‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 6 sur 470 · CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES

Les enveloppes organiques, par rapport aux cavités qu’elles enceignent, présentent de nombreuses différences, suivant une foule de circonstances dépendant de l'espèce ou du degré d'importance de l'organe qu’elles renferment, et du besoin plus ou moins grand qu'il a d’être protégé ou contenu, de son siége, de sa mobilité ou de son immobilité, de la texture de l'enveloppe elle-même, de la diversité de ses usages, de ses connexions ou des associations qu’elle forme avec les parties voisines.

Érexpus. L’étendue s'applique aux limites les plus extrêmes entre les tissus différents, depuis la surface de la peau, enveloppe générale commune, jusqu’à la cellule adipeuse ou à l'élément organique spécial des viscères. Dans un même tissu, l'étendue est aussi très-variable, soit pour les enveloppes osseuses, le crâne, par exemple, comparé à l'orbite; soit pour les membranes séreuses, le péritoine, ou l’une des plèvres, par rapport au péricarde ou à la tunique vaginale. La même disproportion est facile à saisir entre les aponévroses, les enveloppes viscérales, les gaînes des muscles ou des vaisseaux, suivant le volume des organes qu’elles renferment.

ÉTAT coMPLET ou INcompLer. 1° Les membranes séreuses, rentrant sur elles-mêmes, forment comme on l’a dit, de doubles sacs sans ouverture, ou des cavités complètes, quelles que soient du reste leurs dimensions relatives. Cette forme générale est commune à la fois à toutes les séreuses splanchniques, articulaires, musculaires et tendineuses, et aux subdivisions de ces dernières.

2° Les enveloppes spéciales des viscères, par une disposition dont jusqu’à présent l’analogie avec la forme des séreuses n'a pas été remarquée, forme aussi une double enveloppe rentrant sur elle-même, excepté que le feuillet, qui est pariétal pour les séreuses, tapisse pour les viscères leur contour, et que le feuillet viscéral séreux a pour analogue, dans les enveloppes propres, le dédoublement qui accompagne les vaisseaux. Nous verrons, dans l’histologie, quels nombreux développements entrainera ce simple aperçu pour établir une loi générale de texture.

3° Les membranes fibreuses viscérales forment aussi des cavités complètes, à l'exception des vaisseaux, souvent trèsvolumineux, et des nerfs qui les traversent, et sur les parois desquels elles s’insérent en se confondant avec leurs tissus : tels sont le péricarde, la dure-mère et la tunique vaginale.

4 Dans le système osseux, le crâne et le rachis, dans l’assemblage par juxtaposition ou superposition des os dont ils sont formés, constituent bien des cavités à peu près complètes, si ce n’est qu’elles sont percées par de nombreux orifices de communication et de dégagement pour le passage des vaisseaux et des nerfs. Le bassin ne forme une cavité, ou mieux, un cylindre, qu’à sa partie inférieure, où même il est intercepté en bas par la cloison fibro-musculaire du périnée, Sa partie supérieure, évasée, est plutôt une surface de sustentation des organes digestifs. La cavité du thorax n’est qu'un cône fermé à son sommet tronqué, par une cloison fibreuse, l'aponévrose cervico-thoracique, et à sa base, par une cloison musculaire, le diaphragme, et dont la surface ou circonférence, soutenue par deux tiges osseuses médianes, le rachis et le sternum, est divisée, pour le mouvement, en

T. VI

arceaux osseux réunis en une seule cage par des muscles et des aponévroses.

A l'intérieur, les différents os, tant pour le canal médullaire des os longs que pour les canaux aréolaires de la substance spongieuse, composent un système de cavités communiquant les unes avec les autres, mais fermées en commun à l'extérieur par l'enveloppe compacte, qui n’est perméable que par les myriades de capillaires sanguins qui entrent dans sa texture.

Les aponévroses ne forment partout que des cavités cylindriques ou des fragments de cylindres. Comme cylindres, elles se composent de parties séparées, distinctes pour la texture, mais confondues par leurs fibres en un ensemble, et, dans cet état, constituent les grandes enveloppes souscutanées des membres et du tronc. Les extrémités ouvertes de ces cavités cylindriques s’implantent sur les ceintures osseuses du tronc ou au contour des articulations des membres. Comme fragments de cylindres, les cavités aponévrotiques, complétées par les os, par les muscles, et, à diverses places, par d’autres aponévroses, forment pour l’abdomen, le squelette flexible de sa paroi circulaire, et, pour le cou et les membres, rassemblent les divers groupes des muscles synergiques, et les isolent de ceux qui leur sont antagonistes,

Connexions, srruCTURE. Les os occupent en général les parties profondes ; les cavités qu'ils forment sont isolées de toutes les autres avec lesquelles elles n’ont de communication que par les vaisseaux. A leur périphérie, tous les os sont enveloppés par le périoste et contigus aux muscles profonds auxquels ils donnent insertion par l'intermédiaire des tendons et des aponévroses. En général, ils servent, de distance à autre, de point d'appui aux vaisseaux et aux nerfs, qui les contournent en y traçant des sillons ou gouttières convertis en canaux par la superposition d’une autre gouttière fibreuse. À l'intérieur, les surfaces des os sont revêtues par la membrane médullaire, qui sépare le tissu de l'os lui-même des cavités qu'il renferme. La surface crânienne, tapissée par une membrane fibreuse, la dure-mère, semble faire une exception, mais qui n’est qu'apparente, cette surface n'étant, par rapport à l'os lui-même, qu'une périphérie dont la dure-mère forme le périoste, tandis que la membrane médullaire tapisse le diploé, La membrane fibreuse ici, sauf les petites différences de sa structure, représente le périoste de l'os des iles, ou celui qui revêt la face pectorale des côtés.

