‹ Traite complet de l'anatomie de l'homme: comparée dans ses points les plus importans, a celleChapitre 1 sur 12 · PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

PROLÉGOMÈNES

§ I". — Sujet et Divisions de l'Anaiomie.

J^éTVDE des CoBPs , c'est-à-dire de tous les Êtres étendus et mobiles qui peuvent frapper nos sens, et dont Fensemble constitue IIInivebs; Texamen des phénomènes auxquels leurs propriétés , leurs mouvemens , soit de masses , soit de molécules , donnent journellement lieu \ celui de leur composition et de Faction réciproque de leurs élémens *, la connaissance des causes actives des effets qu ils produisent 9 ou des lois générales , des forces qui les régissent , font le sujet d'une science immense et si compliquée, que le génie de Thomme le plus heureusement né ne pourrait venir à bout de Tembrasser dans sa vaste étendue.

Mais 9 parmi les Corps , quelques-uns , pendant un espace de tems déterminé , sont doués de l'admirable faculté de résister, jusqu'à un certain point , aux lois générales de la Nature , à ces lois qui régissent la matière , depuis les astres qui roulent dans leurs orbites, jusqu'aux grains de sable qui couvrent le rivage des mers, à ces lois , dout la puissance tend sans cesse à les détruire, et avec lesquelles ils sont dans une sorte de^iutte continuelle : cette faculté, qui caractérise la f7e dont ils jouissent , trouve sa source dans les Organes qui les composent.

De la connaissance de ce fait, est née I'Ânàtomie, la science de l'organisation ., celle qui s'occupe de l'examen des Instnanens de la Vi^y de l'art de les séparer I. I

(a ) luécaniquement les uns des autres, de celui d^en mettre à découvert, d^en isoler toutes les parties \ Tous les êtres organisés rentrent dans son domaine.

De même que la Physique, la Chimie, \ Astronomie , V Histoire naturelle , cette science est une des branches de la Philosophie naturelle , dont nous venons d'indiquer le sujet , et que , pour le soulagement de nos finniltés , nous avons été obligés de diviser et de subdiviser. De même qu elles aussi , elle semble n'avoir point besoin de moins que du travail de la vie entière pour être convenablement approfondie. * Sans entrer ici dans des discussions relatives à la manière dont TAnatomie a pris naissance en Grèce ou en Egypte \ sans suivre , dans toutes les vicissitudes auxquelles il fut exposé, ce précieux héritage, qui, après avoir été porté de la Grèce à Rome , fut tenu caché pendant des siècles de ténèbres et de malheur ; sans prétendre apprécier les causes qui , lorsqu'à des époques plus heureuses il reparut à la lumière , Font inégalement répandu parmi les nations de l'Europe , nous rappellerons que cette science , purement d'observation, est d'ailleurs elle-même susceptible d'être partagée en plusieurs branches secondaires.

Elle peut , par exemple , être appliquée à chaque corps organisé en particulier, ou bien comparativement à plusieurs, à un grand nombre, et même à la totalité des êtres organisés connus.

Dans ce dernier cas , c'est-à-dire lorsqu'on l'applique à l'universalité des Etres dont elle peut s'occuper, l'Anatomie a reçu les noms de comparative et de philoso' phique, parce qu'elle compare, dans les différens êtres, les parties organisées diversement modifiées, parce qu'elle cherche à découvrir ainsi, dans chaque organe , ce qui lui est essentiel et commun dans tous les êtres , et ce qui lui est spécial, de manière avarier dans chaque classe, et à n'appartenir qu'à telle ou telle espèce. Elle a pour objet de rechercher, par la comparaison, ce en quoi les êtres organisés se ressemblent , ce en quoi ils difiEèrent les uns des autres.

Or, comme on a divisé les Etres vivans en deux grandes sections , les Végétaux et les Animaux , on distingue de même deux sortes d^Anatomies comparatives : I® L'Anatomie des Végétaux, ou Pfytotomie * ,• a® h'Anatomie des Animaux, ou Zootomie ^.

Cette dernière , qui est à l'Anatomie en général ce qu'est la Biologie à la Physiologie universelle, a pour objet spécial la connaissance de l'Organisme animal ,

* Le mot AruUomie est tiré du g:ec &vat/fAvcry , qui répond proprement i notre Terbe disséçuer. L'usage Ta consacré, et on le préfière généralement aux mots Morphologie, Physiographie, Organographie et Organologie, que quelques auteurs ont proposés k sa place.

* ♦vIo» , PlanU; topo , Dissection.

^ Zwoy ; Animal; Topi , Disseciion.

(3) considéré matériellemeDt , ou l'étude de Fensemble et du rapprochement de toutes les qualités apparentes des Organes qui entrent dans la composition du corps des animaux ; elle indique le nombre , la situation , les formes , le^ proportions , les connexions , la structure , le tissu intime de chacun d'eux ; elle aide à découvrir et à expliquer les lois qui régissent les fonctions qu'ils sont appelés à remplir : elle a, par conséquent , les rapports les plus intimes , les liaisons les plus étroites avec la physiologie des animaux. On en acquiert la connaissance par les recherches et par les expériences faites sur les cadavres, soit à Faide de la Dissection, soit par une foule d'autres procédés , comme la Dessiccation , la Corrosion , Y Injection, Y Insuffla-tion, la Macération, YExcamation, la Squehttopée, procédés dont la pratique constitue un art qu'il n'est point de notre objet d'approfondir ici.

Qoaiid elle consiste dans la dissection et l'observation des parties d'un seul corps organisé, l'Anatomie prend le nom particulier de ce corps, et voilà dans quel sens oa dit Yjinatomie de V Homme , Yjénaiomie de T Éléphant , celle de la Seiche , du Saumon , de t Abeille, etc. , etc.

Cette espèce d'Anatomie peut être plus ou moins spéciale du reste, suivant qu'elle s'occupe de tel ou tel animal en particulier, ou qu'elle considère l'organisation d'une classe , d'un genre , d'un groupe quelconque d'êtres animés : c'est ainsi que YAnatomie vétérinaire a pour sujet celle des Animaux domestiques en général.

Mais , considérée suivant une division plus générale , elle se partage essentiellement en Anthropotomie ' ou Anatomie de V Homme , et en Anatomie des Ammaux dès classes inférieures à lui, ou Zoofo/wfe proprement dite. L'étude de cette dernière jette souvent un grand jour sur la première.

L'Anthropotomîe , qu'avec assez peu de justesse on a aussi appelée Androtomie "*, traite de l'organisation de l'Homme en particulier : c'est d'elle que l'on s'est plus spécialement occupé jusqu'à présent*, c'est elle que l'on désigne ordinairement par le mot Anatomie , employé d'une manière absolue et sans épithète \ c'est elle qui fait la base de notre Ouvrage, où nou^ nous proposons, pour but essentiel, de faire d'abord connaître notre corps , les innombrables parties dont il est composé , et l'arrangement de ces parties entre elles.

Au reste , dans le corps de l'Homme comme dans celui de tout Animal en gé-

■ Af6p««o{ 9 Homme; xoirn , Dissection,

* Amp , qui forme une des racines de re root , tir<5 da grec, ne signifie Homme que par opposition a ywin»,

qni Teut dire Femme,

Anatomie humaine est aussi une expression qui manque de justesse, et qui n'est point dans le génie de noire

langue , quoique l'usage semble l'ayoir consacrée.

On en doit dire autant à^ Anatomie végétale et à^ Anatomie animale, quand on s'en aert au Ueu de Pbtto-

TOMIE et de ZOOTOMIE.

néral , on trouve des parties solides et des parties fluides qui réagissent continuel-* lement les unes sur les autres. L'Anatomiste a à s'occuper également de leur examen.

L'étude des fluides ou des humeurs, est une branche de la 2k)otomie, qui prend le nom particulier de Zoockymie ' ou d^Hygrohgie *•

Celle des solides a été appelée Stéréologie '•

Si l'on approfondit la structure des parties si nombreuses et si variées qui constituent le corps des Animaux , on ne tarde point à reconnaître encore qu'un trèsgrand nombre d'entre elles sont composées des mêmes parties solides ou tissus , abreuvées par des humeurs de la même nature.

De là, un nouveau mode de classification.

La branche de la science qui traite des caractères généraux de toutes les Humeurs, de la structure et des propriétés des difierens Tissus communs à plusieurs organes , prend le nom à^jinatomie générale : c'est celui que les travaux de Bichat semblaient avoir consacré à jamais , jusqu'au moment où M. Mayer, de Bonn S ^ proposé de lui substituer celui d'Histologie, qui, ainsi que l'expression Anatomie de tissu, n'est point adopté encore généralement ^ , mais qui commence à prendre faveur , d'autant plus que quelques sa vans distingués , se fondant sur ce que Tanatomie comparative embrasse dans son domaine tous les corps organisés , la regardent comme la véritable Anatomie générale.

Quand on considère les Organes sous le point de vue des formes qu'ils présentent, et des rapports qu'ils ont entre eux , on s'occupe d'une autre branche de l'art assez universellement appelée , depuis Bichat , quoique improprement peut -être , Ana^ tonde descriptii^e.

Celle-ci traite donc de l'étude de chaque Organe en particulier ; et le nom de Morphologie, par lequel M. Mayer a voulu qu'elle fut désignée , n'est point non plus à l'abri de tout reproche ^ , puisqu'elle s'occupe de l'examen de la texture intime des parties , outre celui dont leur forme et leur figure sont le sujet.

Quoi qu'il en soit , l' Anatomie particulière des Organes , qui pourrait être sousdivisée raisonnablement en Anatomie spéciale des Organes et en Anatomie des Régions ou Anatomie topographique, suivant qu'elle traite de leur conformation ou de leur situation respective , a été l'objet d'un assez grand nombre de subdivisions difierentes, en divers tems.

' ZcSov , Animal; x^fA^c , Humeur, Suc*

* Typoç , humide; X^oç, Discourt sur.

* Zlcpc^ç, solide; Xoyoç, Discours sur,

^ Opascole publié en 1819 , à Foccasioii de TonTertare du court d' Anatomie, à rUnÎTenité de Bonn. ' L'auteur fait dériver ce mot du grec tvlos ( texture )f et Xoy«( {discours sur). ^ Ce mot est tiré du grec /lo^ ^ forme , et \h^ > discours sur.

Aftsez généralement autrefois , on a distribué FHistoire anatomique des Organes, d'après leur analogie, en plusieurs sections distinctes et diversement dénommées.

Ainsi , Ton a appelé Squeletxologie ' , la section de la science dans laquelle vient se ranger Tétude des parties dures du corps , tandis qu'on a nommé Sarcologie * , celle dans laquelle est comprise celle des parties molles.

La Squelettogib elle-même a été subdivisée en Ostéologie ^ et en Syndesmologie^ , suivant qu'elle s'occupait des Os uniquement, ou qu'elle traitait de leurs Ligamens et de leurs autres annexes.

La Sa&cologie constituait la Myohgie , la Nécrologie, YAngiologie, Yjidénologie y la Splanchnologie , la Dermohgie ^, suivant qu'elle avait pour objet les Muscles, le% Nerfs, les Faisseaux, les Glandes ^ les Viscères, ou enfin, les Tégumens généraux.

Aujourd'hui , dans l'étude de l'Anatomie , on suit un ordre qu'on peut appeler physiologique , et qui consiste à classer les Organes d'après les fonctions auxquelles ils concourent pendant la viei Un des grands avantages de cette méthode , est de lier intimement l'Anatomie à la Physiologie. Bichat , M. le Professeur Duméril et feu Béclard , ont adopté cet ordre , que j'ai moi-même suivi dans le Traité spécial iAnatomie de t Homme , que j'ai publié depuis plusieurs années déjà.

De cette manière, on examine successivement les Organes, suivant qu'ils servent à mettre l'animal en rapport avec les corps qui l'environnent, qu'ils ont pour usage de concourir à la nutrition de l'individu , ou qu'ils doivent être employés à la propagation de l'espèce.

Or, dans la première classe se trouvent placés les Organes de la Locomotion , de la Foix, de la Sensibilité ,*

Dans la seconde, se rencontrent ceux de la Digestion, de la Respiration, de la Circulation, et de \ Absorption, des Sécrétions^

Dans la troisième , sont contenus ceux de la Génération.

C'est encore en suivant cette base de classification , que feu Béclard a proposé de diviser l'Anatomie particulière en :

I® Ostéologie , ou Description des Os et de leurs dépendances \

a® Mjologie, ou Description des Muscles et de leurs annexes \

3^ A^théséiologie , ou Description des Organes des Sens -,

' txtUxiçf SçueletU; léyoç. Discourt sur.

* Zof^ , Chair ; X^e« , Discours sur.

» Qvicov , Os; \iff^ , Discours sur.

* lMw^t9j^»if Ligament; X^e«, Discours sur.

» MSc , Musde ; »cvf>oy , Nerf; Ayy«pv , FaUseau ; ÀW» , Glande ; l^\ac,x^^ > Kiscèrt ; àtpfia , Aon ; A^oç , Discourt sur*

4® Nécrologie, ou Description du Système nerveux ;

5<> Angéiologie, ou Description des Vaisseaux circulatoires ; ' 6^ SpUmchnologie , ou Description des Organes digestifs , urinaires et génitaux ;

7« Embryologie, ou Description du Fœtus et de TŒuf.

Ce qui vient d'être dit au sujet des divisions de TAnatomie , suppose , sans aucun doute , la nécessité où se trouve celui qui veut se livrer à Tétude de cette Science , de posséder préUminairement des notions exactes sur TOrganisation en général , et sur les Corps qui en sont doués.

Cest un avantage dont nous devons d'abord le mettre à même de profiter , en ajoutant quelques faits aux connaissances qu'il doit avoir déjà puisées dans les livres d'Histoire naturelle, sur ce qui concerne Torganisation générale des Animaux.

§ H. — • Coup-d'Œil sur l' Organisation des Animaux.

Personne n ignore que le nom d'ÀNni al ' est donné à tout être animé et pourvu d'organes digestifs, ne serait-ce qu'un simple tube, comme certains Polypes.

Les Akimaux , à la tête desquels se trouve l'Homme , qui ressemble beaucoup à certains d'entre eux, outre tous les caractères généraux des Êtres organisés, dont ils font partie , jouissent , sans exception aucune , de quelques prérogatives qui les isolent des Végétaux , en modifiant leur Organisation.

Tous, par exemple, savent découvrir, distinguer, reconnaître d'une manière exacte , les propriétés et les qualités des corps qui les environnent.

Tous se meuvent et sont sensibles ; il est impossible d'imaginer un animal qui serait doué de sensibilité et privé de la faculté de se mouvoir, de même qu'un être locomotile ne saurait être insensible. La liaison la plus intime réunit l'une à l'autre la sensibilité et la locomotilité *, que la première cesse d'exister, et la seconde sera bientôt anéantie. La preuve de cette liaison git, d'ailleurs, toute entière dans le fait suivant : c'est la crainte et le désir, effets immédiats de la sensibilifé , qui déterminent tous les mouvemens chez les Animaux, et ces mouvemens, dans un Être privé de sentiment , si Ton pouvait supposer raisonnablement leur existence ainsi indépendante, ne serviraient évidemment qu'à amener une prompte et inévitable destruction. Telle l'ingénieuse Mythologie des Grecs , nous représente ces Hamadryades, fixées au sol , prévoyant le danger, éprouvant la douleur, et ne pouvant fîiir ni l'un ni l'autre. Quelle position plus désespérante, et par cela même qu'elle est contre l'ordre de la Nature , peut se présenter à l'imagination !

Ainsi donc , la Plante , comme on l'a prétendu nombre de fois*, n'est point plus

< D^Té de anima , âme, chez les Latins.

(7) un Animal enraciné , que TAnimal lui-même n'est une Plante ambulante : une paralle métaphore est au moins hasardée *, pour qu'il soit possible de Fadoptér, il existe réellement de trop grandes difiEerences entre les deux sortes d'Etres qui partagent le Règne organique en deux grandes classes : celle des Êtres qui se nourrissent et se reproduisent^ et celle des Êtres qui se nourrisent, se reproduisent, changent volontairement de lieu en tout ou en partie , et ont la conscience de Tcxis^ tence des corps , en percevant et en appréciant leurs qualités.

