien horizontal, forment des images de diffusion horizontales.
ASTIGMATISME RÉGULIER. - SIÈGE. 289
Entre les deux foyers, la ligne est. de nouveau un peu allongée et toujours diffuse (IV), jusqu'à ce qu'elle devienne nette au foijer du méridien horizontal (V). Ce fait s'explique facilement. Chacun des points dont se compose la ligne verticale forme, au foyer du méridien horizontal, non une image de diffusion horizontale, mais bien une ligne de diffusion verticale. Mais toutes ces petites lignes de diffusion se recouvrent, et ne font que donner à la ligne une apparence un peu allongée. Elle ne sera pas pour cela indistincte; c'est toujours une ligne bien nette, sans épaisseur, parce qu'il n'y a pas de diffusion dans le sens de sa largeur, mais seulement dans le sens de sa longueur. Au-delà du foyer du méridien horizontal, la ligne est de nouveau diffuse dans les deux sens.
Donc, en un mot, une ligne droite est vue nettement par un œil astigmate, lorsque le méridien qui est perpendiculaire à la ligne est adapté à sa distance. Une ligne verticale est vue nettement lorsque le méridien horizontal est adapté à sa distance. Elle paraît indistincte lorsque son image est formée par le méridien vertical.
Lorsque la ligne se trouve dans un méridien intermédiaire, elle n'est vue nettement nulle part. Les rayons émanés des points dont elle se compose n'étant nulle part réunis, la ligne forme toujours une image de diffusion. Seulement, toutes choses égales d'ailleurs, les images de diffusion des méridiens intermédiaires sont moins étendues que celles formées par les méridiens principaux. Il en résulte que, si la ligne est vue avec le plus de netteté lorsqu'elle est perpendiculaire à l'un de ces deux méridiens, son image formée par l'autre méridien principal est plus indistincte que celle formée par n'importe lequel des méridiens intermédiaires.
La façon anomale dont l'astigmate voit les points ou les lignes a conduit à la découverte de cette irrégularité de la réfraction de l'œil. Elle sert encore au diagnostic qualitatif et quantitatif de cette forme particulière d'amétropie.
|S»iège de r astigmatisme régulier.
L'inégalité de réfraction dans les différents méridiens de l'œil, qui constitue l'astigmatisme régulier, est due à des anomalies de courbure de ses surfaces réfringentes, ou à la décentration du cristallin, ou à ces deux causes réunies.
Elle peut être congénitale ou acquise, soit par le développement, ou même le fonctionnement irrégulier de l'œil, soit par une cause extérieure, un traumatisme.
Nous avons déjà parlé d'une légère irrégularité de courbure, que nous pouvons maintenant appeler astigmate, dont la cornée est rarement exempte. Mais, à partir de ce degré tout à fait négligeable, cette déformation peut prendre une proportion telle, qu'elle n'atteint pas seulement l'ensemble de ^appareil dioptrique, la cornée et le cristallin, mais le globe oculaire tout
entier (1), voire même la moitié ou la totalité de la tête de l'individu. Cet organe et cette région semblent aplatis, comprimés.
Il y a des yeux dont le diamètre vertical est inférieur au diamètre horizontal, et le méridien vertical de la cornée et des faces cristalliniennes plus convexe que le méridien horizontal. Nul doute que^ dans ce cas, une cause unique a produit le développement irrégulier du crâne et la déformation de l'œil. Mais même les degrés moindres d'astigmatisme sont très fréquemment acompagnés d'une asymétrie du crâne, qui en est probablement la cause première (2).
: ' xi
FiG. 106. — Circonférence du crâne, en haut le front» en bas l'occiput. L'œil gauche présentait un astigmatisme simple myopique de 1 D, l'œil droit une myopie de 5, avec astigmatisme myopique de 1,25.