Dans sa conformation générale, l’os s’aplatit en membrane et s’arrondit en cavités pour former les parois protectrices du crâne et du bassin. Au rachis il forme, pour la facilité des mouvements, un levier brisé en une série d’anneaux superposés. Aux membres il constitue, pour la sustentation, des colonnes creuses, solides, mais élastiques.

La texture des os varie quant à la disposition des fibres appropriée à la forme de chacun d’eux ; mais elle est pourtant homogène, eu égard aux parties composantes. Les fibres de la substance compacte sont rayonnées dans les os larges, longitudinales et parallèles dans les os longs, variées de direction dans les extrémités articulaires de ces derniers et dans les os courts. Dans la substance spongieuse, elles sont lamellaires ou filiformes. Comme nous l'avons démontré dans notre angéiologie , la trame organisée des os renferme de nombreux canaux capillaires, artériels et veineux d’un volume assez considérable pour être visibles à l’œil nu, lorsqu'ils sont injectés avec une matière colorante. Ce fait, qui assimile

l'os aux parties molles, donne la raison de ses actes vitaux en physiologie et en pathologie.

Les aponéyroses ont des connexions variées, suivant leurs usages et la profondeur où elles se rencontrent. Les grandes aponévroses d’enveloppe, ou du moins celles qu’il faut considérer comme telles, varient au tronc et aux membres. Dans les deux membres elles sont superficielles, par rapport aux muscles et aux os qu’elles renferment dans un cylindre commun. En général, elles sont formées de deux plans de fibres, les unes longitudinales ou parallèles à l'axe du membre, et conséquemment à la direction de ses muscles; elles s’insérent au pourtour des articulations et donnent implantation aux faisceaux musculaires tenseurs des aponévroses. L'autre plan de fibres est transversal; celles-ci ne décrivent jamais tout le contour du membre; elles sont divisées par autant de lames distinctes qu’il y a de groupes différents de muscles synergiques. Ces divers systèmes se joignent aux cloisons profondes qui vont prendre insertion sur les os ; c’est ce que l’on observe aux bras et à la cuisse, entre les deux faces correspondantes aux muscles extenseurs et fléchisseurs. Lorsque les mouvements sont très-nombreux, les aponévroses partielles, réunies pour former l'enveloppe commune, présentent des directions très-variées ; elles se confondent dans les lignes d’intersection entre elles et avec les cloisons profondes ; la jambe et surtout l’avant-bras en offrent de nombreux exemples.

Extérieurement les aponévroses d’enveloppe des membres sont en rapport avec la peau, mais seulement par l’intermédiaire d’une couche de tissu cellulaire fibreux à larges mailles, qui forme la trame de support dans laquelle rampent les grandes veines superficielles, les nombreux vaisseaux sanguins et les nerfs de la peau, renfermés dans autant de petites gaines aponévrotiques , dont l'épaisseur est assez considérable pour les grands troncs veineux, tels que les saphènes au membre abdominal, les radiales, basilique et céphalique au membre thoracique. Cette couche fibro-celluleuse sous-cutanée, renferme dans ses mailles une quantité de tissu adipeux, dont le volume considérable chez les sujets gras, la fait paraître uniformément répandue; chez les sujets très-maigres au contraire, elle paraît accompagner seulement le trajet des courants veineux, comme si elle n’était qu'une exsudation du sang que renferment ces vaisseaux. C’est cette couche qui a reçu le nom impropre de fascia superficialis. D'abord on ne s'était servi de cette dénomination que pour la région inguinale, M. Cruveilher l’a étendue à toute la surface du corps; mais l’épithète de superficielle ne saurait convenir, la même trame vasculaire et adipeuse se présentant partout à la surface des aponévroses profondes, dans une épaisseur proportionnée à celles de ces enveloppes et de la masse des muscles dont elles supportent les vaisseaux. Ainsi, dans la profondeur des membres, la couche cellulo-vasculaire commune se trouve reproduite, en dégradant d'épaisseur par couches successives. De fortes cloisons tendues en rayonnant de la circonférence vers le centre et fixées par leurs extrémités à l'enveloppe périphérique et à l'os, isolent les groupes de muscles synergiques de ceux qui leur sont antagonistes. De nouvelles aponévroses transversales séparent entre eux les divers groupes, puis des cloisons plus fines isolent les muscles eux-mêmes, Dans les lieux d’intersection des aponévroses, elles se réfléchissent en interceptant des polyèdres dans lesquels rampent les gros vaisseaux. À leur surface elles sont tapissées par la couche celluleuse des vaisseaux secondaires, dont la disposition, que nous

décrirons dans l’histologie, rappelle le dédoublement formé par les membranes séreuses.

