‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 397 sur 407 · DES VAISSEAUX ET DES ENVELOPPES MUSCULAIRES · texte numérisé non relu

DES VAISSEAUX ET DES ENVELOPPES MUSCULAIRES

( D'APRÈS LES DESSINS ORIGINAUX DE LUN DE NOS MÉMOIRES A L'ACADÉMIE DES SCIENCES. )

L’objet de ces deux planches est de montrer des faits non moins nouveaux qu’importans.

1° En premier lieu, l’existence, dans une proportion considérable, du système nerveux dans la formation des tuniques des vaisseaux. Le fait de petits plexus nerveux autour des vaisseaux leur servant de conducteurs, était bien connu et signalé partout, d’où le nom de zerfs et de plexus vasculaires sous lequel ils sont désignés. Mais le fait nouveau que nous montrons par ces figures, d’après nos recherches, établit que le système nerveux entre comme un élément très abondant dans la texture des membranes des vaisseaux, les veines surtout bien plus que les artères, si bien que les nervules microscopiques, alliés au tissu fibreux élastique qui leur sert d'enveloppe, forment avec les capillaires sanguins et lymphatiques , la plus grande partie du tissu même de ces membranes. (Voyez pl. 96, fig. r à 4, et pl. 97, fig. r à 4.)

2° Un second fait consiste à montrer les nervules du tissu propre des tuniques vasculaires naissant indistinctement des deux systèmes nerveux ou de leur alliance.

a. Des grands plexus intra-viscéraux. C’est le cas de tous les plexus splanchniques (Voyez les vaisseaux de toutes les planches des viscères, tome v, et en particulier la veine cave, pl. 62).

b. Du grand sympathique. (Ex. : l'artère aorte, pl. 96, fig. 2.)

c. Du grand sympathique allié par des filamens au système nerveux cérébro-spinal. (Ex. : l’artère sous-clavière et ses divisions. (PI. 96, fig. 1); les artères et veines iliaques, fémorales et leurs divisions ( pl. 96, fig. 3, et 97, fig. 1 et 2).

d. Des nerfs mixtes qui réunissent à la fois les propriétés des nerfs splanchniques et cérébro-spinaux. Ex. : 1° sur la pl. 96, la fig. 4 qui montre les nerfs provenant du pneumo-gastrique, allié lui-même au grand sympathique et au plexus cardiaque , se distribuant en nervules dans les vaisseaux de toute sorte, sanguins et aériens, comme on les voit ailleurs se distribuer dans la plèvre (PL 49, 94). 2° Sur d’autres dessins c’est aussi le cas des artères carotides (PI. 49, 93), des vertébrales (PI. 91).

e. Des nerfs cérébro-spinaux (PI. 96, fig. 4 et >). L’immixtion isolée des nervules cérébro-spinaux dans la texture des membranes vasculaires est ici bien évidente; mais, comme dans leur tunique externe, ces vaisseaux renferment les plexus émanés du grand sympathique, il est clair que, dans cette texture, il y a aussialliance des deux espèces de système nerveux cérébro-spinal et splanchnique.

En dernière analyse, la même observation s’appliquerait également aux nerfs eux-mêmes, émanés du grand sympathique, vu les connexions de ce dernier avec la moëlle épinière, d’où il suit que, dans des proportions variées, le fait de l'alliance des deux systèmes nerveux dans la texture des parois vasculaires est général pour tout l'organisme.

3° Un troisième fait a pour objet de montrer le système nerveux contribuant, avec les vaisseaux et le tissu fibreux, à former les enveloppes propres des muscles. C’est l’objet de la figure 3, pl. 97. Ce fait rapproché de ce que nous venons d'établir, eu égard aux parois vasculaires et de ce que nous avons démontré ailleurs de la structure nerveuse des séreuses (t. 111), de celle des muqueuses (t. v), et aussi de la texture de la peau des membranes fibreuses , et même de la gangue des os (t. 1171), montre pour quelle part, proportionnée à la vitalité fonctionnelle de chacune d’elles , et dans quelle forme commune à toutes, le système nerveux entre dans la formation des membranes.

