OÙ PYROTECHNIE CHIRURGICALE
La cautérisation avec le feu se pratique de deux manières : avec les corps pénétrés de calorique ou avec les corps en ignition. Les corps métalliques fortement échauffés et appliqués sur les tissus pour en opérer la décomposition portent le nom de cautères, employé aussi pour caractériser l’ulcération qui résulte d’un mode d'application des caustiques.L’acier, en raison de son infusibilité à une température rouge-blanc, de sa difficulté à s’oxider et de sa grande capacité pour le calorique, est la substance métallique le plus généralement employée pour former les cautères. M. Gondret a proposé, il y a quelques années, de substituer le cuivre à l'acier dans la confection de ces instruments. D’après cet observateur, le cuivre, en raison de sa capacité pour le calorique et de sa grande conductibilité, convertirait en escharre les parties qu'il a touchées dans un temps cinq fois moindre que celui qu’il faudrait pour obtenir le même effet avec le fer chauffé à la même température. Toutefois, jusqu’à ce jour, l'emploi du cuivre n'a pas
prévalu.
. . , À . , Le cautère se compose d’un tige d'acier dont l'extrémité su-
périeure a une forme appropriée au genre de cautérisation que l'on veut produire; l’autre extrémité est effilée, pour être reçue à volonté dans un manche en bois. Un trou, qui traverse inférieurement les deux portions dont se compose l'instrument, permet de les assujettir l’une à l’autre par une vis de pression; en sorte qu’un même manche peut servir pour plusieurs cautères. La tige de l'instrument est coudée supérieurement à angle droit avant la naissance de l’extrémité cautérisante; cette disposition permet de porter plus facilement le cautère dans différentes directions.
Variétés de cautères. Les formes affectées à l'extrémité cautérisante ont déterminé les noms que portent les cautères, et qui se réduisent aux suivants! : Cautère en roseau. C'est le seul qui ne soit point coudé : on s’en sert pour agir à une grande profondeur et suivant des trajets droits et peu larges. Cautère olivaire. Celui-ci est facile à insinuer dans de petites cavités arrondies, comme, par exemple, des kystes. Cautère conique. Le sommet tronqué du cône en est l’extrémité libre. Cet instrument donne lieu, aux dépens des parties à travers lesquelles il pénètre, à une perte de substance en rapport avec sa forme ; il convient lorsque l’action du feu doit s'exercer de la surface externe jusque dans la profondeur. Cautère cultellaire, hastile où hastaire. Cette forme est celle d’une petite hache dont le tranchant très-obtus décrit un quart de cercle ; on s’en sert pour pratiquer des raies de feu ou la cautérisation transcurrente, et pour attaquer la base de certaines tumeurs fongueuses facilement saignantes. Cautère nummulaire. Celuici ressemble à un palet; il sert à cautériser à plat. La face inférieure, qui doit être appliquée sur les parties, est légèrement convexe, ce qui en facilite le glissement. La vive-arète du contour de l'instrument est arrondie pour la même raison. Il y a de ces cautères plats de forme carrée et ovale, mais ils sont moins employés que les circulaires. Une autre forme de cautère, imaginée par M. Percy, est celle à laquelle il a donné le nom d’annulaire : c’est un disque épais, excavé à son centre de manière à figurer une couronne de trépan. M. Percy l’employait pour la cautérisation sincipitale. Enfin, diverses formes de cautères ont été imaginées dans ces derniers temps pour satisfaire à certaines indications spéciales. (PI, 17.)
Au reste, quelle que soit l’utilité spéciale de chacune des variétés de cautère dans le détail desquelles nous venons d’entrer, on conçoit que, dans nombre de circonstances, le chirurgien, n'ayant pas à sa disposition tout ce matériel d'instruments, doit apprendre à suppléer les cautères les uns par les autres, et même à les remplacer à l’occasion par les premiers corps métalliques, fer ou cuivre, qui se rencontrent partout sous la main,
Effets. La cautérisation par le feu détruit immédiatement les tissus en les carbonisant et donnant lieu au dégagement de divers $az et vapeurs, comme dans toutes les applications du calorique aux corps combustibles de nature végétale ou animale. Cette cautérisation, la plus active de toutes, est aussi la plus avantageuse par la facilité d’en graduer et d’en limiter les effets. Elle convient dans presque toutes les circonstances où l’on applique les cautères potentiels, et leur est préférable dans la plupart des cas, mais surtout pour arrêter les progrès de la pourriture d'hôpital et des caries des os. Son action, ressentie au loin dans la profondeur des tissus, ranime avec beaucoup d'énergie leurs fonctions vitales,
! Planche 17, fig. 22 à 31.
