‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 45 sur 373 · COUCHES COMPOSANTES DE LA MEMBRANE TÉGUMENTAIRE DE LA LANGUE · texte numérisé non relu

COUCHES COMPOSANTES DE LA MEMBRANE TÉGUMENTAIRE DE LA LANGUE

Je vais d’abord décrire provisoirement cette membrane dans ses trois couches, généralement admises, l’épithélium, le réseau muqueux et le derme, c’est-à-dire telles qu’on les connaît dans l’état actuel de la science, mais en y joignant les résultats obtenus par Malpighi : ou plutôt, pour éviter toute confusion, convenons que je vais tracer l’exposition des couches composantes de la membrane tégumentaire de la langue, en prenant pour point de départ le travail de Malpighi , aux déterminations duquel on n’a rien ajouté, si même, sous certains rapports, elles ne sont pas sinon plus avancées, du moins plus nettes que ce que l’on en professe aujourd’hui dans les livres et dans l’enseignement. Puis, dans un chapitre à part, j'y ajouterai, tant sur ces trois couches que sur les deux autres dont j'ai reconnu l'existence, les observations qui résultent de mes propres recherches à l'œil nu et au microscope.

1° Epithélium ( periglottis). Très mince à la face inférieure et sur les bords de la langue, il est au contraire épais et fort à sa face dorsale. Déjà résistant chez l’homme, solide chez beaucoup d'animaux, il est facile à démontrer par l’ébullition ou par la macération dans l’eau pure et plus rapidement dans l’eau aiguisée avec un acide. Il s’enlève en râclant légèrement , sous forme d’une pellicule inégale, offrant autant d’étuis qu’il y a de papilles. Ces étuis, dont la forme représente celle des papilles qu'ils revêtent, sont assez résistans chez l’homme et cornés chez la plupart des animaux, soit carnassiers, soit herbivores , à tel point que le frottement de la langue dans la direction contraire à celle des papilles, donne au doigt la sensation d'une râpe.

Malpighi a parfaitement connu l’épithélium de la langue, et le représente hérissé par les petites cornes (cornua) des papilles, figurant des agglomérations en forme de virgule (quasi virgularum aggeries), et dont les séries linéaires, chez plusieurs animaux, ressemblent à des peignes à carder (ita ut æmulentur pectinem carminatorium). I] distingue parfaitement, dans leurs formes et leur disposition, ces étuis papillaires, et montre qu’ils font partie de la membrane superficielle de la langue avec laquelle ils s’enlèvent.

Corps muqueux dit réticulaire où corps criblé. La face dorsale de la langue est le lieu où ce tissu, à son maximum de développement, s'offre avec le plus d’évidence. C’est à Malpighi qu’on en doit la découverte, d’où lui vient le nom si connu de réseau muqueux de Malpighi donné à cette membrane, et que par analogie l’on a étendu à la couche sous-épidermique de toutes les membranes tégumentaires. La description qu’il en donne est déjà très remarquable. « La membrane extérieure , dit-il, étant « enlevée ou arrachée avec les ongles, au-dessous se présente

« une substance glutineuse étendue principalement à la partie « supérieure de la langue. Cette couche, de médiocre épais- « seur, est blanche par sa face superficielle, et tire sur le gris « du côté de la face profonde. Étendue à la manière d’une « membrane, ou plutôt d’un filet épais et à mailles serrées, «elle présente des trous correspondans à chacune des cornes « qui ont été enlevées. Entre ces trous on y découvre avec le « microscope une innombrable quantité de petits méats diverse- « ment figurés, qui viennent s'ouvrir à la surface de la langue, « d’où l’on voit évidemment qu’ils émergent , lorsqu'on déchire « cette membrane en travers, ou qu’on l’examine éclairée à « contre-jour sous le microscope (1). »

Plus loin Malpighi continuant le cours de ses observations trouve sous le réseau muqueux une couche qu’il a décrite sous le nom de corps ou membrane papillaire. « Au-dessous de la « précédente, dit-il, se présente le corps papillaire et nerveux. « Il est d’un blanc fauve ou jaunâtre et couvre principalement « toute la surface supérieure de la langue, à l'instar d’une « membrane d’une grande épaisseur. Sa surface interne, par « laquelle il est joint aux fibres sous-jacentes de la langue, « parait égale et unie, à l'exception de quelques prolonge- « mens nerveux disséminés entre les fibres charnues de la « langue, et au moyen desquels il s’y unit ow plutôt semble en

naitre. Sa surface externe au contraire est inégale et présente « une multitude de papilles nerveuses disposées dans un ordre « admirable. Ces papilles, chez le bœuf, la chèvre, la brebis, « comme aussi chez l’homme, se distinguent par leur forme et « leur volume en trois espèces (2). »

Ces deux passages renferment les résultats les plus saillans du travail de Malpighi et donnent l'exposé de sa doctrine sur la composition anatomique de la membrane tégumentaire de la langue. Quant au premier, rien de plus clair. Cette détermination d’une couche glutineuse, sous-épidermique, incolore ou grisâtre, ne laisse aucun doute; c'est bien là le réseau reconnu depuis par tous les anatomistes, et dont, tout nouvellement, on a tant élucidé la texture intime , à l’aide du microscope. Mais le second passage va demander une explication. Malpighi appelle la membrane sous-jacente ou leréseau muqueux, un corps papillaire et nerveux, qui semble naître des prolongemens des nerfs disséminés entre les fibres charnues; mais en même temps il le présente comme une membrane d’un blanc jaunâtre, d’une grande épaisseur. Or, de cette membrane épaisse les anatomistes subséquens ont fait, avec raison, le derme, mais ils en ont faitémerger les papilles. Comme nous le démontrerons plus loin, il ya eu ici, depuis un siècle et demi dans la science, confu-

