‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 243 sur 373 · MEMBRANE MUQUEUSE DE L'ESTOMAC · texte numérisé non relu

MEMBRANE MUQUEUSE DE L'ESTOMAC

FIGURE 1.— Grossissement de 20 diamètres ; en surface 400 fois; en cube 8000 fois.

Ce fragment de six centimètres sur cinq (60—50 millimètres) sur la figure, est la reproduction grossie d’une surface de 3 sur 2,5 millimètres, (7,5 millimètres carrés), prise sur la nature. Il montre dans une étendue suffisante l’aspect général de la surface muqueuse injectée pour le microscope.

FIGURE 2. — Grossissement de 125 diamètres ; en surface 15,625 fois; en cube 1,953,125 fois.

Ce fragment de 24 centimètres sur 13 1/2 (240—135 millimètres) sur la figure, est le dessin grossi à 125 diamètres d’une portion de 1,90 sur 1,08 millimètre, c’est-à-dire de 2,5 millimètres carrés seulement de grandeur réelle, prise sur la nature.

Cettesurface, si exiguë, suffit néanmoins, comme on le voit, grâce au grossissement, pour inscrire un nombre immense de détails très nets et donner une idée très positive de l’aspect général de la surface libre de la muqueuse stomacale. Je dis de la muqueuse stomacale en son entier, car, en opposition sous ce rapport avec les figures de J. Berres (fig. 3 et 4), la surface de l’estomac nous a toujours paru, à peu de chose près, uniforme dans toute son étendue. Tous les détails que je vais y signaler et plusieurs autres qui seront figurés sur le dessin de profil de la planche suivante (24 bis), se retrouvent invariablement sur tous les points de la muqueuse de l’estomac, seulement ils sont plus fournis, les aréoles surtout (a, b) à la région pylorique et à la surface de la grande courbure.

Or, pour qu’il ne reste aucun doute à cet égard, je dois prévenir que ces dessins n’ont pas été pris seulement sur un point heureusement injecté de la muqueuse de l’estomac; nous les avons toujours trouvés les mêmes sur plus de douze estomacs, provenant de sujets des deux sexes et de divers âges, injectés en entier aussi complétement qu’on en peut juger sur la figure ; car nous sommes arrivés à obtenir toujours et à coup sûr ces sortes d’injections microscopiques.

Une autre observation est à faire qui expliquera la différence de nos dessins avec ceux de Berres et des autres micrographes allemands, non seulement pour l’estomac, mais pour toute la série des organes creux. Les histologistes allemands ont trouvé avant nous le secret de ces merveilleuses injections microscopiques dont ils nous ont donné les figures. Mais en général ils ne dessinent que des surfaces sèches et ne donnent pas de véritables tex-

tures des organes par plans superposés. Or c’est ce problème des textures complètes que j'ai essayé de résoudre dans toute la série de nos figures. En général, il faut savoir qu’une surface microspique de membrane injectée n’est bien visible que pendant une heure au plus, quand elle n’est plus trop humide, ce qui la rend opaque, et qu’elle n’est point trop sèche ce qui déforme ou fait disparaître les organules. Ceci posé, voyons à détailler l’aspect de la surface libre de l'estomac.

La figure 1 montre uniformément le réseau vasculaire microscopique de la surface libre de la muqueuse stomacale.

La figure 2 reproduit, à un beaucoup plus fort grossissement, le même réseau dans ses deux tiers à la droite du lecteur ; mais sur l’autre tiers ce réseau superficiel est enlevé et montre les arbres vascnlaires, artériels et veineux, dont le réseau vasculaire est le couronnement.

Les lettres correspondantes ont la méme signification dans les deux figures.

a, a, À, À. Petites cavités aréolaires ou lagéniformes, à bouche béante, dont est criblée la surface de la membrane muqueuse stomacale, surtout dans sa portion pylorique et vers sa grande courbure. On voit sur la figure 2 que les parois de ces aréoles sont formées aussi par un réseau microscopique, analogue, en apparence, à celui du reste de la surface (Y. pl. 24 bis).

b, b, B, B. Aréoles dont l’orifice se présentait fermé par le boursouflement de ses bords injectés, qui donnent l’aspect de deux lèvres avec une fente intermédiaire.

c, c, G, C. Petites élevures arrondies qui se dessinent en relief sur la sur face.

d, d, D, D. Dépressions ou sillons qui les séparent circulairement les unes des autres.