Au tronc, les aponévroses superficielles ne sont que de simples feuillets fibro-celluleux , servant d’enveloppe spéciale à chaque muscle isolé. Ici ce sont les grandes aponévroses d’insertion ou les tendons membraneux, qui sont aussi les aponévroses de contention : telles sont au dos les aponévroses du grand dorsal, du sacro-spinal et du transverse; pour la paroi abdominale, les aponévroses des muscles obliques et transverses. Au thorax, les enveloppes fibreuses de contention sont décomposées, comme les muscles eux-mêmes, par l’interposition des côtes, et forment les deux plans fibreux intercostaux externe et interne. Pour toutes ces aponévroses, nous rappellerons la remarque que nous avons faite plus haut, qu’elles sont tapissées à leur surface libre par la couche cellulo-vasculaire, qui n’est que la répétition du fascia sous-cutané.

Les gaînes aponévrotiques formant pour chaque muscle une enveloppe spéciale qui décroit d'épaisseur à partir de la périphérie, les vaisseaux secondaires et les nerfs rampent à la surface des aponévroses intermusculaires, renfermés dans de petites gaines propres. Ils parcourent ainsi de longs trajets, dégageant à diverses hauteurs les ramifications qui se rendent dans les loges musculaires spéciales. Ainsi chaque loge ne reçoit que les vaisseaux et les nerfs appartenant au muscle qu'elle renferme; du moins, telle est, à part de bien rares exceptions, la disposition commune aux gaines des longs muscles des membres. Il n’en est pas de même des larges muscles de l’abdomen ; comme ils en circonscrivent l'enceinte et qu’il fallait de toute nécessité qu'ils fussent traversés, les vaisseaux et les nerfs, pour passer de la profondeur à la surface, glissent dans des écartements des fibres, protégés par une gaine d'isolement. 6

L'usage des aponévroses de servir de conducteurs ou de surfaces de support aux vaisseaux et surtout aux nerfs, renfermés dans des gaines spéciales, donne à ces membranes une importance plus grande que celle qu’on leur a jusqu’à présent accordée en physiologie et en pathologie.

Le périoste, enveloppe des os, est en rapport, par sa surface extérieure, avec les couches musculaires profondes ; dans beaucoup de lieux il fournit, par l'intermédiaire de courtes fibres aponévrotiques, de larges surfaces d’insertions aux masses musculaires : telles sont les deux fosses iliaques au bassin, les deux surfaces de l’omoplate, la fosse temporale au crâne. Il en est de même des os des membres par rapport aux grands muscles profonds. (Ex. : au bras et à la cuisse des triceps, à l’avant-bras les cubitaux et les extenseurs, à la jambe les extenseurs et les jambiers , etc.) Partout le périoste sert d'implantation, par continuité de fibres , aux cloisons aponévrotiques et aux tendons funiculaires et membraneux ; ainsi, à l'extérieur de l'os, le périoste, par la jonction des aponévroses, doit former fréquemment des culs-de-sac ou des foyers sans issue à diverses hauteurs, dans les épanchements ou les infiltrations des différents liquides.

Cette membrane, formée de mailles fibreuses juxtaposées, renferme des filets nerveux et surtout un nombre immense de vaisseaux sanguins destinés à la nutrition de l'os dont ils forment la couche vasculaire extérieure, sorte d’intermédiaire de la circulation générale à la circulation propre des os.

Dans l’histologie, nous démontrerons quelle disposition prend le tissu fibreux dans l’épaisseur de la substance compacte des os, pour en former la trame prétendue gélatineuse, et en quoi consistent les modifications assez légères qu'il subit, pour com-

poser la gangue vasculaire qui établit la continuité entre les canaux sanguins des deux surfaces de l'os.

Les membranes fibreuses spéciales et les membranes fibrocelluleuses splanchniques , par cela même qu’elles appartiennent à autant de viscères différents, et constituant en quelque sorte de petits organismes partiels, présentent entre elles de nombreuses variétés de structure et de connexions.

La dure-mère qui fait office de périoste interne, par rapport aux os du crâne, sert à la fois d’enveloppe de protection, et en quelque sorte d’aponévrose d'appui, d'isolement et de contention pour les quatre grandes divisions de l’encéphale. C’est pour ce dernier usage seulement qu’elle se détache crucialement des parois du cräne, pour former deux grands replis, l’un médian vertical, la faux cérébrale, et l’autre horizontal, la tente du cervelet. Par une disposition spéciale, la dure-mère se décolle des parois du crane dans certains trajets, pour loger les grandes veines encéphaliques ou les sinus, de manière à isoler dans les canaux ostéo-fibreux, inextensibles, les grands amas de sang noir dont la pression aurait été funeste à la substance nerveuse. Enfin cette membrane s’entr'ouvre par autant d’orifices, pour le passage des vaisseaux sanguins et des nerfs, et se continue, ou plutôt se mêle, par une dégradation de tissu insensible, avec les enveloppes de ces canaux, à leur entrée ou à leur sortie du crâne.