T, VI
Intensité de la chaleur. Le degré de température des cautères a beaucoup d'influence sur leur mode d’action. On a coutume d'évaluer approximativement cette température par la couleur des cautères en sortant du feu. Le gris est le degré de chaleur le moins élevé; puis le rouge obscur, le rouge cerise, le rouge jaune, enfin le rouge blanc, indiquent la plus grande accumulation du calorique. L'application du feu est d'autant plus douloureuse que la désorganisation des tissus a lieu avec plus de lenteur, ou, en d’autres termes, que les cautères sont moins chauds. L'effet inverse est également vrai, que le cautère désorganise avec d'autant plus de rapidité et fait souffrir d'autant moins le malade, qu'il est chargé d’une quantité de calorique plus considérable. Le chirurgien ne doit jamais perdre de vue ces données, afin de pouvoir toujours graduer l’intensité de la chaleur suivant les effets qu’il veut déterminer.
La cautérisation a reçu différents noms, suivant la manière dont elle s'applique. Nous allons indiquer les principales.
Procédés opératoires.
CAUTÉRISATION INHÉRENTE. Elle s'effectue par l'application soutenue du cautère sur les parties malades ; elle a pour effet une désorganisation brusque des tissus. Mais, pour obtenir ces résultats, il est nécessaire de n’employer que des cautères fortement chauffés, La première condition est d’étancher ou assécher la surface de la plaie. Lorsque la partie est abreuvée de fluides, dix secondes suffisent pour faire tomber au rouge obscur le cautère que l’on avait d’abord appliqué au rouge blanc. Aussi, pour peu que les parties que l’on veut cautériser soient étendues, on doit avoir plusieurs cautéres, que l’on fait chauffer en même temps dans un réchaud rempli de charbon de bois, dont un aide active la combustion par le soufflet. Par ce moyen, l'opérateur, substituant immédiatement un cautère à un autre, ne court pas le risque, en interrompant à plusieurs reprises son opération, de causer au malade des douleurs inutiles. Pendant l’action d’un cautère, les tissus se crispent vio— lemment et sont immédiatement convertis en escharres; les liquides se décomposent ou se volatilisent, et absorbent, pour passer à l’état gazeux, une très-grande quantité de la chaleur appliquée. À mesure que le cautère diminue de température, l’opérateur doit exercer une moindre pression sur les parties, dans la crainte que, par leur dessiccation, les portions déjà torréfiées n’adhèrent au métal, et ne soient arrachées avec violence en enlevant l'instrument, accident qui, indépendamment de la douleur, pourrait donner lieu à une hémorrhagie. Si du sang fourni par des vaisseaux capillaires s’écoulait abondamment pendant l'opération, on devrait l’étancher avec rapidité avant de cautériser la surface d’où il provient,
La cautérisation inhérente, par cela même qu’elle amène la destruction des tissus, est celle qui correspond aux indications les plus variées, et dont on se sert dans le plus grand nombre de maladies, caries, fongus, pourriture d'hôpital, hémorrhagies profondes, etc. On y emploie toutes les variétés de cautères,
Précautions à prendre. Dans l’application du feu, on doit éviter autant que possible de porter le cautère sur le trajet connu des nerfs et des artères d’un certain volume et sur les saillies tendineuses ou osseuses, hors le cas où ce sont les os cariés eux-mêmes qu'il s’agit de cautériser. Enfin, toutes les fois que le cautère actuel doit pénétrer dans le voisinage ou au travers de parties qu’il importe d’épargner ou qu'il est inutile d’intéresser, on a recours, pour préserver ces parties, à des
canules de feutre ou carton imprégnées de charbon en poudre et trempées dans une solution d’alun ou de sel marin. Ces canules, que l’on insinue dans les plaies, étant formées de corps non conducteurs, isolent les parties du contact de la chaleur,
et permettent par leur cavité l'introduction de l'instrument .
cautérisant.On peut les remplacer au besoin par un linge formé de plusieurs doubles, disposé circulairement et mouillé dans une solution saline.
Accidents consécutifs. L'intensité des accidents qui suivent les grandes cautérisations est proportionnée à l'étendue, à la profondeur, à l'importance et au degré de sensibilité des parties intéressées : une fièvre générale avec ou sans symptômes nerveux et un gonflement inflammatoire dans le lieu malade se développent dans les premiers temps; plus tard, à la chute des escharres, surviennent d’abondantes suppurations et parfois des hémorrhagies consécutives; il n’est pas rare qu'il se manifeste à une époque quelconque une irritation sympathique d’un ou de plusieurs viscères. On combat ces divers accidents par les moyens appropriés.
