ANATOMIE COMPARÉE DE LA RATE
La rate est un organe accessoire de l'appareil digestif qui existe chez tous les animaux vertébrés, à exception seulement des lamproies. Les invertébrés sont considérés comme absolument dépourvus de rate. Chez presque tous les animaux cet organe existe, il est unique, et généralement assez volumineux. Toutefois, on remarque souvent la rate comme divisée en plusieurs segmens, représentant ce qu'on a appelé des rates supplémentaires.
D'après Cuvier, les dauphins seuls, d’après M. Stannius, les dauphins et le harwhal sont les seuls vertébrés connus chez lesquels les rates multiples soient presque l’état normal. Toutefois quand il y a plusieurs rates, il existe toujours une rate principale beaucoup plus grande que les autres; les rates supplémentaires ou accessoires paraissent seulement être formées par des divisions accidentelles de l'artère splénique, et comme les divisions de cette artère, elles sont d’autant plus petites, qu’elles sont plus multipliées. M. Stannius a trouvé chez un marsouin 17 rates accessoires à côté de la rate principale. Mais ces rates surnuméraires sont plus rares chez les autres vertébrés, on en a pourtant observé accidentellement chez beaucoup d'animaux 3 et même chez l’homme.
A. Mammifères.
Dans l’homme et les mammifères, la rate se trouve toujours en rapport avec le grand cul-de-sac de l'estomac ; il arrive même quelquefois qu’elle se contourne depuis le grand cul-de-sac, jusque plus ou moins près du pylore, de telle sorte, qu'au lieu d’être située en long dans l’hypochondre gauche, la rate se trouve réellement placée en travers, et son extrémité droite dépasse la colonne vertébrale. Ce sont les lames de l’épiploon qui passent de l'estomac à la rate qu'ils enveloppent presque de toutes parts, qui servent de moyens d’union entre la rate et l'estomac. Lorsqu’il y a plusieurs estomacs, comme chez les ruminans , c’est ordinairement au premier que la rate se trouve adhérente ; toutefois, dans les paresseux , les édentés, l’unau par exemple, ce n'est pas au premier, mais au deuxième estomac qu’adhère la rate.
Les singes présentent la rate, tantôt adhérente à la grande courbure de l'estomac, tantôt seulement pres du cardia, par exemple, les sernopithèques ; tantôt plus en arrière (guenons , macaques, mandrills); d’autres fois enfin, la rate est en rapport avec une étendue considérable de la grande courbure de l’estomac (callouattes coaïta). La rate des makis contourne la grande courbure de l’estomac à la manière d’un arc.
La rate des singes est de forme variable, ordinairement triangulaire, pyramidale, à trois faces de grandeur médiocre. Chez les guenons, elle est plus volumineuse, quoique longue et étroite chez le saï. Également très grande dans l’alouatte, le lagothrix et les ouéstitis, la rate est beaucoup plus petite dans l’atèle coaita et le semnopithèque entelle. Chez ce dernier animal, la rate est bilobée, elle est également divisée par une légère scissure en deux lobes arrondis, dans le macaque bonnet chinois et dans le magot.— La rate des lémuriens est moins régulière: elle n’affecte plus la forme triangulaire, elle est longue et étroite: elle a la forme d’une demi-lune dans le r#24a4ki nain, et celle d’une feuille irrégulière dont les bords sont crénelés dans les tarsies.
Parmi les chetroptères, les uns ont la rate attachée au cul-desac de l’estomac tout près du cardia (4 galéopithèques et roussettes), les autres l'ont attachée au cul-de-sac pylorique (zyctinome noir de Eamana, noctilion à ventre blanc). Cuvier a également trouvé la rate trés rapprochée du pylore dans un phylostéme, dans un mégaderme, et dans un taphien, tandis qu’elle contournait la grande courbure, tantôt en dessus, tantôt en dehors dans les r#nolophes et dans les vespertions.
La rate des cheiroptères est généralement étroite et allongée, à navette ou semi-lunaire: elle se replie sur l'estomac dont elle suit une portion plus ou moins étendue de la grande courbure, Elle est petite chez les chetroptéres frugivores (roussette, galléopithèque varié) et beaucoup plus grande , en proportion , dans les chauves-souris, qui sont carnassières. 11 y a, du reste, dans le volume de la rate, des différences très grandes qui paraissent individuelles.