(1) « Häc detractä, unguibusque avulsà (periglottis) sese offert glutinosa « quædam substantia per superiorem linguæ præcipue partem exlensa, quæ « crassitie mediocri pollet, hæc alba est eà portione quà nectitur exeratæ «membranæ, sub nigra autem ubi partem interiorem tangit. Per modum « membranæ seu crassioris retis extenditur; conspicua enim foramina singu- «lis exaralis cornibus correspondentia habet, inter quæ innumeri etiam « microscopio deleguntur exigui meatus, diversæ figuræ qui hiant ad exti- «mam linguæ superficiem , undè si per transversum laceretur , vel Oppo- «sità luce microscopio lustretur evidenter emergunt. » Loc. cèt. 457.

(2) Hâc examinatà in conspectum sese offert nervosum , et papillare corpus «subflavum , et subalbum » per totam præcipue superioris areæ portionem, «membranæ instar,excurrens, considerabilis etiam altitudinis : hoc interio- «ri superficie, qua nectitur subjectis linguæ carnibus, leve et æquale vide- «lur præler quasdam connexiones seu propagines nerveas, inter carneas « linguæ fibras disseminatas, quibus nectitur, vel mavis adnascitur : exterio- «ri verà parle inæquale est, papillas enim nerveas insignes miro ordine « dispos:tas promit : hæ in bove, caprâ, ove, et ipso eliam homine, ex con- « figuratione et magnitudine sunt in triplici discrimine, » Loc. cit. p. 457.

sion de deux membranes superposées très différentes : l’une fibreuse, l’autre nerveuse et vasculaire. Mais avant de faire connaître ces observations nouvelles, il est donc essentiel, pour s'entendre, de voir d’abord comment les deux couches membraneuses généralement reconnues des tégumens, le réseau muqueux et le derme, sont considérées dans l’état actuel de la science.

2° Réseau muqueux. Quoique bien évidente, cette couche, naguère si malheureusement niée par quelques anatomistes, a été réhabilitée dans ces derniers temps par tous les histologistes, mais on ne s'accorde pas encore généralement sur sa composition organique.

Quelque soin que l’on prenne, avait dit Bichat, on n’y découvre réellement autre chose qu’un entrecroisement de petits vaisseaux ramifiés dans les intervalles des papilles et donnant à la langue la couleur rouge qu'on lui connaît. Cet énoncé d’une opinion déjà ancienne et qui ne considère que d’une manière générale et sous un seul aspect la texture du corps muqueux, est d’accord du moins avec les injections microscopiques modernes, où ce tissu se montre abondamment fourni de capillaires sanguins anastomosés à plusieurs plans; et il est corroboré par l'existence des réseaux si abondans de lymphatiques dans la couche sousépithéliale. Sans s'expliquer sur les connexions de ce réseau vasculaire avec les papilles, les histologistes allemands, d'accord avec M. Flourens, reviennent à l’opinion d’Aïbinus, qui ne voyait dans le réseau muqueux qu’une seconde couche épidermique profonde, plus molle et plus colorée que celle qui est superficielle. Cette membrane est considérée aujourd'hui comme la portion non encore endurcie de l’épithélium. Henle, d'aprés ses recherches, y établit deux couches; l’externe, proprement épidermique, est striée; l’interne plus molle, épaisse, est grenue. Celle-ci est formée de petites cellules non encore aplaties et à maturité. Dans cette théorie, le réseau muqueux serait donc essentiellement l'organe formateur de l'épiderme ou de l’épithélium. Quant aux connexions des deux couches du corps muqueux avec les papilles, ces organes, revêtus par la couche externe épidermique, traversent la couche interne molle. Suivant M. Henle, c’est cette dernière percée de trous « sem- « blable à un crible ou réseau, qui a été décrite par Malpighi « comme une membrane à part, sous le nom de corpus reticulare «s. cribrosum » (Encyclop. anat, traduite par A.-J.-H. Jourdan, 1843, t. vi, p. 241).

3° Derme ou chorion. Situé sous le corps muqueux réticulaire, il présente sur la face supérieure de la langue une épaisseur qu'on rencontre rarement dans les membranes muqueuses. Il se compose de faisceaux ondulés de filamens denses que l’on nomme un tissu cellulaire serré, à mailles très étroites, Jjuxtaposés à plusieurs plans, anastomosés et condensés en un réseau membraneux traversé par des filets nerveux et des capillaires sanguins et lymphatiques. Dans une opinion empruntée du travail de Malpighi et qui n’a pas encore trouvé de contradicteur, les histologistes modernes placent les papilles tégumentaires de la langue sur la face externe du derme, dont elles ne seraient que des prolongemens. La face interne du derme adhère, dit-on, intimement aux fibres musculaires de la langue. Cette adhérence est portée au point que Bichat considère les deux tissus comme identifiés l’un à l’autre. A l'exception du pharynx où nous avons signalé une adhérence de même nature avec les muscles élévateurs, et ajoutons aussi de l'utérus placé dans des

conditions physiologiques particulières, ce phénomène ne se présente d’une manière aussi marquée dans aucune membrane muqueuse, car toutes s’enlèvent plus ou moins facilement de dessus leur tissu musculaire subjacent. Cette même adhérence fait considérer le derme de la membrane papillaire comme faisant partie de la charpente linguale.