Le premier coup-d'œil suffit effectivement pour faire reconnaître que , dans les Végétaux, les principaux organes de la Vie sont situés à Textérieur, tandis que, dans la plupart des Animaux, ils occupent des cavités creusées dans Tintérieur du corps.

Cette première observation nous conduit à reconnaître bientât aussi Finfluenoé universelle de la locomotilité , c est-à-dire ,. de la foculté de changer de lieiï, en vertu d'une force intérieure , faculté dont jouissent les Animaux , et dont sont dépourvus les Végétaux. Par cela même , en effet, que ceux-là changent de place , et qu'ils ne restent pas constamment dans le même milieu , leurs pores absori>ans ne peuvent s'ouvrir à la périphérie du corps \ suivant une expression aussi ingénieuse que vraie , ils ont leurs racines à tinîérieitr ; ils transportent leurs alimens en tous lieux avec eux , ils peuvent à loisir absorber les sucs utiles ) en un mot , ils digèrent dans toute l'étendue du terme '.

I>'un autre cêté, une différence analogue caractérise l'exercice de la génération chez les Animant et chez les Végétaux : dans ceux-ci , la matière qui féconde les germes est une poussière qui se répand dans l'air, fluide dans lequel sont plongées les plantes ; dans ceux-là , c'est un liquide qui est porté immédiatement sur le germe , ou qui se dissout dans l'eau , mais dont l'atmosphère n'est jamais le véhicule. Et, en effet, les Animaux peuvent, volontairement, s'approcher des germes pour les vivifier ; les Végétaux qui demeurent immobiles , fixés au sol qui les a vu naître , sont obligés de confier ce soin à un agent extérieur , lequel agent est nécessairement l'air.

La durée de la vie est , en outre , un peu différente chez les uns et chez le» autres ^ en général , les limites de cette durée sont beaucoup plus étendues dans les Végétaux ^ où l'on voit des champignons et des moisissures ne vivre que quelques heures , non loin du gigantesque baobab , qui a traversé l'immensité des siècles. La distance est bien moins grande entre l'éphémère , qui ne vit qu'un seul jour à l'état parfait , et le cygne , par exemple , qui ne dépasse guère cent cinquante- au3.

' Digerertf chez les Latins, paratt avoir eu, pour signilicatioa primitive,. oelle àt porter çà et là , ainsi que la coniiAÎManoe des racinea du mot semblerait l'indiquer à priori.

En génëral , TOrganisadon est beaucoup plus simple dans les Végétaux que dan» les Animaux , et cela devait être ainsi , puisqu'ils ont bien moins de fonctions à remplir ; chez ceux-ci , le mécanisme est compliqué , en raison de la multiplicité des actes à exercer : on trouve une foule de cordes , de poulies , de leviers y d'instrumens de physique et même de chimie , dont ceux-là sont privés. Aussi , tout animal auquel on retranche quelque partie , en devient plus ou moins malade ; chaque jour , au contraire , le jardinier mutile des végétaux , et ils n'en vivent que mieux.

Presque toujours , d'ailleurs ^ l'usage fixe des organes est déterminé d'avance dans les Animaux; on ne peut le changer en entier, tandis qu'il n'est, pour ainsi dire , aucune partie des Végétaux dont on ne puisse pervertir la destination ; les branches, enterrées, se transforment en racines; les étamines deviennent des pétales , les stipules des feuilles , etc.

Si l'on avait besoin d'une nouvelle preuve en faveur de l'assertion énoncée dans le moment , l'analyse chimique la fournirait *, elle offre une source féconde de différences entre les deux classes d'êtres organisés. L'excès d'azote parait le caractère propre de l'Organisation animale ; le carbone domine dans celle des Végétaux. Il en résulte que les principes des matières animales peuvent subir des combinaisons beaucoup plus promptes et plus faciles , qu'ils sont plus diffîisibles.

Ceci aide à concevoir comment les substances animales se décomposent incomparablement plus vite que les matières végétales, surtout quand on se rappelle ce fait avéré , que dans les Animaux , il y a proportionnellement plus de liquides que dans les Végétaux , et que , chez les premiers , la matière fluide est souvent accumulée en masses plus ou moins considérables dans des réservoirs , tandis que , chez les seconds , elle est constamment divisée par molécules ou par filets trèsfins , dans des vacuoles , dans des cellules étroites ou dans des vaisseaux. {

Ainsi donc , pour résumer, on peut affirmer que les Animaux , tellement di£Férens, d'ailleurs , les uns des autres , que leurs caractères communs ne sont ni bien nombreux, ni bien tranchés , se distinguent des Végétaux , habituellement, par les deux caractères généraux suivans :

i^ Us peuvent changer de lieu et se mouvoir volontairement, tandis que les autres sont attachés par des racines au sol sur lequel ils se sont élevés ;

a® Ils sont pourvus, pour Taccomplissement de leur nutrition, d'un sac intérieur, dans lequel les alimens subissent une préparation spéciale , et où leurs principes assimilables sont absorbés par une foule de radicules. Les Végétaux n'ont point ce sac intérieur ; ils vont pomper dans les corps voisins les matériaux de leur nourriture, et cela à l'aide de racines extérieures.

Il ne faut pas croire néanmoins qu'il existe entre ces deux classes d'êtres orga-

(9) nisés, des différences générales, telles qu^on ne puisse jamais les confondre. U n^est certainement pas facile d'établir entre elles une ligne de démarcation bien tranchée ^ elles semblent se réunir par les individus les plus éloignés : sur Téchelle des Êtres organisés , les derniers des Animaux paraissent s'identifier avec les derniers des Végétaux , et qu6ique rien ne semble si aisé à définir que TAnimal , il devient fort difficile d^appliquer la définition la plus simple et la plus claire qu on en puisse donner, lorsqu'il s'agit de déterminer si un être soumis à notre observation et présentant les phénomènes organiques généraux, la nutrition et la génération, est ou n'est pas un Animal.

C'est ainsi que les Éponges et les Lithophytes, implantés à la surface des rochers sous-marins, ne sauraient pas plus changer de place que le Végétal le mieux

caractérisé.

Ainsi encore , dans beaucoup de plantes , il existe des mouvemens partiels qui sont, extérieurement du moins, pareils à ceux des animaux. Les feuilles des Sensitives , les pétioles du Sainfoin de Barbarie , les folioles de la Dionée attrapemouche , celles de presque toutes les Légumineuses en exécutent même qui sont aussi et plus manifestes que ceux des Gorgones et des Coraux. Comment prouver qu'il y a du sentiment dans un cas, et qu'il n'y en a point dans l'autre? Ne pourrait-on pas , d'ailleurs , avec quelque apparence de raison , soutenir que les plantes qui nagent à la surface des eaux ou qui rampent sur le sol , ont une sorte de mou* vement progressif?

Si tous les Végétaux ont leurs organes situés à la périphérie du corps , certains Zoophytes paraissent absolument dans le même cas , et les particules nutritives semblent , chez eux , être introduites dans l'économie par la surface extérieure de l'individu. Nouveau point de rapprochement.

D'autre part , lorsqu'on n'observe qu'un corps mort , les facultés qui supposent l'état de vie ne peuvent servir de rien pour distinguer auquel des deux règnes organisés il a appartenu -, il n'existe , pour ainsi dire , même point alors d'autres moyens pour résoudre le problême avec certitude : malgré le jour que répandent en général sur cette matière les lumières qu'on emprunte à l'Anatomie et à la Chimie, ces deux sciences, dans plus d'une circonstance, ne nous fournissent plus que des données insuffisantes.

Nous verrons par la suite qu'il est , en eflet , des Animaux dont l'organisation parait, sous le scalpel du scrutateur, aussi simple que celle des Végétaux les moins compliqués. Les Éponges ne semblent formées que d'une espèce de pulpe muqueuse et homogène; les Lithophytes, d'une matière calcaire; les Cératophytes , d'une substance cornée ; les Polypes et les Lifusoires ne sont que des masses d'une gelée albumineusc , et l'on ne commence que dans les Orties de

mer et les Échinodermes , à apercevoir des organes distiocts et des fibres musculaires.

H &ut ajouter encore à cela que plusieurs Animaux sont privés , en tout ou en partie , des organes des sens.

Enfin , les reactifs du chimiste n*ont pas ici plus d'efficacité, que Tinstrument de Tanatomiste n'a de pouvoir. Dans la nombreuse nation des Végétaux, la famille des Crucifères ne présente point seule, comme on Ta naguère prétendu, une certaine quantité d'azote ; beaucoup de matières végétale , comme les graines des Céréales , les baies des Groseilliers, le tissu spongieux des Champignons, les feuilles de la Yulvaire , contiennent du gluten , de l'albumine et même de l'osmazâme ; et, on le sait universellement, ces trois substances semblent avoir l'azote pour base.

L'excitabilité n'étant aussi que le changement produit sur les organes par un corps extérieur, existe dans les Végétaux comme dai;is les Animaux : tous les jours on voit les plaies des arbres se cicatriser et leurs lèvres se rapprocher. Le soleil trop ardent rend les feuilles malades , de même que le feu grille la peau des animaux*, la grêle meurtrit les fruits, etc. ^ et, si les animaux manifestent des désirs dans la recherche de leurs alimens , et montrent du discernement dans le choix qu'ils en font, on voit fréquemment les racines des plantes se diriger vers une veine de terre ayant les qualités convenables à leur nourriture ; leurs feuilles et leurs tiges cherchent évidemment et l'air et la lumière : qui pourrait affirmer que ces actes sont exercés sans conscience ?

La circulation , la digestion et la respiration , assignées en propre aux Animaux, ne peuvent servir à les faire reconnaître dans tous les cas : les Végétaux n'ont-ils pas , en eflet , une circulation tout aussi bien que ces animaux qui , comme les Insectes, n'ont ni cœur, ni vaisseaux sanguins? n'y a-t-il point des Zoophytes, des Éponges, par exemple, dans lesquels les recherches les plus minutieuses n'ont encore pu faire découvrir d'organes digestifs ?

Pour ce qui est de la génération , enfin , la ressemblance devient encore plus frappante, puisqu'il est des animaux qui se renouvellent par boutures, absolument comme beaucoup de plantes. Tels sont les Polypes en particulier.

Comme nous l'avons annoncé , les derniers des animaux se rapprochent donc des végétaux par la manière dont ils s'accroissent , dont ils se nourrissent et même dont ils se reproduisent 5 mais la très-grande partie de ces êtres s'en distinguent , au premier abord , au moyen des caractères donnés ci-dessus, et à l'aide de quelques autres signes que nous allons indiquer.

Presque tous les animaux en effet, sont, à l'extérieur du moins, symétriques et comme divisés par un plan médian vertical , en deux moitiés latérales semblables ,

et leur longueur, suivant ce plan , remporte sur les autres dimensions quelquefois de beaucoup.

Le tissu aréolaire qui forme la base de leur corps est très-mou et très-contractile, et leur corps lui-même est creusé d'une cavité intérieure où sont , ainsi que nous Tavons déjà dit, déposés les alimens.

Presque tous aussi ont des vaisseaux circulatoires qui portent , dans des directions déterminées , la matière nutritive de Fintestin vers les autres parties du corps ; des organes respiratoires , par le moyen desquels le fluide nourricier est soumis à Faction de Fair atmosphérique ou de Feau dans laquelle Fanimal est destiné à vivre ; des organes sécrétoires , où une partie du fluide dont il s'agit est isolé de la masse \ des orgues génitaux pour se reproduire ; des muscles pour Fexécution de leurs mouvemens apparens \ des sens qui leur permettent de recevoir Fimpression des corps du dehors , et un système nerveux formé de cordons plongés et épanouis par une de leurs extrémités dans les viscères , les muscles , les tégumens , et de renflemens plus ou moins consistans , plus ou moins gros , plus ou moins multipliés , et auxquels tient Fautre extrémité des cordons. Cest par le mouvement musculaire, les sensations et Faction nerveuse quils acquièrent une vie qui leur est propre, une 'vie animale , s'il est permis de s'expliquer ainsi , vie bien supérieure , par sa complication et son étendue , à cette vie organique ou végétaWe, dont les fonctions, destinées' presque uniquement à la nutrition , ne président qu'à la solidification continuelle d^une portion du fluide nourricier et à la liquéfaction simultanée d'une partie du tissu des organes déjà existans , se rencontrent seules dans les Végétaux , et sont singulièrement modifiées dans les Animaux , par les fonctions que ceux-ci ont en plus , et qui, chez eux, sont comme surajoutées aux fonctions organiques. Tout Fcnsemble de leur économie semble placé sous Finfluence puissante des forces qui font plus que les faire vivre , qui les animent -, pas un seul acte de leur vie ne paraît être entièrement soustrait à cette cause de profondes modifications : c'est à l'aide des mom^emens musculaires qu'on les voit aller à la recherche de leurs alimens , par exemple , et que ceux-ci sont introduits dans les voies digestives , les parcourent , et en sont expulsés : c'est par le même phénomène , que le sang est , chez beaucoup d'entre eux , chassé dans les vaisseaux où il circule \ que Fair pénètre dans les viscères de la respiration chez beaucoup aussi. Dans la plupart d'entre eux encore , les iens de la gustation et de î olfaction garnissent Feutrée de Fappareil de la nutrition -, des nerfs se distribuent aux organes digestife et génitaux \ toutes les fonctions sont y en eux , enchaînées les unes aux autres et dans un état de subordination mutuelle , comme les appareils consacrés à leur accomplissement sont étroitement liés par les muscles et les nerfs qui entrent dans leur composition. Ici, ce n'est plus la reproduction qui est seule la suite et la conséquence de la

nutrition et qui constitue , avec elle , la somme de la vie : l'existence du Mouue-' nient et du Sentiment a non-seulement exigé que la nutrition s'accomplit, à Faide d'une Ingestion et d'une Digestion, comme -nous Tavons dit ^ elle a encore déterminé l'action du cœur dans la circulation , etc. j etc.

D'un autre côté , nouvelle source de complications et de dépendances mutuelles, les fonctions de la nutrition et de la reproduction, à leur tour, agissent sur les fonctions animales, dont les organes ont 'nécessairement besoin d'être nourris. La circulation est favorisée par l'innervation , de même que celle-ci est entretenue par la circulation , et l'action du sang sur les nerfs et sur les muscles , est aussi nécessaire à la vie que celle des nerfs et des muscles sur le sang.

L'Anatomiste ne doit point , au reste , se borner à la connaissance des caractères généraux et communs des Animaux.: il doit encore savoir que, dans le nombre immense de ces êtres qui , portant avec eux la vie et le mouvement , peuplent la surface de la terre , traversent les airs , animent les eaux , s'enfoncent sous le sol , ou s'agitent au sein de tous les corps organisés , il existe , pour les organes et pour leurs fonctions, une foule de variétés , de nuances , de combinaisons , de différences de complications , de degrés d'enchaînement , à l'aide desquels on peut distinguer les Animaux les uns des autres , les coordonner, les disposer par classes , d'après un système qui est, pour le zoologiste, comme le fil d'Ariane, et qui lui fait parcourir avec sécurité les détours infinis d'un vaste labyrinthe , où chacun des êtres dont il s'occupe , conserve la place que la Nature lui a assignée en subordonnant , pour l'entretien de la vie , tel état des organes nutritifs et génitaux à tel état des organes du mouvement , de la sensibilité , etc.

§ III. — Classification anaioniique des Animaux ; Dijférences générales qui caractérisent les

diverses séries de ces Ltres sous le rapport de l'Organisation.