Par sa surface cränienne on admet, plutôt que l’on ne prouve anatomiquement, la duplicature de la dure-mère, par le feuillet pariétal de la membrane séreuse encéphalique, ou de l’arachnoïde.

Le péricarde, enveloppe fibreuse du cœur, offre avec la dure-mère de nombreuses analogies : il forme un sac extérieur tapissé en dedans par le feuillet pariétal de la membrane séreuse cardiaque, dont le feuillet viscéral enveloppe l’organe lui-même. Il est également perforé par les orifices de passage des gros vaisseaux; et de plus, comme nous l’avons démontré dans l'anatomie descriptive, le péricarde fibreux, en sé repliant sur lui-même au contour de l'aorte et de l'artère pulmonaire, sur lesquelles il remonte jusqu’à leur sortie du cœur, rappelle les dédoublements de la dure-mère qui forme la faux cérébrale et la tente du cervelet.

Pour les poumons et les viscères abdominaux, la loi générale de texture des enveloppes se présente toujours la même, sauf les variétés propres à chaque viscère. Au thorax le feuillet sous-pleural, à l'abdomen le feuillet sous-péritonéal, et pour les organes génitaux de l’homme le dartos, représentent la première enveloppe fibreuse protectrice analogue de la duremére et du péricarde; plus profondément, chacune de ces enveloppes fibreuses est tapissée par le feuillet pariétal d’une séreuse correspondante : à la poitrine les plèvres, à l’abdomen le péritoine, à l'organe génital la tunique vaginale. Chaque feuillet séreux pariétal est en contact avec le feuillet viscéral ; au dessous se présentent les enveloppes fibro-celluleuses splanchniques spéciales, assez variables d'épaisseur et de consistance, mais plus analogues entre elles pour la structure, la conformation générale et le trajet, qu'il ne le semble au premier coup d'œil. A la superficie, l'enveloppe splanchnique environne toute la surface extérieure de chaque viscère; parvenue à l'entrée des gros vaisseaux, elle se réfléchit sur le bord de leurs orifices et pénètre avec eux dans l’intérieur de l'organe, dont elle sépare le tissu, des conduits vasculaires. Cette disposition, décrite par Glisson en ce qui concerne le

foie, n’a point été appliquée aux autres viscères ; cependant elle est manifestement la même pour les enveloppes de la rate, des reins et de tous les viscères dont l'appareil vasculaire est intérieur. Plus tard nous démontrerons qu’elle est la même aussi pour les organes à circulation périphérique, la distribution vasculaire intérieure n’étant qu’une apparence, et la circulation étant toujours périphérique par rapport aux tissus fonctionnels.

Les gaines fibro-celluleuses des vaisseaux et des nerfs composent une succession de cylindres réunissant en faisceaux les canaux vasculaires qu'ils isolent des parties voisines. Les nerfs renfermés dans la gaine commune, outre leur névrilème, sont encore enveloppés à distance d’une gaîne fibro-celluleuse lâche qui permet des glissements faciles.

Les gatnes vasculaires sont toujours placées dans les polyédres celluleux, résultant de l’adossement des viscères et des muscles. Dans leur configuration générale elles présentent une succession de cylindres aplatis et décroissant de volume, partagés en autant de sections, à chaque fois qu'ils traversent des aponévroses, avec les fibres desquelles ils se confondent, en formant autour de leurs orifices, de petits entonnoirs fibreux. Par leur circonférence, les gaines vasculaires sont unies aux parties voisines par un tissu cellulaire làche dans lequel rampent les ramifications secondaires.

La texture intime de tous les tissus fibreux, soit aponévroses, soit enveloppes viscérales, articulaires ou musculaires, est analogue à celle de la trame, également fibreuse, des os. Ainsi, contre l'opinion généralement admise, elles renferment un assez grand nombre de capillaires sanguins, et de plus, comme les membranes séreuses, des vaisseaux blancs, d’une si excessive ténuité qu'ils ne se distinguent au microscope que sous des grossissements excédant cent diamètres. Les tissus fibreux sont aussi pourvus de nerfs, et même le volume de certains filets de la dure-mère et du péricarde, au point de leur entrée, est tellement considérable, que l’on s'étonne qu'ils n’aient été aperçus que dans ces derniers temps.

Les membranes séreuses, en raison de leur identité presque complète de structure et de connexions, ont été réunies avant toutes les autres dans un groupe commun par les anatomistes. Enveloppes de glissement des viscères, elles se composent, comme on l’a dit, d’un sac pariétal, ou en d’autres termes tapissant les parois musculaires et ostéo-fibreuses de la cavité splanchnique, et d’un sac viscéral, ou enveloppe extérieure du viscère, contenu dans le précédent. Au point de jonction des deux sacs, les feuillets s’'adossent en un canal séreux dans l'aire duquel pénètrent les vaisseaux : ainsi, par leurs surfaces lisses juxtaposées, les deux feuillets forment, en commun, une grande cavité de glissements mutuels, siége des exhalations et des perspirations. La surface extérieure adhère aux viscères par un tissu cellulaire, dit sous-séreux, dans lequel rampent les vaisseaux. Cette disposition générale des membranes séreuses est la même partout où il n’y a qu’un organe à envelopper (ex. : arachnoïde, plèvre, péricarde séreux, tunique vaginale); mais lorsque l'enveloppe doit être commune à plusieurs organes, ou que l'organe lui-même est complexe, le trajet de la membrane séreuse est plus compliqué. Elle passe d’un organe à l’autre en formant successivement autant d’adossements sur leurs vaisseaux. Ainsi, le péritoine, en raison du grand nombre de viscères contenus dans l'abdomen, présente de nombreuses particularités; pour les organes creux,