Nous donnons ci-dessus la reproduction de la circonférence d'un crâne visiblement plus développé à droite qu'à gauche, d'une personne astigmate des deux yeux. Il est facile d'en trouver de bien plus asymétriques avec des yeux plus astigmates encore.
Le méridien vertical, ou un méridien qui s'en rapproche, est généralement le plus convexe. C'est pour cela qu'on a cru pouvoir invoquer, comme cause de l'astigmatisme, la pression exercée par les paupières, qui tendrait à faire bomber la cornée et peut-être le cristallin (?) plus dans le sens vertical que dans l'horizontal. Les exceptions à la règle sont cependant des plus
(1) Snelien m Van Haaften, Eei Bepalen van Astigmatisme (Thèse d'Utrecht, 1819),
(2) De Wecker, Comptes rendus de la Société d'Anthropologie, 1868.
Landolt, Relations between the conformation of the cranium and that of the eye. {British med. Journal April, 1881).
ASTIGMATISME RÉGULIER. — SIÈGE.
fréquentes, et on s'exposerait aux plus graves erreurs en voulant toujours trouver la plus forte réfraction dans le sens vertical, la plus faible dans rhorizontal. M. Javal a notamment signalé un fait très curieux aussi bien au point de vue de la direction des méridiens principaux qu'à celui de riiérédité de l'astigmatisme. « Dans ma famille, dit l'auteur, près de neuf personnes sur dix présentent sur les deux yeux l'astigmatisme contraire à la règle. Il m'a semblé qu'en général, chez les Juifs, le défaut affectait de préférence cette direction. » (Javal in Wecker, Traité, etc., 2* édit., vol. II, p. 843.)
La cornée est le plus souvent le siège de l'astigmatisme. Elle le devient par l'exagération de cette irrégularité de courbure qui fait que celte première surface réfringente de l'œil ressemble plutôt à un ellipsoïde à trois axes inégaux qu'à un ellipsoïde de révolution. Cette déformation congénitale de la cornée reste généralement slationnaire durant toute la vie. Elle peut atteindre des degrés considérables, jusqu'à produire une différence de réfraction de plusieurs dioptries entre les méridiens principaux.
Mais les degrés les plus élevés d'astigmatisme cornéen sont ceux acquis par une opération. La cicatrisation consécutive à l'incision cornéenne ou même en partie scléroticale que nous pratiquons, soit pour une simple irideclomie, soit pour l'extraction de la cataracte, produit toujours une déformation de cette membrane telle, que le méridien parallèle à la direction de la plaie est plus convexe, le méridien perpendiculaire à celle-ci moins convexe. L'astigmatisme qui en résulte se modifie toujours avec le temps. Très élevé les premières semaines après laguérison, il peut diminuer considérablement, voire même disparaître, c'est-à-dire devenir assez faible pour être négligeable et ne plus réclamer de correction spéciale.
Mais très souvent il persiste pendant toute la vie. Je me souviens, entre autres, d'un cas de glaucome, où j'ai pratiqué, à dix-huit mois d'intervalle, une iridectomie en haut et une en bas. La forme de la cornée était, au début, tellement modifiée, que sa ressemblance avec un cylindre vertical était visible à l'œil nu, et qu'elle exigeait, pour être compensée, un cylindre convexe de 10 D à axe horizontal. Peu à peu la courbure se modifia, mais deux ans après, il restait encore un astigmatisme de 4D.
La coîrection de l'astigmatisme régulier consécutif à l'extraction de la cataracte augmente souvent très notablement l'acuité visuelle, et est rarement négligeable. On a fait des recherches pour établir laquelle des méthodes opératoires était la moins favorable à la production de l'astigmatisme. Nous avons suivi à peu près tous les procédés d'extraction qui peuvent être rationnellement tentés, et nous avons obtenu des guérisons avec ou sans astigmatisme notable dans toutes ces méthodes. En tout cas, un mode d'opération étant indiqué, la perspective de produire un astigmatisme plus ou moins élevé ne nous engage jamais à l'abandonner pour un autre. L'astigmatisme consécutif à une opération bien faite étant régulier, est facile à corriger.
