PARTIE CLINIQUE (HYPERMÉTROPIE TYPIQUE
métrope, quoique l'état de la réfraction statique réclame une intervention plus active de la réfraction dynamique.
Quant à l'appareil nerveux, il commence à montrer des imperfections : l'acuité visuelle atteint à peine la moyenne et lui est beaucoup plus souvent inférieure que supérieure.
Le champ visuel des hypermétropes est, suivant Uschakoff et Reich, un peu plus étendu que celui des emmétropes et des myopes. Nous avons expliqué ce phénomène par la position des parties excentriques de la rétine par rapport à l'appareil dioptrique de Toeil. La forme du globe, fortement bombé dans sa région équatoriale, permet à des rayons lumineux qui forment un grand angle avec l'axe de l'œil de rencontrer encore des parties sensibles de la rétine, tandis que, dans des yeux allongés, ils seraient tombés en avant de celle-ci. Cette petite différence d'étendue du champ visuel en faveur des hypermétropes n'est donc pas due à une plùs grande perfection de leur membrane nerveuse, et ne leur rend même pas de services appréciables.
Si, pour les hypermétropes de degré faible, l'accommodation peut suffire jusqu'à un âge assez avancé pour adapter l'œil à grande aussi bien qu'à courte distance, le défaut de la réfraction statique se fait sentir beaucoup plus tôt dans la catégorie moyenne des hypermétropes. L'insuffisance de l'accommodation, astreinte au double travail de suppléer le manque de réfraction statique et d'adapter les yeux au travail rapproché, s'accuse nécessairement de plus en plus, à mesure que s'élève le degré de l'hypermétropie. Aussi l'on constate chez les hypermétropes moyens une tendance très marquée à éloigner l'objet de fixation, afin de le maintenir dans le domaine sur lequel son accommodation s'exerce encore sans trop d'effort.
Cette distance s'éloigne cependant avec l'âge assez rapidement. Elle arrive j à la limite où le maximum d'accommodation suffit à peine pour voir net- ' temenl à la distance du travail. Des symptômes d'asthénopie surviennent. Peu à peu le punctum proximum est si éloigné de l'œil que toute lecture, écriture, etc., est impossible par suite de l'imperfection des images rétiniennes.
La seule vision à grande distance est encore nette. Mais elle-même finit par se troubler plus ou moins tôt, suivant le degré de l'hypermétropie. Ainsi le diagramme de la page 164- nous apprend qu'un hypermétrope de 4 dioptries ne voit déjà plus nettement au loin à quarante-trois ans, attendu qu'à cet âge son punctum proximum se trouve déjà au-delà de l'infini.
Seul l'appareil moteur de ces hypermétropes semble fonctionner mieux que dans l'œil normal, vu que le champ de fixation est généralement plus ; étendu dans les degrés moyens de l'hypermétropie que dans l'emmétropie (1). I Cette grande étendue des excursions de l'œil n'est cependant pas attri-
j (1) Donders et Schuiirman, in Donders, loc. cit., p. 409, édit. angl.; p. 343, édit. alleni.
I — Schneller, Arch. f. Ophth., t. XXI, 3, p. 133, 1875; et t. XXII, 4, p. 147, 1877. -
I Landolt., Arch. d'opht., t. I, p. 586, 1880-1881.
buable à un développement supérieur des muscles, mais seulement à la plus grande mobilité du globe, qui est petit et court, et dont le centre de motilité se trouve situé plus en arrière que chez l'emmétrope et le myope (1).
L'avantage de la conformation hypermétrope, pour les rotations de l'œil, devient surtout évident quand on la compare à celle des yeux fortement myopes, allongés, amplifiés, et conséquemment gênés dans leurs mouvements par les parois de l'orbite.
Malgré leur grande mobilité, les yeux hypermétropes n'atteignent pas une amplitude de convergence notablement plus élevée que celle des emmétropes (Schuurman, Reich, Landolt).
Les recherches de Donders semblent indiquer que la macula de ces yeux se trouve plus éloignée du bord temporal de la papille que chez les emmétropes et les myopes. Il a constaté, en effet, que la ligne de regard, qui se confond presque avec la ligne visuelle allant de la fosse centrale à l'objet fixé, passe en dedans de l'axe qui traverse le centre de la cornée, et que langle compris entre les deux lignes, qu'on peut appeler y, est généralement positif et plus grand que dans d'autres yeux (2).
Ce fait peut être dû ou à un déplacement de la macula vers la tempe, le globe oculaire restant d'ailleurs le même, ou à un déplacement, une enchâssure vicieuse de la cornée, dont Taxe formerait un angle avec celui du globe, et dont le centre serait dirigé vers la tempe.
C'est apparemment la première hypothèse que Donders a admise, car il attribue à cette divergence entre la ligne visuelle et l'axe cornéen l'avantage de faciliter la convergence des lignes visuelles. Ceci n'est le cas que lorsque la macula a changé de place par rapport au reste du globe, notamment à l'apj3areil musculaire, tandis que l'excentricité de l'insertion cornéenne ne saurait influer en aucune façon dans ce sens.
Nos expériences (3) et celles de M. Dobrowolsky (4), qui ont prouvé que, dans l'hypermétropie, la distance entre la papille et la macula est généralement plus grande que chez les emmétropes et les myopes, prêtent un haut degré de probabilité à cette manière de voir, à moins qu'on ne suppose une insertion anormale du nerf optique.
Du fait constaté par Donders il résulte que les axes cornéens des yeux
(1) Donders {loc, cit., p. 181 et 248, édit. angl.» p. 154 et 208, édit. allem). trouve, sur 12 yeux, dont l'hypermctropie variait de 2,5 à 40,5 D, entre la distance qui sépare le centre moteur de la face postérieure et celle qui le sépare de la face antérieure de Tœil, un rapport moyen de 8«",885 à 13'"'",22, e'est-à-dire presque 2 : 3, tandis qu'il est de Q^^QQ : 13'"'",5I, disons 5 : 6,8 chez l'emmétrope.
(2) Donders appelle cet angle a. Mais, en réalité, il a mesuré l'angle formé par la li ie de regard et l'axe mené par le centre de la cornée. Il est donc plus juste de l'appelei j', quoiqu'il ne corresponde pas non plus rigoureusement à la définition que nous avons donnée de ce dernier, p. 111. — Comparez aussi ce que nous disons des deux angles, vol. > p. 746 de cet ouvragé.
(3) Landolt, ^nna/i di ottalmologia, t. Il, p. 1, janvier 1872.
(4) Dobrowolsky, Ann. (Voculifslique, t. LXVÏ, p. 217, décembre 1871.