qui sont dans une mobilité perpétuelle, il forme une enveloppe générale, et pour l'intestin en particulier, en raison de sa longueur, l’adossement des feuillets trace comme un long canal pour l'entrée des vaisseaux. Pour les organes d’une texture solide ou communiquant avec l'extérieur, le péritoine ne fait plus que les revêtir dans une portion de leur étendue : ainsi il n’enveloppe qu'incomplétement le foie, la rate, la vessie, les organes génitaux de la femme, et ne fait que passer sur les faces adjacentes du pancréas, des reins et des capsules surrénales.

La forme des séreuses, synoviales, ou articulaires, est absolument la même, le feuillet viscéral étant représenté par celui qui tapisse les surfaces articulaires et le feuillet pariétal par le revêtement latéral des enveloppes fibreuses. La disposition est analogue, mais seulement plus complexe. dans les synoviales des muscles et des tendons qui offrent autant de dédoublements successifs que ces organes ont de faisceaux et de fibres.

La texture intime de toutes les membranes séreuses est identique. Minces, diaphanes, résistantes, élastiques, composées d’une trame de tissu cellulaire condensé, il est douteux qu’elles renferment des vaisseaux sanguins et des nerfs, et même elles semblent totalement dépourvues de canaux vasculaires à l'œil nu. Mais, sous le microscope, la scène change : elles apparaissent alors formées d’un lacis innombrable de vaisseaux blancs rectilignes et entre-croisés dans tous les sens. Ces canaux sont-ils des vaisseaux séreux, ou bien y circule-t-il toutautre fluide encore inconnu ? On ne peut que poser mais non décider ces questions dans l’état actuel de la science. Toutefois la présence de ces myriades de canaux nous parait expliquer fort clairement la fonction des membranes séreuses comme surfaces absorbantes et perspiratoires.

Les cylindres vasculaires, ou les vaisseaux, aqueducs des fluides, constituent, par leur réunion, les faisceaux renfermés dans les gaines vasculaires. Par eux-mêmes, ils sont formés, dans leur paroi circulaire, d'une ou deux membranes, plus ou moins élastiques, poreuses et perméables aux fluides. Ils sont unis entre eux par un tissu cellulaire lâche qui permet les mouvements de dilatation ou de resserrement de chacun d'eux. Les faisceaux vasculaires, pour les troncs principaux, se composent d'une artère, d'une veine et d’un ou deux nerfs qualifiés improprement de satellites, car ce n’est point à cause des vaisseaux sanguins que la nature les a logés dans la gaine commune, mais seulement pour profiter d’un même sillon celluleux, afin de donner passage à la fois à un plus grand nombre de cylindres vasculaires.

Les nerfs eux-mêmes, composés d’un nombre immense de filaments accolés parallèlement, sont enveloppés graduellement, des plus déliés aux plus gros, par autant de cylindres celluleux appelés leurs névrilèmes, dont les tuyaux se renferment les uns dans les autres jusqu’à l'enveloppe générale des troncs les plus volumineux.

Les tuniques des vaisseaux contiennent de nombreux capillaires sanguins (vasa vasorum) et le microscope y démontre également des vaisseaux blancs. On sait aussi qu'il s’y rend des nerfs. La texture du névrilème est analogue, à l'exception des filaments nerveux, dont la présence n'y est pas prouvée.

Les membranes muqueuses constituent aussi un groupe trèsrationnel en raison de leur usage commun d'organes cutanés internes, qui entraine de nombreuses analogies de structure et de connexions, Toute membrane muqueuse, comme l'a

parfaitement définie M. de Blainville, représente la peau extérieure dans sa couche dermique amincie, avec un réseau vasculaire beaucoup plus développé, garnie d’un grand nombre de follicules, beaucoup moins riche en nerfs, dépourvue du pigmentum coloré et généralement d’un épiderme protecteur, excepté dans quelques points exposés à des frottements de corps étrangers, où l’épiderme, très-mince, prend le nom d’épithéliun. Quant aux connexions, les membranes muqueuses forment, par leurs surfaces libres, des canaux assez étroits, en contact avec l'air, des gaz, des vapeurs, des fluides divers, et, pour le canal alimentaire en particulier, avec l’aliment et les fèces. Par leur surface profonde, les membranes muqueuses, comme la peau, adhèrent à la couche musculaire qui leur est propre par un tissu cellulaire dit sous-muqueux, qui sert de trame aux nombreux vaisseaux sanguins et aux nerfs, et dans lequel sont déposées les glandules sécrétoires qui représentent ici les cryptes et les bulbes phanériques de la peau. Au delà se présente comme à la peau, mais beaucoup plus mince, la couche musculaire revêtue, comme dernière enveloppe, de sa membrane séreuse, interposant entre elle et le feuillet, dit pariétal, de la peau externe, la grande cavité centrale de glissement. Ainsi, déjà par le double fait de leurs connexions et de leur structure, il est évident que les membranes muqueuses doivent représenter des surfaces tégumentaires plus vasculaires et par conséquent plus humides, mais moins sensibles que la peau externe. Toutefois l'extrême diversité de leurs usages devra nécessiter entre elles de nombreuses différences, mais qui porteront moins sur les connexions que sur ‘a structure ou la composition organique.