Le cristallin prend très souvent part à l'astigmatisme, quelquefois d'une manière passive, quelquefois active. Le premier cas se rencontre lorsque
le £?lobe oculaire, ou sa partie antérieure au moins, sont comme aplatis dans un sens. Alors le cristallin, comprimé, pour ainsi dire, dans un méridien, se rapproche de la forme également comprimée de la cornée, et l'astigmatisme cristallinien statique vient s'ajouter directement à celui de la cornée. Quelquefois les méridiens principaux du cristallin astigmate n'ont pas la même direction que ceux de la cornée; d'autres fois ils sont parallèles, mais de telle sorte que le maximum de courbure du cristallin correspond au minimum de celle de la cornée, et le méridien cristallinien le moins convexe a la même direction que le plus convexe des méridiens de la cornée. C'est ainsi que l'astigmatisme cristallinien peut compenser en partie ou en totalité l'astigmatisme cornéen, voire même prévaloir sur lui.
Basé sur des mensurations et des calculs multiples, Donders a formulé cette observation importante déjà en 1864, en disant qu'avec un haut degré d'asymétrie de la coraée, il existe aussi une asymétrie du cristallin, qui agit dans une direction telle, que l'astigmatisme total de l'œil est presque toujours inférieur à celui de la cornée (1). Cet astigmatisme cristallinien, inverse du cornéen, est le plus souvent un astigmatisme qu'on pourrait appeler actif ou dynamiqite. Il est dû k une contraction inégale du muscle ciliaire, qui fait bomber le cristallin plus dans un sens que dans l'autre, et dans l'intérêt précisément de la correction d'un astigmatisme cornéen. C'est M. Dobrowolsky qui a découvert ce fait et a apporté des preuves nombreuses à son appui (2).
On peut d'abord constater facilement que l'œil parvient à vaincre, par un certain effort, des verres cylindriques faibles. Par quel mécanisme serait-il possible de neutraliser l'inégalité de réfraction produite par le cylindre, si ce n'est par la contraction inégale du muscle ciliaire, suivie d'un changement de forme correspondant du cristallin? Cette action musculaire, inusitée et contre nature pour un œil non astigmate, se révèle d'ailleurs par une serjsation assez désagréable , et qui, par sa ressemblance avec celle qu'on éprouve en fixant le punctum proximum, ne laisse aucun doute sur son origine. D'autre part, Hensen et Voelckers ont prouvé, par l'expérience sur les animaux et par l'observation clinique, que la lésion d'un rameau isolé des nerfs ciliaires paralyse , que son excitation fait contracter une partie isolée du sphincter de l'iris et des fibres du muscle ciliaire. La contraction de ce muscle, limitée à un méridien, doit faire relâcher le cristallin inégalement et lui faire prendre une forme plus convexe dans un méridien seulement.
Mais les preuves les plus concluantes sont les observations cliniques de M. Dobrowolsky et de tous ceux qui ont répété ses expériences (3).
(î) Donders, loc. cit., p. 492 de l'éd. angl.; p. 416 de l'éd. allem.
(2) Dobrowolsky, Ueber verscliiedehe Verànderungen des Astigmatismus unter dem EinfLusse der Accommodation {Arch. fur Ophth., xix, III, p. 51, 1868).
(3) Mauthner, Die optischen Fehler, etc., p. 734, 1876. — Javal et Schiôtz, Un ophihalmométre pratique {Ann. d'oc, juillet 1881, p. 1), — Landesberg, Ueber das Auftreten von regelmdssigem Astigmatismus, etc. (Arch. fur Ophth., xxvii, 2, p. 89, 1881).
