‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 58 sur 470 · RÉGION DU GENOU · texte numérisé non relu

RÉGION DU GENOU

Partie antérieure de l'articulation fémoro-tibiale et rotulienne, vaguement circonscrite entre deux lignes horizontales dont la supérieure passe au-dessous des saillies charnues du triceps, et dont l’inférieure indique, par un sillon circulaire de rétrécissement, la naissance des muscles de la jambe, cette région, dont la surface est très inégale, est caractérisée, au milieu, par la saillie de la rotule, comprise de haut en bas

1 Planche 1, n° 53.

? Planche 1, n° 54; et planches 11 et 12.

entre deux dépressions horizontales formées par le tendon dans lequel cet os est développé ; et latéralement, par les deux gouttières verticales qui séparent la rotule des saillies latérales déterminées par les tubérosités du fémur et du tibia. Transversalement une dépression circulaire, facile à sentir sous la pression du doigt, indique la hauteur du plan inter-articulaire ; de telle sorte qu’un couteau porté horizontalement au-dessous de la rotule pénètre en plein dans l'intérieur de l'articulation fémoro-tibiale. Au-dessous de cet os, la naissance de la jambe est marquée par une saillie osseuse que forme la crête antérieure du tibia. Enfin, sur les côtés, outre la masse solide antéro-postérieure formée par les extrémités articulaires des deux os, se présentent deux autres saillies verticales funiculaires, déterminées par les tendons des muscles et les ligaments de l'articulation.

PARTIES COMPOSANTES. 1° Peau. Épaisse, rugueuse et ridée comme au coude, sa situation et les frottements auxquels elle est exposée sont la cause de maladies assez nombreuses en ce point. 2° Couche sous-cutanée. Adhérente aux aponévroses par un tissu cellulaire séreux très lâche, qui permet une grande mobilité de la peau, elle ne contient qu’une très petite quantité de graisse, mais elle est fréquemment affectée d’œædème ; sur la rotule existe une bourse synoviale. Cette couche souscutanée est parcourue par un grand nombre de rameaux sanguins formant les anastomoses des vaisseaux articulaires, dont la dilatation accidentelle facilite le retour du sang dans le tronc tibio-péronier, après la ligature ou l'oblitération de l'artère principale. 3° Couche aponévrotique et tendineuse. Elle sé compose de plusieurs feuillets et fait corps avec les ligaments pour maintenir la solidité de l'articulation. En premier plan est l’aponévrose superficielle, intermédiaire à celles de la cuisse et de la jambe, qu’elle réunit, et dont elle forme l’attache sur les os. En dehors est le tendon de l’aponévrose fascia lata, adhérent au ligament latéral externe de la rotule et auxiliaire du ligament latéral articulaire. En dedans se présente le ligament latéral interne rotulien et celui de l'articulation, fortifiés par la ligne des tendons fléchisseurs. Au milieu existe la rotule, maintenue entre les deux extrémités du tendon du triceps, et qui ferme, en avant, l'articulation. 4° F'aisseaux et nerfs. Les artères et veines sont : les articulaires supérieures et inférieures anastomosées entre elles, de haut en bas, du même côté, et d’un côté à l’autre autour de la rotule. Les nerfs sont des filets du crural et des sciatiques poplités externe et interne. 5° Squelette. A est formé par la rotule au-devant des extrémités articulaires du fémur et du tibia.

Le genou est le siége de maladies variées et généralement très-graves. La structure serrée de l'articulation, cause nécessaire d’étranglement dans les congestions, nécessite de nombreux débridements, pratiqués de bonne heure. Toutefois, les complications que produisent les lésions du genou sont si funestes, qu’elles entrainent fort souvent la nécessité de l’amputation : tels sont un grand nombre d’accidents traumatiques, et, en particulier, les plaies par armes à feu. Les mêmes effets sont le résultat des inflammations lentes ou des tumeurs blanches, des caries, des nécroses, du spina-ventosa, et de diverses altérations fongueuses ou carcinomateuses des tissus fibreux articulaires. Parmi les maladies réputées curables se distinguent : la luxation de la rotule en dehors et ses fractures, soit longitudinales, soit transversales, sauf, pour ces dernières, la difficulté d’une réunion sans écartement ; enfin, les fractures isolées de l’un des condyles du fémur, les hydropisies et les corps étrangers articulaires. On pratique, dans certains cas, sur

, . E : 1 , . à 1 l'articulation fémoro-tibiale, des résections et la désarticulation ; toutefois, ces opérations guérissent si rarement, qu'on doit, en général, leur préférer l’amputation de la cuisse.