Tel est le point où en est aujourd’hui l'anatomie de la membrane tégumentaire de la langue. Trois couches sans plus, l'épithélium, le corps muqueux et le derme. Et encore personne n'a-t-il vu la perforation si singulière par myriades de pertuis du derme de la langue, qui va être pour nous le fait le plus remarquable de ses connexions; car ce n’est point à lui, mais au corps muqueux que l’on rapporte la désignation de corps criblé. Or, si nous ajoutons que suivant l’ancienne observation d’Albinus, reproduite avec raison par tous les histologistes modernes et en particulier par M. Flourens, ce corps n’est point précisément criblé, puisqu'il revêt les papilles, il s'ensuit que, dans l’état actuel de la science, la désignation de corps criblé ne se rapporterait plus à rien.

En somme, c’est à Malpighi que l’on doit ce que l’on a su jusqu’à présent de plus positif sur l'enveloppe générale de la langue. S'il a été beaucoup dépassé de nos jours concernant la texture intime de son réseau muqueux, à mon avis il a sinon bien clairement distingué, du moins mieux compris qu’on ne l’a fait après lui le corps papillaire. Or, comme son travail, nécessairement incomplet, comparé à l’histologie de nos jours, n'a pas reçu des anatomistes modernes de nouveaux développemens quant au nombre, à la nature et au mode de superposition des couches formant les enveloppes de la langue, je crois devoir, pour élucider le sujet, donner ici les résultats des recherches que j'ai faites récemment sur les couches de la membrane tégumentaire de la langue, et qui forment avec la musculature de cet organe, l'objet de plusieurs mémoires à l’Académie des sciences. Ces recherches ont été poursuivies comparativement chez l’homme et chez divers animaux, le cheval, le renard, le chien, le chat, le lièvre, le mouton et surtout le veau.

ANATOMIE MICROSCOPIQUE DES COUCHES DE LA MEMBRANE TÉGUMENTAIRE DE LA LANGUE (PI. 15 bis }.

Le tégument de la langue, chez l’homme et les grands animaux mammifères, représente une forte membrane élastique d’un gris rose , humide et molle à sa surface libre, sèche, de couleur blanc jaunâtre , et très résistante dans sa profondeur , qui forme l'enveloppe périphérique de la surface musculaire de la langue. Intimement unie avec les fibres charnues superficielles, soit longitudinales, perpendiculaires ou obliques, auxquelles elle sert d'implantation, elle fait corps avec la masse de la langue et obéit à tous ses mouvemens. Son épaisseur la plus considérable répond au milieu de la surface dorsale de la langue, et décroit graduellement à partir du centre, en longueur vers sa pointe et sa base, et en largeur vers ses bords; de sorte qu’elle devient très mince à la face inférieure de la langue, le lieu où la muqueuse buccale est la plus fine. Mesurée sur différens animaux , l'épaisseur du tégument lingual, à son maximum, est de 3 millimètres chez l'âne, de 2,75 chez le bœuf et le cheval, 2,25 chez le mouton, 2 chez l’homme, 1,50—1,25 chez le chien, le renard, etc., et diminue peu-à-peu jusqu’à n'être plus que de 1,9, 1 millimètre sur les bords, à la pointe et à la base de la

langue, et 0,75—0,50—0,33 millimètres à sa face inférieure. D'où il suit que l'épaisseur du tégument est proportionnée chez tous les animaux au degré de dureté des alimens, encore plus essentiellemént qu’au volume de l'animal. Voici bien, quant à ses caractères physiques, l'aspect général du tégument de la langue, voyons maintenant ce qui concerne sa texture.

Si l’on procède immédiatement à la dissection de la membrane d’enveloppe de la langue à l’état frais, et surtout si on l’étudie sur un plan de section, on voit bien qu’elle se compose de plusieurs couches de coloration et de densité différentes; toutefois la plus dense paraît simple et on ne saisit pas d’intermédiaire entre elles et les fibres charnues perpendiculaires des génioglosses et des linguaux verticaux qui viennent s’y terminer. Mais sur la langue qui a macéré dans de l’eau acidulée avec les acides azotique où chlorhydrique et surtout sur celle qui a été soumise à la macération et à la coction , rien de plus facile que de s'assurer des couches qui la composent, bien reconnaissables dans leur superposition par leurs divers caractères, épaisseur, couleur, consistance et texture. Si donc sur une langue traitée par l’ébullition on essaie, comme Malpighi, d’arracher la membrane d’enveloppe de la langue de la base vers la pointe , avec un peu de soin et d’adresse, on ne tarde pas à obtenir cette enveloppe en une seule pièce. Dans cette manœuvre, qui doit être faite avec beaucoup de lenteur, on déchire successivement tous les prolongemens celluleux et vasculaires, devenus cassans, tandis que, au fur et à mesure, les papilles qui se dégagent de leurs étuis, restent à la surface de la langue. Les choses étant à ce point, on a d’une part l'enveloppe tout entière, de l’autre la langue hérissée de ses papilles mises à nu.