NERFS DES PAROIS DE LA CROSSE DE L’AORTE ET DES ARTÈRES QUI EN NAISSENT (vus en arrière). — Provenance des nerfs cardiaques et du ganglion moyen du grand sympathique.

a. Crosse de l’aorte. — b. Tronc brachio-céphalique. — c. Artère carotide primitive gauche.— d. Artère sous-clavière gauche. — e. Artère axillaire.

On n’a laissé sur ces vaisseaux que les petits plexus propres dont les nervules se mêlent à la texture en s’immisçant dans les bandeleites du tissu

fibro-élastique.

NERVULES DE LA PORTION DORSALE DE L'AORTE. Provenance du grand nerf splanchnique.

De Aen A. Vertèbres dorsales. — De B en B. Côtes qui leur correspondent. — De C en C. Fragment correspondant de lartère aorte.

De a en a. Cordon thoracique du grand sympathique. — De b en b. Cordon du nerf grand sympathique tel qu’il se montre avec les filets et les nervules qui en naissent après une macération de quelques mois dans de l’eau acidulée avec l'acide azotique.

c, c. Filets d’origine du grand splanchnique provenant du cordon du grand sympathique.

d, d, d. Nervules détachés du grand splanchnique et qui se rendent dans

la paroi de l’aorte.

e, e,e, Immixtion de ces nervules dans le tissu fibro-élastique de laorte.

NERFS ET CAPILLAIRES SANGUINS DES ARTÈRES AORTE ABDOMINALE, VEINE CAVE INFÉRIEURE, ARTÈRE ET VEINES ILIAQUES. (Du côté droit les nervules, du côté gauche les capillaires sanguins.)

a. Artère aorte abdominale. — Artèreiliaque primitive droite. — c, d. Ar-

tères iliaques externe et interne. — e. Veine cave inférieure, — f. Veine iliaque externe. — g. Veine iliaque primitive. — Sur tous ces vaisseaux se voient les nervules qui se mêlent dans la texture enveloppés, pour les artères, dans les bandelettes du tissu fibro-élastique qui leur servent de conducteurs. Dans les parois des veines, ce sont les nervules eux-mêmes enveloppés de tissu fibro-élastique qui forment la trame solide.

Du côté gauche: h, artère et i, k, 1, veines iliaques montrant seulement les petits vaisseaux de leurs parois (vasa vasorum ).

DISTRIBUTION DES PLEXUS NERVEUX ET DE LEURS NERVULES DANS LES PAROIS DES VAISSEAUX SANGUINS ET AÉRIENS DU POUMON GAUCHE.

De À en A. Face postérieure du poumon gauche disséqué pour montrer dans son épaisseur la distribution de ses gros vaisseaux.

B. Section de la bronche gauche. — b, b, Plexus bronchiques émanés des plexus pulmonaires du pneumo-gastrique. On voit les nombreux nervules qui en naissent s'épanouir en membrane sur les anneaux et les plaques du tissu cartilagineux de la membrane fibreuse dont ils traversent les intervalles pour se distribuer dans la membrane muqueuse.

C. Artère pulmonaire gauche. — ©. c. Plexus vasculaires nerveux étendus sur toutes les divisions des artères pulmonaires. De même que pour toutes les artères de la grande circulation (fig. 1, 2 et pl. 97, fig. 1, 2, 4, 5,) les nervules qui en naissent se confondent avec les bandelettes de tissu fibro-élastique qui leur forment des canaux protecteurs et constituent la charpente solide du vaisseau.

D. Veines pulmonaires gauches. — d, d, Plexus vasculaires nerveux émanés du plexus cardiaque et du pneumo-gastrique. En suivant la distribution des nervules qui en naissent, on voit que, comme pour les veines de la grande circulation (fig. 3 et pl. 97, fig. 5, voy. aussi pl. 62 veine cave inférieure et pl. 49, fig. 1 veine cave supérieure) ce sont ces nervules environnés d’un fourreau de tissu élastique, qui forment la charpente solide du vaisseau.