Ainsi, la conjonctive en contact avec l'air est déjà trèsmince sur les paupières, et s’amincit encore davantage pour conserver une parfaite transparence au-devant des surfaces réfringentes de l'œil qu’elle préserve, comme organe tégumentaire, de l'impression trop vive de l'air, des gaz et des vapeurs, en formant un sac ouvert au dehors par la fente palpébrale. Elle est elle-même protégée contre l'action siccative de l'air, par la sécrétion lacrymale.

La disposition est la même pour la #embrane auditive, du moins dans sa portion essentielle, la caisse du tympan, où elle forme également une poche ouvrant à la partie postérieure des fosses nasales par la trompe d'Eustache. Une autre muqueuse, plus véritablement extérieure, est séparée de la premiére par la membrane du tympan qu’elles revétent chacune de son côté. La muqueuse externe, très-mince dans le fond, s’épaissit graduellement à mesure qu'elle s'approche de l’ouverture extérieure de la conque, où elle se confond, par une dégradation insensible de tissu, avec la peau. Cette membrane renferme de nombreux cryptes qui sécrètent un liquide protecteur, le cérumnen.

Pour l'appareil olfactif, la membrane muqueuse augmente beaucoup d'épaisseur ; elle prend une texture spongieuse, qui la rend hygrométrique, et se garnit abondamment de vaisseaux et de glandules mucipares. L’abondance des sécrétions qui résultent de la texture, est appropriée à la fonction de cette membrane, perpétuellement en contact avec des courants d’air, variables dans leurs conditions physico-chimiques d'humidité, de température, etc., dans la succession alternative de l'inspiration et de l'expiration. Dans ses connexions, la membrane olfactive, par sa surface libre, est perpétuellement enduite d’un mucus visqueux qui lui tient lieu d’épiderme, et la préserve de l’action trop siccative de l’air extérieur, disposition qui rappelle le tégument des mollusques gastéropodes. par sa surface adhérente elle est unie au périoste très-mince

des surfaces osseuses papyracées des fosses nasales, par un tissu cellulaire renfermant un épais réseau de vaisseaux sanguins, et de nombreuses glandules mucipares encastrées en partie dans de petites loges à la surface des os.

La membrane muqueuse pulmonaire, quoique séparée anatomiquement de la précédente par le vestibule commun du pharynx, doit néanmoins être considérée comme lui faisant suite sous un point de vue qui n’est pas seulement logique, mais qui est également fondé sur la structure et les propriétés. En d’autres termes, dès l’orifice de la glotte, la membrane muqueuse laryngo-trachéale reprend la structure et les propriétés que nous avons reconnues à la membrane olfactive. Comme cette dernière, elle est spongieuse, hygrométrique, munie d’un tissu sous-muqueux très-vasculaire, renfermant un grand nombre de follicules mucipares encastrés latéralement entre les arceaux cartilagineux, et, en arrière, dans les éraillements lozangiques de la membrane fibreuse représentant le périoste des fosses nasales. Cette membrane, en un mot, n’est que la continuation de l’olfactive amincie et avec des propriétés moins tranchées, l’air dans ses conditions physico-chimiques, et principalement dans sa température, ayant déjà subi des modifications dans le trajet parcouru. Ces deux membranes, également destinées à être en contact avec le courant aérien, sont seulement interrompues par l'intermédiaire de la cavité du pharynx, indifférente elle-même au passage de l'air, et néanmoins contribuant à élever sa température, tandis que les deux extrémités de la membrane aérienne sont également incapables de supporter le contact des corps étrangers solides et fluides qui passent impunément par la cavité du pharynx. En suivant, au-delà de la trachée, la membrane muqueuse dans la succession décroissante des conduits aériens, on la voit conserver les mêmes propriétés physiologiques, graduellement affaiblies à mesure qu'elle s’amincit pour tapisser des tuyaux plus déliés. Elle arrive enfin jusqu'aux capillaires aériens, où ce n’est que par analogie que sa continuité est admise par Malpighi, Helvétius, et M. Magendie, son extrême ténuité ne permettant pas, même par l'inspection microscopique, de déterminer positivement sa texture.