Pendant une longue suite d'années , toutes les Classifications zoologiques imaginées par les Naturalistes ont été arbitraires et plus ou moins incohérentes : aujourd'hui , l'étude approfondie de la structure intérieure des Animaux , la comparaison exacte de leurs organes , de leurs facultés , de leurs fonctions principales , nous mettent à même de choisir pour base de leur coordination méthodique , un caractère d'une importance universelle, purement anatomique , ou à peu près; je veux dire la présence ou ï absence âHune colonne vertébrale et les diverses modifications du système nerveux. Le point de départ se trouve donc ainsi choisi dans les fonctions les plus essentiellement inhérentes à l'économie vivante , dans celles qui ont le plus d'influence sur les Animaux , ïinneryation , ou action nerveuse , et la

locomotion y lesquelles non seulement font de VÊtre organisé un Animal, mais encore établissent , en quelque sorte , le degré de son animalité , parce qu'elles entraînent un plus grand nombre de changemens dans les formes et dans les mœurs. Aucune autre considération générale ne pourrait présenter plus d'avantages réels pour une classification , que le savant qui se livre à Tétude de FAnatomie doit indispensablement connaître , et qui seule peut le mettre à même , en lui permettant de distinguer les êtres animés entre eux , de faire jaillir , de l'organisation des Animaux les moins parfaits en apparence , les lumières qui doivent éclairer celle de l'Homme , si compliquée , et qu'il lui importe tant d'^examiner à fond. Où cbercber, en effet , les rapports les plus propres à faciliter l'étude souvent si obscu^ de cet Être, objet de nos soins habituels, de notre constante prédilection, sinon dans les Etres qui présentent avec lui assez de ressemblances et assez de différences pour Ê^ire naître , sur beaucoup de points , des comparaisons utiles ? Quoi de mieux , pour arriver à ce but , que l'examen méthodique de toutes les diversités de formes, de tous les degrés de composition organique , de toutes les nuances de structure qui , dans le vaste ensemble de tous les produits vivans de la Puissance créatrice , se succèdent suivant un nombre prodigieux de directions différentes ?

Diaprés l'examen des organes du mouvement et de la sensibilité, les Animaux sont ainsi , d'une part , très-naturellement partagés en deux grandes séries seulement, reconnaissables chacune à certains caractères communs, positifs ou négatifs, et de l'autre , divisés non moins convenablement en quatre grandes familles générales.

Les deux grandes séries principales sont celles des jénitnaux vertébrés et des Animaux im^ertébrés : l'Homme appartient à la première , qui se rapproche beaucoup de la seconde par les organes des fonctions végétatives , mais qui s'en éloigne encore plus par ceux des fonctions animales.

Dans les Animaux qui composent la première division , les organes passifs de la locomotion , les os , sont logés sous les parties molles , sont enveloppés par elles ; le cerveau et le tronc principal du système nerveux sont renfermés dans une enveloppe osseuse , qui les protège et qui offre une uniformité constante , en cela qu'elle se compose d'une partie moyenne ou Hachis, et de deux extrémités, la Tête et la Queue. Le plus souvent , ils ont une poitrine et un bassin , et jamais ils ne sont pourvus de plus de quatre membres \ leurs mâchoires sont transversales , les cavités de leur cœur sont rassemblées dans un même organe de nature musculeuse, leur sang est rouge constamment , leurs viscères sont renfermés dans la tête et dans le tronc, ils ont des organes distincts de vision, d'audition, d'olfaction et de gustation , logés dans des cavités spéciales de la face \ enfin , leurs organes sexuels sont présentés par des individus séparés.

Tout en se ressemblant beaucoup entre eux, ces Animaux vertébrés offrent néanmoins quatre grandes subdivisions , caractérisées par la nature des mouvemens , et surtout par la manière dont s'e&ctuent chez eux et la respiration et la circulation.

Dans les uns , les organes de cette dernière fonction sont doubles , en sorte que le sang qui arrive au cœur, de toutes les parties du corps , par le moyen des veines , est obligé d'aller parcourir le poumon avant de retourner à ces mêmes parties par les artères. Ce sont les MAHMiitHEs et les Oiseaux , que Ton n*a aucune peine à isoler les uns des autres , puisque les premiers sont vwipares et les seconds

Dans d'autres , une portion seulement du sang qui revient du corps est obligée de passer par Vorgane de la respiration , et le reste retourne immédiatement au corps : ceux-ci sont les Reptiles.

Dans d'autres encore , la circulation est double à la vérité , mais les organes de la respiration agissent sur Teau au lieu de &ire porter sur l'air leur puissance de modification : ce sont les Poissons.

Les Aniicaux ihveetébiiés ne présentent en commun que des caractères négatifs ; ils n'ont jamais moins de six membres, quand ils en ont ; leurs parties dures, quand elles existent , sont au-debors \ leurs mâchoires ne sont jamais transversales ; leur sang varie en couleur ; la forme de leur cœur est rarement la même ] en un mot , ils n'ont rien de constant qui puisse les rapprocher les uns des autres , si ce n'est pourtant l'absence de la colonne vertébrale.

On a pu , du reste , les ranger en trois groupes distincts , dans chacun desquels les espèces se ressemblent par la disposition du système nerveux , et dans chacun desquels aussi on observe divers degrés de complication .et de perfectionnement dans l'Organisation.

Ces trois groupes , qui peuvent être considérés comme autant de classes aussi naturelles que celles des Animaux vertébrés , sont :

i^ Celui des Avihaux mollusques, où les organes des sens sont disposés symétriquement aux deux câtés d'un axe , où le système nerveux est plongé , avec les viscères , dans une enveloppe commune , et se compose de plusieurs masses éparses réunies par des filets, et dont les principales, placées sur l'œsophage, portent le nom de Ce/veau,

a^ Celui des Akihaux axticulés , dont le système nerveux consiste en deux longs : cordons régnant le long du ventre , et renflés , d'espace en espace , en nœuds ou ganglions ; le premier de ces nœuds , couché sur l'œsophage , porte aussi le nom de Cerveau ; il n'est guère plus grand que les autres.

3® Enfin , celui des Airm aux mATOXfXf é^ ou des Rapuhes , les plus simples de tous ;

chez ceux-ci , les organes du mouvement et du sentiment sont disposés circulaire^ ment autour d'un centre , et on ne voit plus ni système nerveux bien distinct , ni organes de sens particuliers. Quelques-uns même , d'une simplicité vraiment élémentaire , sont ponctiformes ou globuleux , comme les Monades ; ou , tels que les Vibrions , ont la forme d'un filament ^ ou bien semblent ne consister qu'en une membrane aplatie : les ÇycUdes sont dans ce cas *, il en est enfin qui n'ont point de forme déterminée et qui , à chaque instant , comme les Protées , changent de figure du tout au tout. Une organisation aussi peu compliquée ne laisse pas pourtant , comme nous en serons convaincus plus tard , de mériter toute notre attention.

Pour résumer, les Âhihaux veatébeés présentent donc quatre grandes divisions :

i^ Les Mahmifèbes , qui ont des Poumons et des Mamelles; ils sont Vivipares;

2^ Les Oiseaux, qui ont des Poumons sans Mamelles et sont Ovipares; leur corps est couvert de Plumes ;

3^ Les Reptiles , qui ont des Poumons , mais qui sont dépourvus de Mamelles et de Plumes ;

4^ Les PoissoKs, qui n'ont ni Poumons, ni Mamelles, ni Plumes, et respirent par des Branchies.

Les ÂiTiHAux iNVEETÉBRÉs sout partagés , avons-nous dit déjà , en trois grandes sections , celle des Mollusques , celle des Articulés et celle des Badiaires ; mais on les range encore secondairement dans cinq autres ordres :

i^ Les Iksectes , qui ont un Tronc articulé et garni de Membres , et qui respirent par des Trachées ;

n^ Les C&usTAcÊs , qui , avec un Tronc articulé et garni de Membres aussi , respirent par des Branchies ;

3^ Les ÂKifELiDEs, qui ont un Tronc articulé sans Membres;

4^ Les Mollusques , dont le Tronc n'est point articulé , et qui ont des Organes respiratoires ;

5^ Enfin , les Zoophytes , dont le Tronc n'est point articulé, et qui sont dépourvus d'Organes respiratoires.

Chacun de ces Ordres est lui-même divisé en Familles et en Genres nombreux , fondés pareillement pour la plupart sur des caractères anatomiques. De telles différences dans l'Organisation doivent en amener de bien grandes dans les facultés des Animaux , et en les signalant , sur tous les degrés de l'échelle zoologique , depuis cette pulpe inerte qui revêt les Éponges , depuis ces Animaux équivoques et microscopiques , qui semblent n'être que des ébauches organisées , jusqu'à l'Homme, ^ dans la formation duquel la Nature semble avoir voulu épuiser toutes les ressourcés . de sa puissance créatrice , nous croyons ouvrir une mine des plus fécondes en résultats importans pour la Science.

§ IV. — Des Élcmens organiques des Animaux.

Quand on pousse aussi loin que possible l'analyse des Organes du corps des Animaux et de THomme spécialement , c'est-à-dire , quand on les traite par les procédés de la Chimie , on obtient , pour derniers résultats , les Substances élémentaires suivantes : le Carbone , THydrogène , l'Oxygène , l'Azote , le Phtore , le Phosphore , le Soufre , le Fer, le Manganèse , le Calcium , le Sodium , le Potassium , le Silicium , le Magnésium et le Chlore : ce sont là autant d'Élémens inorganiques ou de principes constituans, indépcndans du climat et du genre d'alimentation des individus dans l'organisation desquels on en démontre la présence. La matière des organes n'a donc rien de particulier ; on la retrouve dans les corps inorganiques , et c'est d'eux en effet qu'elle est venue -, c'est donc beaucoup moins sa nature que son arrangement qui la distingue ^ elle pénètre sans cesse , tant que dure la vie , dans un centre qui se l'approprie et qui la rejette au bout de quelque temps; sorte de mouvement de formation momentanée , pendant lequel la matière du corps animé change continuellement, tandis que la A)rme de celui-ci persiste. A la mort, elle tombe dans le repos ; mais l'arrangement de ses molécules , qui constitue l'Organisaiion , reste le même, et c'est de cet arrangement, de cette Organisation en repos , que s'occupe essentiellement VAnatonde.

Mais , avant d'arriver au dernier terme d'une analyse qui nous prouve que la composition chimique de l'Animal est plus compliquée que celle du Végétal, et consiste en élcmens plus volatils^ on reconnaît que les principes inorganiques , diversement combinés , deux à deux , trois à trois , quatre à quatre , donnent naissance à ce que qu'on nomme les Élémens organiques, espèces de substances que , par des procédés fort simples , on peut extraire du corps des Animaux. Ces Élémens organiques sont la Gélatine , \ Albumine, la Fibrine , la Matière grasse, le Mucus , et quelques autres principes moins généralement répandus , comme Y Urée, YOsmazome , la PicrochoUne , le Picromel , la Matière verte de la bile, la Cholestérine , la Zoo-hématine , ou principe colorant du sang, Y Eau, la Leucine, le Sucre, la Résine, les Phosphate et Carbonate de Chaux, la Cétine ,Y Ambréine , la Cantharidine, le Caseum , le Sucre de Lait, la Stéarine, Y Oléine, la Phocénine, la Butjrrine, Y Hircine, et une foule d'Acides différens, dont les uns sont plus ou moins oxygénés et isoles des corps gras par leurs propriétés ' -, dont les autres ne con-

«^ Tels sont les /icides urique, pyro-urîque, purpurique, rosadque , amniotique, lactique, fomùque , caséique , cyanique.

( ï7 ) tiennent que peu d'oxygène , et se rapprochent des graisses ' , et dont plusieurs enfin ne sont nullement oxygénés '.

Nous ne parlerons ici , avec quelque détail , que des cinq élémens organiques principaux.

I ^ De la Gélatine.

La Gélatine , dont le nom est tiré du latin gehi y qui signifie glace ou gelée y est une matière inodore , insipide , incolore , plus lourde que Feau , se dissolvant dans ce fluide à Téfat chaud, et le rendant plus ou moins visqueux, pour former, avec lui, par le refroidissement, ce qu'on appelle une gelée animale y laquelle, abandonnée à elle-même, s'aigrit fort vite et ne tarde pas à passer à la décomposition putride.

Les acides favorisent la dissolution de la Gélatine.

Le chlore , qu'on appelait naguère encore ax:ide muriatique oxygéné , forme , avec son solutum , un précipité d'un blanc nacré. Les alcalis ne le troublent jamais; mais l'alkohol et surtout le tannin le précipitent, ce que font aussi l'hydrochlorate d'iridium , celui de deutoxyde de mercure , le nitrate de mercure , le sulfate de platine et le persulfate de fer, parmi les sels , qui , en général , sont sans action sur lui. L'hématine, la noix de galle , et tous les astringens végétaux , y occasionent un précipité insoluble, abondant, élastique, collant, imputrescible et d'un blanc grisâtre.

L'acide sulfurique concentré a , sur ce produit animal , une action des plus remarquables, et qui détermine une série de phénomènes curieux, dont on doit la connaissance à M. Braconnot, et dont on trouve l'exposition dans le tome xiii^ des Annales de Chimie et de Physique. En faisant macérer, durant vingt-quatre heures , une portion de Gélatine dans deux parties d'acide sulfurique concentré , en soumettant ensuite le mélange à l'ébuUition avec de l'eau qu'on a soin de remplacer à mesure qu'elle se volatilise , et en saturant enfin l'excès d'acide par de la craie , on obtient un liquide qui , filtré , évaporé et abandonné à lui-même , fournit des crystaux d'une saveur douce et sucrée , et un liquide sirupeux , incrystallisable, dans lequel on trouve une matière sucrée crystallisable , une substance azotée , précipitable par la noix de galle , de l'ammoniaque et un principe particulier, blanc , pulvérulent , de la saveur du bouillon , soluble dans l'eau , qu'on appelle leucine, à cause de sa couleur.

La Gélatine, qui semble se trouver presque pure dans les pièces cartilagineuses du

• Les Midés sébadque , cMestériijtu, stéarique^ margarique, oièique, phocénique, butyrique, eapjoique ^ cuprique et furdque, appartiennent à cette catkëgorie.

* L* Acide hydroeyunique eft dans ce cas.

«quelelte des poissons chondroptérygiens , dans la vessie natatoire de Testurgeon « dans le bois du cerf et de Télan , est obtenue généralement après une lente ébuUition dans l'eau , de la peau , des ligamens , des os , des tendons , des cartilages , des fibro-cartîlages , des aponévroses , des membranes , même de la chair mwM^ulaire et des glandes, en im mot, de la plupart des tissus des animaux, et principalement de leurs parties blanches. Il est plus que probable, jusqu'à présent pourtant, que cette matière n'existe point toute formée dans les tissus animaux dont on la retire, et qu'elle est le résultat d'un changement de composition que ces tissus éprouvent , dans leurs élémens, par l'action de l'eau bouillante. D'après cela, elle ne serait donc pas un véritable principe immédiat des animaux *, son existence serait le produit , non pas de l'action de la vie , mais bien de celle du calorique , ^comme est porté à le penser le savant chimiste Thénard, qui a démontré, d'ailleurs, ainsi que son collègue Gay-Lussac, que la Gélatine est composée de ji^,2o^ d'bxygène, de 16,998 d'azote, de 47)88i de carbone^ et de 7,914 d'hydrogène '.

2*^ De l'Albumine.

1J Albumine y dont le nom dérive du latin albumen, qui signifie blanc d'œuf, est un fluide très- visqueux, diaphane, presque inodore, insipide, moussant par suite de son agitation dans l'eau , se concrétant par l'action du calorique , répandant , durant sa cuisson , une odeur sui generis ; se coagulant sous l'influence de l'alkohol; susceptible , à la manière des bases salifiables, de s'unir avec tous les acides , et de former le plus souvent des combinaisons ternaires avec les dissolutions métalliques \ contenant , enfin , toujours du soufre et de la soude sous-carbonatée , qui lui donne la propriété de verdir la teinture de mauve et le sirop de violettes.

On trouve cette substance dans presque tous les fluides animaux ; le chyle , la synovie, le sérum du sang , etc. : elle fait la base du blanc de l'œuf chez les oiseaux.

3° De la Fibrine ^ ou du Gluten.

La Fibrine est une matière blanche , solide , filamenteuse , molle , élastique , insipide , inodore, insoluble dans l'eau, dans l'alkohol et dans l'éther, dissoluble , sans être décomposée , dans les acides végétaux étendus d'eau et dans les alcalis fiiibles ; devenant dure et cassante par la dessiccation. Elle forme une très-grande partie du sang et les muscles presque en totalité -, on la rencontre aussi dans le chyle et dans l'humeur versée par exhalation à la surface interne des membranes

■ Recherches phjrsko-chimiifues, tome if , page 336.