En comparant sur la figure 2 la portion de la surface lisse de la membrane avec celle où les arbres vasculaires se montrent à découvert, on voit que les petites éminences ne sont autre chose que l'épanouissement en réseau capillaire ou le sommet arrondi des arbres vasculaires sous-jacens, qui sont euxmêmes exclusivement formés par les veinules, comme il sera dit plus loin.

Sur toute cette surface, tant des sommets vasculaires que des sillons qui les séparent, le réseau capillaire microscopique est uniformément continu av lui-même.

E, E, fig. 2. Troncs veineux de la muqueuse vus à découvert par l’ablation du réseau superficiel.

F, F, fig. 2. Rameaux et ramuscules fournis par les troncs veineux et d’où procède le réseau capillaire superficiel, qui appartient aussi aux veines et ne s’injecte bien que par elles.

G, G. fig. 2. Ligne de démarcation indiquant la section du réseau veineux superficiel.

H, H, fig. 2. Réseau capillaire superficiel. Cinq observations principales sont à faire à son sujet.

1° Il se compose d’un lacis ou filet sans fin d’anastomoses aréolaires. Ce réseau se continue sans interruption sur toute la surface, d’un arbre vasculaire à un autre, en passant sur les dépressions qui les séparent.

9° Le réseau constituant une chaine perpétuelle d’anastomoses, est formé par des capillicules toujours à-peu-près du même volume, 1/70 à 1/90, terme moyen 1/80 de millimètre de diamètre, ou environ deux fois le volume du globule du sang.

3e Ces capillicules inscrivent des espaces irréguliers de trois à quatre fois leur diamètre, arrondis, elliptiques, à trois, quatre, cinq, six côtés (I, D). Ges espaces polyédriques forment de petites cavités au-dessous desquelles il s’en présente d’autres à plusieurs plans qui paraissent toutes communiquer les unes avec les autres, de sorte que toute la surface, dans une certaine épaisseur, est constituée par un filet aréolaire criblé dans tous les sens et qui rappelle, en très petit, par ses vaisseaux, les aréoles charnues de la substance du cœur, ou par une comparaison plus juste, le tissu même d’une éponge, formé aussi

de petites aréoles environnées par des canaux microscopiques.

4 Les petits vaisseaux sont beaucoup plus serrés autour des orifices des cryptes ou glandules lagéniformes (A, B), et les aréoles intermédiaires sont plus étroites et aplaties ; d'où il suit que le contour de l’orifice forme une lèvre circulaire ou un bourrelet plus dense que le reste de la surface.

5° Le réseau de capillicules offre un aspect général vermiculé dû à leurs inflexions et à leurs anastomoses continuelles autour des petites cavités aréolaires qu’ils enceignent. Mais ici se présente un détail très singulier, et sur lequel il convient d’appeler l'attention. Tous les capillicules ne sont pas anastomotiques. De la surface du réseau et par le fait, de chacun des polyèdres qu’ils inscrivent, s'élèvent, en très grand nombre, des petits vaisseaux libres qui, semblables à des tentacules de polypes, hérissent la surface et se terminent par un sommet obus.

Or ces capillicules paraissent physiologiquement très importans, et voici pourquoi. En observant, sous le microscope, la surface de la muqueuse d’un

estomac, rempli d'une injection très pénétrante et très fluide, Pinjection vient sortir par petites bullettes microscopiques à l’extrémité des myriades de ces capillicules érigés comme des poils, si bien qu’en très peu de temps les bulles d'injection augmentent, et 8€ réunissent de proche en proche en une nappe qui couvre et masque toute la surface. En dirigeant alors sur cette surface un jet d’eau avec une petite seringue à injection, on balaie et nettoie à Pinstant la nappe de matière à injection, et les capillicules érigés repa— raissent immédiatement comme un gazon flottant dans le liquide au-dessus du réseau aréolaire. Mais bientôt de nouvelles bulles se forment çà et là, sur le contour desquelles s'accolent dans toute leur longueur des capillicules érigés, qui se voient ainsi avec la dernière évidence. Sur la figure on peut voir partout de ces capillicules, mais surtout sur les points marqués H, et au pourtour de Vorifice de la glandule lagéniforme A, où ils se dessinent en relief sur le fond noir.