La membrane muqueuse des voies alimentaires. en contact habituel, non-seulement avec l’air mais avec un grand nombre de corps étrangers solides et fluides, est celle qui, par ses caractères, offre le plus d’analogie avec la peau externe. Étendue entre les deux orifices buccal et anal, mais d’une longueur beaucoup plus considérable qu’il ne le semblerait à l'extérieur, d’après les nombreuses circonvolutions et les dilatations locales que subit le tube alimentaire, elle varie dans sa texture, ses connexions et ses propriétés, dans les quatre points principaux de son trajet. Dans le tube supérieur d'introduction de l'aliment, composé de trois cavités : la bouche, le pharynx, et l’œsophage, elle est protégée par la couche épidermique, très-mince, dite épithélium. Dans sa portion buccale, la membrane muqueuse est lisse à sa surface libre, et assez dense, quoique mince; par sa surface interne, elle adhère fortement aux parties sous-jacentes. Le réseau vasculaire sous-muqueux y est abondant, mais moins que celui des fosses nasales, et ne présente pas, comme ce dernier, une texture plexiforme : ce réseau est plat et mince sur la surface interne labiale et génienne, où il renferme des glandules mucipares; il est contenu dans un tissu épais, dense, élastique, et fortement adhérent au périoste dans les portions palatine et gingivales; où il constitue un tissu particulier

T. VI

encore peu connu, qui, sauf la solidité de sa texture, participe aux propriétés du tissu érectile. À la surface de la langue, la membrane muqueuse est plus molle et hygrométrique. Elle est remarquable par le nombre immense de papilles nerveuses qui viennent S'y épanouir, et qui sont le siége du goût. Des papilles semblables existent en arrière, au pourtour du voile du palais, et d’autres, en petit nombre, à la voûte palatine et sur les surfaces géniennes.

Au pharynx et à l'œsophage, la membrane muqueuse, molle, humide, est garnie de nombreux follicules mucipares, dont le fluide sécrété facilite le glissement du bol alimentaire. Dans l’état de vacuité, où les parties sont revenues sur ellesmêmes, elle forme des rides transversales qui ralentissent le cours des substances étrangères, et peuvent facilement former des culs-de-sac, dans lesquels s'engagent de petits corps étrangers, ou même les instruments du chirurgien, en cas d'exploration.

Dans la série des voies digestives, cette membrane molle, veloutée, à la surface du sac alimentaire, développée en replis semilunaires flottants, ou valvules conniventes, dans l'intestin grêle, redevient lisse dans le gros intestin. Nous ne nous arréterons pas sur ses caractères particuliers dans tout ce long trajet, les considérations auxquelles elle donnerait lieu n’intéressant pas le chirurgien. À l'extrémité du réservoir des fèces ou du rectum, cette membrane est molle, onctueuse, n’adhérant à la couche musculaire que par un tissu cellulaire trèslâche, contenant un grand nombre de glandules mucipares, et remarquable surtout par le lacis épais des vaisseaux sanguins, et en particulier des veines, dont le plexus au pourtour de la marge de l’anus dispose aux hémorrhagies, aux tumeurs sanguines et aux transformations de tissus dont cette partie est si fréquemment le siége.

La membrane muqueuse génito-urinaire est la même pour les deux sexes, quant à sa portion vésicale. Elle est molle, peu adhérente à la couche musculaire, et forme, à l’état de demi-réplétion, de nombreux replis qui jouent un grand rôle dans l’histoire des calculs, et font souvent obstacle au cathétérisme en arrêtant le bec de la sonde. La muqueuse urétrale, dans l’homme, est lisse, très-adhérente, pourvue d'un tissu cellulaire sous-muqueux très-vasculaire, et présente à sa surface de nombreuses fentes striées, orifices de glandules mucipares dont les dilatations accidentelles ont les mêmes inconvénients que les petits cœcums de la muqueuse vésicale.

Dans la femme, la muqueuse vaginale se distingue par ses replis longitudinaux et sa texture vasculaire ; toutefois le vagin n’est pas le siége d'un si grand nombre d’affections chirurgicales que l'utérus lui-même, et, en ce qui concerne cet organe, la texture de sa surface interne est encore si peu conpue, que l'existence d’une membrane muqueuse n’y est même pas prouvée.

La PEAU, par cela même qu’elle forme l’enveloppe extérieure générale, exposée partout à des influences communes, doit offrir une texture presque homogène et des connexions identiques dans toute l’étendue de sa surface. Elle est composée d’un tissu fibreux, le derme, revêtu d’une couche celluleuse garnie d’un grand nombre de vaisseaux déliés et de papilles nerveuses, et imprégnée d’un pigmentum coloré. Cette couche perspirable et sensible, dite le réseau muqueux, est protégée contre les influences extérieures, par un produit sécrété, l’épiderme. Par sa face interne, la peau est séparée de

, la couche musculaire ou aponévrotique sous-jacente, par le tissu cellulaire adipeux général, ou fascia superficialis, dans lequel nous savons que rampent les artères et les veines souscutanées. A la face et au cou elle se confond par une adhérence intime avec les muscles qui, par cette raison, prennent le nom de peauciers. À cette même surface interne se rencontrent les bulbes phanériques qui sécrètent les poils dont le tuyau traverse l’épaisseur de la peau pour s’élever au dehors. Enfin, dans différents points, elle renferme d’autres bulbes ou cryptes sébacés qui versent leurs produits à sa surface. L'existence des canaux sudoripares, malgré les recherches modernes, est loin d’être encore suffisamment prouvée.