RÉGION POPLITÉE :, -

Situation, configuration, délimitation. Située à la face postérieure de l'articulation fémoro-tibiale, comprise vaguement de haut en bas entre deux lignes horizontales formant une ceinture ou dépression circulaire au-dessus et au-dessous du genou, elle offre, à l'extérieur, une dépression médiane, dite Le creux du jarret, comprise entre deux masses latérales formées par l’écartement des muscles fléchisseurs à la cuisse, et des deux jumeaux à la jambe, et circonscrivant en profondeur le creux du jarret au fond duquel sont situés les gros vaisseaux. Dans l’homme bien musclé, la dépression poplitée n'existe que pour le triangle supérieur, les jumeaux formant en commun une saillie terminée par une ligne courbe à concavité inférieure, indiquant le pli de flexion de la jambe sur la cuisse.

Parties composanTes. 1° Peau. Lisse, fine, garnie de follicules sébacés et souvent de quelques poils dans l’homme, parsemée de petites rides transversales dans le sillon de flexion au-dessus des jumeaux. 2° Couche sous-cutanée. Formée par un pannicule adipeux assez épais, la trame molle et lâche du tissu cellulaire séreux dans laquelle il est disposé, permet une assez grande mobilité de la peau. 3° Aponévrose superficielle. Constituée par une lame triangulaire qui revêt en travers le creux poplité, elle est fortifiée latéralement par des bandelettes verticales qui descendent des tendons fléchisseurs sur la capsule des jumeaux, en unissant les aponévroses fémorale et jambière. Dans son épaisseur rampe la veine saphène externe postérieure, accompagnée de quelques rameaux lymphatiques. 4 Couche musculaire. Elle se compose, en haut, des fléchisseurs de la cuisse ; en dehors, le biceps et le vaste externe ; en dedans, les demi-tendineux et demi-membraneux, auxquels s’adjoint profondément le tendon du troisième adducteur ; en bas, elle est formée par les deux jumeaux. Entre ces muscles s'inscrit l'aire poplitée de forme losangique, dont le triangle supérieur est formé par l’écartement des fléchisseurs, et l’inférieur par celui des jumeaux. C’est dans cet espace, dont le fond est constitué par la face postérieure du corps du fémur, audessus des condyles et dans l’échancrure intermédiaire à ces éminences, qu'existent les gros vaisseaux et les nerfs, dont la direction est verticale. 5° Vaisseaux et nerfs. Procédant de la surface vers la profondeur : au milieu, à quatre lignes derrière l’aponévrose, se présente le nerf sciatique poplité interne. Plus profondément appliquées sur le corps du fémur sont l'artère et la veine poplitées. Les rapports de ces vaisseaux sont tels, qu’ils se croisent très obliquement dans toute la hauteur du creux poplité; de manière que la veine externe, en haut, par rapport à l'artère, est postérieure au milieu et interne en bas. Outre les gros vaisseaux se distinguent : (a) l’anse de terminaison de la veine saphène postérieure dans la veine poplitée ; (b) les artères et veines jumelles ; (c) la naissance des artères et veines articulaires des deux côtés, supérieures et inférieures, et, au milieu, les articulaires moyennes ; (d) trois à quatre ganglions lymphatiques et leurs rameaux entourant les gros vaisseaux. 6° Squelette. 1 est formé par les condyles du fémur et les tubérosités du tibia, maintenus par la double capsule condylienne et le ligament postérieur.

1 Planche 1, n° 55, et planche 12.

La région poplitée est surtout intéressante au point de vue des accidents traumatiques des gros vaisseaux. C’est donc par rapport aux anévrismes et à la ligature de l'artère poplitée qu’elle est recommandée en anatomie chirurgicale. Cette région, en outre; est le siége de nombreux phlegmons et d'engorgements lymphatiques profonds. Quoiqu'elle tapisse en arrière l’articulation fémoro-tibiale, elle s’isole néanmoins, en théorie, de la région du genou, la partie antérieure, vu la position superficielle des os, étant celle où les maladies se prononcent le plus tôt, et où il est le plus facile d'y remédier par les moyens chi-

-rurgicaux.

Page 1