( 19 ) séreuses, surtoiil si celles-ci sont dans un état de phlogose ou d'inflammation *. MM. Gay-Lussac et Thénard l'ont trouvée composée de 53,36o de carbone , de 19,683 d'oxygène, de 7,021 d'hydrogène, et de 19,934 d'azote.

4° De la Matière crasse.

Cette Matière, véritable huile dans la plupart des cas, existe dans presque toutes les parties du corps des aniiJQaûl,>oùelle varie pour ses propriétés physiques ; tantôt liquide , tantôt solide ; tantôt blanche et tantôt colorée , mais toujours onctueuse au toucher , inodore , d'une saveur douce et fade , insoluble dans l'eau , plus légère que ce fluide -, eHe entre en fusion , par l'action du calorique , à un assez bas degré de l'échelle thermométrique, à i5** + o R., assez souvent, par exemple , et, en se décomposant^ elle s'enflamme à une haute température; avec les alcalis, elle forme les savons et se convertit en principe doux et en acides margarique et oléique.

M. Chevreul a démontré que toutes les graisses sont composées de deux matéciaux immédiats , savoir : la Stéarine et YElaïne, Avant les travaux intéressans de ce laborieux chimiste , elles passaient elles-mêmes pour des principes immédiats , mais il est venu à bout d'en séparer les élémens à l'aide de l'alkohol bouillant , ce qui l'a mis à même de reconnaître que la stéarine est fusible à So'' environ, et que l'élaîne est encore liquide à zéro ' .

5*^ Du Muais,

Le Mucus animal y long-tems confondu avec la gélatine, examiné avec un soiu tout particulier, dans ces derniers tems, par Fourcroy et Vauqueltn ^, par Bostock ^ , par Berzélius ^ , très-analogue au mucilage A-égétal , mais contenant de plus que lui de l'azote., jest un fluide. visqueux*, blanc, filant, transparent,- inodore, insipide, soluble difficilement dans l'eau , insoluble dans l'alkohol, moussant par son agitation à l'air dans le premier de ces liquides ,i ne se prenant pas en gelée , non susceptible de coagulation , mais facile à dessécher par la chaleur. Il est précipité par le chlore , par l'alkohol et par l'acétate de plomb , mais il ne Test ni par le tannin, ni par le deuto-chlorure de mercure. Les acides le dissolvent, et

!m des SeieneeSf pubHépar la Sodéti philoinatiquè de Paris , année 1 8^4 ^ P^ge loi. * AnnmUs de Chimie', tom. xciv. — Annales de Chimie et de Physique , tom. 11 et vu. ' Annales du Muséum d'Histoire naturelle, toI. xii. ^ Med. Mr, Transac/., vol. it.

^ Ibàiem, toL m.

( ao ) en général , il coagule le lait. H n*a ni acidité , ni alcalinité sensibles aux réactifs colorés.

Après sa dessiccation , il est en lames demi-transparentes , cornées , fragiles , et ne représentant plus que les neuf dixièmes de son poids primitif^ perte énorme > due à révaporation de Teau qui entrait dans sa composition en grande quantité , ainsi qu'il conste de Tanalyse faite par le savant Berzélius , qui nous apprend , d'ailleurs , que le mucus , à Tétat frais , est composé de :

Eau. 933,3;

Matière muqueuse 53,3;

Hydrochlorates de potasse et de soude. 5,6 ;

Lactate de soude et matière animale. . 3,o ;

Soude 0,9 :

Phosphate de soude et albumine. • . 3,3.

On le trouve 4 la surface des membranes muqueuses , pituitaire , pharyngienne, buccale, œsophagienne, gastrique, intestinale, vésicalc, uréthrale, etc. ; dans la synovie , dans Furine , la bile , le sperme , la salive , les larmes , dans Fépiderme , les cheveux , les ongles , les poils , la laine , la soie , les écailles des poissons et des reptiles, les cornes, les sabots des ruminans, etc. ; il est, en un mot, un des matériaux les plus répandus dans les animaux , où il existe à Tétat liquide et à rétat solide , mais presque toujours uni à des substances qui en modifient plus ou moins les propriétés. Il se distingue du fromage et de Talbuminc , en ce que, lorsqu'il est à rétat solide , il se dissout très-bien dans les eaux acidulées , quoiqu'il soit insoluble dans l'eau.

Les élémens organiques, qui ne paraissent être que des modifications d'une seule et même substauce , qui peuvent même souvent se convertir l'un dans l'autre par les moyens de l'art, diversement combinés entre eux et avec quelques-uns des corps élémentaires que j'ai nommés, comme le phosphore , le fer, le calcium , etc., donnent naissance aux fluides et aux solides qui constituent l'ensemble du corps , qui agissent et réagissent continuellement les uns sur les autres , qui sont dans une dépendance mutuelle et nécessaire.

Les premiers , dont l'étude se nomme , ainsi que nous l'avons dit , Hygrologie , sont en très-grande quantité , et leur masse l'emporte de beaucoup sur celle des solides; néanmoins, la proportion des uns aux autres ne peut être déterminée exactement , parce qu'elle varie suivant une foule de circonstances , et d'abord , d'une part , parce que certains fluides , comme l'huile , se séparent difficilement des solides; et, d'autre part, parce que beaucoup de parties solides sont fluidifiables, et se confondent et se dissipent avec les liquides dans la dessiccation. Assez habituellement pourtant , ceux-ci sont, avec les solides, dans le rapport de 9 ou de 6 a i ,

ainsi que Ton pcul s'en convaincre par rexsiccation au four ou à l'étuve , ou par la momification. Un cadavre frais qui , par exemple, pèse de 70 à 80 kilogrammes, n en pèse plus que 7 à 8 quand il est exactement desséché , . et les os eux-mêmes n'ont de réellement solide que le tiers de leur poids uniquement. Mais en supposant que la proportion dont il s'agit fut déterminée autant bien que possible , dans un cas particulier, elle n'en varierait pas moins pour la plupart des autres cas individuels , suivant Fâge , le sexe , la constitution , le mode de vie , etc.

Tous les fluides sont , d'ailleurs , contenus ou dans des vaisseaux ou dans des tissus aréolaires et spongieux , ou dans des réservoirs ; tels sont le sang y la sérosité du tissu cellulaire, le sperme , la bile, la lymphe, le chyle, l'humeur vitrée, etc. -, mais, parmi eux, il en est un qui constitue une masse centrale ou affluent et d'où partent les autres : c'est le sang , duquel émanent certaines humeurs , et qui en reçoit d'autres qui lui arrivent du dehors.

Quant aux Solides , dont l'étude est appelée Stéréologie , ils donnent la forme et la consistance aux diverses parties du corps des animaux ; ce sont eux aussi qui leur impriment spécialement le tnouvement. Leurs particules sont entre-croisées, entrelacées, tissues, ce qui fisiit qu'on nomme leur arrangement texture ; ils constituent véritablement les organes ou parties contenantes , et , quoique composés des mêmes élémens t}ue les fluides , ils renferment ceux-ci , les retiennent ou les laissent échapper ] mais ils sont constamment combinés avec eux , de manière à n'exister nulle part isolément.

Tout organe , chez les animaux , est donc un composé de parties hétérogènes , solides et fluides, et a pour base principale les premières disposées en un tissu aréolaire ou cellulaire , mou , extensible , contractile , perméable aux liquides , condensé en membranes , creusé en canaux , modifié de mille et mille manières difierentes , tant sous le rapport de la figure et de la couleur, que sous ceux de la consistance et de la texture , du volume et de la complication , etc.

Mais un examen superficiel , un premier aperçu , ne suffisent point , il s'en faut de beaucoup, pour faire connaître la texture intime des solides. En les étudiant avec une attention soutenue , on voit que leurs fibres apparentes, leurs couches membraneuses, leurs granulations agglomérées sont composées , et que leur division mécanique, poussée aussi loin que possible, conduit constamment, en dernier lieu, à l'obtention de fibrilles planes ou linéaires, de petites lames ou de filamens qui semblent en être les molécules élémentaires , et dont le rapprochement , la coordination produisent toutes les sortes de tissus qu'on observe dans l'économie. An reste , le dernier terme de cette division est inconnu ; les fibrilles les plus petites qu'on puisse apercevoir sont susceptibles de se diviser en d'autres plus petites encore , et la recherche de là, Jibre primitive , simple ou élémentaire , pure abstraction de l'es-

prit incapable dé tomber sous nos teiis , ai importante dana ropinion des Ânciena , eat aujonrd^hui , avec raison , abandonnée par tona les . bons esprits. BAalgré las calcnls de Clifton Wintringham k son si^et , maigre la téiiinté estrâoMs à bqueik cet excellent microgry he est parvenu à la réduire , son eaeeasive d^calesae h dérobe encore à nos recherches , et les moyens d'investigation que Thomme a reços avec la vie ne sauraient le conduire à la découvrir , même à Faide des instmmèns d'optique les plus parfaits.

Cependant, par la raison que les solides contiennent les liquides, en a été généralement porté à penser que tout est vaisseau dans Ua aolides. Cette: idée-, mise en faveur par Ruysch et par quelques autres anatomistes des plus distingués , et reproduite même, tout récemment, dans un ouvrage posthume de Tiliustre Mascagni, est erronée évidemment , puisque les vaisseaux sont eux-mêmes des parties composées. II en est de même de Fassertiou de ceux qui veulent que tout, dans Forga«* nisaiion animale , soit formé par le tissu cellulaire , ou par un parench3^e générateur des divers solides.

Tout ce qu'on sait de positif à ce sujet, tout ce qu'il nous est même possible de savoir, c'est que, dans le corps de Fhomme comme dans celui de tout autre animal, les solides, comme les fluides, sout formés de globules microscopiques et d'une substance amorphe, liquide dans ceux-ci, concrète dans ceux-là^ co€igulée dans les premiers , coagulable dans les seconds , mais absolument inséparable des globules, et les enveloppant de toutes parts.

Ces globules , dont la figure et le volume , malgré Fopinion contraire de Wenzel ' , de Leeuwenhoêck ^, du docteur Schmidt % du professeur Prochaska ^, de Hewson ^, sont toujours les mêmes, quelque soit d'ailleurs Forgane ou l'animal dans lequel on examine les tissus , sembleraient , d'après les belles observations microscopiques du docteur H. Milne Edwards ^, permettre d'affirmer, comme loi générale, que la structure élémentaire propre aux tissus cellulaire^ fibreux, vasculaire, musculaire et

' Dans son Prodromus eines WFerks uber das Gehim des menschen und der Sœugthièrt, ( Tubingue, iSo6 , c. iT, p. 1 c«t auteur veut que les globules dont il s'agit soient plus petits clans le foie que clans la rate*

» Il prétend qu'ils sont globuleux dans les mammifères et plats dans les poissons. {Arcana Naiuray i, p. 5i.)

» Journal complém, du Diction, des Sciences médicales , tom. XTlii , page 107 et aie. Suivant lui , ils sont sphëriques dans l'homme , et oToides cbet tous les animaux antres que les mammâfières.

^ De Structura nerçor,^ Vindob., 1779 , c. 4» Ce **^*nt regarde ceux de la substance nerveuse comme plus petits que ceux du sang.

* Expérimental inquirUs , etc. London, i:7î-i777i »n-8' > P»^. m , tab. i et 4; il pense que ceux du sang sont plus gros que ceux do cbyle et du lait

6 Mémoire sur la Structure élémentaire des principaux Tissus organiques des Animaux , etc. Pari» , ,Sa3 , in-i*».

nerveux est idendqiic chez tous les animaux , et que les molécules des solides de ceux-ci affectent toujours une forme primitive constante et déterminée , et ne sont que des sphéroïdes partout arrondis , nulle part anguleux , du diamètre de .^ de millimètre', ce dont on peut se convaincre , si Ton jette les yeux sur les Bgures qui composent nos planches vin et ix , figures que nous avons en partie empruntées au docteur Edwards , et que nous avons en partie fait exécuter d'après nos propres observations, Eûtes avec une lentille qui grossissait deux cents fois en diamètre ' , sur rhomme et sur divers animaux, tant vertébrés qu'invertébrés, comme le mouton , le chien , le chat , la perdrix , le crapaud , la carpe , le faisan , le canard , le homard , le hanneton , etc. L'arrangement et le nombre de ces globules varient seuls dans les divers tissus où on les examine , quelles que soient , du reste ^ les pror priétés de ces tissus et les fonctions qu ils sont appelés à remplir. Il en est de même de leur couleur, et très-probablement de leur composition chimique , puisque ce sont précisément eux qui constituent les parties organiques , et sont la source des différences qu'elles présentent.

§ V. ^ Des diverses sortes de Tissus.

Les fibres ou les lamelles élémentaires , différemment combinées , réunies deux à deux , trois à trois , quatre à quatre , forment les parties contenantes du corps ,

' Planche y m.

Fig. I . Tissu eellaUire de Thomme.

Fig. a. -^"^ du crapaud calamité.-

Fîg. 3. — de la carpe dorëe.

Fig- 4- — "~" dachat

Fig. 5. — de la perdrix.

Fig. 6. Conjonctiye du bœuf.

Kg. 7. ■ ' du chat.

Fig| ^ Përitoine de rhomme. .

Fig. 9. Chorioo de la membrane muqueuse des intestins do chien.

Fig. 10. Tissu muiculaire del'homme.

Fig. II. ' ' du mouton.

Fig. la. — du crapaud calamité.

Fig. i3. — — ^ db fiiisan.

Fi(L 14^ -^— de la carpe dorée.

Fîg. i5. — du homard.

Fig. 16. — du hanneton.

Kg. 17., TissQ tendineux de Thomme.

Fig. iS. Tissu aponéfrotique de l'homme.

Planche ik.

Fig. I. Tissu tendineux du eanatd.

Fig. 2. ■ ' du crapaud calamke.

Fig. 3. Épidermc de Fhommr.

Fig. 4* ChoriA de la peau de Thommc.

Fig. 5. — du crapaud.

Fig. 6. Membrane moyenne des artères deThommr.

Fig. 7. — des veines de Fhomme.

Fîg. 8. Membrane interne des artères de Thomme.

Fig. 9. — des veines de Phomme.

Fig. 10. Subetance m^dnllaire de Pencèphale du

bpin.

Fig. II. Substance mëduDaire de la moSlle rachi-

dienne do lapin.

Fig. 13. Substance médullaire de l'encéphale du

moineau.

Fig. i3. Substance médullaire de la mo911e rachi-

dimoe du mémq oiseau. .

Fig 14. Tissu du nerf sciatique du lapin.

Fig. .'5. Substance médullaire du cerveau de la

' grenenille.

Fig. 16. Substance miWlullaire de la moelle rachi-

dienne de la grenouille.

Fig. 17. Substance médullaire du cerveau de la

carpe dorée.

Fig. iS. Substance médnllairp de la moSlle rechi—

dienne du barbeau.

celles qui déterminent surtout la forme , et qui impriment le mouvement , c'est-à« dire , des tissus plus ou moins composés , des organes plus ou moins complexes , dont aucun n'est isolé , qui sont tous entrelacés , qui ont tous des communications entre eux ; tels sont :

i^ Le Tissu cellulaire, ou Tissu aréolaire, ou Tissu lumineux ( Tela ceUularis) , assemblage de lames blanchâtres, filamenteuses, extensibles, tenaces, rétractiles^ qui se rencontre dans toutes les parties du corps en général , qui entoure tous les organes , qui pénètre dans tous leurs interstices , leur servant en même tems de moyen et d'union et de séparation , espèce de trame qui s'étend partout , et forme le parenchyme , plus ou moins mou , plus ou moins extensible , plus ou moins contractile , plus ou moins perméable aux liquides , plus ou moins spongieux , de leur substance ' . De tous les tissus simples , il est le plus généralement répandu dans réconomie.

a^ Les Membranes y Membranœ, sorte d'organes minces, larges et mous, composés de fibres ou de lamelles rapprochées à des degrés variables , tapissant les diverses cavités du corps , entourant plusieurs viscères , servant souvent à en favoriser les mouvemens , et contenant dans leur structure beaucoup de vaisseaux ( planche vi , fig. 3 ) de diSerens ordres , et souvent des nerfs.

3^ Les Faisseaux, f^asa, qui sont des canaux rameux, plus ou moins élastiques, formés par la superposition de diverses membranes dans lesquelles sont contenues et circulent les humeurs , et qui sont distingués , d'après leurs usages , en Artères , en freines et en Vaisseaux lymphatiques.