K, K. Trones arteriels de la membrane muqueuse, vus à découvert sur la portion de la figure 2 qui est dépourvue de son réseau microscopique.

L, L. À nastomoses des troncs artériels avec les branches les plus profondes des arbres veineux.

Pour bien comprendre cette disposition, il faut savoir, ce qui nous à été démontré par l'observation, que les arbres artériels, beaucoup moins volumineux que les arbres veineux, sont aussi plus courts et warrivent pas jusqu’à la surface libre. Ils se terminent par des ramuscules qui s’anastomosent directement, dans l'épaisseur de la muqueuse, avec ceux provenant des premières branches des troncs veineux; C'est-à-dire qu’ils ne concourent point par eux-mêmes à former le réseau des capillicules superficiels, qui est entièrement formé par le développement périphérique des arbres veineux. C’est ici l’une des expressions les plus faciles à reconnaître d’une disposition générale des appareils circulatoires des tissus membraneux, où les veines seules arrivent à la surface, les artères s’arrêtant à un second plan au-dessous. D’où il suit, quant à l'estomac, qu’il y a deux modes de circulation : 1° la circulation de l’état de vacuité, l’estomac à jeun, où le sang passe immédiatement par les ramuseules des artères dans les veines, sans injection du réseau superficiel des capillicules de la surface ; 2° la cireulation de l'état de réplétion, qui est celle de la chymification, où le réseau superficiel des capillicules veineux passe à l’état turgide ou fonctionnel.

( empruntées de J. Berres. — 4nalomia mmiCTOSCOpPiCA, tab. xx, fig. 2 et 3 ).

Ficure 3. Réseau capillaire de la surface de la muqueuse

du corps de l'estomac.

a, a. Orifices semblables à ceux que nous signalons nous-même sur la figure 2(1, D, et que Berres nomme les glandes agminées du ventricule. Ces orifices sont présentés ici agglomérés par 6, 8 à 10, séparés par des vaisseaux annulaires que l’auteur nomme réseau intermédiaire (b, b). Chaque fossette de ces amas d’orifices est environnée par une ceinture de petits vaisseaux groupés en faisceaux et formant des anastomoses sans fin (€, €) qui, suivant Berres, servent à relier les vaisseaux circulaires des orifices qu’il nomme intermédiaires.

Comme ou le voit sur celte figure 3, comparée avec la nôtre (fig. 2), les différences entre nos observations et celles du professeur de Vienne ne sont pas très grandes, eu égard à l'aspect du réseau capillaire microscopique. C’est toujours bien cette surface vasculaire criblée par des milliers d’orifices. Seulement il y a ici, à ce qu’il me semble, cette différence capitale entre une pièce séchée, celle de Berres; où les vaisseaux se présentent rétractés el agglomérés, selon nous, par le fait même de la dessiccation; et une pièce humide et molle, la nôtre, où l'aspect du réseau capillaire est uniformément le même.

Ficure 4. Membrane muqueuse de la région de la valvule pylorique.

a, a. Collets vasculaires des follicules.

b, b. Petites villosités sur la valvule stomacale.

ce, c. Ligne de démarcation avec la surface duodénale.

d, d. Orifices des follicules. — €, e. Villosités plus grandes sur la portion duodénale.

Nos observations sur cette portion valvulaire ne sont pas d'accord avec celles de Berres. Il y a bien effectivement, à Vétat humide, un commencement d'apparence villeuse dans le réseau capillaire pylorique; mais ce réseau ne diffère pas pourtant sensiblement de celui du reste de l’estomac. C’est beaucoup plus bas, dans le duodénum, que commencent les véritables villosités.

Mais ce qui différencie beaucoup notre travail avec celui de Berres, c’est l'existence, non reconnue par lui, des grandes aréoles lagéniformes (A, B) et la disposition des arbres vasculaires à deux couches, le veineux, le plus considérable, et d’où procède le réseau superficiel, et l’artériel, moins étendu, qui cesse au-dessous du premier en s’abouchant avec lui. C’est ce que fera mieux comprendre la planche suivante (24 bis).

UISSNOY id 3402S0401

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