L'examen des deux portions dans lesquelles se sépare la membrane tégumentaire de la langue, va nous montrer une texture toute différente de celle que l’on professe à cet égard. La premire, qui forme l'enveloppe extérieure de la langue, en est proprement la membrane tégumentaire. C’est évidemment l’analogue de la peau, puisqu'elle s’enlève en masse dans les trois couches superposées de même nature qui la composent; aussi l'appellerons-nous la membrane dermique. La seconde, formée de deux feuillets, offre une composition organique toute différente ; c'est la double surface d’épanouissement et’ d'insertion de la langue, dont nous retrouverons l’analogue sous la peau. Conséquemment, en opposition avec la première, nous proposerons de nommer celles-ci les r2ermbranes sous-dermiques.

Membrane dermique ou proprement tégumentaire de la langue.

En étudiant parallèlement la langue de l’homme et de divers animaux , mais surtout pour commencer, en étudiant d’abord la langue du veau , où les caractères anatomiques sont plus évidens, voici ce que l’on y observe. Après très peu de temps, par la dessiccation , la membrane d’enveloppe se montre partagée en trois couches.

1° A la surface externe est l’épithélium, qui jaunit en séchant, prend l'apparence de l’écaille et montre tous les petits cônes cornés ou les étuis de revêtement des papilles. Ces étuis, vides des papilles qu’ils contenaient, sont faciles à détacher isolément. Leur épaisseur, qui est celle de l’épithélium, est chez l’homme de 1/12 à 1/15 de millimètre pour une longueur et une largeur qui varient avec chaque espèce de papilles. Entre ces organes, l’épithélium se continue de l’un à l’autre de manière à former par lui-même une membrane qui s’enlève isolément avec facilité par

une macération un peu prolongée. Je ne fais qu'indiquer cette membrane dont les caractères organoleptiques sont bien connus.

2° Sous l’épithélium est une couche grisàtre, d'un tissu mou, “de 1/2 à 1/3 de millimètre d'épaisseur, qui se continue manifestement dans les petites cornes épithéliales. Cette couche, signalée par Malpighi, n’est autre que celle que les anatomistes ont nommée après lui, à cause de sa mollesse, rete, sive mucus Malpighü, le réseau ou corps muqueux de Malpighi, sur l'existence et la composition organique duquel les anatomistes, depuis un siècle et demi, et surtout dans ces derniers temps, ont émis les opinions les plus disparates. J’écarte à dessein les discussions entre les auteurs qui ont pour objet la séparation du corps muqueux en un plus où moins grand nombre de couches (de deux à cinq), parmi lesquelles ils font entrer les papilles. Je n’examine point non plus la composition cellulaire de ce réseau , et si la couche superficielle est bien, comme on le dit, l'organe générateur de l’épithélium, Je ne sais également si les cellules de la couche molle profonde, encore solubles dans l'acide acétique, sont bien véritablement, comme le pense Henle, des cellules épithéliales en voie de formation et non à maturité. Toutes ces opinions, quelle que soit la valeur de chacune d’elles, n'ayant trait qu’au réseau de Malpighi en général, et plus particulièrement à celui de la peau, je renvoie, pour les recherches que j'ai faites à ce sujet, à l'anatomie de cet organe. Ce que je constate ici, c’est l'existence bien évidente , sous l’épithélium de la langue, d’une couche molle, ou de ce que l’on appelle le corps muqueux de Malpighi, parfaitement indépendant des papilles, et pourvu d’un abondant réseau vasculaire microscopique : double condition essentielle à démontrer.

Quel que soit l'animal sur lequel on l’étudie, le corps muqueux de la langue, avant toute injection, se présente sous la forme d’une couche molle, demi transparente, grisätre ou d’un gris rosé, intermédiaire de l’épithélium au derme. Examiné sur diverses tranches perpendiculaires, il se distingue déjà dans l’état frais de la langue, en un filet gris qui semble se fondre et s’incorporer avec la surface adjacente du derme. Mais sur la langue qui a bouilli dans de l’eau aiguisée par l’acide azotique, il devient de la plus grande évidence. Sur la tranche il se détache avec une égale netteté, par sa coloration grise et son aspect diaphane, et de l’épithélium de revêtement devenu d’un brun rouge, et du derme sous-jacent d’un aspect mat et blanc jaunâtre, et forme une couche de 0,33 à 0,50 et 0,75 millimètre d'épaisseur chez l’homme et les grands animaux. De même que l'épithélium, il n'offre avec les papilles d'autre rapport que de les revêtir, à partir de la surface où elles émergent du derme; de sorte que sur les points où la section perpendiculaire a divisé des étuis papillaires dans toute leur longueur de la base au sommet, on voit bien manifestement au profil que l’étui papillaire est formé de deux couches ; au-dehors l’épithélium et au-dedans le corps muqueux trois ou quatre fois plus épais que le premier, quoique un peu plus mince qu’à la base des papilles. De ces connexions il résulte que toute la surface libre de la papille extérieure au derme, est entièrement enveloppée par le corps muqueux, c’est-à-dire par une couche vasculaire, disposition importante au point de vue de la physiologie et de la pathologie de ces organes. Telle est l’adhérence vasculaire de ces deux tissus, que lorsqu'on arrache de la surface de la langue la triple couche de l’épithélium , du corps muqueux et du derme, ou que nous avons nommée la membrane dermique, les papilles se déchirent et laissent dans leurs étuis une légère couche de leur substance adhérente au corps