à. Les Artères y Arteriœ ^planche yi, fig. i ), après être parties du cœur, vont, en rayonnant du centre vers la périphérie , se distribuer dans tout le corps , ou elles portent le sang qui a subi les changemens que lui imprime l'acte de la respiration.

Telle est, au moins, la disposition la plus habituelle de ces vaisseaux^ c'est celle que l'on observe dans l'homme , dans les oiseaux et les mammifères. Chez les poissons, il n'en est point de même , et dans ces animaux, à l'exception du tronc qui va se distribuer aux branchies , les artères ne naissent pas du cœur.

B. Les Feines, Fenœ, en général , naissent des derniers ramuscules des artères, se réunissent en troncs plus ou moins volumineux (planche vi, fig. a, a, b, c, c), et vont , en se rapprochant de la périphérie au centre , verser dans le cœur le sang qu'elles ont rassemblé dans toute l'économie.

Beaucoup plus nombreuses que les artères , les veines ont aussi plus de capacité

■ Suivant la maDÎére dont ils Vont eoTuago, beaucoup d^anatomistcs ont donne à ce tissu les noms de Substance^ de Corps ^ de Système ceilulairt^ de Tissu cn'breux, muqueux, giuttneux, intermédiat re^ lamineux^ filamenteux, etc.

( a5 ) que ceUes--ci; leurs parois, demi- transparentes, sont bien plus minces que les leurs, qui sont opaques, épaisses et jaunâtres; leur cavité intérieure (c,c) est ioterrompue de tems en tems par des valvules ou soupapes (d, d, d, d, d) qu'on ne rencontre point dans les artères , et qui sont propres à soutenir le sang , à Tempécher d'obéir aux lois de la pesanteur.

c. Les Kaisseaux lymphatiques ou absorbons , Venœ lymphaticœ , Ductus lym-phatici (pi. VI, fig. 4)9 ^^^ également minces, transparens et garnis de valvules en dedans \ mais , au lieu de sang , ils contiennent un fluide particulier, nommé lymphe. Us sont universellement répandus partout le corps , et versent dans les veines le liquide qu ils contiennent.

D. On peut encore regarder comme des vaisseaux le^ Conduits excréteurs y Ductus excretorii (pi. vii , fig. 5 , c), qui naissent des organes glanduleux, et transmettent au-dehors ou dans des réservoirs spéciaux le fluide sécrété par ceux-ci.

4^ Les Os y Oisa, qui sont les parties les plus dures, les plus compactes, les plus résistantes du corps-, ils servent de base et de soutien aux autres organes, et sont composés d'un parenchyme cartilagineux et celluleux , organisé , incrusté de sels terreux.

L'assemblage de tous les Os du corps porte le nom de Squelette, tant dans -l'homme (pi. x, xi, xii) que dans les autres animaux vertébrés.

5^ Les Cartilages, Cartilagines , dont la substance, d'un blanc laiteux, opalin ^ est moins compacte , moins pesante , moins résistante , moins dure et plus élastique que celle de l'os , et peut se réduire en gélatine , par l'effet de l'ébullition dans l'eau.

Flexibles et compressibles, les cartilages servent de prolongement à des os, comme ceux qu'on voit entre les cotes et le sternum ; ou bien , ils en recouvrent les extrémités articulaires, comme cela a lieu dans toutes les articulations mobiles; ou bien, enfin, ils entrent dans la formation de quelques organes complexes , conmie le larynx , le nez , etc.

On n'aperçoit que difficilement la direction de leurs fibres , parce qu'elles sont tellement serrées, qu'au premier coup-d'œil elles paraissent former un tout homogène.

6^ Les Fibro-^cartilages , ou Cartilages membramf ormes , qui tiennent le milieu entre les cartilages proprement dits et les ligamens et ne paraissent autre chose que ces derniers, imbus de gélatine.

Ils sont très-flexibles , .éminemment élastiques , fort résistans , fort minces , et composent certains organes , comme les pavillons des oreilles et la trachée artère , ou servent aux articulations , tels que ceux que l'on rencontre dans les articulations de la clavicule, de la mâchoire, du genou, etc.

n existe aussi des Fibro^artilages d'incrustation partout où il y a un frottement

conaidérable d'un tendon contre, le périoste d'un os, comme on le voit pour les coulisses de Textremité inférieure du tibia 9 du radius > du péroné , etc.

7^ Les Ligamens, Ligamenta^ dont la nature est manifestement fibreuse, et qui ^çiit situés autour des articulations.

Leur forme , leur ^aspect général , varient beaucoup : car tantôt ils sont épanouis en membranes y et tantôt ils constituent des cordes serrées , arrondies , Mancbàtres^ très-résistantes, fixées aux os par leurs deux extrémités. Les fibres qui les com^ posent sont albuginées et peu extensibles.

8^ Les Muscles, Muspuli , qui sont des organes rouges ou rougeâtres, éminem*ment contractiles , composés d'un tissu fibrilleux rassemblé en faisceaux variables (pi. V, fig. 8 ) et unis par un tissu cellulaire , où se voient des vaisseaux et des nerfs, et, ce qui est véritablement caractéristique , des séries linéaires de globules microscopiques (pi. viii , fig. 10, 11, la, i3, i4, i5, 16).

Tls constituent ce que Ton nomme la chair des animaux.

9^ Les Tendons, Tendines, espèce de cordons fibreux, blancs, soyeux, nacrés;, resplendissans , plus ou moins longs , plus ou moins gros , arrondis ou applatis , terminant les muscles très-souvent , et se fixant aux os par une de leurs extrémités seulement (pi. v, fig. 8 , i, i , i).

10^ Les Aponéy^roses ou jàponma^oses , Aponewroses , qui sont des membranes fibreuses, d'un blanc perlé, comme irisées, luisantes, satinées, plus ou moins larges et plus ou moinstrésistantes, d'un tissu dense, serré, élastique, peu extensible.

Elles enveloppent les muscles, ou servent de point d'appui à leurs fibres charnues.

11^ Le Tissu élastique y qui forme des organes d'une teinte jaunâtre spéciale, d'une excessive élasticité et de nature albumineuse et fibrineuse , et toujours en antagonisme avec l'action de la pesanteur et de la contraction musculaire, comme dans les artères , à la colonne vertébrale , etc.

12^ Le Tissu cuUpeux (pL vu, .fig; 4)9 réunion>de vésicules très«petites, microscopiques même, entasséefr, groupées en plus- ou moins- grand oombre, attachées les unes aux autres par du tissu cellulaire lamineux , et servant de réservoir à la graisse. i3** Les Nerfs, Nervi (pi. vu, fig. 1 ), sorte de cordons mous, blanchâtres , d'une fonne: variable, qui se divisent en un grand nombre de branches, qui portent le sentiment et le mouvement dans tout le corps , et qui sont formés de petits filejEs placés>lea.uns à côté des autres, et iHiispar du tissu cellulaire et par des vaisseaux, .et daglobulesi microscopiques (ph IX, fig. i4) autrement arrangés que ceux qui .compoaent.les munies.

1 4^ Les Glandes^ Glandulœ , qui sont des organes très-variables sous le rapport idaiJajfifprev du volume, de la couleur, de la consistanoe, de la structure (pi. vu,

( »7 ) fig. 5), mais tous destinés à séparer de la masse du sang un fluide particulier à chacun d'eux, qui, à Taide de conduits excréteurs ramifiés (pi. vu, fig. 5, c), est rejeté au-dehors immédiatement , ou conservé , durant quelque tems , dans des réservoirs isolés '.

i5^ hes Follicules ou Cryptes ^ sortes d'ampoules ou vésicules membraneuses, vasculaires , arrondies ou lenticulaires > dans lesquelles est sécrétée une humeur particulière qui se répand à la surface de la partie et la lubrifie.

On en observe beaucoup dans l'épaisseur de la peau , dans les membranes muqueuses, etc. *

1 6^ Les Ganglions lymphatiques y que les Anciens appelaient Glandes conglobées, petits corps, dont la forme varie de même que le volume (pi. vi , fig. 4» a, a) , d'une couleur rougeatre ou grise , d'une texture intime encore peu connue , d'une consistance plus ferme que celle d'aucun autre organe mou , recevant , d'une part , quelques vaisseaux lymphatiques (pi. vi , fig. 4 9 ^)t ^^t de l'autre, en émettant quelques-uns (pi. vi , fig. 4 9 ^9 >) qui vont se porter vers leur tronc commun.

17® Les Viscères y Fïscera , enfin, qui sont des organes d'une structure trèscomplexe , formés par la plupart des tissus que nous venons d'énumérer immédiatement , et situés entièrement ou en partie dans les cavités du tronc , où ils servent aux foootions les plus importantes de la vie.

Si quelques auteurs ont prétendu distinguer des Fiscères les Organes, parce que les uns sont logés à l'intérieur , et les autres situés à l'extérieur du corps , il est évident qu'ils ont pris pour point de départ de leur classification, une base peu solide , car^ dans tout être vivant , toute partie animée par la vie , et qui manifeste par ses actes l'existence de celle-ci , ou l'entretient par son exercice , est un Organe.

On pourrait encore pindre à ces diverses sortes de tissus organiques , le Tissu érectile ou cat^meux et le Tissu corné y ainsi que l'ont &it récemment plusieurs anatomistes du premier mérite.

Le premier est un tissu spongieux , essentiellement vasculaire et nerveux , composé de petits filamens qui se croisent , s'unissent , se séparent dans toutes les directions , interceptant entre eux des aréoles , des vacuoles , des cellules qui communiquent les unes avec les autres , et sont communément remplies de sang. On trouve ce tissu dans le pénis , dans le clitoris , dans le mamelon , dans l'épaisseur des paroi»^ de l'urèthre , etc.

Le Tissu corné comprend des parties dans la composition desquelles on ne saurait

( La figure 5 de la plaocbe tu rqprésetite, en particulier, la glande parotide, avec le conduit de Sténon et les racines qui lui donnent naissance.

' La figure 5 de la planche ni représente une portion de Tune des lèvres , où l'on voit les follicules muquenx {bfb,b)^\e tissu charnu (rc), et la membrane muqueuse (tf)*.' "^

démontrer la présence ni des vaisseaux , ni des nerfs , qui sont insensibles , et qui jouissent du privilège de se reproduire quand elles ont été détruites* Cest à lui qu'il faut, avec les^ professeurs Richerand et Caru», rapporter les ongles, \q» poils, les chev^eux , les cornes, les sabots, Y épidémie, les plumes, les écailles, la cornée transparente , la membrane du tynrpan, etc.

Mais nous ne pouvons , à Texemple de Bichat , distinguer , comme des tissus spéciaux , les ^sternes médullaire , synovial et pileux ; ils se confondent trop évidemment avec les tissus cellulaire , séreux et épidemoîde du même auteur. Nous repousserons également une multitude dautres divisions beaucoup moins importantes, tout en étant néanmoins plus nouvelles.

Quoi qu il en soit , les tissus organiques n^ont été ainsi rangés en diverses classes ou genres , que parce qu ils différent prodigieusement les uns des autres , par rapport à leur forme extérieure , à leur structure intime , à leur composition chimique, et surtout à leur degré de complication , dernière considération qui a porté les observateurs les plus marquans à distinguer des tissus générateurs des autres tissus. Cest ainsi que Haller a admis ^ dans la composition des organes, outre le tissu cellulaire , qui est le plus répandu , la Jibre musculaire et la substance médullaire ; que Walther reconnaît une texture membraneuse ou cellulaire , une fibreuse ou vasculaire, et une netveuse ; que PfafFen signale une vasculaire, une fasciculaire , et une cellulaire ,* que le professeur Chaussier adopte la classification de Haller, en y joignant, sous la dénomination de fibre albuginée, une quatrième sorte de fibre, celle qui fait la base des ligamens ^ et que Bichat , en portant le nombre des tissus à vingt et un, en indique trois comme formateurs ou primitifs ^ le cellulaire, le vasculaire et le nerueux^ que M. Meyer, de Bonn, compte également trois systèmes de tissus élémentaires : ï^ la cellule, le vaisseau ou la glande; a^ Isl fibre irritable, cethdaire ou vasculaire; 3^ Ik fibre sensible, ou le nerf; que feu Dumas en distingue quatre, le celluleux ou spongieux, le musculeux on fibreux , le mixte ow parenchy-'^ mateux, et le lamineux ou osseux, etc. , accord presque général entre les anatomistes , qui semblerait démontrer que l'universalité des tissus organiques se rapporte à quelques-uns de ceux-ci, qui sont plus généralement répandus que les autres , qu'ils concourent à former et à entretenir, sans éprouver de leur part une réciprocité d'influence analogue. Ce sont des organes ou des systèmes organiques simples, des parties sinilaires, suivant l'expression significative des Anciens, autour desquelles viennent [se grouper d'autres organes ou systèmes organiqites composés , des parties non similaires , dissimilaires , ou plutàt , comme le disait Bichat avec tant de justesse , des appareils , résultant de la réunion des tissus primitifs associés dans un ordre tel , qu'ils donnent naissance à des parties, uniques ou tout au plus doubles, et chargées d*accomplir une fonction spéciale.

Cest au milieu de toutes ces variations , et en conséquence du fait qui résulte non-seulement d'elles , mais encore des opinions différentes de Béclard ■ , du professeur Pinel * , de Carmichaêl Smyth ^ , de J.-F. Meckel ^ , de J. Gordon ^ , de P. Mascagni ^ , et de C. Meyer ^ , que nous avons cru devoir présenter la classification précédente des organes , d'après Tensemble de leurs caractères anatomiques et chimiques , sans , du reste , prétendre aucunement établir Tordre successif dans lequel ils doivent être rangés , et tout en reconnaissant que cet ordre peut être justement fondé sur diverses bases, sur la généralité plus ou moins grande des organes dans la série des Animaux, sur la nature différente des fonctions végétatives ou animales, sur les systèmes générateurs ou générés, sur Tordre d'analogie, par exemple, etc.

Au reste , nous établissons ici en principe , que le corps des animaux , considéré dans son ensemble , résulte d'un assemblage de systèmes composés , décomposables en élémens variés, et qu'il fout réduire à leurs premiers principes, si Ton veut avoir une idée exacte et complète des conditions de leur existence.

La main, le pied, l'œil, l'oreille, le nez, la bouche, etc., nous ofirent des exemples S appareils ; une lame de tissu cellulaire , une portion du péritoine , une tranche de chair, une branche de Taorte, etc. , nous présentent, au contraire , les tissus cellulaire, membraneux, musculaire, vasculaire , etc., dans leur état de simplicité.

Cependant, il convient de dire encore, que les tissus peuvent être formés par des fibres semblables ou différentes , et de rappeler qu'un organe résulte communément de la réunion de plusieurs tissus , et consdtue presque toujours une partie plus ou moins composée. L'œil , par exemple , est composé tout à la fois par des membranes, des nerfs, des vaisseaux artériels et veineux , du tissu cellulaire , etc. Un simple muscle même voit se réunir, pour sa formation , la fibre musculaire , le tissu cellulaire qui Tentoure , et le tissu albuginé qui la termine en tendon ou en aponévrose. De même , un filet nerveux résulte de l'assemblage d'une substance médullaire et molle, et d'un névrilemme , qui enveloppe celle-ci, et empêche sa diCEosion , etc.

' Éiêmens d'Anatomie générale, Paris , iSa3 , iii-8° t p* 99 et et 100.

* Voyez VAnaiomie générait de Xavier Bichai , tom. 1. ' On Inflammation ( Med. Communications , vol. u.)

^ Handbuch der mensehlichen Anaiomie, Erst.B. AUgemeine Anaiomie, Halle und Berlin, iSi5. ' A System ofHumanAnatomjr, iSi5 , Edinbarg, toI. L

* I^rodrwno délia grande Anaiomie , Firenase, 1819. ' Ubisuprà.