Les insectivores plantigrades ou digitigrades ont la rate fixée au grand cul-de-sac de l'estomac : quand son volume est considérable, elle est plus libre dans le grand épiploon.— La rate des insectivores est ordinairement assez volumineuse, tantôt elle est longue et étroite, comme dans le hérisson, tantôt grande et pliée en deux, comme dans le musaraigne de l’Inde,
La rate de la plus grande partie des carnivores est grande, allongée, étroite et plate (chien, civette, chat, püutoëis , etc.). Quelquefois elle est ovale, mais toujours grande (betette).
Dans les didelphes, la rate est très variable sous le rapport de la figure et du volume. Elle est souvent séparée en plusieurs lobes, et présente une bifurcation en arrière (sarigue, marmose, phalangers, etc.).
La rate des rongeurs est en général assez développée; elle est le plus ordinairement longue et étroite. — Chez le surmulot, par exemple, elle est souvent plus longue que l'estomac: elle atteint parfois, chez la souris et chez l’ornithorinque , un volume très considérable. — Dans le castor, au contraire, la rate est très petite relativement à l'estomac. — La rate des rongeurs est souvent bifurquée : elle offre trois lobes dans l’échidné.
Dans les pachydermes, la rate est généralement longue, épaisse, plus large en arrière qu’en avant, et représentant assez bien la forme d’une navette, Semi-lunaire dans le darnan, elle est triangulaire chez le cheval.
Les vaisseaux de la rate sont beaucoup plus développés chez les mammifères que dans les autres classes de vertébrés. Les artéres tirent leur origine du tronc cœliaque, par une branche considérable qui porte le nom d’artère splénique en arrivant à la rate : elle se divise toujours en deux ou trois branches, et les ramifications de ces diverses branches n’ont pas de communications entre elles; ce qui explique pourquoi la rate est souvent divisée en deux ou trois lobes qui simulent plusieurs organes séparés.
Le volume de cet artère est proportionné au volume de la rate elle-même: si la rate diminue, les artères spléniques diminuent également de grosseur. — Les veines ont la méme disposition que les artères ; elles se réunissent dans les #ammifères, pour former une des branches principales de la veine-porte.
La consistance du tissu de la rate varie dans les différens mammiferes. Assez ferme chez l’aomme, le chien, le chat, le tissu de
la rate est beaucoup plus lâche chez certains singes, l'ornithorinque, en particulier : chez ces derniers, les vaisseaux sont en général plus développés.
L] B. Oiseaux.
La rate des oiseaux est ordinairement d’un rouge foncé. Elle est située dans le voisinage du foie, à côté de l'estomac succenturié. On la voit quelquefois entre les deux estomacs, où même plus en arrière, contre lestomac musculeux. — Ce sont des replis du péritoine qui servent de moyens d'union.
La rate des oiseaux est toujours unique. Aucun observateur n’a encore remarqué de rate multiple. — Elle est généralement petite, d’une forme variable, tantôt ovale, tantôtcylindrique. — Dans la plupart des rapaces, la rate est de forme arrondie (aigle royal); elle est moins complétement sphérique dans le faucon. Elle est plus irrégulière dans les passereaux ; longue, étroite, repliée sur elle-même dans le merle commun, elle est sphérique dans le cassican, angulaire et courbée dans le r7artin de Java.
Trés grande, noire, très molle dans le gros bec commun, la rate est au contraire petite, allongée dans le proyer, jaune clair, oblongue dans le ploceus niger, cylindrique dans la corneille, longue et plate dans le glaucopis cinerea ; tantôt longue, étroite dans certains échassiers (autruche), la rate est ovale, plate dans d’autres (casoar). Elle est petite, pyramidale dans le courtlis d'Europe.
Les palmipèdes, les pingouins ont la rate oblongue et plus étroite en arrière. Les gallinacés et les grimpeurs, au contraire, ont généralement la rate de forme sphérique.