FIGURE 1. ARTÈRE FÉMORALE, et FIGURE 2. ARTÉRE POPLITÉE.

L’une et l'autre sont revêtues de leurs plexus nerveux. Sur l'artère poplitée il s’y méle des filets cérébro-spinaux. La distribution des nervules se mélant aux bandelettes de tissu fibro-élastique est toujours la même

FIGURES 4 et 5. ANATOMIE MICROSCOPIQUE.

(Grossissement de 8 diamètres, en surface 64 fois.)

FIGURE 4. De À en À. Fragment du nerf médian.

De B en B. Fragment de l'artère humérale.

Sur la surface du nerf grossi se distinguent les faisceaux de nervules dont il est l’agglomération. Du bord du tronc nerveux adjacent à l'artère se détachent, dans toute la hauteur, des nervules (a, a) qui viennent se mêler et se perdre dans des bandelettes de tissu fibro-élastique (b, b) qui environnent l'artère et s’y croisent obliquement en formant un canevas de courbes en ellipses qui en constituent la charpente. Cette figure grossie représente d’une manière très nette la texture de la membrane propre des artères, et montre la part que prend le système nerveux dans leur organi-

sation.

FiGurE 5. De A en A. Fragment de la veine médiane basilique.

De B en B. Fragment du nerf cutané interne, dans le point où il croise la direction de la veine médiane basilique.

De même que la figure précédente montre la texture générale des artères et la part assez faible qu’y prend le système nerveux, de même celle-ci montre la texture générale des veines et la part très considérable que réclame dans leur organisation le système nerveux. Suivons cetle démonstration sur la figure.

a, a. Nervules émanés du tronc du nerf cutané externe, qui se jettent dans la paroi de la veine.

b, b. Filets cutanés détachés du tronc principal et qui fournissent également des nervules à la veine.

C. Filet cutané d’anastomose (b, c) d’un rameau plus interne du même

nerf. Il se divise aussi en grande partie en nervules éparpillés dans la paroi veineuse.

€, c. Réseaux que forment les nervules dans la paroi de la veine.

d, d. Nervules récurrens fournis par le tronc principal. Il est à remarquer que tous les rameaux fournissent ainsi, soit des nervules directs formant un épanouissement régulier, d’après leur direction, soit des nervules récurrens, émanés en sens contraire de leur direction. Ce fait et l'abondance du réseau de capillicules nerveux qui semble former , par ses enveloppes de tissu fibro-élastique, la trame solide de la membrane, est le même que nous avons reconnu dans les séreuses et le derme des muqueuses. L’extrème abondance du système nerveux dans les veines explique très bien l’excès de leur vitalité comparé aux artères.

Jai choisi cet exemple très frappant du croisement d’un nerf avec une veine, pour montrer les nervules qui en émanent. Mais le fait est le même partout. Toutes les veines reçoivent ainsi des nervules des nerfs voisins quel que soit le volume de ces derniers, rameaux, filets ou filamens micro-

scopiques.

FIGURE 3.— ENVELOPPE DU MUSCLE HYO-THYROÏDIEN.

(Grossissement de 10 diamètres, en surface 100 fois.)

a. Filet du pneumo-gastrique. — b. Filet du glosso-pharyngien. — c, C, c. Réseaux de nervules étendus à la surface du muscle et qui pénètrent dans ses fibres.

L'objet de cette figure est de montrer comment les nerfs à l’état microscopique, entremélés dans leurs nervules avec les petits vaisseaux et fortifiés par leurs gaines de tissu fibreux, contribuent à former les enveloppes propres des muscles. La quantité des nervules est proportionnée au degré de vitalité des muscles. Nous avons choisi un exemple parmi ceux de l'appareil hyo-glosso-pharyngien, vu que, en raison de la variété, de l'importance et de la rapidité de leurs mouvemens, l'élément nerveux y est tellement abondant que les muscles y forment presque entièrement, avec les petits vaisseaux, la traine de leur enveloppe, jusqu’à présent réputée simplement fibro-cellulaire.

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