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d'une sain k hqwHr 3 doit . en grande pwtie. » perieclibilsté « tes artu , sa réonico en société • aarclfeer avant toos le» antre» être» rie b CréatJCA .* parce qu'il sait tenir Fiiutminent qui cnltKe b terre et qoi bri/ifkne len diren objet» propre» â servir se» besoin» ; parce qall pent assajettir b plome â peindre ta pensée; parce «pie seul ansti 3 e»t dotié de b bcnllé de parler, le plo» çraiMl . le pio» poissant moyen de sociabUité et de periectibilité ; parce que, HTfme or^nisation pin» compliquée qn'aocim aotre animal^ 3 pent dfantant pin» étendre ton esi»teiice rebtive et son înlelligence, agrandir »e»afiectÎQn»> anementer W ftt//yens de tatitbire se» betoin» : parce que se» organe» de» ten»^ dont ancim ne parait prédominant , sont dan» une sorte dféqailibre et d^bannonie . qaoa ne

( 3i ) retrouve plus, par exemple, dabs Taigle, dont Toeil est si perçant^ dans le lièvre, dont Fouie est si fine ; dans le loup et le renard , dont Fodorat est si développé ; dans la chauve-souris , qui a un tact si délicat , etc. ^ c'est là ce qui fait qu41 tient k peu près à tout dans la Nature , qu il remplit TUnivers , qu'il met tout à contribution dans le monde , tandis que le polype, ny formant qu'un point matériel, entretient avec les objets environnans des relations très-bornées, et paraît n'éprouver que les seuls besoins de manger et de se reproduire.

De là , l'excessive importance de l'étude de l'organisation chez l'homme , la haute utilité de la connaissance topographique de son corps, la nécessité absolue, pour oelui qui veut approfondir l'anthropologie , de se mettre à même d'apprécier les différences physiques qui éloignent l'homme dos autres animaux , le Hottentot du Lapcm, et l'habitant civilisé de Londres ou de Paris du sauvage qui parcourt les steppes arides de la Grande Tartarie , ou les rivages désolés de la Nouvelle- Hollande. De là, le besoin qu'éprouvent le médecin et le philosophe d'examiner l'homme en lui-même , de comparer individu à individu , race à race , âge à âge , tempérament à tempérament , afin de concevoir , en s'aidant de notions physiques f le secret de l'existence animée , afin de connaître et de dissiper les obstacles que rencontrent , dans l'accomplissement de leur action , les moteurs de rouages dont ils se sont trouvés à même de calculer le mécanisme.

Ainsi que l'a démontré Xavier Bichat , dans ses importante^ Recherches physiolo- .giques sur la Fie et la Mort , la conformation extérieure du corps de l'homme est symétrique , c'est-à-dire , qu'il est comme divisé en deux parties latérales pareilles par une ligne idéale médiane verticale qui, en certains points de son trajet, cesse . même d'être idéale , et se présente sous l'apparence d'une sorte de couture qui réunit deux parties séparées dans le principe. C'est là ce que les anatomistes appellent un raphé ou une suture , et quelquefois une couture.

En conséquence , le corps semble être formé de deux moitiés , l'une droite et l'autre gauche , et cela d'autant mieux que la plupart des organes simples en apparence sont réellement doubles y ou au moins séparés en deux parties semblables, confondues l'nne avec l'autre, sur la ligne médiane '.

De même que celui de la plupart des autres animaux vertébrés , le corps de l'homme peut d'ailleurs être partagé en Tronc et en IV^hbres.

Le TxofiG est la partie centrale ou principale , celle qui contient les organes les plus essentiels à la vie , ou les viscères.

On le divise communément en trois parties secondaires , ou , comme le disaient

' FrId. Hehr. Loschce, de Symmetria humani Corporis , imprimis Sceleti, Coriunentatio anatomica, Er- ^•Dg> '79^1 in-So. — De Sceieto Hominis symmetrico Commentatio anatomica, Erl., 1795,10-80. — Do .Puis, De Homine dextro et sinistro ^ Lugd. Batav. , 1780.

leê Anciens, en trois Centres ou Caidtés splanchniques ^ destinés à loger tel ou tel ordre de viscères.

Ces trois parties du Tnoirc sont :

I** La Tête, Caput des Latins, KcyocAiQ des Grecs, ou le Ventre supérieur (pi. I, a), qui loge le centre du système nerveux et les organes principaux des sens. V

2^ Le Thorax, ou la Poitrine, Pectûs ou Thorax des Latins, ou le Ventre moyen (pi. i, c), qui renfernie les organes de la circulation et de la respiration, et qui est uni à la tête par une partie rétrécie, qu^on appelle le cou (pi. i, b). Sa fisice postérieure porte spécialement le nom de dos (pi. m, b), et c'est sur Fantérieure , qui est constamment plus large dans notre espèce que dans les autres animaux mammifères, que se trouvent s tuées les mameUes , toujours au nombre de deux (pi. i, 9, 9. — PI. ii, a, a).

3^ L'Abdomen, Bas-Ventre, ou Ventre inférieur. Abdomen ' des Latins, qui contient les organes de la digestion , de la sécrétion urinaire et de la génération , et que les anatomistes , dans la vue de faciliter Tétude des viscères , ont coutume de partager secondairement en trois grandes zones distinguées elles-mêmes en su^ périeure, en moyenne et en inférieure , au moyen de deux lignes transversales, dont Tune passe sous le bord inférieur de la dernière côte de chaque côté , et dont Tautre 8*étend entre les deux crêtes iliaques des os coxaux (pi. i, n, d).

Si Ton suppose actuellement deux autres lignes élevées verticalement des épines iliaques antérieures et supérieures jusqu'au niveau de la paroi inférieure du thorax , chacune de ces zones , comme on le voit sur notre première planche , se trouvera elle-même divisée en trois régions, Tune moyenne et les deux autres latérales.

Or, la région moyenne de la zone supérieure (pi. i , 11) est appelée Épigastre ', et ses régions latérales (pi. i, i5, i5) sont nommées Hypochondres ^ ; la région moyenne de la zone moyenne (pi. i , 12 , i3 ) est le Mésogastre ^ ou Y Ombilic, et ses régions latérales (pi. i, 16, 16) sont les Flancs ou les Côtés proprement dits ; XHypogastre^ est la région moyenne de la zone inférieure (pi. i, 14)9 dont les Fosses iliaques constituent les régions latérales.

La face postérieure de Tabdomen est distinguée par le nom de Lombes ou de

> Du mot abdere, cacher, parce que sa cayitë renferme et protège les principaux viscères du corps,

' De tm , an-dessus, et de yavlinp , estomac.

' Yiro y an-dessous; Xhyêpo^ , cartilage.

^ MtoUf qui est au milieu; yaolnf 1 ventre, estomac.

' Tiro , au-detaous ; ywltip , estomac.

Région lombaire (pi. m, d). Le Bassin, borné lui-même en avant par les Parties de la génération (pi. i , 18 -, pi. 11, b), en bas par le Périnée, et en arrière par les Fesses (pi. m , b, b), le termine inférieurement.

Nous devons dire aussi que la partie de Thypogastre qui se prolonge au-devant du bassin , porte le nom de Région pubienne , tandis qu*on donne celui à! Aines (pi. I, 17, 17) aux deux plis obliques et anguleux qui existent au point de réunion de la paroi antérieure de Tabdomen avec la partie supérieure des cuisses , et qui s'étendent , de chaque côté , depuis Tépine antérieure et supérieure de Fos des iles jusqu'au pubis.

Les Mekbebs ' , Membra ou Artas des Latins , appendices- articulés et destinés aux mouvemens, se distinguent en supérieurs (pi. i, e, e) ou thoradques, et en inférieurs ou abdominaux (pi. i , F , F ).

Les ans et les autres sont divisés , par des articulations , en plusieurs parties , qui sont , pour les membres supérieurs :

i^ h^Épaule (pi. 1 , 19 , 19^ pi. ni, A, à) ^

a^ Le Bras (pi. i , ao, 20 ) , borné en bas par le Coude (pi. in , f , f) *,

3® VAi^anuBras (]fl. i, ai, ai) 5

4^ La Main (pi. i, aa, aa), que terminent le Pouce (pi. i, a3, a3) et les Doigts (p\. I, a49 a4).

Pour les membres inféricureT, ces parties sont :

i^ La Cuisse (pi. i, a6, a6), surmontée par la Hanche (pi. i, a5), et surmontant le Genou (pi. i, a7, 37) en avant, et le Jarret (pi. m, h^ h) en arrière \

a<^ La Jambe (pi. i , a8 , aS ) -,

3^ Le Pied (pi. i, a9, a9), limité postérieurement par le Talon (pi. i, 3o) , et antérieurement par les Orteils ( pi. i , 3i , 3a , 3a ).

Les diverses parties du tronc et des membres sont encore sous-divisées en un certain nombre de régions ou de portions distinctes , dont la nomenclature et la connaissance sont, à cause des organes qui y sont placés, de la plus haute importance pour Tanatomiste. Cest en effet sur ces divisions et ces subdivisions , nécessaires pour la détermination de la situation absolue de ces organes et de la position respective des parties , que se trouve basée Tespèce d'anatomie à laquelle on peut appliquer la dénomination d'Anatomie topographique.

Ces notions préliminaires étaient indispensables pour aider ceux de nos lecteurs qui n^ont encore qu'une légère teinture de la science , à concevoir comment la forme

' Cest fort improprement que, dans beaucoup d^ouyrages, on Toit les membres être désirés par le mot txtnéoÊUés»

du corps de rHomme , quoiqu elle ne soit pas la même à toutes les époques de la vie , offre certaines particularités qui le distinguent immédiatement de tous les autres animaux y et qui , dans la nombreuse série des Êtres organisés , font de notre espèce un groupe à part , sans Tempécher toutefois de participer, en une foule de points, au type primitif et fondamental de toutes les formations animales, type en vertu duquel, en parcourant les diverses phases de son développement , l'organisme humain se trouve correspondre , jusqu'à un certain point , à des états permanens dans les classes inférieures du règne animal '. .

Cette double proposition mérite d'être démontrée avec quelque soin de notre part.

Si nous avions besoin d'exemples à l'appui , ils se présenteraient en foule , et nous ne serions embarrassés que du choix uniquement : d'une part seulement , il suffirait , entre autres , de mettre en parallèle le Fœtus humain à divers degrés de développement, avec les degrés successifs de l'organisation sur l'échelle animale. Semblable à certains zoophy tes des plus simples, nous verrions l'Embryon n'être originairement qu'un petit bourgeon, qu'un germe collé sur une vésicule. Plus tard, il se rapprocherait des annelides en prenant la figure d'un corps vermiforme, sans membres et sans tête distincts. A une époque postérieure encore , des membres égaux et une queue saillante , donneraient au fœtus une ressemblance évidente avec les quadrupèdes.

En s'attachant à tel ou tel système d'organes , on parviendrait encore au même résultat , car les os de l'Embryon , par exemple , d'abord nmcilagineux conmie le squelette de la lamproie et des autres pétromyzons, deviennent, avec le tems, car-tilagineux comme celui des raies , des requins et des autres poissons chondroptérygiens, puis o55eua: véritablement , et divisés en plusieurs pièces chacun , lesquelles, avant de se souder, leur donnent des rapports avec les os des animaux vertébrés ovipares en général.

De même aussi , par suite de l'examen du système nerveux , on voit que les nerfs avec leurs ganglions , sont les premiers organes de ce système qui apparaissent , et alors l'embryon de l'homme se trouve dans le cas des animaux invertébrés pourvus de nerfs seulement. Plus tard, on distingue la moelle rachidienne et encéphalique, et des rudimens de cervelet et de cerveau, comme dans les poissons et les reptiles; et , enfin , ces dernières parties s'accroissent par des degrés successifs , de manière à offrir d'abord l'aspect de l'encéphale des oiseaux , et ensuite celui de l'encéphale des mammifères, jusqu'à ce que la prédominance des lobes cérébraux et cérébelleux sur tout le reste du système donne à celui-ci l'apparence qui le caractérise chez l'Homme.

' J. F. Mecrel , Beyirœge tur vergUichtnden Anatomie , Leîpsick , i8i i y tom. ii , c. i , a<» i.

Tous les genres et tous les appareils d'organes , en un mot , si nous les passions en revue , fourniraient des preuves analogues et applicables de même à une proposition qui passe aujourd'hui pour une des plus incontestables en physiologie.

L'observation démontre encore , d'ailleurs, et comme par déduction des faits précédemment exposés , que plus l'examen de l'embryon se fait à une époque voisine de l'origine première , et plus les organismes avec lesquels la comparaison peut avoir lieu, appartiennent à des animaux d'ordres inférieurs; d'où il suit que, dans son développement , l'Homme parcourt une série de formes de plus en plus compliquées, à mesure qu'il s'éloigne du terme de sa formation pour atteindre celui de sa perfection.

Cependant, on ne doit jamais oublier que Y identité est loin d'être complète , car la ressemblance, d'abord, n'est jamais réelle pour toutes les parties à la fois et ne repose que sur des analogies d'organes à organes ; et , ensuite , dès qu'il commence à poindre, l'Embryon de l'homme tend à prendre irrésistiblement la conformation qui appartient à l'espèce.

L'Homme , d'ailleurs , se distingue entre tous les Animaux , par la grande rapidité avec laquelle il parcourt les premières périodes de sa formation ; il s'élève plus promptement que les autres au-dessus des échelons inférieurs , et la Nature , comme pressée de le conduire à l'organisation la plus parfaite de toutes , nous laisse à peine le tems d'apercevoir en lui les premières révolutions organiques qu'il éprouve, tandis que , dans les poissons chondroptérygiens et la plupart des reptiles , elle ne tire point des conditions temporaires de la vie fœtale le squelette , dont les pièces demeurent constamment plus molles que dans les animaux des classes supérieures; tandis que , dans beaucoup d'animaux vertébrés encore, une foule d'os restent, pendant toute la durée de l'existence , partagés en pièces isolées qui ne sont distinctes les unes des autres chez l'homme , que durant les premières périodes de son développement. Cest ce qui arrive en particulier pour le sphénoïde , l'ethmoïde , le frontal , Vos maxillaire supérieur, la mâchoire inférieure , etc.

Voilà une première différence entre l'organisme de l'Homme et celui des autres Animaux vertébrés, dont il s'éloigne en outre , à commencer même des mammifères, les plus parfaits après lui , par des modifications physiques plus ou moins importantes dans les organes des fonctions , tant végétatives qu'animales , les seules dont nous ayons à nous occuper ; car il ne nous convient point de parler ici de cette intelligence qui n'appartient qu'à lui ; de cette source de vie dont émanent pour lui seul une volonté libre, la science, la raison, la connaissance d'une cause divine, la sagesse, escortées de la cohorte sacrée des sentimens nobles et purs, et que remplace chez les autres animaux le torrent impétueux des appétits grossiers , des passions fougueuses , entraînant à sa suite l'égolsme personnel ou le besoin irrésis-

tible de jouir de des sensations, de se livrer à ses goûts , a ses désirs , en un mot, de chercher uniquement le plaisir et de fuir uniquement la douleur. Les actes intellectuels et moraux sont hypérorganiques ; ils ne font plus partie du domaine de TAnatomie , qui n*a des points de contact qu'avec la Physique ou la Philosophie tiaturelle ; ils rattachent la Physiologie à la Philosophie morale ou Métaphysique»

Nous trouvons encore de nouvelles causes de différences dans les ciroonstanoes d^organisation suivantes :

i^ Les hémisphères du cerveau et du cervelet de THomme sont plus développés et plus garnis de circonvolutions que ceux des autres mammifères , et sont sortoot d'un volume considérable , si Ton vient à les comparer à la moelle épinière y mqM nerfs >, aux organes des sens et même aux muscles.

a^ Il est le seul animal véritablement bimane.

3^ Il est fait pour marcher, pour se soutenir debout sur ses deux pieds *. L'organisation tout entière de son corps le prouve d'une manière irrécusable , et ici Tanatomie combat , avec une force merveilleuse , Topinion de certains philosophes moroses qui , par orgueil ou par Tenvie de se singulariser , ont voulu rabaisser rhomme au niveau des quadrupèdes , et dépcécier son physique , au risque de mériter Taccusation d'avoir cherché ainsi à le dégrader au moral.