muqueux. De sorte que, en détachant ensuite ce corps du derme, la plupart des étuis papillaires se trouvent doublés par une couche en cornet de la substance des papilles qu’ils contenaient. Enfin, le corps muqueux dont nous venons de voir l'existence et les rapports si clairs sur le profil, n’est pas moins évident en surface. Sur une langue bouillie, il est facile d’en enlever l’épithélium et, en le soulevant avec douceur à plat, de la surface du derme , on l’obtient lui-même sous forme d’une membrane continue, hérissée par les étuis papillaires, c'est-à-dire analogue à celle de son enduit, l’épithélium dont elle est le moule.

Quant au réseau vasculaire du corps muqueux , entrevu par Cruikshank et M. Dutrochet, bien compris, sinon vu par Bichat, son existence se révélait d'elle-même par les divers états d'humidité, de sécheresse ou de saburre de la langue en physiologie et en pathologie. En anatomie, le réseau lymphatique sous-épithélial est bien connu de tous les anatomistes. Le réseau capillaire sanguin n’est pas moins évident. Par une injection très fine, soit résineuse, soit aqueuse, ou obtenue par voie de double décomposition, on voit qu’il forme autôur et à la surface des papilles un lacis périphérique que nous ne faisons qu'indiquer ici,sa description, se rapportant plus précisément à celles des papilles ellesmêmes.

3° La surface externe de la membrane d’enveloppe est formée par le derme où chorion. Cette couche dense, sous-jacente au corps muqueux de Malpighi, et qui complète l’ensemble de ce que l’on nomme partout ailleurs un tégument, est celle dont la détermination et les caractères anatomiques, en ce qui concerne la surface de la langue, ont été le moins bien observés. Si l’on parcourt les travaux des histologistes modernes, on ne trouve que contradictions ou incertitudes sur les rapports du derme et des papilles, comparés avec leur texture différentielle. Évidemment, à une lecture critique, toute cette fraction de l’histologie de la langue paraït bien n’avoir été que déduite de l'anatomie générale de la peau , telle encore qu’on l’a comprise, et ne résulte pas d’un examen spécial et approfondi du tégument propre de la langue. La plupart des auteurs qui ont établi plusieurs couches dans le corps muqueux , y font entrer les papilles et ne s'expliquent pas nettement sur leur mode de corrélation avec le tissu dont elles émergent à leur base. Les plus précis, ceux-là même qui ont porté le plus loin les observations microscopiques de toute sorte, et, à leur tête, le savant M. Zenle dont, avec ou sans citation, les recherches et les opinions sont reproduites dans tous les livres, à l'exemple de Malpighi et de tous les anatomistes subséquens, font naître les papilles , en qualité de saillies, de la surface externe du derme. De cette assertion, il résulte que le derme, dont les papilles ne seraient que des prolongemens extérieurs, n’est lui-même point troué. Or, c’est tout le contraire que nous allons voir. Les papilles linguales sont des organes tout différens du derme , et ne naissent point de sa surface. Loin de là, elles émergent d’une membrane sous-jacente au derme, dont nous allons parler plus loin, et ne font que traverser le derme lui-même; d’où il résulte que ce dernier étant percé d'autant de trous ou de canaux qu’il existe de papilles, c'est à lui, et à lui seul, qu’appartient le nom de corps criblé. Ces distinctions étant établies, voyons maintenant à décrire anatomiquement cette membrane.

Le derme de la langue, fortifié à la face dorsale de cet organe, en vue de ses usages dynamiques, y forme une couche blanchâtre et solide, à laquelle la membrane tégumentaire de la langue, prise dans son ensemble, doit principalement sa den-