ASTIGMATISME RÉGULIER. — SIÈGE. 293
En paralysant, l'accommodation par une atropinisation énergique et prolongée, on constate quelquefois l'astigmatisme régulier là où il n'y en avait pas trace lorsque l'accommodation était intacte. Le mydriatique n'exerçant aucune influence sur la cornée, mais seulement sur la forme du cristallin, par l'intermédiaire du muscle ciliaire, on est forcé d'admettre que l'astigmatisme devenu manifeste par l'emploi de l'atropine est dû à la cornée, et qu'il a été masqué, neutralisé, corrigé par la contraction inégale du muscle ciliaire et la forme du cristallin, astigmate en sens inverse de celle de la cornée. Dans d'autres cas, un astigmatisme constaté déjà à l'état normal augmente par suite de la paralysie de l'accommodation. Cela prouve que l'irrégularité de la courbure cornéenne n'a été qu'en partie compensée par celle du cristallin. D'autres fois, enfin, l'astigmatisme change de sens sous l'influence du mydriatique, c'est-à-dire que le méridien de la plus forte réfraction, avant l'instillation de l'atropine, présente le minimum de réfraction après, et inversement. Dans ce cas, l'astigmatisme cornéen était surcorrigé par l'astigmatisme cristallinien dû au muscle ciliaire. Sans avoir besoin de recourir au mydriatique, Vastigmatisme latent se révèle d'ailleurs à l'ophthalmoscope, attendu que le spasme du muscle ciliaire cesse pendant l'examen ophthalmoscopique.
Nous avons dit plus haut qu'une différence de réfraction dans deux méridiens perpendiculaires l'un à l'autre se produit lorsqu'on regarde obliquement à travers une lentille sphérique, en d'autres termes, lorsque l'axe de la lentille ne coïncide pas avec l'axe de notre œil, lorsqu'elle n*est pas centrée par rapport à celui-ci. Nous avons dit aussi (p. 112) que le centrage de l'appareil dioptrique de l'œil laisse quelquefois à désirer. Cette irrégularité, négligeable dans la plupart des cas, peut cependant atteindre un degré assez élevé pour produire un astigmatisme manifeste. C'est ainsi que Donders a constaté, dans son propre œil, un astigmatisme régulier attribuable à une légère inclinaison de son cristallin, et un autre, observé sur un jeune homme de vingt ans (1).
Des cas d'ectopie congénitale du cristallin ou de luxation partielle suivie d'astigmatisme ont été souvent observés.
Etant donné le fait que le cristallin prend part à la production de l'astigmatisme, il est évident que celui-ci est susceptible de changer avec l'âge, sous l'influence des modifications que subit le cristallin. La force réfringente statique de ce dernier diminuant par suite de l'égalisation de l'indice de réfraction de ses différentes couches, son astigmatisme statique doit diminuer également. Mais c'est surtout l'astigmatisme dynamique qui varie avec la diminution de la force accommodatrice. C'est ainsi que l'astigmatisme de l'œil peut augmenter avec les années, au fur et à mesure que le cristallin devient impropre à le corriger sous l'influence de la contraction du muscle ciliaire. Dans les cas, au contraire, où l'astigmatisme est produit ou sur-
(1) Donders, 7oc. cit., p. 532 de l'éd. angl, p. 447 de l'éd. allem.
corrigé par le spasme astigmate de ce muscle, on le voit diminuer avec l'affaiblissement de l'accommodation.
l'astigmatisme régulier dans ses rapports avec la réfraction
GÉNÉRALE DE l'œIL
L'astigmatisme régulier a son siège exclusivement dans l'appareil optique de l'œil. Il est mesuré uniquement par la différence de réfraction qui existe entre les deux méridiens principaux. Il n'a rien à faire avec la longueur de l'œil : où que se trouve la rétine, le degré de l'astigmatisme est toujours le même. Ainsi, dans un astigmatisme de 4 D, la réfraction dans l'un des méridiens est toujours de 4D plus forte que dans le méridien qui lui est perpendiculaire. Un cylindre concave — 4, placé devant l'un des méridiens, ou un cylindre convexe -f- 4, placé devant l'autre, égalise la réfraction dans les deux.