Quoique, dans lereste de cet ouvrage, cette dernière vérité doive trouver à chaque instant des preuves en sa faveur, nous ne saurions nous dispenser de la démontrer ici préliminairement , rien que d'après la conformation extérieure du corps et b disposition de sa charpente osseuse , et à l'aide d'un simple coup-d'œil jeté sur les premières de nos planches. Le lecteur, surpris sans doute de voir un (ait d'inspection aussi simple , être devenu une source de controverses ^, demeurera ainsi convaincu d avance qu'il faut considérer la station bipède comme un des caractères fondamentaux de l'espèce humaine , et <\\!l originairement et par le fait même de notre nature , nous sommes destinés à maivher et à nous tenir debout,

* Voyez dam le tome iii des Scriptorts neurologici minores de Ludwig , les ObserTations de J.-G. Ebsl, et S. Th. ScEMusainc , Won Baue des menschlichen Kœrpers, iom. i, p. 85. ^ ' Prwioque eùm specfeni animalia cœtera terram , •

Os hamini sublime dédit, calumgue tueri Jussi/, et erectos ad sidéra toUere vui/us.

Oyid. , Metamorph. , i , v. 84- ' Les Anciens aTaient parfaitement bien saisi les régies de ce point de doctrine , et les avaient développa ayec une excessive sagacité. Plasieurt Modernes se sont âerës , sans beaucoup de succès , contre cette manière de voir, et ont été combattus jiar d'autres à leur tour, comme on en a la preuve en consultant les ouvrages de Moscati {Délie corporee Différente essenziati che passano ira lasirutiura dei Bruti e la Umana, Milano, 1770) ) de G. Vrolick (De Hcmine ad siaium gresswnque rectum per eorporis fabricam dispasito^ Logd* Bat, 1 795 ), de G. Bauler ( Naiuur-en geseiiediundig ondertœA aangaande den corsprongUiken stam van M menschelijk gestachi, Haarlem^ 1810), dans lesquels on trouve une foule de renseîgnemens précieux 4 ce sujet.

Dans rHomme , la tête est maintenue en équilibre sur la colonne vertébrale (pi. I, II, III, iv), avec laquelle elle s'articule par un point situé à peu près à égale distance de ses parties antérieure , postérieure et latérale ( pi. x, xi, xii, xiii).

Dans les autres Animaux vertébrés , elle s'articule avec la même tige centrale du tronc osseux par un point d'autant plus reculé vers Focciput , que l'individu examiné actuellement est plus éloigné de l'Homme par sa conformation. Dans le Singe , cette particularité est déjà notable ; dans le Chat , le Lion, l'Éléphant des Indes (pi. xv)^ l'A! (pi. XVI ), et surtout le Dugong et le Lamantin (pi. xvii), parmi les Mammhfëres , elle devient de plus en plus saillante , pour se montrer encore plus évidente dans les Oiseaux, comme le Casoar (pi. xviii), et particulièrement l'Oie et le Canard , et dans les Reptiles et les Poissons , comme le Caméléon , la Grenouille ( pi. XIX ) et la Vipère (pi. xx), nous en offrent des exemples.

Ce mode d'articulation a nécessité , chez les Quadrupèdes à tête volumineuse , l'existence d'un organe qui manque à l'Homme. Comme dans celui-ci , la position du trou occipital fait que le centre de gravité de la tête correspond au centre de mouvement , la tête peut reposer, sans un effort bien grand , sur la base du crâne , lors de la station droite ', durant laquelle, d'ailleurs, la (ace reste sur une ligne verticale presque parallèle à l'axe du corps et du cou , et cela d'autant mieux que les ma-* choires , fort courtes et peu volumineuses , ne tendent point par leur poids à entraîner cette partie du corps en avant. En conséquence , on ne rencontre point à la région postérieure de son cou une corde fibreuse qui , sous le nom do Ligament cerykal postérieur et chez les Quadrupèdes , maintient en rapport avec la colonne vertébrale la région occipitale de la tête , que le poids des mâchoires , souvent démesurées, entraîne sans cesse en bas.

La position et la direction des yeux et des narines ajoutent encore un nouveau poids à notre assertion.

Il en faut dire autant de la saillie que forme le menton dans notre espèce (pi. i, 6), tandis que dans les Animaux, il fuit plus ou moins en arrière du bord alvéolaire.

L'Homme seul encore a un bassin qui représente une excavation spacieuse , surbaissée , qui forme le fond d'une espèce de réservoir (pi. x , c , c).

L'extrême largeur de la poitrine (pi. i, c) , rétréde transversalement, lyi contraire , chez les Animaux , facilite et rend moins anguleux les mouvemens de ses bras , en même tems qu'elle permet à cette portion du tronc , de soutenir les organes qui doivent fournir l'aliment indispensable aux premiers nés de son espèce (pi. ii, a, a): dans la plupart des autres Animaux vertébrés , au contraire, l'étroitesse de la même

1 Daubektov , Mémoire sur ies di/ferertcês de sUuaihn du grand trou occipital dans VHommt et dans les An/maux, insère parmi ceux de TAcadëmie royale des Sciences de Paris , ann^ 1764» P«g« 5^ «t suîv.

partie rend les membres thoraciques généralement impropres à tout autre usage qu'à la progression , et oblige , chez les Mammifères en particulier , les mamelles à chercher une place vers la région la plus reculée de Tabdomen , comme on le voit dans les cavales , les ânesses , les chèvres , les vaches , les brebis , entre autres.

U suffit aussi de la plus simple inspection pour demeurer convaincu que les membres abdominaux de THomme (pi. i, f, f. ) sont si longs par rapport à ses membres thoraciques (pi. i, e, e), que, s'il cherchait à marcher en s*appuyant sur ces quatre supports , la tête tomberait trop bas et prendrait une position telle que la direction des yeux et des narines serait tout-à-(ait contre nature. D'ailleurs , il serait obligé de fléchir les genoux , puisque les cuisses et les jambes sont placées sur une même ligne , en même tems aussi que les épaules et les bras trop écartés , par suite de la largeur du thorax, ne soutiendraient que faiblement le devant du corps.

On observe encore que, chez lui, le coude formé par les cols des fémurs (pi. x, a, a) agrandit la base de sustentation du tronc , de manière à suffire même pour permettre au centre de gravité du corps de se porter sur un seul des membres , ce qui ne peut jamais avoir lieu chez les quadrupèdes.

L'Homme , en outre , seul parmi les animaux , a une cuisse arrondie , de grosses fesses et des mollets ou gras-de-jambe (pi. m , i , i) , formés par des muscles puissans qui assurent la solidité des articulations au moment de la station , et les retiennent dans l'extension '. /

Son pied, en raison de la manière dont il est uni perpendiculairement à la jambe par le milieu, et du talon renflé qui en augmente la largeur inférieurement (pi. i, 3o), forme d'ailleurs une voûte qui lui iJonne le pouvoir de supporter tout le poids du corps sans lui laisser courir le risque d'être écrasé sous le faix , tandis que les jonctions des os de la main sont disposées de sorte que si elle venait à appuyer sur le sol , elle n'y toucherait que par le bout des doigts uniquement.

L^Homme est donc le seul animal bimane et bipède à la fois, le seul qui ait deux véritables mains pour saisir et retenir les objets , et deux véritables pieds qui , pour supporter le poids du corps , sont plus larges que dans tout autre animal.

Toutes ces particularités sont tellement caractéristiques , du reste , que dans les singes les plus rapprochés de notre espèce , le menton n'existe déjà plus et les quatre membres sont terminés par des mains à pouce séparé , ce qui , malgré la grossièreté de l'organisation , a valu à la famille à laquelle ils appartiennent , le nom de famille des quadrumanes^ les cuisses, d'ailleurs, sont comprimées et aplaties, et les mollets et les talons manquent totalement.

« Ainsi que le prodtcnt des obsenrationt du professeur Dum^ril, sur lesquelles nous reviendrons plus Urd, la station est un état de repos pour certains oiseaux de rÎTage.

Les principes que nous venons de poser, une fois établis , il nous faut multiplier les preuves , aborder franchement Fhistoire anatomique de THomme , et voir comment , maigre les spécialités signalées dans son organisme, malgré le droit que nous lui accordons de constituer une espèce à part dans le règne organique , 11 office de nombreuses différences individuelles , qui , même à Fextérieur, ne permettent point de confondre un sexe avec Tautre, telle race avec telle autre race, tel homme avec tel autre homme.

La première , la principale , la plus frappante de ces différences , celle qui s'étend à Tespèce entière , est celle qui résulte de Fexistence des sexes , le masculin et le féminin , et qui , quoique assez peu marquée dans les premières périodes de révolution fœtale, commence pourtant de très-bonne-heure à se prononcer.

Cest elle qui va d'abord nous occuper, et à cet égard , nous verrons immédiatement que Torganisation de THomme et celle de la Femme ofirent des caractères divers , suivant qu'on examine les individus de chaque sexe sous le rapport de la grandeur et de la conformation du corps en général , et des organes en particulier. Plus tard , nous verrons que sous celui de la proportion relative des organes entre eux et des organes avec le corps entier, sous celui enfin de la forme extérieure , de la texture , des propriétés physiques et de la situation des parties , il existe des lignes de démarcation non moins tranchées , pour ainsi dire , que celles que Ton observe lorsqu'on s'occupe de ce qui concerne les organes de la génération.

En général , par exemple, l'Homme est plus grand que la Femme (pi. iv, fig. i et a) , et le poids total de son corps est d'environ un tiers plus considérable.

Quelques organes, cependant, paraissent plus développés chez cette dernière ; les mamelles (pi. ii, a, a) sont dans ce cas, ainsi que le foie et le cerveau, eu égard au volume du corps entier et des nerfs. Les cheveux qui ornent sa tête paraissent participer de même à cette prédominance de développement , tandis qu'elle est privée de la barbe qui couvre le menton et les joues de l'Homme , et des poils qui croissent abondamment sur presque toute la surface du corps de celui-ci.

Les formes sont aussi généralement plus minces , plus arrondies dans la Femme ; plus vigoureuses, plus rudes et plus saillantes dans l'Homme. Ce n'est donc point seulement* par ses organes génitaux que la première di£Eere du second ' ', ce n'est point uniquement non plus par sa taille moins élevée , par la finesse et la souplesse de ses tissus, par la délicatesse de son organisation } chez elle , il y a prédominance marquée des systèmes lymphatique et cellulaire , et c'est à cette cause déterminante qu'il £eiut attribuer l'efiacement des saillies des muscles et le gracieux arrondisse-

^ J.-F. AcKSRMÂirir , De Discrimine Seamum prater genHaiia, MoguDt., 17S7.— Thieart, Anprœter gemtaiia stjms inter se discrepent? Dissert , Paris., 1750.

ment de tous les membres. Toutes les parties de Forganisme , tout le systàme physique , deviennent ainsi le siège des différences. Le squelette lui-même en présente de bien tranchées dans Fun et dans Fautre sese^ et elles se manifestent au-debors malgré les parties molles qui le recouvrent -, le oou est plus long et moins fort; la poitrine , proéminente et plus large d'avant en arrière , est plus courte, plus évasée ; le bassin est plus ample et les os des cuisses sont plus obliques. Aussi , lorsque, à Fexemple de P. Camper ' , le professeur d'anatomie le plus célèbre de la Hollande dans le cours du siècle dernier, on vient à tracer les figures du corps de la Fenmie et de celui de FHomme , vus de face , dans deux aires elliptiques de grandeur égale^ on voit que le bassin de la première est sur les limites de Fellipse (pi. iv, fig. »), tandis que dans le second, où elle est moins vaste, cette partie du corps se trouve renfermée dans F.aire elle-même de Fellipse (pi. iv, fig. i), que dépassent de beaucoup dans FHomme les épaules , qui y sont au contraire contenues dans la Femme.

La Femme a , en outre , le tronc plus court , le bras plus arrondi , la main petite , blanche , douce , potelée , la cuisse plus ronde et les membres abdominaux plus longs proportionnellement, en sorte que le milieu du corps se trouve, ches elle, plus bas que chez FHomme \ elle a aussi Fabdomen plus large , plus saillant , relativement aux épaules et à la poitrine , et ses hanches sont par suite plus écartées.

Combien donc , d'après cela , est erronée Fopiilion de J.-J. Rousseau , qui calomnia si souvent les sciences médicales , dont la connaissance lui eût été plus souvent encore d'un si grand secours , quand il avance , au début du livre cinquième de son Emile, que dans tout ce qui ne tient pas au sexe , la femme est homme ; quelle a les mêmes organes , les mêmes facultés , que la machine est construite de la même manière ; que le jeu de Tune est celui de tautre, et que la différence nest que du plus au moÎMs. Les investigations des anatomistes (mi démontré des différeaeea essentielles dans les moindres détails de Forganisation.

Tels sont les caractères extérieurs des sexes , dont on ne doit point y à Fexemple de quelques auteurs , chercher la cause dans une prétendue prédominance du prin^ cipe coagulant ou de ïoxygène dans le mâle , et de la matière nutritù^ kfdfxxarho' azotée dans la femelle.

Quoi qu'il en soit , faisant abstraction de ces différences , nous allons , avant de faire connaître les autres variétés que la Nature nous présente en si grand nombre dans les divers individus de Fespèce humaine, indiquer les proportions que le sentiment et le goût font généralement passer pour les plus belles aux yeux des personnes qui fixent leur attention sur la conformation de notre corps , soit qu'on compare ses diverses parties les unes avec les autres, soit qu'on le considère dans son. entier.

" Oraiio de Pukhro physieo , Groniog., 1763, iii-4®.

Lorsque celui-ci est parvenu au terme de son accroissement , lorsqu'il a acquis toute la grandeur à laquelle il doit atteindre , il est rare que sa hauteur surpasse six pieds , ou reste au-dessous de cinq , et elle ne varie par conséquent que dans le rapport de cinq à six le plus habituellement.

Les Femmes , pour Tordinaire , sont d'environ trois à quatre pouces moins hautes que les Hommes ; mais , du reste , dans tout ce qui ne regarde que la vie et la conservation de Findividu, elles semblent se confondre avec eux.

Chez les uns et chez les autres , dans Fétat de belle nature , ainsi qu il résulte de comparaisons multipliées faites pour saisir un terme moyen entre les difi^érences, et propres à établir quelques règles certaines , le corps peut être divisé en dix parties égales , auxquelles les artistes ont donné le nom de faces y parce que la face a été leur module, et la distance entre les deux plus grands doigts , lorsque les bras et les mains sont étendus sur une ligne horizontale , est égale à la hauteur totale de l'individu , dont le dessous du pied représente à lui seul un sixième.

Mais ces proportions relatives de partie à partie, et dont, jusqu'à un certain degré , le détail intéresse l'art du sculpteur et du peintre plus encore que la science de l'anatomiste et du physiologiste , ne sont point les mêmes dans les adultes , où nous venons de les faire connaître , et dans les enfans : chez ces derniers , les parties supérieures du corps sont plus longues par rapport aux inférieures, qu'après l'adolescence. Par exemple , la tête , les épaules , les bras surpassent le volume des cuisses et des jambes , qui ne font point encore , à beaucoup près , la moitié de la hauteur totale du corps.

On remarque, du reste , dans tous les individus de notre espèce , une sorte de symétrie entre les moitiés supérieure et inférieure du corps , et quoiqu'elle soit bien moins marquée que celle qui existe entre ses moitiés latérales séparées par la ligne médiane , on ne saurait néanmoins en méconnaître entièrement l'existence : la connaissance de ce fait se rattache , jusqu'à un certain point , aux considérations qui précèdent immédiatement. Cette symétrie est surtout marquée dans les membres pectoraux (pi. i, e, e) et abdominaux (pi. i, f, f), et semble à priori y être indiquée par le nombre égal des subdivisions qu'ils renferment. Une comparaison attentive découvre entre eux des traits d'analogie si frappans , qu'on les dirait construits sur un même modèle , et nous n'en voulons pour preuve que la ressemblance qui se trouve , sous plus d'un rapport , entre les doigts qui terminent la main et les orteils qui forment l'extrémité du pied. Lorsque nous étudierons l'ensemble du squelette , nous verrons que la loi à laquelle elle donne naissance , est aussi applicable , en grande partie , aux régions centrales du corps, au tronc.