sité, sa résistance et son élasticité. Ce derme, dont l'épaisseur est de 1 à 2 millimètres au milieu de la langue, suivant l'espèce d'animal, se réduit graduellement à 1— 1/2 millimètre et moins vers sa base, sa pointe et ses bords, et s’amincit encôre beaucoup au-delà pour prendre, sous la face inférieure de la langue , les caractères qu'il offre dans toutes les muqueuses. Considéré isolément sur la face dorsale , il offre par sa surface externe, détachée de celle de la langue, l'aspect le plus curieux. Dans toute son étendue il est criblé comme une écumoire par les trous de passage des papilles restées sur la langue. Ces trous, circulaires, ovalaires ou elliptiques, de 1/10°, 1/7°, 1/5° jusqu’à 1, 3, et 4 millimètres de diamètre suivant le volume différent des papilles elles-mêmes, des filiformes aux caliciformes, chez les divers animaux, sont séparés par des intervalles qui sont aussi ceux de ces organes à leur base. Ces intervalles, qui sont de deux à trois diamètres des papilles chez le veau et le mouton , où elles sont plus espacées, ne sont guère que de 1 /2 diamètre des papilles chez l’homme, où ces organes, très nombreux et agglomérés , se touchent presque par leurs bases élargies. Dans le champ formé par ces intervalles, la surface du derme, plane chez le veau, constituée par de petites crêtes linéaires chez l’homme, offre un aspect grenu formé par de petites excavations en cupules de 1/10° à 1/15° de millimètre qui sont les cavités de réception de granulations opposées de la membrane papillaire, laissée à la surface de la langue. Mais toute cette surface ellemême, formée par les intervalles des trous papillaires est criblée de nouveau, dans les intervalles et surtout au voisinage de ces trous, par les orifices bien distincts et beaucoup plus petits, de 1/10° à 1/20° de millimètre de diamètre, des capillaires sanguins et lymphatiques rompus qui se rendaient du corps papillaire au corps muqueux, au travers de l'épaisseur du chorion. En coupant, mais mieux en déchirant l'enveloppe tout entière dans ses trois couches, pour les étudier au profil dans leur superposition , il est évident que le derme fournit à chaque papille une enveloppe où un canal, d’un tissu élastique, plus blanc et plus mou que celui du derme lui-même dans les espaces interpapillaires, et qui rappelle par son aspect physique, sous le microscope, le tissu du noyau des disques inter-vertébraux. De sorte que chaque papille, à la naissance du corps papillaire et pour arriver à la surface de la langue, est reçue dans un étui ou un fourreau particulier, dont la paroi circulaire de deux espèces est constituée d’abord aux dépens du derme, et au-dessus de lui par un prolongement du corps muqueux que revêt à l'extérieur le cône épithélial. Cette disposition est de la dernière évidence sur la tranche où, suivant les hasards des déchirures , et aussi par de petites sections délicates, les fourreaux papillaires , çà et là, se présentent les uns avec leurs cylindres dans leur entier, alignés parallèlement comme des tuyaux d'orgue , les autres entamés à divers plans de leur épaisseur, et montrant l’intérieur de leur canal, soit vide, soit rempli par la papille , suivant qu’elle en a été où non arrachée. Tous ces détails, copiés sur la nature, sont rendues avec exactitude sur nos figures. Quant au tissu du derme lui-même, intermédiaire aux étuis papillaires et traversé par les capillaires sanguins en si grand nombre, il est d’un blanc jaunâtre, semi-diaphane, sec, élastique et très résistant à l'état frais , mais du reste lisse, homogène, et sans distinction de fibres bien évidentes. Au contraire , après la coction, il est devenu opaque, mat, cassant, disposé bien évidemment, en majeure partie, par fibrilles perpendiculaires à la surface de la langue , comme celles des cartilages ou d’un velours, et paraît, comme sa d'A

résistance en offre l'indice dans l’état frais, de structure cartilagineuse ou fibro-cartilagineuse, au moins dans le cheval, le veau, en général tous les grands animaux, et même l’homme vigoureux, tandis que, chez la femme et l'enfant, ce tissu paraît simplement fibreux.

Telles sont les observations que nous avons faites sur les trois couches superficielles de la membrane d'enveloppe de la langue. En somme , elles semblent bien former, par leur superposition, une membrane commune et en quelque sorte distincté, puisqu'elles se détachent si facilement en masse de la surface papillaire, en même temps que, par le fait méme des fourreaux papillaires qu'elles concourent à former et qui les traversent comme autant de chevilles, à moins d’une macération prolongée, elles ne peuvent se séparer les unes des autres que par fragmens. Mais de cette application du derme au corps papillaire auquel il n’est uni que par des prolongemens vasculaires, nerveux et fibro-celluleux, il résulte que cette couche solide n'est point par elle-même la surface d'insertion des fibres musculaires verticales de la langue, et si néanmoins, par ses adhérences, on peut la considérer comme faisant partie essentielle de la charpente linguale, son office principal, comme usage dynamique, est bien plus directement de servir de surface d’écrasement des substances alimentaires contre la voûte palatine et les arcades dentaires, et de fournir aux papilles des tubes de protection qui les maintiennent érigées.

Maintenant que nous savons de quelles parties se compose la membrane d’enveloppe superficielle de la langue et de ses papilles, sachons en quoi consiste la portion plus profonde, superposée aux fibres musculaires , qui reste après l’arrachement de la membrane que nous avons nommée dermique, à la surface de la langue.

Membranes sous-dermiques de la langue.

Elles sont au nombre de deux que j'appelle, l’une la membrane papillaire, Y'autre l'aponévrose sus-linguale. Voyons à démontrer l'existence de ces membranes et à motiver les noms par lesquels il m'a paru convenable de les désigner.

4° Membrane papillaire de la langue. D’après ce que nous avons dit plus haut, les histologistes que l’on considère avec raison comme les interprètes les plus avancés de la science actuelle, font procéder comme par le passé, sans aucune distinction, les papilles de toutes les membranes tégumentaires de la surface externe du derme. M. Huschke, qui reproduit cette assertion à propos des papilles de la peau , en traitant de celles de la langue, ne dit rien de leur mode d’émergence. M. Henle, sans s'occuper plus particulièrement de la langue, est plus explicite encore. Ce profond histologiste qui pourtant accorde, avec raison, aux papilles en général, des élémens de texture si différens de ceux d’un simple réseau fibreux, comme l’est le derme, tient si bien néanmoins à une sorte de fusion de ces deux genres d'organes, qu’il trouve « aussi in- « convenant de réunir toutes les papilles sous le nom de corps « papillaire, que d'imposer ce nom à la surface du derme, « d’où elles partent » (Ænçycl. anatom. 1. vi, p. 595). C'est Pourtant contre une assertion aussi positive que je vais réclamer, en montrant l'existence, d’ailleurs bien facile à reconnaître, d’une membrane papillaire spéciale et isolée à la périphérie de la langue.