Après avoir ainsi étudié les propriétés de l'appareil dioptrique de l'œil, ajoutons-y maintenant la réline, comme nous l'avons fait, pages 113 et suivantes, et, selon qu'elle se trouve plus ou moins rapprochée de celui-ci, les foyers des deux méridiens de l'appareil optique se formeront :
a) l'un sur la rétine, l'autre en arrière;
b) l'un sur la rétine, l'autre en avant;
c) tous les deux en arrière de la rétine, mais à des distances différentes;
d) tous les deux en avant, mais à des distances différentes; et, enfin,
e) l'un en arrière, l'autre en avant de la rétine.
Dans le premier cas, a), l'un des méridiens est emmétrope, l'autre hypermétrope. Dans le second, (fe), l'un sera emmétrope, l'autre myope. Donders a donné à cette forme d'astigmatisme où l'un des méridiens est emmétrope, le nom d'astigmatisme régulier simple, et il le divise en astigmatisme hypermétropique simple et astigmatisme myopique simple.
Lorsque les deux foyers se trouvent en arrière de la rétine, les deux méridiens sont hypermétropes, et Donders appelle cette forme astigmatisme hypermétropique composé.
V astigmatisme myopique composé est alors celui où les foyers des deux méridiens principaux se forment en avant de la rétine.
Enfin, lorsque la rétine se trouve entre les deux foyers de l'appareil astigmate, l'un des méridiens est évidemment hypermétrope, l'autre myope, et Donders donne le nom d'astigmatisme mixte à cette forme d'astigmatisme régulier (1).
(1) Donders, loc. cit. p. 514-531, de l'éd. angl., p. 434-447, éd. allem.
ASTIGMATISME RÉGULIEU. — DÉTERMINATION SUBJECTIVE. :295
DÉTERMINATION DE l'aSTIGMATIS.ME RÉGULIER
Après tout ce que nous avons dit de l'astigmatisme régulier, les méthodes de détermination de cette forme particulière d'amétropie ne doivent plus présenter au lecteur de grandes difficultés.
Rappelons seulement quelques points caractéristiques, qu'il est essentiel d'avoir toujours présents à l'esprit, quand il s'agit de la vision des astigmates et de sa correction.
Dans l'astigmatisme régulier, la réfraction, régulière dans chaque méridien isolé de l'œil, diffère d'un méridien à l'autre.
Elle atteint son maximum et son minimum dans deux méridiens, qu'on appelle méridiens principaux et qui sont perpendiculaires l'un à l'autre. Le degré de Vastigmatisme est exprimé par la différence de réfraction qui existe entre les deux méridiens principaux.
Si l'un ou l'autre de ces méridiens principaux est adapté à un point lumineux, celui-ci forme sur la rétine une ligne de diffusion ou ligne focale^ qui perpendiculaire au méridien adapté^ parallèle au méridien non adapté.
Si le foyer d'un des méridiens intermédiaires tombe sur la rétine, l'image du poiiit est une ellipse ou un cercle de diffusion.
Une /(^«e apparaît nette à l'astigmate lorsqu'elle est parallèle au méridien non adapté à sa distance, parce qu'alors les images de diffusion allongées de tous les points dont se compose la ligne fixée coïncident avec l'image de la ligne même.
Au contraire, la ligne est vue indistinctement quand elle a la même direction que le méridien qui est adapté à sa distance. Les images de diffusion de ses différents points sont perpendiculaires à la ligne même, et la font apparaître élargie, diffuse.
Détermination ««ubjeetive de l'astigmatii^nie régulier.
L'astigmatisme se révèle généralement déjà pendant la détermination de la réfraction, surtout lorsqu'on la pratique simultanément avec l'examen de l'acuité visuelle, comme nous l'avons indiqué dans la première méthode optométrique.