CAUTÉRISATION TRANSCURRENTE. On la pratique au moyen du cautère hastile chauffé au rouge cerise. Elle consiste à promener avec rapidité l'instrument sur la surface de la peau, en formant des raies parallèles entre elles, et assez écartées pour que la cautérisation, qui doit affecter toute l'épaisseur du derme, ne convertisse pas en une escharre commune toute la portion de peau comprise entre deux raies. Ce mode d’emploi du calorique est très-douloureux; on réitère l'application du cautère, si l’on pense que la première impression soit insuffisante. C’est à cette forme de cautérisation que s'adresse plus particulièrement le cautère bicultellaire de M. Mayor, qui abrége la douleur en doublant l'effet produit. Après l’opération, les raies tracées par l'instrument sont brunes, et les languettes de peau intermédiaires jaunâtres. Les escharres, étroites et minces, se détachent du douzième au quinzième jour ; elles laissent à nu des ulcérations longitudinales qui suppurent pendant un laps de temps dont la durée excède rarement trois semaines ou un mois. Le pansement, dans les premiers jours, se composera de compresses imbibées de liqueurs excitantes, pour entretenir l’'irritation artificielle déterminée par la cautérisation; pour ce qui est de l'inflammation éliminatoire et de la chute des escharres, on se conduira comme il a déjà été dit à propos des exutoires.
On emploie la cautérisation transcurrente sur les parties affectées d’inflammations chroniques, telles que les tumeurs blanches articulaires produites par une cause de nature scrofuleuse ou rhumatismale; on s’en sert également dans les hydarthroses, les névralgies, les engorgements lymphatiques, etc.; en un mot, dans tous les cas où il s’agit de rappeler la tonicité et d’activer la circulation capillaire dans les tissus. On voit que, par ses usages comme par son mode d’application, la cautérisation transcurrente a la plus grande analogie avec le moxa.
CaurérisATION oBrecTivE. Elle consiste dans l'application , à une certaine distance d’une partie malade, d’un charbon ardent ou d’un corps métallique fortement chauffé. Le prompt refroidissement à l’air d’un charbon isolé fait que l'emploi du dernier moyen est de beaucoup préférable. Le cautère, ou le corps qui en fait l'office, est tenu ordinairement à un pouce de la partie affectée : son éloignement, du reste, doit étre proportionné à l'élévation de sa température; car l’objet qu'on se
propose uniquement dans cette opération est de ranimer les fonctions vitales par l'excitation imprimée à la circulation capillaire, sans donner lieu à aucune désorganisation de tissus : en sorte que c’est improprement, ef seulement en raison de l'agent thérapeutique dont on a fait usage, que cette opération a reçu le nom de cautérisation. L'effet produit par la chaleur doit être une turgescence avec rougeur déterminée par l’afflux du sang et une douleur un peu vive. Cette excitation artificielle doit avoir été portée assez loin pour déterminer une congestion érythémateuse qui persiste pendant plusieurs jours après l'opération. Dès que la circulation capillaire est retombée dans son premier état d’atonie, on doit avoir recours à une nouvelle cautérisation; on recommence ainsi à plusieurs fois, de manière à produire sur les tissus, par une série d’excitations successives, et sans causer d’ulcération, des effets analogues à ceux de l’inflammation permanente, qui est le résultat de la cautérisation transcurrente.
La cautérisation objective convient dans les mêmes cas que la précédente, mais de préférence lorsqu'on peut se dispenser de produire des effets aussi violents. Indépendamment des affections scrofuleuses et des engorgements chroniques, on s’en est servi pour ranimer des ulcères atoniques chez les vieillards, et pour donner lieu à une suppuration de bonne nature dans des cas d’abcès froids. On en a égalemenl fait usage pour obtenir, par la constriction que détermine le calorique, la réduction des hernies intestinales, des chutes du rectum et de la matrice; pour arrêter des hémorrhagies nasales et hémorrhoïdaires, etc. Mais, outre l'incertitude du résultat thérapeutique , nous n’oserions, dans des cas de cette nature, conseiller l'emploi de la chaleur, qui, sur des surfaces aussi sensibles que les membranes muqueuses, peut causer des irritations plus dangereuses que les maladies que l’on aurait voulu guérir.
Il suffit de mentionner la cautérisation par les rayons solaires, ce moyen, très-douloureux, ne produisant aucun effet que l’on ne puisse obtenir plus fidèlement de toute autre manière. Enfin, celle que l’on pratique avec des liquides ne s’emploie guère que comme moyen de vésication.