On se rappelle qu’en arrachant de la surface de la langue, préalablement soumise à la macération ou à l’ébullition, la membrane dermique dans ses trois couches composantes, cette surface tout entière est hérissée par les papilles elles-mêmes de toute sorte, dont la substance est mise à nu. C'est cette couche, bien distincte, de laquelle se sépare nettement le derme, sous lequel elle est située, qui s’isole également avec facilité d’une autre couche sous-jacente, et que sa description va nous montrer pleine et continue avec elle-même, qui constitue proprement la "»embrane papillaire de la langue. Essayons d’en donner une idée d'ensemble.

Par suite de l’arrachement qui les a extraites successivement de leurs fourreaux épithélio-dermiques, presque toutes les papilles, à leur sommet, sont incomplètes et plus où moins déchiquetées, dépourvues qu’elles sont de leur couche périphérique restée adhérente au feuillet du corps muqueux qui tapisse en dedans le cône épithélial; tandis qu’elles sont lisses dans leur contour et paraissent moins altérées sinon entières, dans leurs tiges qui traversaient les tuyaux du derme. Chez l’homme, au moins dans toute la portion antérieure au V lingual et aux grandes papilles caliciformes qui en surgissent, les petites papilles de toutes sortes, agglomérées en très grand nombre; sont serrées les unes contre les autres. Vues de haut par le plan de leurs sommets, à part les rares papilles espacées fungiformes ou lenticulaires, qui sont plus larges à leur périphérie qu'à leur base , toutes les autres qui couvrent la surface en nombre immense, plus où moins coniques et corniculées, c’est-à-dire plus larges à leurs bases qu’à leurs sommets, laissent entre elles des intervalles ou sillons qui se rétrécissent de la surface vers la profondeur. De sorte que ces espaces , larges de la moitié ou des deuxtiers du diamètre des papilles, en regard de leurs sommets, se réduisent à 1/3, 1/4 ou r/5° de ce diamètre à leurs bases. Le fond est rempli par un tissu mou, confondu avec la base des papilles et qui les environne par autant d’anneaux irréguliers, continues de l’une à l’autre, sous forme de saillies linéaires d’un trajet sinueux. Chez les animaux certains lieux de la surface de la langue, variables suivant les espèces, et en particulier l’éminence médiane de la langue du cheval, du lièvre, etc., sont ainsi couverts de papilles très serrées, mais, en général, chez les ruminans et les carnassiers, ces organules alignés en peigne suivant certaines directions, ou agglomérées çà et là par bouquets, laissent entre eux des intervalles qui sont de une, deux ou trois fois leur diamètre, et laissent voir le fond ou la couche inter-papillaire, dans une beaucoup plus grande étendue. Je n’entrerai point ici dans la distinction spéciale des caractères anatomiques des papilles linguales dont la description, de même que celle des papilles palatines et labiales, appartient à l'organe du goût (V. t. m1). Ce qui importe provisoirement, c’est de démontrer, par le mode de liaison des papilles en une couche non interrompue, l'existence bien évidente d’une membrane propre papillaire, en qualité d'une couche distincte dans l’enveloppe générale de la langue.

Elaguons donc les papilles dont la place est ailleurs, et voyons de quoi se compose la couche continue dont elles surgissent et qui les environne à leur base. Dans les intervalles des papilles se présente un tissu formé de petites élevures ou granulations d’un gris rosé, demi-sphériques, de 178, 1710 de millimètre de diamètre, correspondant aux petites cupules que nous avons signalées à la face correspondante du derme et qui en sont les cavités de réception. À un examen attentif ces granulations elles-

mêmes sembleraient bien n’être autre chose qu'un second plan de papilles très petites qui compléteraient, sous le derme, la surface sensitive, dans les intervalles des grandes papilles et au fond des sillons inter-papillaires. Leur couleur d’un gris rosé, demi-transparent, paraît tenir à leur peu d'épaisseur, car dans les grands espaces , où elles trouvent plus facilement à se développer, le champ se parsème de granulations trois ou quatre fois plus considérables, et celles-ci, en même temps qu’elles augmentent de volume, deviennent blanches et opaques, et prennent l’apparence de petites papilles peu proéminentes, coniques à larges bases et à sommet subaigu, que l’on pourrait nommer papilles mamillaires. C'est précisément ce que l'on observe en arrière du V lingual chez l'homme, ou si l’on veut, au pourtour et en arrière des grandes et rares papilles caliciformes toujours postérieures, quoique variées de direction chez les grands animaux. On sait que toute cette portion pharyngienne de la surface dorsale de la langue, où la membrane tégumentaire, par l’amincissement du derme, se trouve réduite au tiers ou au quart de son épaisseur, est occupée par les glandules mucipares. Ces glandules, comme je m'en suis assuré, sont situées sous le derme. Mais au-dessous d’elles continue la surface formée de petites granulations; et dans les intervalles de ces glandules, comme aussi au contour des grandes papilles caliciformes, existent en grand nombre, chez l’homme plus encore que chez les grands animaux, des amas de ces petites papilles que nous avons nommées mamillaires. En outre toute cette surface interpapillaire de la langue est entrecoupée par un réseau irrégulier de filamens blanchâtres et mous de même apparence que la substance des papilles, qui se confond avec ces dernières à leur base et semble bien d'apparence nerveuse ,en même temps que vasculaire, car ce réseau est traversé par des myriades de très petits vaisseaux.