L'astigmate, arrivé à la limite de son acuité visuelle, ou même avant, commet des erreurs teRes, qu'un œil à surfaces régulières ne les commet jamais : il confond des lettres qui n'ont entre elles aucune ressemblance pour l'œil normal. Parmi les lettres-types de la môme série, il distingue facilement les unes, et ne parvient pas du tout à en reconnaître d'autres, tandis qu'il lit de Jiouveau des lettres beaucoup plus petites d'une autre série. C'est quelquefois
m - LANDOLT. — RÉFRACTION ET ACCOMMODATION.
à tel point, qu'on pourrait croire à la simulation, si l'on ne pouvait expliquer ce phénomène par la forme particulière des surfaces réfringentes qui constitue l'astigmatisme.
En réfléchissant un peu, on comprend, en effet, qu'un œil astigmate, qui reçoit de chaque point d'une lettre une ligne de diffusion, obtienne de ces figures une impression autre qu'un œil qui les voit ou nettement ou en cercles de diffusion. C'est ainsi qu'un 0 peut ressembler à un Z, si le méridien vertical n'est pas adapté et que les traits supérieurs et inférieurs de l'O soient élargis par les images de diffusion. Au contraire, si cette diffusion se produit dans le sens horizontal, l'élargissement des contours latéraux de l'O peut le faire confondre avec un H.
D'autre part, on comprend qu'une grande lettre puisse être moins bien reconnue qu'une plus petite, si la direction particulière des lignes de diffusion est moins favorable à la distinction de la forme de la lettre dans le premier cas que dans le second.
Un autre signe caractéristique pour l'astigmatisme est que le changement successif des verres sphériques exerce généralement une moins grande influence sur l'acuité visuelle que sur des yeux non astigmates. On rencontre des cas où il est difficile de décider, entre des verres qui diffèrent de quelques dioptries, lequel donne la meilleure acuité. Ceci s'explique par la propriété qu'ont quelques astigmates, de faire tomber le foyer de l'un ou de l'autre des méridiens principaux, ou même d'un des méridiens intermédiaires, sur leur rétine. A ce propos, il est toutefois important de noter qu'un œil voit mieuay avec des lignes de diffusion qu'avec des ellipses ou des cercles de diffusion . C'est tellement vrai, qu'on voit des myopes se rendre astigmates artificiellement par l'inclinaison de leurs verres de lunettes, quand ceux-ci sont trop faibles. Ils échangent ainsi les cercles de diffusion de leur amétropie insuffisamment corrigée, contre les lignes de diffusion d'un astigmatisme acquis.
Voici l'explication du fait : une lentille sphérique (concave ou convexe) qu'on fait tourner autour d'un de ses diamètres comme axe acquiert une forme réfringente plus grande dans le méridien qui est perpendiculaire à cet axe. Dans le méridien parallèle à ce dernier, son action n'augmente qu'insensiblement. Ainsi un myope qui incline ses verres autour de l'axe horizontal obtient le même effet que s'il ajoutait à ses lunettes des verres cylindriques concaves à axe horizontal. C'est-à-dire qu'il produit un astigmatisme dans lequel le méridien vertical est moins réfringent que l'horizontal. Inversement, lorsqu'il regard» obliquement à travers ses verres dans le plan horizontal, il augmente l'effet de ceux-ci, et diminue la réfraction de ses yeux dans ce méridien.
On a cru pendant longtemps, avec Donders, que ce stratagème, si habituel aux myopes, était destiné à corriger un astigmatisme existant. Mais M. Mauthner fait remarquer qu'il s'observe chez tous les myopes insuffisamment corrigés, et il prouve qu'en réalité l'acuité visuelle augmente par la production de cet astigmatisme régulier. La même chose se produit pour l'hypermétrope. Cette expérience, que tout le monde peut répéter, explique le fait con-