Nous avons actuellement à exposer les caractères par lesquels les Hommes sont yuiturellement partagés en plusieurs grandes familles répandues sur la surface de la 1. 6

terre , caractères tellement apparens , non-seulement dans les formes du corps , mais encore dans la structure et la direction des os qui lui servent de base , que plusieurs écrivains ont pensé que des êtres si divers , quoiqu appartenant au même genre , ne pouvaient appartenir à la même espèce , et , pour expliquer le phéno* mène, ont admis plusieurs espèces primUUfes , distinctes les unes des autres, et dont les traits restent toujours fixes et indélébiles comme ceux de la Kature elle-même.

Cest à ces variétés , communes aux deux sexes qui divisent Tespèce en deux moitiés , que les naturalistes et les physiologistes ont donné le nom de Races.

Ces Races, qui présentent des différences d'organisation permanentes, héréditaires et indépendantes du climat et des autres circonstances accessoires , qui sont de véritables souches fondamentales et originelles , qui ne paraissent plus aussi distinctes qu elles ont du Tétre dans Torigine des Sociétés , qui se sont insensiblement mélangées entre elles par Teffet du commerce , de la guerre , des expéditions des conquérans , des émigrations forcées ou voicmtaires de peuplades entières, différent les unes des autres , non-seulement par Fextérieur du corps , mais encore par la charpente même qui lui sert de soutien, et, en les rapprochant par lenrs affinités, apprennent à classer méthodiquement les Hommes, non plus comme THistoire politique sépare exactement les nations d*après leurs dénominations et les limites de leur territoire , mais de même que THistoire naturelle divise tous les i!orps organisés , en prenant pour point de départ les particularités de leur organisation.

Sans prétendre analyser ici les systèmes imaginés a ce sujet, depuis le xvii* siècle , par quelques esprits méthodiques ■ , nous rappellerons seulement qu'cm a abandonné totalement la classification géographique suivie par Linnseus^, quand il A partagé les hommes ou Européens , en Africains , en Asiatiques et en Américains^ celle de Hunter ^ qu! , basée sur les diverses teintes de la peau , divisait les individus de notre espèce en Blancs, en Basanés, en Qwrés , en Bouges, en Bruns et en IVoirs ; celle enfin , beaucoup plus récente , de C. Meiners , qui , dans un ouvrage allemand publié d^abord en 1 798 4 , n'admet que deux races , la belle et la moins IhiIUu ot a mérité d'être taxé de partialité, en rangeant les Blancs dans la première. A rexcroplo du célèbre professeur Blumenbach ^, et tout en profitant des

* JvurtMitlfi Sawmi, iinuru iG84* p* i33.

* Ji/ât> /V/i/'i ni. (;tni«Hn, gvn. 1.

* Dhput. dt llumimm f «nWrt/iAiiJ. Kclinhurgh , 1775.

* (inifêiif'iit «/*/' OrschichU fier IHenseKeti* Lemgor., fj^ -- Umitrsychangtn iiàer die F'ersckk denheiten

hr MftêtrhmtHStutfn. Tiihing., 1811.

* 1)0 fffiftfrit humafti FaritMê nmiM* Gertting. , 179&

( 43 ) travaux întéressans de A. (>. Zimmermann ', de Buffon ^, de G. Josephi ^, de C. F. Ludwig 4, de S. S. Smith ^ , de P. Camper ^, de Gmelîn 7, de Herder ^, du comte de Lacépëde9 9 de notre collègue J.-J. Virey '<> , du professeur G. Cuvier " , nous faisons servir à notre classification tous les traits du corps à la fois , et nous reconnaissons sept races distinctes d'hommes , parmi lesquelles trois surtout paraissent éminemment isolées les unes des autres.

Ces trois dernières ^ont ;

I ^ La Race blanche , caucasique ou caucasienne ;

2^ La Race jaune , ou mongolique ;

3® La Race noire , ou éthiopique.

Les autres sont :

I® La Race hjperboréenne y qui pourrait bien nclre quune variété de la race mongolique ^

a® La Race cwWeuse , ou américaine ;

3^ hsi Race brune-foncée, ou malaise y qui semble le résultat du mélange des races nègre et mongolique ;

4^^ La Race noirâtre , ou australasienne ,

Telles sont les principales variétés de l'espèce humaine. Nous rejettons comme fabuleuses beaucoup d'autres variétés qu'ont admises certains auteurs : les Albinos d'Afrique , les Cagots des Pyrénées , les Crétins du Valais , ne sont que des êtres infirmes et faibles , dégradés et mal organisés au milieu d'une population bien organisée. Il ne faut donc pas nous en occuper ici , non plus que de ces peuplades de Géans ou de Nains , qui . n'ont été basées que sur les récits exagérés des voyageurs, au sujet des Patagons , des Lapons et des Ostiaques. Les premiers ne sont

' Geographische Geschichie des Âfenschen und derailgemein verbreiUn vier/uessif^en Thitre , etc. Leipzick , 1778-1783, in-8**.

* Hist' naturelle, éâït. de Sonnini, tom. xxi, p. 47 et suit. ' Grundriss der Naturg, des Menschen, Hamb. , 1 799.

^ Grand, der naturg. der Menschenspeeies. Leipzick , 1 796.

* Amerkan Muséum , 1789, juillet, p. 3o; août, p. igî; sept, p. 181^ oct. , p. 373. — 1790, avril , p. 195; mai, p. a47-

^ Dissertation physique sur les Différences réelles que présentent les Traits du visage ches les dtffétens Peuples y etc. Paris, 179Q.

7 Syst. Nat.j /. c

* Ideen tur Philosophie der Geschichte der Menscheit. Carlsrohe, 179^, tom. i. ' Dictionnaire des Sciences naturelles , tom. xxi , p. 383 et suiv.

^^ Hist nat. du Genre Humain. Paris, i8a4» in-S^.

" Le Règne animal distribué d* après son Organisation , etc. Paris, 1817, tom. ij p. 9i«

plus hauts que nous que de huit ou dix pouces habitueUement , et les derniers ne sont plus petits que de la même mesure.

Elxposons , avec quelque détail , les caractères distinctifs du physique de chacune des Races que nous venons d'énumérer.

§ I. — Race caucasienne '.

Cette Race , à laquelle nous appartenons et qui comprend aussi les descendans des anciens Hébreux , les Arabes , les Druses , les Maures , les Maroquains , les Abyssins , les Hindoux en-deçà du Gange , les habitans du Bengale , de la Côte de Coromandel , du Grand-Mogol , les Malabares , les Persans , les Arméniens , les Géorgiens, les Grecs, les espagnols , les Anglais, les Allemands, les Italiens, les Russes , les Suédois, les Danois , les Hollandais, les Turcs , etc. , se fait remarquer par la beauté de la forme et des proportions de la tête , dans laquelle le crâne remporte de beaucoup sur la (ace , ce dont on peut se convaincre par la plus simple inspection , comme par Fapplication des méthodes céphalométriques que nous aurons occasion de faire connaître par la suite. Tous les individus qui la composent ont, d'ailleurs, la peau plus ou moins blanche , les joues rosées, le visage ovale ou presque ovale dans le sens vertical , le nez long , arqué et mince , le front non rejeté en arrière, bombé , saillant, les lèvres petites, le menton plein et arrondi , les dents droites et non inclinées. Ce n'est que chez eux aussi qu'on trouve des cheveux blonds ou châtains et des yeux bleus. Jamais leurs os ne sont nulle part très-proéminens , et les pommettes, en particulier, ne font jamais une saillie prononcée.

§ H. — Race mongoUque ou mongole.

Cette Race qui , plus nombreuse en individus et probablement plus ancienne que les autres, comprend les peuples qui habitent entre les quarantième et soixantième parallèles , en Europe , les Hongrois \ en Asie , les Siamois , les Chinois , les Cochinchinois , les Péguans , les Tonquinois , les Coréens , les Japonais , les peuples du Napoul , les Thibétains , les Mongoles , les Mantcheoux , les Kalkas , les Kalmouks, les Baskirs, les Tschouvaches , les Tangutiques, les Eleuths, etc., se reconnaît à la force du tronc , qui est court , carré et musculeux *, à la petitesse des membres et surtout des jambes , qui sont courtes et cambrées ^ à la forme presque carrée de la tête , au peu de proéminence du crâne , à Fapplatissement et à Fobli-

' Voyes nos planches i, ii| m et rv.

qaité du front, à la dépression et à la largeur de la face , à la saillie des pommettes relevées et proéminentes , à Técartement des sourcils , que sépare un espace aplati -, à celui des yeux , qui sont du reste étroits et très-fendus ; à la dilatation considérable des narines , au volume du nez , qui est court , gros et écrasé , surtout vers sa racine ; à renfoncement des tempes , h Tavancement du menton , qui est constamment pointu ; au peu de longueur et d'abondance de la barbe , à la couleur noire des yeux et des cheveux , que distinguent d'ailleurs leur peu d'abondance , leur roideur et leur rudesse j à la teinte basanée et jaune des tégumens , qui , quel que soit le climat , se rapproche de celle de Técorce d'orange desséchée^ à l'avancement des mâchoires et à l'obliquité des dents.

§ III. — Race éthiopienne ou nè^re.

Cette Race est celle qui paraît s'éloigner le plus de la Race caucasique. Confinée au midi de l'Atlas , elle renferme tous les peuples des càtes de TAfrique australe , les Joloffes, les Foules ou Foulis, les peuplades du Sénégal , de Sierra -Leone , de Maniguette, de Loango , d'Andra^ du Bénin, du Congo, de Majombo, des Mandingues , d'Angola , de Nigritie , du Monomotapa , de Benguela , de Macoco , du Monoêmugi , de la Cafrerie , de Mozambique , de Zanguebar, de M elindre , et probablement de Tombuctu.

On reconnaît les individus qui la composent , à leur tronc mince et étroit , surtout dans les régions des lombes du bassin ; à la longueur disproportionnée de leurs membres thoraciques , surtout dans la région des avant-bras ; à la petitesse de leurs mains , à la largeur de leurs pieds , grands et applatis ^ à l'étroitesse et à la compression de leur tête , dont le derrière se continue insensiblement avec la nuque \ à la saillie formée en avant de la face par leurs joues, à leur nez large et épaté , au reculement de leur menton écrasé ; à l'épaisseur de leurs lèvres , qui , surtout la supérieure , sont renversées et gonflées ^ à l'arrondissement du pavillon de leurs oreilles ^ à leur front arque et incliné^ à leurs dents incisives supérieures dirigées obliquement en avant ; au défaut de proportion entre leur crâne et leur face , l'avantage du volume restant à cette dernière \ à la teinte noire intense de leur peau , qui est habituellement huileuse , et de leurs cheveux , qui sont courts , crépus et laineux ] au peu d'épaisseur de leur barbe , à leurs jambes arquées qui sont , pour ainsi dire , dépourvues de mollets ^ au peu de volume de leurs fesses , à la flexion habituelle de leurs genoux qui, comme leurs pieds, sont tournés en dehors.

§ IV. — Race hjrperboréenne^

Celle-ci , que les anthropologUtes n ont point encore généralement admise , comprend les nations des régions polaires , les Lapons , les Zembliens , les Ostiaques , les Samoiëdes , les Tschuthsckis , les Ramtschatdales , les Eskimaux , les Groênlandais , etc. , qui vivent sous un ciel où la Nature , faible , languissante , comprimée pour ainsi dire par Tcxcès du froid, est en quelque sorte rapetissée dans toutes ses dimensions. Aussi , les individus dont elle est formée , sont-ils en général d'une si petite taille , qu ils ne surpassent guère les quatre cinquième de la hauteur d'un homme ordinaire de la race caucasique.

On les reconnaît , d'ailleurs , au gros volume de leur tête ; à la saillie énorme de leurs pommettes , au grand aplatissement de leur front , à Técartement de leurs yeux , à la largeur de leur bouche , aux intervalles qui séparent leurs dents entre elles , à la teinte tannée de leur peau , à la roideur de leurs cheveux noirs et droits.

§ V. — Race amérkaine.

Elle est formée par toutes les tribus qui occupent le terrain depuis Québec, le Mississipi et la Californie, jusqu'au détroit de Magellan, les Akansas, les Illinois, les Californiens , les Mexicains , les Péruviens , les Brésiliens , les insulaires des Antilles , les habitans de la Guyane , des rives de l'Orénoque , du Chili , de la Terrc-dc-Feu , sur lesquels Bougainville , Molina, Cook, Carteret, Forster, Lapeyrouse, Blumenbach, nous ont transmis des détails curieux.

Les caractères anatomiques de cette Race sont assez peu tranchés , et , ce que semblerait confirmer un fait dont la connaissance est due à M. Owen Williams , des environs de Baltimore , qui a retrouvé sur la Madwga ^ une colonie des habitans du pays de (lalles, établie dans le Nouveau-Monde à Tépoque de la domination des Saxons , et bien antérieurement aux voyages d'Améric Vcspuce et de Christophe Oilomb ■, vWii parait intermédiaire à la race caucasique et à la race nègre.

V\\\v. se distingue des autres par un front court et abaissé , par renfoncement des yinix , par l'écrasement du nez , par la dilatation des narines , par la largeur de la Thcii , la proéminence des pommettes , la couleur des tégumens qui se rapproche de i*r\\v. du cuivre ronge ou de la cannelle. Les cheveux sont noirs, peu fournis, roidrs v\ apliitis \ la barbe est rare ou nulle.

' Hei'Uf ttuythpédiqui ^ 4* HvraUon.

( 47 ) La stature de» hommes de cette Race est en général élevée 5 les Chiliens et k*s Patagons sont même , en général , très-grands.

§ VI. — Race malaise ou rnalaie»

De même que ceux de la précédente, les individus de cette Race sont peu distincts par des caractères tirés de Tanatomie , et se partagent en un grand nombre de peuplades , qui tirent leur nom générique de Malais de la presqu'île de Malaca, dont elles semblent originaires, et qui habitent les îles Mariannes^ les Philippines, les Moluques, les Rlaldives, Ceylan, Sumatra, Bornéo, Otaiti, les Archipels de la mer du Sud , la Nouvelle-Zélande , etc. Intermédiaire aux races caucasique et mongolique , cette race est composée d'hommes à chevelure épaisse , noire , crépue, longue et molle ^ à peau brune ou basanée , à yeux noirs, à front abaissé et arrondi, à nez plein , large , épais au bout , à narines écartées , à bouche très-large , à pommettes médiocrement élevées , à mâchoire supérieure un peu moins avancée que dans le Nègre , mais plus que dans le Kalmouk.

^ VII. — Race australasienne.

Cest à cette Race qu'appartiennent les peuplades du cap Negro , les Namaquois, les Gonaquois, les Houzouânas, les Hottentots, les habitans de la Nouvelle-Guinée, de la Nouvelle-Hollande , de la Nouvelle-Calédonie , de la Terre de Diémen , de celle des Papous , sur lesquels on possède des renseignemens si précieux depuis les voyages de Cook , de Pérou et Lesueur , du capitaine Louis de Freycinet, et qu'on reconnaît à leur visage triangulaire et pointu , à leur museau encore plus prolongé en avant que celui-ci des Nègres , à leurs yeux écartés , constamment à demi-fermés , à leur nez écrasé et très-large , à leurs lèvres excessivement gonflées, à leurs cheveux pelotonnés comme de la bourre , à leurs pommettes des plus saillantes et à leur front des plus aplatis.

Maintenant que nous avons donné une idée générale de Forganisation animale et de ses principales variétés , nous allons entrer en matière , et décrire les organes les uns après les autres , en examinant successivement , pour chacun d'eux ,

1® Les Propriétés communes qui le rattachent à d'autres organes du même genre pour la formation d'un Système organique ;

a^ Sa Configuration et sa Texture, ou sa forme tant extérieure qu'intérieure;

3^ Sa Situation dans le corps entier , ses Connexions avec les autres parties , sa Disposition symétrique ou irréguUère j

4^ Son Volume et sa Grandeur ,•

5^ Sa Direction par rapport à Taxe du corps ,*

6^ Ses Qualités physiques , comme sa consistance , sa couleur, son élasticité , sa transparence , etc. ;

^® \S Arrangement de ses molécules intégrantes ;

8^ Sa Composition chimique ^ ^

9^ Les liquides ou Humeurs qu il contient ou qu il forme.

10^ Son Action vitale;

11^ Ses Variétés suivant les espèces et suivant les âges et les sexes, dans les principales espèces.

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