En somme, c’est cette couche non interrompue, formée par les papilles et le tissu granuleux et vasculaire qui les réunit à leur base, et située chez tous les animaux sous le derme de la face dorsale de la pointe et les deux tiers supérieurs des bords de la langue, que je propose de nommer la membrane papillaire. Son existence constante chez tous les animaux est très facile à démontrer puisqu'on l’obtient immédiatement à nu et en entier par le simple arrachement de la membrane dermique, à trois couches, qui la revêt. En la soulevant à plat et la détachant avec lenteur, on l’enlève en une membrane de 1/2 à 1/3 de millimètre d’épaisseur par elle-même, dont la surface inférieure, lisse et plane, est formée par la base des papilles, et leur tissu granuleux intermédiaire. Mais on la trouve doublée en dessous, surtout chez l’homme et les animaux adultes, par une couche, à-peu-près de pareille épaisseur, de tissu adipeux dans laquelle rampent les petits troncs des vaisseaux sanguins du corps papillaire, et qui la sépare de la dernière couche aponévrotique sous-jacente. Je n’entrerai pas dans une description plus détaillée de cette membrane dont l'anatomie microscopique se lie à celle des papilles. (t. mr). Qu'il me suffise, à propos de la structure générale de la langue, de constater sous le derme de cet organe, et à part de lui, l'existence bien évidente d’une membrane papillaire, contre l’opinion des histologistes les plus éminens, qui fait naître sans exception toutes les papilles de la surface externe du derme.

5° Reste donc la dernière membrane que, d’après ses caractères, j'ai nommée l’aponévrose sus-linguale. Celle-ci, dense et résistante, d’une épaisseur de 172 millimètre, paraît de texture fibro-celluleuse. En rapport seulement de superposition avec la

membrane papillaire par sa face superficielle, par sa face profonde, elle donne implantation aux fibres charnues perpendiculaires des muscles génio-glosses et linguaux verticaux, comme aussi à celles des rétracteurs obliques de Malpighi et du lingual longitudinal superficiel. Son adhérence avec ces fibres est si intime qu’on ne peut l'en séparer qu'arbitrairement en la coupant. C’est donc elle qui est véritablement la surface d’insertion de ces muscles. Sur toute son étendue elle est perforée par des fentes ellipsoïdes correspondantes à celles des muscles linguaux superficiels et stylo-glosses, lesquelles donnent passage aux nerfs et aux vaisseaux qui émergent de la profondeur de la langue. Par ces milliers de prolongemens microscopiques, vasculaires, nerveux et fibro -celluleux qui la traversent elle-même, et qu’elle transmet des muscles sous-jacens à la membrane papillaire, ou au travers de celle-ci au derme, elle se rattache à cette membrane qui lui sert d'appui dans l’état frais; et néanmoins par le fait, non-seulement elle s’en distingue comme tissu distinct, mais nous voyons même qu’elle en est séparée par une double couche intermédiaire de texture assez molle. Ainsi donc, cette continuité, cette fusion du chorion avec les fibres musculaires verticales de la langue, qui avait frappé Bichat, n’est qu’une apparence de l’état frais. Toutefois, elle montre que l’adhérence des membranes sous-jacentes au derme est assez intime pour que celui-ci puisse servir secondairement, et par transmission , de point d'appui aux muscles de la langue.

En résumé, d’après tout ce qui précède, la membrane tégumentaire de la langue dans laquelle, à part ses organules, on ne comptait que trois couches superposées, en renferme véritablement cinq. 1° Un épithélium de revétement de toute la surface de la langue. 2° Une couche cellulo-vasculaire dite le réseau muqueux de Malpighi. 3° Une membrane fibro-cartilagineuse de squelette flexible formée par le derme épaissi de la langue. Ces trois couches , analogues de celles de la peau et qui s’enlèvent en commun, représentent proprement la membrane dermique de la langue. Au-dessous d'elles se trouvent 4° Une membrane vasculo-nerveuse papilluire, doublée par une couche de tissu cellulaire et adipeux servant de trame aux ramuscules d'émission des vaisseaux et des nerfs tégumentaires. C’est évidemment l’analogue, sous la peau, du fascia-superficialis, qui forme aussi une couche fibro-celluleuse et adipeuse dans laquelle rampent les vaisseaux et les nerfs sous-cutanés. 5° Enfin, une aponévrose d'insertion musculaire, analogue des enveloppes d’insertion et de contention des muscles superficiels du tronc et des membres. Toutes ces couches, si faciles à reconnaître de prime abord sur la langue du veau et des grands animaux, parce qu’elles y sont plus épaisses, se retrouvent également avec la même évidence, quoique plus minces sur celle de l’homme.

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