Dans sa texture générale, la peau est plus épaisse sur la face postérieure, où il convenait que le tégument servit davantage de protection ; elle est plus mince sur la face antérieure. Enfin son épaisseur et sa densité augmentent avec les pressions habituelles qu’elle subit: c’est ainsi que, par la superposition des couches épidermiques, elle prend une consistance cornée au talon, à la couche sous-métatarsienne, et à la main, dans certaines professions mécaniques. Dans les points où elle est sujette à des glissements sur des parties dures, il s'organise, en vue de la mobilité, une petite poche séreuse, dite bourse synoviale : c’est ce que l'on remarque au genou, au coude, et en général sur toutes les saillies osseuses ou tendineuses. Dans les plis articulaires, la peau devient d'autant plus mince qu’ils sont mieux abrités. Le pigmentum coloré y est plus abondant, les cryptes et les bulbes pileux plus nombreux; par l'effet de la flexion, la peau offre dans ces points un grand nombre de petites rides : ces caractères anatomiques se remarquent particulièrement à laine, au périnée et à l’aisselle.

SUPERPOSITIONS ET JUXTAPOSITIONS. Aucun organe n'étant assez simple dans sa composition pour être strictement restreint à une texture homogène, l'enveloppe organique ne se présente jamais unique, toujours elle est multiple et composée de tissus différents, formant des loges ou des cavités, soit parallèles, soit concentriques ou, en d’autres termes, disposés dans leur ensemble par juxtaposition ou superposition.

D'après ce que nous avons vu précédemment, la disposition des loges organiques, considérée de la superficie vers la profondeur, donne pour élément la peau, la couche cellulovasculaire sous-cutanée, et l’aponévrose superficielle, composant, par leur ensemble, l'enveloppe périphérique à trois feuillets superposés : le premier de sensation et de protection, le deuxième de nutrition, le troisième de contention. Audessous se présente la couche musculaire, dont le degré de complication est en raison directe de la multiplicité des mouvements. Dans l’homme, la couche musculaire n’est simple que dans un petit nombre de points, la surface du crâne, la face postérieure du bras, les régions dorsales de la main et du pied. Partout ailleurs cette couche est multiple et composée de deux ou trois plans de loges superposées. Chaque plan est formé lui-même d’un ou plusieurs muscles juxtaposés, les uns et les autres séparés par des cloisons aponévrotiques verticales et transversales d'autant plus épaisses qu’elles séparent des groupes antagonistes; d'autant plus minces, au contraire, qu’elles s’interposent entre des muscles synergiques. L'élément organique le plus profond est l'os, tige centrale commune de sustentation, point d’appui et centre de convergence des attaches fibreuses et musculaires.

Cette disposition générale, commune aux diverses fractions des membres et qui résume l’idée complète de leur organisa-

tion, s'applique également aux parois du tronc composant l'enceinte de ses cavités. La seule différence consiste dans la forme des parties composantes organisées au point de vue de leurs fonctions spéciales. Ainsi, dans les membres, toutes les loges sont verticales ou obliques et parallèles entre elles, comme elles devaient s'offrir dans des organes de forme conique. Au tronc, la direction verticale s’observe dans les masses des muscles extenseurs et dans les muscles fléchisseurs, les deux tiges médianes, le rachis et le sternum, faisant ici l'office de levier central analogue à l'os des membres, tandis que les muscles des parois, pour compléter l'enceinte de la cavité, s'élargissent naturellement en membranes. Il en est de même de leurs tendons, étalés en larges aponévroses, qui font de plus l'office d’un squelette flexible. Au thorax, la couche osseuse profonde est représentée par les côtes doublées par le feuillet sous-pleural. A l'abdomen, outre le rachis, le plan profond résistant n'existe plus que par les aponévroses et le feuillet sous-péritonéal. Enfin, au crâne, la couche musculaire mince est immédiatement appliquée sur la couche osseuse elle-même, étalée en membrane pour circonscrire et protéger la cavité encéphalique. L'organisation commune des enveloppes extérieures étant définie, une disposition absolument analogue se reproduit pour les surfaces tégumentaires intérieures en procédant aussi de la surface libre vers la profondeur. Sans insister sur ce qui concerne les surfaces pulmonaire et génito-urinaire où, néanmoins, il serait facile de démontrer les mêmes analogies d'organisation, et prenant seulement pour exemple la surface des voies digestives, nous retrouvons, sauf les modifications nécessitées par les spécialités fonctionnelles, les mêmes parties composantes : ainsi, à la couche dermique, correspond la membrane muqueuse, à la couche cellulo-vasculaire souscutanée, le tissu analogue sous-muqueux; puis viennent l’une et l’autre couches musculaires revêtues de chaque côté par le feuillet correspondant de la membrane séreuse formant la véritable et en quelque sorte l’unique cavité intérieure, également éloignée des deux surfaces libres tégumentaires.

Page 1